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LA PRIÈRE TURQUE

En route. Nous nous heurtons aux rampes maussades (l'une montagne dont la carte refuse de dire le nom. II faut descendre de cheval, tenir encore une fois les bètes par la bride, dans des sentiers à peine tracés. Le soleil frappe nos nuques, et incendie de clartés aveuglantes la terre fendillée. Par instants, une bouffée de chaleur monte des vallées encaissées, dont les pierres sont chauffées comme la voûte d'un four. Le sol tourmenté se creuse en crevasses, et renfle de boursouflures les crêtes rocheuses. La terre est rouge , par places, comme une chair mise à vif.

Saria, notre gîte d'étape, est une maigre oasis, avec quelques cabanes, suspendues par miracle aux flancs des hauteurs, dans la chaîne mal connue qui sépare, comme une cloison étanche, la vallée du Marsyas de la vallée de l'ilarpasos. Sur le toit de notre logis, je jouis délicieusement de cette fin de jour, lumineuse et chaude, animée par des cris d'oiseaux sous les feuilles, par des beuglements lointains, par un murmure de voix indistinctes, qui sort des petites huttes basses. Les rayons obliques font resplendir la nudité rugueuse d'une colline de sable. Plus loin, un gros mamelon, sans grâce, est mal vêtu par une végétation clairsemée, étendue comme un manteau de pauvre sur ses vieux flancs décharnés. Trois peupliers, hauts et grêles, frissonnent frileusement près d'un ruisseau, et leur belle couleur vert-tendre met un

peu de fraîcheur dans toute cette aride sauvagerie.

Le muezzin de tantôt me poursuit encore de sa mélopée et de ses arpèges. Les Turcs sont de vrais moines, soumis à une règle dont l'observance est une tyrannie de pratiques minutieuses. L'Islam est un vaste couvent. La religion envahit tous les actes du fidèle, gouverne tous ses mouvements, régitses moindres démarches. Cinq fois par jour, au lever de l'aurore, à midi, à trois heures, au coucher du soleil et environ deux heures après, le croyant doit se tourner vers la Mecque, chasser de son esprit toute pensée impure, couvrir les parties de son corps que la pudeur ou la bienséance ordonnent de voiler, et faire sa prière. Avant de réciter les formules de l'oraison, il faut faire les ablutions prescrites par le Coran, c'est-à-dire se laver tout le visage depuis le haut du front jusqu'au gosier et derrière les oreilles; tremper dans l'eau les trois doigts de la main ou la main tout entière, et les porter sur la tête et sur la barbe pour baigner au moins la quatrième partie de l'une et de l'autre; se laver les bras jusqu'au coude et les pieds jusqu'à la cheville. Les hommes très pieux ajoutent à cette lustration divers raffinements, dont le Prophète était coutumier et qui, par conséquent, sont regardés comme très louables. Par exemple, le dévot renouvelle trois fois de suite la même ablution, surtout celle des mains

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et des bras; il se rince la bouche quatre fois; il se frotte les dents avec l'écorce d'un olivier amer, nommé missirak, lequel a la vertu d'embaumer les haleines les plus félidés- il met de l'eau dans le creux de sa main et la respire pour se laver les narines; il pose les doigts de sa main droite en forme de peigne sur sa barbe; il prend garde à ne pas interrompre ces pratiques pour s'occuper do moindre objet frivole; il n'attend jamais que la partie lavée soit séchée, avant de commencer à laver l'autre; il commence toujours l'ablution du côté droit. On doit inaugurer cette série d'actes par cette invocation à Allah : a Au nom d'Allah clément et miséricordieux! Grâces soient rendues à Allah, qui nous a donné la religion musulmane I » Il faut répéter la première partie de cette formule dans toutes les circonstances importantes de la vie, par exemple lorsqu'on s'apprête à monter à cheval, à faire la conversation avec une jeune fille nouvellement achetée, à manger, à boire, à tuer quelqu'un, etc. Par ce moyen, toutes les actions se trouvent sanctifiées, et l'on est à peu près sûr de réussir dans ses desseins. Ajoutez les longs jeûnes qui suivent l'apparition de la lune de Itamazan. Pendant un mois, en l'honneur de la mémorable époque où le Coran descendit du ciel, on s'abstient, tout le long du jour, de manger, de boire, de fumer, de sentir une fleur, de toucher une femme. On peut se

