I. Champs
Les eaux se retirent de plus en plus, et il pourrait se passer fort long-temps avant qu’une crue vienne remplir de nouveau les lacs. Ras-el-Ma (la tête de l’eau), poste que nous avons établi à la pointe du Faguibine, se trouve maintenant à 10 kilomètres dans l’intérieur.
J’estfme que les points où se feront les essais de mise en valeur par des modes européens ne doivent pas être Goundam et ses lacs. Notre administration a l’intention d’établir un jardin de culture à Goundam. Elle fera fort bien d’étudier la valeur réelle de ces terres; mais je crois qu’il sera inutile d’apporter de grands efïbrts à leur exploitation, et que l’attention devra plutôt se porter immédiatement vers les merveilleuses plaines du Massina.
Du reste, les communications avec les grands lacs sont fort difficiles. Du Fati, il n’y a à peu près rien à tirer, et c’est le seul lac qui communique directement avec le Niger. Pour gagner les autres lacs, on n’a d’autre ressource que de passer par Tombouctou, ce qui permet les transports Iluviaux, mais ce qui est fort long.
L’intérêt que semblaient présenter les grands lacs, c’est qu’ils fournissent du blé dur. Je pense que sur les bords même du Niger, le blé peut pousser en abondance. J’en ai vu de petits champs. En tous cas, c’est une expérience à faire.
Les marigots, qui vont des grands lacs à Tombouctou, donnent aux terres qu’ils traversent la fertilité que possède le reste du delta. C’est sur leurs bords qu’existe réellement cette richesse que l’on attribue aux grands lacs. C’est de là que vient la plus grande partie du riz qui se vend à Tombouctou.
Dans toute la région des grands lacs et de ces marigots, poussent des cotonniers. Leur produit est peut-être un peu meilleur que le coton récolté dans le reste de la région du Niger.
Le Niger arrive ainsi de Tombouctou. Là il pénètre à
proprement parler dans le Sahara. Son cours et ses caractères deviennent tout particuliers. Il semble qu’un nouveau monde apparaisse.
Le moment est venu de laisser parler mes notes; elles diront, mieux peut-être que ces froides considérations économiques, ce qu’est la vie du Nig’er.