‹ Sur les routes d'AsieChapitre 62 sur 71 · UN TCHIFL1CK A IASOS · texte numérisé non relu

UN TCHIFL1CK A IASOS

de la lune, sur les ruines de Palmyre. Et pourtant je me sens gagne par une lente mélancolie, en chevauchant vers Iasos... Mais voici qu'une radieuse vision secoue ma tristesse. Du haut des collines vertes, nous avons vu la mer prochaine miroiter au soleil. Voilà de la joie pour tout le jour. A la longue, la succession des collines et des plaines devient monotone. Cela n'aboutit pas. On voudrait écarter l'obstacle des montagnes. On se sent enfermé comme dans une prison dont les murailles reculent. La met- est un aboutissement, une issue. Elle termine une étape et en commence une autre. Et puis, son langage nous parle de choses très douces. Celle belle route, azurée et claire, nous mènerait tout droit aux pays aimés.

Il y a un commencement de cité vivante, tout près de ruines d'Jasos, à Asin, comme disent les indigènes. Naturellement, c'est un Grec qui, dans ce lieu désert, a ramené le mouvement.

Jean Nomicos, s'ennuyant à Smyrne, a fait halir ici un tckijliel;, exploitation agricole, où tous les besoins de l'âme humaine ont été sagement prévus; car, à côté des quatre corps de logis destinés au maître, aux ouvriers, à leurs outils et à leurs femmes, il y a une chapelle toute blanche, dédiée, nous dit le pappas, à saint Athanase, patriarche d'Alexandrie.

Les Grecs ressemblent aux Anglais et aux Yankees. Sociables et commerçants, ils se rési-

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gnent volontiers à un exil lucratif en des contrées sauvages. Un haut-fourneau dans les solitudes de ta Virginie, une sucrerie perdue dans !es fougères, les palmiers et les ébéniers de Ceylaa, n'effraieraient pas mon ami Jean Nomicos.

— Voulez-vous venir aux ruines? me dit-il en se curant les dents avec la pointe de son couteau, après un déjeuner de pilaf, de boulettes d'agneau et de pastèques juteuses.

— Volontiers.

Et nous voilà tous, le gendarme devant. Manoli derrière avec son cylindre de fer-blanc qui reluit au soleil, grimpant au Castro, fouillant les buissons, retournant les pierres, escaladant les derniers gradins du théâtre démoli, effarant de pauvres bœufs qui s'étaient installés dans les « tombeaux des Lélèges ». Hélas! Hélas! C'est en vain que nous piquons nos doigts aux épines des chênesverts, en vain que nous usons nos semelles au dur gravier des collines. Il y a quelque temps, une frégate impériale turque est venue ici, cherchant des pavés. Elle a emporté une cargaison d'inscriptions qui serviront sans doute à consolider les quais de Constantinople.

Oserai-je le dire? Tous ces vestiges, depuis les moellons des Lélèges jusqu'aux briques des Byzantins, me paraissent un peu monotones. Ce sont des ruines sans gloire, et vraiment trop endettées. Le Forum, le Colisée, l'Acropole

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