‹ Sur les routes d'AsieChapitre 50 sur 71 · A CHEVAL · texte numérisé non relu

A CHEVAL

:s discussions et l'oisiveté. Nous ne trouvons oint d'inscriptions. Georges Kadet a passé par :i l'année dernière, et a tout pris.

Halte de midi à Sultan-IIissar qui, malgré 3d nom sonore, n'est qu'une bourgade très umbie. Ici encore, nous vivons aux dépens de Hospitalité orientale. Le docteur Comnène, qui ■st décidément un homme providentiel, nous a «.unis d'une lettre pour le stathmarque. Notre nouvel hôte est un gros homme, engraissé par les loisirs de sa fonction. Deux trains par jour, l'an illant vers Apamée de Phrygie, l'autre retournant i Smyrne, sollicitent son activité sans consumer ies forces. Dévoué aux Anglais, comme tous les igenls de l'Ottoman railway, il a, par une altenion flatteuse, donné à son petit garçon le prénom le « Byron ». 11 nous reçoit Lien, nous accueille , sa table, nous présente à sa belle-sœur Stellia, orte fille au chignon exubérant, et se résigne à ious voir prélever une large part dans un plat le veau bouilli et de salade qui n'avait pas été iréparé pour nous.

Singulière vie que celle de chef de station en e pays : l'isolement dans une baraque de planhes au bout d'un village; le va-et-vient monoone des marchands grecs et des mendiants turcs |ui circulent sur cette ligne peu fréquentée; la iromenade du soir, le long de la voie ferrée; et, le temps en temps, l'arrivée d'un étranger qui se

jette sur votre repas Mais le pays esL joli.

L'arôme des orangers embaume l'air tiède. Les mûriers, les ormes. les figuiers verdoient. Les hautes montagnes, qui ferment la vallée, dorment au soleil. Je ne sais si le slathmarque, homme pratique, rusé comme un Hellène et calme comme un Anglais, a l'esprit ouvert à toutes

ces beautés

Naili, où nous arrivons vers la fin du jour, est une petite ville moitié grecque, moitié turque, assise sur une colline, vers l'endroit où le Méandre, sorti des gorges et des plateaux de la Phrygie. s'allonge dans une vallée plate, juste en face de la brèche tailtée dans le bloc des montagnes de Carie par l'Harpasos, que les Turcs appellent Ak-Tchaï, le Fleuve-Blanc. Un caïmacam y gouverne, au nom de la Sublime-Porte. La communauté grecque y possède une église et une école. On y trouve (Dieu me pardonne!) un EivoSo^EÎav toj Ma-.àvoîoj (Hôtel du Méandre), dont les lits sont assez propres, des cafés qui sont toujours présidés par l'effigie coloriée du roi et de la reine de Grèce, une pharmacie européenne, et des médecins qui balbutient le français. On nous enseigne un restaurant grec, où nous trouvons, en abondance, des boulettes d'agneau et du vin de Smyrne. La salle est toute bruyante de gens qui boivent et fument : ce sont, pour la plupart, des Grecs, employés par des administrations euro-

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péennes, et, par conséquent, dédaigneux du fez, tout tiers de porter des chapeaux de paille, à la franco. L'un d'eux me prend par la main, el veut me faire admirer, sur les murs badigeonnés de choux, des lithographies qui représentent les diverses phases de la chassa, de beaux messieurs en botles molles cl casquettes rondes, sonnant du cor, des meutes de chiens ardents, puis l'allégresse féroce de l'hallali. . . En une demi-heure nous avons noué des relations affectueuses avec de nombreux amis. Les voici tous. Pourquoi ne pas nommer ces hommes excellents?

Le docteur Miltiadc Xénodakis, vieux, silencieux et complaisant. Propriétaire de 1' « Hôtel du Méandre » et pharmacien. Il a connu notre camarade Pierre Paris, en l'honneur duquel il nous donne, pour rien, un remède dont Doublet a un pressant besoin.

Stéphanos Cléon, autre médecin, représente, à côté de son vénérable confrère, l'esprit des générations montantes, les aspirations de la Jeune- Grèce. I! a fait ses éludes à l'Université d'Athènes, parle un langage d'une pureté atlique, possède des cartes de visite en français, où son prénom de Stéphanos est traduit en celui d'Etienne.

Ami des nations européennes, Stéphanos a deux chiens, dont l'un s'appelle Gladstone et l'autre Gambelta.