dédommager pendant fa nuit. Si, après cela, les fidèles sont admis à jouir éternellement des bosquets toujours verts, des parterres odoriférants, des oiseaux chanteurs, des vierges grasses et des chevaux toujours sellés qui peuplent le paradis de Mahomet, on avouera qu'ils l'ont bien mérité. Les Turcs, quand ils ne peuvent se rendre à la mosquée, font leur prière n'importe où. En plein champ, sur le bord d'une route, sous un arbre, le croyant s'arrête et commence ses génuflexions et ses proslernemcnts. En effet, cette prière n'est point l'acte solitaire d'une àme qui se recueille. C'est un des exercices publics de la communauté. C'est une habitude trop invétérée pour qu'où la remarque, à plus forte raison pour qu'on en rie. Est-ce qu'un moine fait attention à son frère qui dit son chapelet dans un coin du cloître? La société musulmane n'est pas une association civile, mais une confrérie religieuse. Le sultan, chef de l'administration et de l'armée, est en même temps le Commandeur des croyants.

C'est un padichah, et c'est un khalife. C'est un roi et c'est un pape. Le padichah voudrait peutêtre faire entrer ses peuples dans les voies de la civilisation occidentale, le khalife est enfermé dans une théocratie jalouse qui s'oppose à tout progrès. L'empire ottoman a une façade européenne; ses arrière-plans sont juste aux antipodes de nos idées et de nos mœurs. Tiraillé en

sens contraires, il se rompt, se désagrège et se dissout. Les Turcs auraient pu vivre longtemps encore, s'ils s'étaient murés, comme la Chine, derrière un rempart infranchissable. Une dose trop forte d'idées occidentales les a intoxiqués, comme une potion dangereuse, composée par des pharmaciens ignorants. Us ont perdu leurs anciennes forces, et n'en ont pas acquis de nouvelles. Ils languissent malgré les réelles vertus par où ils mériteraient d'être sauvés.

Du reste, il est impossible de glisser dans la décadence avec plus de sérénité. Les terribles dangers qui les menacent ne suffisent pas à stimuler leur apathie. Leur insouciance fataliste est au-dessus de tous les revers. Ils s'en iront comme ils sont venus, sans prendre la peine de se demander pourquoi. Après tout, la vie nomade n'est pas une nouveauté pour leur race errante. Leurs pères ont campé jadis dans les steppes. Plus tard, leur cavalerie tourbillonnante a passé, sabre au clair, sur les terres opulentes de l'Asie antérieure. Enivrés de gloire, ils ont poussé jusqu'à Constantinople leur pointe hardie. Quand l'heure viendra de la retraite décidée par Allah, l'escadron résigné, déchu de ses splendeurs premières, tournera bride et rebroussera chemin, au trot mélancolique de ses chevaux fourbus.

Montagnes reTèches, villages délabrés. Plus j'observe la race turque, plus j'aperçois clairement ses instinct» nomades. Partout on retrouve la trace visible de l'ancienne vie voyageuse. Ces bourgades, ces villages, ces hameaux ressemblent à des campements. I n souffle renversera ces petites cases, hâtivement construites avec de mauvaises pierres et de la boue durcie. Bien n'indique, dans les coutumes de ce peuple, l'idée d'un établissement définitif. Tout semble prévu pour l'heure ilu boule-selle. Même dans les villes, la structure des maisons est légère, frêle, caduque. Les ornements les plus, durables de ces logis sont des dentelles de bois sculpté, qu'une allumette ferait flamber comme paille. Jusque dans le3 palais de Stamboul el dans les mosquées d'Eyoub, que le vent du Nord emportera quelque jour, on sent je ne sais quoi d'éphémère, de provisoire. Comme tous les errants, le Turc n'est ni constructeur ni administrateur. Quand l'arche d'un pont s'écroule, il fait un détour pour trouver un gué. Les ruines puis' sautes des villes antiques sont les seules choses qui, dans ce pays de décombres et chez cette nation instable, donnent le sentiment de la solidité, A quoi bon fixer des tentes avec des piquets, puisqu'il Faut suivre on tous lieux le drapeau vert du Prophète?...

