HOSPITALITÉ TURQUE
hommes surtout, comme tous les Orientaux, ont horreur du soleil, et ces rudes compagnons, vigoureux et si braves, fondent comme cire aux rayons de midi. L'air est. frais. Un bon vent d'aurore nous fouette le visage, nous cingle la peau, comme pour nous réveiller. Le village est encore assoupi. Une femme, soigneusement voilée, vient puiser de l'eau à la fontaine, sans doute pour les ablutions rituelles de son maître et seigneur, qui n'a pas voulu quitter si tôt les coussins du harem. Quelques enfants curieux tournent autour de nous, tandis que nous oiiFuurchons nos selles turques, et que Manoli enfonce respectueusement nos pieds dans les larges élriers de fer battu, véritables semelles rectangulaires, dont les angles servent d'éperons. Mais voici un groupe d'importants personnages, qui s'avancent les yeux encore gonflés et clignotants de sommeil. C'est Hadji-Youssouf et ses amis, qui viennent nous souhaiter bon voyage.
— Allah eznw.rla.i.h.v ! {Que Dieu vous garde!)
— Insch Allah! (Plaise à Dieu!)
Si vous avez voyagé par monts et par vaux de bon matin, vous savez les alternatives de fraîcheur et de tiédeur, d'ombr« et de lumière par où l'on passe lorsqu'on gravit une montagne à l'heure où le soleil se lève. Dans les plis de ti rain que le soleil n'a pas encore visités, une buée
Hotte encore, le froid esl piquant, les oiseaux ne ohante&t pas. El tout à coup, dès que l'on sort d'une combe pour cheminer sur une crête, c'est l:i clarté, ta joie cl la vie, venues d'en haut avec li's rayons du jour. Nous avons Lien fait de quilli'i- li' gite dès i'aube. Les sentiers sont âpres, étroits, pierreux. Si patient, si tenace que soit le sabot des chevaux d'Anatolie, nos pauvres bêles Boni rendues, cl leurs coups de reins désespérés nous fout de la peine. Il serait inhumain de leur imposer plus longtemps notre poids. Mieux vaul mettre pied à terre et marcher. Nous allons uu peu au hasard, à la recherche d'un village dont ta carte ne dit rien, et qui existe là-haut, s'il faut eu croire les habitants de Kieuta. La cime neigeuse que nous avons aperçue hier, et qui est le point culminant du Boyourouk-Salmas (ancien Salbacé), apparaît quelquefois au détour du chemin, et nous sert de point de repère.
Midi. Un plateau, étroit comme une aire à battre li' blé. Un village, et quel village! Des cabanes de cailloux empilés, donl les murs sont debout par uu miracle d'équilibre, donl les loits de branchages et de terre battue sont étayés par des troncs d'arbre mal rabotés, et dont les portes liasses ressemblent à des gueules de four ou à des entrées de tanières. C'est Iaîken, dont certainement vous n'avez jamais entendu parler. C'est à Iaîken que nous devons passer la nuit.