Anaslasios Abrahamog'lou, très harbu et face-

lieux, coiffé d'un fez et peu initié aux coquetteries de l'Occident. Son langage, pittoresque et savoureux, son accent local, ses bons mots et ses gaillardes répliques, feraient la joie de Jean Psichari et de tous les défenseurs des dialectes populaires. Kalligas, de la maison Mac Andrews et Forbes (exportation des produits du pays, spécialité de racines et suc de réglisse). La maison Mac Andrews et Forbes a fondé ici une usine à vapeur, où sont préparées et desséchées les racines de réglisse que les paysans vont récolter dans les terrains sablonneux et humides des berges du Méandre. Kalligas, pour qui nous avons encore une lettre du docteur Comnène, nous emmène à la fabrique, où il nous offre, dans son bureau, du café et des cigarettes. Au moment où le soleil desrend derrière les cimes violettes du Lalmos, nous assistons à la paie des ouvriers et des ouvrières. Un vieux comptable juif, énorme dans sa culotte bouffante, assis derrière un grillage, distribue les piastres et les métalliks 1 . Un troupeau de femmes turques, voi-

I. Le mitallik est une petite monnaie ili visionnaire, tuile d'un alliage de cuivre et d'argent, nu poids légal de 2, 85, au litre légal de nu environ. Le vom-nuch (piastre) vaut, selon les pays où l'on se trouve, 2 ou i métalllks. Les autres monnaies d'appoint sont le becMik, qui vaut cinq piastres. Vullilik, qui vaut six piastres. La principale monnaie d'argenl courante est le raedjhl, qui "vaut, à Srnyrne, 3:i piastres el qui représente t fr. 20N de noire monnaie. La principale monnaie d'or est la livre turque, qui représente, sur la place de Smyrne, 178 piastres, soil 22 fr. 126. Ajoutez qu'avec ces monnaies turques, les livres anglaises, les roupies indiennes, les louis

lées Je couleurs tendres, fait queue près du guichet. Les ouvrières causent entre elles, d'un voix plaintive, qu'assourdit le yachmak ramené sur la bouche. Quelques-unes ont de jolis yeux. Elles attendent patiemment leur salaire, qu'un Turc leur passe, après l'avoir reçu des mains du vieux Juif.

Après dîner, nous bavardons très tard dans la nuit, avec nos nouveaux amis, en buvant du rakî et en croquant des laitues fraîches devant la porte d'un café. Les rues de Nazli, comme celles de toutes les villes turques, sont hérissées de pavés aigus et sillonnées de ruisseaux fangeux. Vers dix heures, une patrouille passe. C'est la ronde de l'aga. Rien qui rappelle les tableaux do Rembrandt et de Decamps ni la musique de Mozart. Un policier, armé d'un bâton, marche k pas lents et graves, suivi de deux troupiers mélancoliques qui vont, le fusil sous le bras, comme aux enterrements. Les trois ombres cheminent dans l'obscurité silencieuse, où la boutique ouverte d'un épicier grec jette une large nappe de lumière...

Harpas-Kalecii, le 26 avril.

L'hôtel, ou, comme dit Manoli, la locanda a du Méandre » a été notre dernière étape en terre

et les napoléons français, les roubles russes circulent dans le pays. Inaudi seul pourrait voyager en Turquie avec la certilude de n'être jamais volé sur le change.

civilisée. Maintenant que nous avons payé au

médecin-hôtelier Miltiatlc Xénodakis les quatorze piastres qui lui étaient dues, il faudra nous habituer à coucher sur les nattes de paille des maisonnettes turques, et à nous asseoir par terre, à l'heure des repas, cote à cote avec les fidèles, mangeurs de pilaf cl buveurs d'eau.

Rien n'est plus difficile que trouver son chemin dans ce pays. Etpourtant nous sommes en plaine. Que sera-ce en montagne? Nous voulons traverser le Méandre afin d'entrer en Carie par la trouée de l'Harpasos. Il y a un bac près du bourg de Iéni-Bazar. Mais ce détour nous entraînerai! trop loin. Manoli hèle, eu turc, un berger.

— Tchoban, keupru var me bourîa? Berger, y a-t-il un pont par ici?

Sur les vagues indications de l'indigène, nous allons vers le fleuve, en obliquant un peu du côté de l'Est. Les sentiers où nous chevauchons sont bordés de lavandes et de tamaris en fleur. Mais bientôt, le sol se dénude. Des touffes de joncs, rabougries et souffreteuses, hérissent la surface des boues durcies, gercées, où les pieds des chevaux s'enfoncent sans bruit. Voici les eaux jaunes et lentes du Méandre, étalées entre deux rives plates, où végètent quelques hameaux chélifs, dont les huttes basses, faites d'un torchis de boue et de paille, ressemblent, de loin, à des moisissures. Le paysage est désolé et morne,

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