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Dans la maison, le mobilier est strictement réduit au bagage indispensable. Chez nous, le premier souci du paysan, de l'ouvrier, du fonctionnaire même, c'est de s'installer, comme nous disons, de disposer, comme un asile durable, l'ameublement compliqué du chez-soi. La maison bourgeoise, dont les pieds se cramponnent à la terre, pour donner à nos destins fragiles l'illusion de la sécurité, nous parle d'espoir, nous fait entrevoir l'orgueil de la race perpétuée, malgré tout, au même endroit, près des mêmes tombes, autour du même foyer.

Cette préoccupation dégénère souvent eu manie. Nos lits sont des monuments, calés sur de fortes assises, surélevés comme des châteaux imprenables. Nos tables sont pesantes, encombrantes, et il faudrait an fourgon pour transporter d'un point à un autre certaines batteries de cuisines. Le rêve de tout Français est d'avoir une salle spéciale pour toutes les occupations de sa vie et toutes les fonctions de sa nature. Nous reculons d'effroi devant la seule pensée de cet événement grave, qui s'appelle un déménagement.

Ici, on mange, on dort, on cause dans la même salle. Un plateau de métal, posé sur un trépied ou même par terre, et la table est mise, Est-il nécessaire d'avoir des chaises, quand il est si facile de s'asseoir sur ses talons?... Le soir venu, on sort des coffres les couchettes roulées, on les étend sur le sol ou sur une natte de paille, et le salon est

devenu dortoir. Un beau malin, on peut aisément charger tout son mobilier sur l'échiné d'un mulet, d'un cheval ou d'un chameau. Les femmes hisseront leurs enfants sur leurs épaules, avec quelques aiguières et deux ou trois chaudrons. L'homme marchera gravement à côté ne portant rien, et la famille, comme au temps d'Abraham, cheminera tranquillement vers des mirages nouveaux, montagnes d'azur ou moissons d'or, calmes villages ou villes bruyantes, forêts ou fleuves, entrevus comme en rêve au bout du chemin des caravanes. Le Turc, qui nous avait guidés depuis le village de Saria, interrompît ma rêverie en criant : Bac! Bac! (Regarde! Regarde!) II nous avait promis de nous montrer des ruines, et nous avait entraînés vers la croupe d'une colline chauve, où de malheureuses pierres étaient semées ci et là. Il se baissa, ramassa quelque chose qui brillait dans la poussière, et dit : « antical antica! •• II considérait avec orgueil sa trouvaille : un morceau de verre, irisé, gros comme un boulon de veste, débris d'un (lacon où peut-être une dame grecque, en des temps très reculés, avait enfermé de la pommade au benjoin. Je n'osai refuser à ce pauvre diable le bakchich qu'il espérait. Pourtant cette ascension décevante m'avait mis de fort méchante humeur, el le paysage, que l'on voit du haut de ce vilain coteau, n'était pas fait pour m'égayer : des terrasses de sable, plaquées de

rouge par des filons d'oxyde; dans un creux, un étang noir, où des roseaux pourrissent et où des grenouilles infatigables coassent.

En route. A neuf heures, nous entrons dans un hameau sordide, autour duquel végètent quelques plants d'olivettes malingres. Les huttes semblent désertes. Pas l'ombre d'un turban. Dans une cour pourtant, trois ou quatre petits morveux et un chien galeux s'ébattent parmi des tas de fumier, sous l'éclatant soleil, qui fait reluire et fermenter toutes ces ordures.

— Allah! Allah! s'écrie le katerdji Arif, dans quel pays sommes-nous?

