‹ Sur les routes d'AsieChapitre 55 sur 71 · KARA-SOU · texte numérisé non relu

KARA-SOU

l'arc (les sourcils, l'éclair des yeux, l'incarnat des lèvres; vesles brodées et courtes, serrant le buste; larges pantalons roses, dont les plis amples, bouffants, mobiles, dissimulent les formes, gardent le secret dos perfections opulentes où se plaisent les Turcs. On pense à des zouaves timides et gazouillants; on pense à des religieuses embéguinées et bavardes. Ce contraste est comique... Deux chameaux, qui balancent le cou, allongent leurs lippes, posent avec précaution, à travers les cailloux pointus, leurs pieds plats, avec des gaucheries de jambes cagneuses. On a mis des guirlandes de grelots autour de leur poitrail et sur le pelage fauve de leurs bosses. Mais le chameau ne s'enorgueillit pas , comme le cheval , des ornements que l'homme lui inflige... Une bande d'hommes en costumes de fêle. Braies Lieues et blanches, guêtres soutachées, ceintures gonflées de pistolets, de couteaux, Je sabres, faces bronzées, contentes, impassibles, muettes. Les plaisirs des musulmans sont silencieux. Seulement, autour de cette pompe solennelle et lente comme un convoi funèbre, des musiciens font rage. Les derniers rangs du défilé ont déjà disparu à un tournant, que le grondement continu des tambourins et les trilles déchirants des flûtes nous poursuivent encore. Quelle est la raison de ces réjouissances? Manoli, Arif, Halil-aga, successivement interrogés, ne savent que répondre. En

vrais Orientaux, ils regardent les spectacles et n'en cherchent pas le sens. Je m'adresse à deux petits Turcs, qui jouent devant une porte. Ils réfléchissent et le plus grand me répond : « Allait bilir »{L)ieu le sait). Le Coran a dit: « croyants! Mettez des bornes à votre curiosité : la connaissance des choses que vous désirez savoir peut vous nuire... »

Le khandji de Kara-Sou est une àme lihérale. Je puis recommander cet hôtelier sans être suspect d'une réclame intéressée, car les touristes ne fréquentent pas son auberge. Pour dis-huit piastres et quatre paras, les œufs durs abondent dans la chambre où nos seigneuries se sont retirées; sans compter une chaudronnée de pilaf aux boulettes d'agneau, une écuelle de lait caillé, un gros .morceau de halva, pâle douce faite de farine et de miel, et d'innombrables tasses de café.

Après déjeuner, matinée théâtrale. C'est comme je vous le dis. Une troupe foraine est venue aujourd'hui à Kara-Sou et donne sa première représentation, llélas ! ce n'est point kara-gheitz, ni des jongleurs, ni des escamoteurs, ni des psyllcs, charmeurs de serpents, ni des Tziganes, conducteurs d'ours et de singes. Ce sont de simples lutteurs à main plaie, amusants tout de même.

Dans un champ, à. l'extrémité du bourg, les spectateurs sont assis par terre. Les faces moustachues ou barbues ont une expression de curiosité

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