‹ Sur les routes d'AsieChapitre 68 sur 71 · VERS LA PISIDIE · texte numérisé non relu

VERS LA PISIDIE

irgé d'une commission de la part du hàldm, ■ésident du tribunal. Ce magistrat, très désireux de m'ètre agréable, voulait extraire de la prison le criminel qui me paraîtrait le plus noir, et le juger immédiatement sous mes yeux. Malheureusement, mon paquetage était ficelé. Mes chevaux, sellés et bridés, attendaient dans la rue. Je remerciai le hâkim de ses bontés.

Vers laPisidie, 11 juin.

Nous marchons maintenant vers les sables et les lacs salés de la Pisidie. Les riches montagnes, les forêts alpestres de la Carie nous quittent. Plus de halliers fleuris, plus d'églantiers et de syrîngas, semant au passage, sur la croupe de nos chevaux, des pétales roses et blancs. Un paysage sec, brûlant, poussiéreux, hérissé de ronces. Pas d'eau. Pas d'arbre. Tout se tait. Les sabots de nos bètes sonnent tristement sur la terre aride. De temps en temps, on rencontre la carcasse d'un chameau mort, que les vautours et les loups ont mangé.

Nous chevauchons d'ailleurs en magnifique arroi. Le moutessarit' de Mouglah a tenu à nous donner deux cavaliers d'escorte. L'un des deux est Arnaule et chante, pour se désennuyer, des romances terribles où les yeux de sa bien-aimée sont comparés aux yeux d'un chat. L'autre est

Turc; il s'appelle Se'ifoullah; il porte, à ganebq de sa selle, dans un fourreau, près de son yatagan, un parapluie qu'il ouvre pour se garder du soleil. Rîeu de plus bouffon, dans ce désert, que celle silhouette d'eslradîot et de curé de campagne.

Pas de villages. Au moment où la lune monte au-dessus des collines, une cabane isolée nous accueille. C'est un deroend, un de ces postes que la police turque entretient, tant bien que mal, dans les endroits peu sûrs. Soirée de rêverie et de bavardages, en compagnie de deux hommes déguenillés et armés, qui sont chargés, paraît-il, de surveiller les routes, et qui sont ravis de nous vendre du café.

Belle récolte d'inscriptions, dans une bourj fauve, perchée au sommet d'un coleau de sable. Il y avait ici, autrefois, une ville civilisée, Tabrie, » cité alliée du peuple romain », comme le prouve un morceau île sénatus-consulte que je viens de dénicher dans un mur. C'est maintenant un campement d'hommes rapaces et de chiens hargneux. Les Davasli ont une mauvaise réputation et la méritent. Ils sont fourbes, querelleurs, avides. Je me suis disputé toute la journée avec un Ismaïl, puis avec un Omar, puis avec un

Page 1