— Tu le sauras, mon cher agneau, répond Manoli, si tu le demandes à ceux qui le savent.

On interroge un des petits morveux. Ce village s'appelle Adam-harmanè. Arif fait répéter ces syllabes étranges, et je l'entends qui se marmotte à lui-même, d'un air ahuri, la tète penchée sur le «ou de son mulet :

— Adam-liarmané! !... Allah! Allah!

Après une traversée de mauvaises terres friables et plâtreuses, où le sabot des chevaux s'enfonce et qui rendent un son mat sous nos foulées, nous arrivons, par un temps lourd, sous un ciel enflammé, au hameau de Kara-Gheûl. Ce nom veut dire « mare noire ». En effet, un abreuvoir croupit au milieu des huttes. Nous sommes d'ailleurs bii reçus k Kara-Gheûl. Honneur à l'excellent Mche-

pit

en

Le, larg

met-Ali, qui nous offre tout ce qu'il peut nous offrir, dans sa cabane que garde un chien hérissé. Autour du feu où le café bout, un cercle de pauvres gens s'assied, pour regarder les Francs venus de loin. Mehemet-Ali ne veut rien accepter pour le repas rustique mais substantiel qu'il nous a servi. Un homme qui se trouve là nous vend, pour sept piastres, un sac de tabac de contrebande. La Régie a beau faire : elle ne peut étendre ses tentacules jusqu'en ces déserts.

Nous repartons à deux heures, accompagnés d'un concert de vœux, et de souhaits d'heureux voyage.

Il fait une chaleur de four chauffé à blanc. Le sabot des chevaux éparpille de la poussière de chaux sur les pentes molles. Le sentier, en zigzag, se traîne sur des terrasses superposées comme des travaux de fortifications. Petits villages tristes, dont les noms inconnus sont balbutiés par des fellahs grognons : Ovan- Keui, Gramanlar, Gudulli.... A quoi bon les transcrire tous?

Mais soudain, au moment où nous atteignons la crête du col vers lequel monte notre caravane, le décor change. Est-ce la terre promise? Oh! l'admirable vision de verdures fraîches, d'eaui „ vives, de forêts frissonnantes, de prairies basses, dont l'accueil repose nos yeux éblouis et brûlés! Le paysage est coupé par une profonde va large brèche où scintille une rivière dont nous

ne savons pasle nom. Nous descendons vers l'eau. Elle coule, 1res limpide, sur un Ht de cailloux qui bruissent; nous voudrions suivre longtemps la jolie rivière, dont la fraîcheur salubre égayé les chevaux. Impossible. Elle disparaît en détroits défilés, entre les parois des roches. N'est-ce pas cette déception de la vaine poursuite, qui a fait naître, au temps où l'imagination des hommes était capable de mythologie, la fable gracieuse des naïades fuyantes?

Mais, à poursuivre ainsi des naïades parmi les herbes hautes et les rejets gonflés de sfeve, on risque de s'égarer. Ces sentes bordées de halliers en fleur, sont des labyrinthes. Au lieu d'arriver en un endroit nommé Kieur-tèkké, dont la position sur la carie nous semblait engageante, nous sommes réduits à loger, très tard, la nuit tombée, dans un hameau rencontré par hasard.

Quatre ou cinq maisons. Beaucoup de chiens. Des vaches. Quelques animaux à deux jambes. Une nuit divine. Sur le toit plat de la cabane où le chef du village accueille nos seigneuries, il fait bon rêver en regardant la lune d'argent, le ciel de saphir et, sous l'amical regard des étoiles, les grandes formes sombres des montagnes endormies. Mais quel gîte! Quatre murs de pierraille, la terre dure, une charpente ouverte aux quatre vents. Je dors tout de même, les pieds accolés au battant de la porte, afin que nul fâcheux ne vienne

dous déranger, le visage tout voisin du soupirail béant d'une cheminée où descendent, en clartés bleues, les rayons lunaires. C'est peut-être par un chemin pareil, que La chaste et prudente déesse Artémis vint visiter Eodymion. Mais du moins je suppose que la brise et la rosée nocturnes n'apportèrent pas au divin berger du Latmos, comme à moi, hélas! une odieuse rage de dents.

