‹ Sur les routes du SoudanChapitre 18 sur 43 · GRAINS · texte numérisé non relu

GRAINS

ler trimestre.

28,600 francs, 75,000 —

Totaux

158,959 francs.

Si maintenant, au lieu de considérer en bloc les chiffres que nous venons de donner, nous cherchons quels incidents ont présidé au mouvement économique qu’ils indiquent, nous aurons, autant qu’il se pourra faire, un aperçu du fonctionnement du marché de la g-rande ville du nord du Soudan.

Deux choses influent d’une façon prépondérante sur le commerce de Tombouctou le mouvement des azalaïs et les crues du Niger.

Le sel est la base de l’activité du marché; on conçoit donc que l’intensité plus ou moins grande des arrivages modifie cette activité. D’un autre côté, le Niger est difficilement navigable pour les grosses barques pendant une saison de l’année; par suite, toute la partie du commerce relative à l’importation des denrées qui arrivent par le fleuve et l’exportation qui a lieu par cette voie se trouvent atteintes pendant ce temps.

Il est aisé de se rendre compte, d’après les tableaux d’importation et d’exportation (notamment ceux du i5 janvier 1895 k fin 1896), de l’influence des crues du Niger sur l’allure du marché pendant les mois de février à juin. Nous aurons à insister davantage sur le mouvement des azalais.

Pendant les douze mois 1896-96, le mouvement des azalaïs se distingue très bien. Une première fois, les arrivées se sont réparties à peu près également les deux mois de mai et de juin.

Dans le mois de novembre, les commerçants, prévoyant l’arrivée du deuxième azalaï, avaient écoulé leur stock de sel et l’avaient dirigé sur les marchés intérieurs : Saraféro, Djenné, Ségou. En décembre et en janvier, l’azalaï eut lieu, beaucoup moins considérable cependant que celui de juin; les deux tiers des arrivages avaient eu lieu en décembre.

Au mois de février 1896, les chameaux étaient repartis vers Araouan se recharger pour Pazalaï de mai.

En mai, en effet, recommencèrent les arrivag-es de sel, mais ils étaient de beaucoup inférieurs à ceux de mai 1895.

En juin, l’écart se maintenait; mais, en juillet, les caravanes arrivaient en g’rand nombre et l’azalaï fut normal.

Le peu d’importance de l’azalaï de décembre, ainsi que le ralentissement momentané dans les arrivag-es du sel, causé, il est vrai, en partie, par des incursions de coupeurs de route aux environs de Taodéni, avaient attiré l’attention de notre administration. Ils pouvaient révéler un véritable dang-er pour Tombouctou : le déplacement du marché du sel. On pouvait craindre que l’intérêt des marchands se trouvât être de recevoir leur sel ailleurs qu’à Tombouctou, et cela du fait de nos droits de douane.

Le droit que nous percevons sur le sel à titre d’oussourou (i/io de la valeur) était peu de chose en comparaison de ce que les commerçants étaient oblig-és de payer, avant notre arrivée, aux maîtres du pays; mais comme, en évitant les postes de perception de Tombouctou, on ne payait rien, il pouvait y avoir là une tentation. C’est ce qui ne tarda pas à se produire; dès le mois de juin iSqb, on sig-nala des caravanes qui, pour éviter de payer l’oussourou, s’étaient rendues directement d’Arouan à Sumpi sur le Nig-er, en passant par Bassikounou et Ras-el-Ma.

Ce n’était pourtant pas là qu’était le plus g-rand danger. Ce qui pouvait rendre la situation plus grave, c’étaient les droits sur les grains.

Nous avions mis un droit de sortie sur le mil et le riz : O fr. o5 c. sur le kilo de mil et o fr. 10 c. sur le kilo de riz. Pour se rendre compte combien cette taxe était lourde, il faut dire que le mil vaut o fr. 10 c. le kilo, et le riz décortiqué O fr. 16 c.

J’ai expliqué comment une grande partie du sel extrait devenait la propriété des Maures qui faisaient le transport; ce sel n’en arrive pas moins à Tombouctou; les Maures l’y apportent, avec le reste du sel, pour l’y vendre; les com-

merçanls le leur achètent, pour la plus grande partie, contre du g’rain. Les Maures avaient donc tout intérêt à venir apporter leur sel en des points où ils n’auraient à payer ni l’oussoiirou sur le sel ni la taxe sur les grains.

C’est ce qui eut lieu. En juin 1896, de g'ros commerçants de sel qui, pendant l’azalaï de 1896, avaient reçu de 5 à Goo barres de sel, n’avaient encore rien reçu; et un marchand d’Araouan déclara que Bamba, villag-e situé à 200 kilomètres en aval de Tombouctou sur le Nig’er, avait fait un cros commerce avec Araouan. L’itinéraire suivi était Bamba, Bon-Djebcha (huit jours); Bon-Djebcha , Araouan (deux jours); il n’exigeait que deux jours de plus que de Tombouctou à Araouan.

L’inconvénient des taxes sur les grains se manifesta d’une autre manière. Elles modifiaient profondément l’exportation.

Avant leur établissement, le riz s’exportait en grandes quantités comme le mil. Du fait des taxes, l’exportation du riz cessa. Pour i,5oo tonnes de mil emportées par les chameliers, d’avril 1896 à décembre 1896, il y en eut seulement 20 de riz; et pendant l’année 1897, il n’y eut plus de riz exporté. Ce n’est pas que la production ait été moindre, puisque pendant les deux semestres 1897 le prix du grain était descendu; c’est la taxe qui en était cause : les droits sur les grains, qui étaient alors abaissés à 0,026, étaient encore des droits de 5o % cid valorem. La prime pour ceux qui évitaient Tombouctou était donc énorme.

Le riz était déjà un produit cher par rapport au mil; l’écart fut rendu plus considérable par la taxe. Les Maures préférèrent n’acheter que du mil; le riz devint un produit de luxe pour les misérables populations du désert.

En juillet, le poste de Tombouctou proposa de rabaisser le droit d’exportation sur les grains à 0,026 le kilo. Cependant, le T‘ novembre, le droit sur le riz fut fixé à o fr. 06 c.

Une mauvaise récolte sur le riz vint aggraver la situation.

On se décida alors à abaisser le droit à o,o25. C’était un droit encore trop élevé, puisque en 1897 l’exportation du riz fut nulle, et celle du mil seulement de 600 tonnes contre 900 en 1896. Ce n’est qu’en 1898 qu’on se décida à supprimer la taxe sur les g^rains.

Malgré tout, l’azalaï de juin-juillet 1896 fut supérieur a celle de 1895. Mais on eût pu espérer un arrivage plus considérable de sel, étant donné que l’effet de notre conquête commençait à se faire sentir pa^^r la sécurité qu’elle donnait aux routes soudanaises.

Le 26 novembre 1896, les premières earavanes de l’azalaï de fin d’année arrivèrent et, au commencement de janvier 1897, le mouvement était fini. L’azalaï du milieu de 1897 eut lieu aux dates accoutumées et fut très important; mais celui de fin d’année et du commeneement 1898 n’eut pas lieu par suite de troubles dans le désert. L’azalaï du mois de juin 1S98 en fut renforcé, et l’année 1898 fut une année normale. Cependant, la plus grande partie de l’azalaï de fin d’année fut retardée et n’arriva qu’en février 1899, quoique les arrivages du mois de décembre fussent de beaucoup supérieurs à ceux du même mois des années précédentes.

On peut dresser, ainsique nous le faisons, le diagramme du sel à Tombouctou depuis le mois d’août.

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