Dans la montagne, 1 mai.

Je le dis pour les futurs visiteurs de ces belles contrées : le village, où nous avons si mal dormi,

s'appelle Kara-Kièdik. Il faut l'éviter.

Chevauchée sous bois, dans des verdures exubérantes, qui ressemblent au fouillis d'une forêt vierge. Les sentiers soni veloutés, fleuris. Nous doublons les étapes, sans pause, sauf à Mesenlieli, où un théâtre antique, mangé de soleil et envahi de ronces, nous arrête quelques instants, et à Tsalti, où deux khodjas, deux hommes très saints, réputés dans le pays pour leur ascétisme, nous invitent à partager avec eux, loin des fidèles, un repas de friandises orientales.

Nous avions besoin de ce réconfort. Car l'oasis où nous cheminons depuis hier nous abandonne. Nous avons repris la montagne. l'ius de forêts, plus d'eaux, plus de prairies. Du haut des eûtes ravagées dégringole, comme un chaos de débris

fossiles, un écroulement d'énormes rocs. Soleil violent. Air embrasé. Nous avons mis pied à lerre, et nous marchons suants, à travers les fondrières, tirant encore nos chevaux exténués, dont le pied trébuche sur le dos des rochers ronds. Partout le désert. A peine un bivouac de Iouroucks, où nous mangeons je ne sais quoi... Nous arrivons de nuit, la lune déjà levée, dans un liameau turc. Un pauvre homme nous cède sa maison pour quelques sous. Oh ! cette maison ! Une hutte noire, où de vagues chaudrons luisent d'un éclat mort, à la clarté d'un quinquet huileux. Le grillon chante. Un chien pleure à la lune. Je suis trop é pour en écrire davantage.

Tehinar, le 8 mai.

Nuit pénible. Le gourbi de Hadji-Hassau , noire hôte, est une étuve pullulante, de puces, poux, et autres bestioles. On sue couché, sans faire un mouvement. Et quelles démangeaisons! De plus, le bon Hassan ronfle comme un sonneur sur la loque de feutre où il s'est jeté tout habillé... Quelle joie de voir entrer le jour par les fentes de la porte, et d'entendre la voix de Manoli. qui a préféré coucher dehors :

— Moufftoû, va ffïjxwOïjTs. EÏve wpa, 'AvtxëaivEi ô jjXtoCi (Monsieur! levez-vous! Il est l'heure. Le soleil monte.)

Encore des cahots et les ornières parmi les rochers où le pied glisse, et les granits pailletés de micas dont les étincelles fatiguent les yeuï. Mais ils nous semblent semés de roses, quand nous songeons a l'infernale dégringolade d'hier. De place en place, des tombeaux cariens dressent sur les sommets leurs assises de parpaings solidement appareillés. Enfin, voici le terme de cette interminable marche en montagne. Nous redescendons vers le Marsyas. Le fleuve dort paresseusement sur un lit de sable. La nappe des eaux mortes est mouchetée de grosses têtes noires, qui bougent. Ce sont des buffles qui dorment, eus aussi, les pieds au frais, enfoncés dans les fanges.

Une douzaine de cases noirâtres, dont le délabrement nous fait de la peine. C'est Tchinar, bourgade triste, que certains archéologues ont identifiée, à tort, avec l'antique Alabanda. H semble que ce village agonisant fut autrefois plus vivace. Un bain turc tombe en détresse, auprès d'une mosquée dont la coupole a un bel éclat de cuivre roux. A côté, un cône de sable. C'est évidemment l'ancienne citadelle. Il faut y grimper pour y chercher des inscriptions. La dure montée! Le sirocco qui souffle est une haleine d'enfer, On risque l'ophtalmie à regarder cette rage du soleil, la réverbération des sables surchauffés, l'horizon qui vibre dans une gaze de feu, et les grands coquelicots écarlatcs, qui rougeoient comme des

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