I. Ces lignes ont été éci'ltes en
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Notre action au Soudan en a peut être plus souffert que nulle autre; et pourtant, combien les actes eux-mêmes n’ont-ils pas été admirables! Quelle que soit notre exubérance apparente, nous sommes trop modestes. Nous devrions avoir, nous aussi, nos livres mettant en lumière les mérites de nos entreprises : une nation doit savoir s’estimer et nous avons assez de tact pour n’avoir pas à craindre de manquer de mesure.
Si, pendant de long-ues années, la conquête soudanaise n’a avancé que très lentement, la faute en est à cette politique dont nous venons de parler. On s’est enfin décidé à ag’ir, et pendant quatre ans le Soudan a été le théâtre d’une des campag’nes les plus admirables qui aient été. Il n’y a jamais eu au Soudan plus de cinq ou six cents Français. Lorsque nous avons voyag-é, en pleine action, deux cents seulement tenaient la brousse et assuraient la pacification d’un pays trois fois g-rand comme la France, rien que par leur audace et leur énerg'ie; les moyens qui étaient mis à leur disposition étaient dérisoires. Ne sont allés au Soudan que ceux qui l’ont bien voulu, point de simples soldats ; on y a dépensé à peine quelques millions par an. Quelques officiers et quelques sous-officiers ont fait toute la tâche, aidés par des soldats noirs qu’ils formaient ; ils avaient tout ce qui a fait l’admirable force de nos armes, surtout cette joie dans l’action qui leur a fait supporter les plus terribles fatig-ues et leur a permis de se plier à toutes les nécessités.
J’ai dit une des raisons qui m’avaient poussé à donner dans ce livre le récit de mon voyag-e en même temps que ses résultats. La plus puissante est qu’il me semble qu’en montrant comment j’ai pu circuler au Soudan au moment ou la conquête se continuait encore, je montrerai aussi
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la réalité de cette conquête et, en quelques points, comment elle a été faite.
Je ne peux tirer aucune gloire d’avoir été toujours sans escorte : tout le monde voyageait de même; mais, si l’on songe que les routes n’étaient protégées que par un poste situé quelquefois à 200 kilomètres du point où l’on se trouvait, dans des régions où souvent on n’avait jamais vu de blanc, on estimera que c’était plutôt par la conviction de notre force que par cette force même que nous étions les maîtres : surtout, on conviendra que c’était parce que notre domination, qui n’était en fait qu’une pacification, savait se faire admettre par les indigènes : ce n’était point par la crainte que ceux-ci nous ouvraient leurs pays.
Et, ici, je dois réfuter celte opinion que certains essayent d’accréditer, à savoir que notre conquête soudanaise n’a été faite que grâce à des actes de sauvagerie auxquels elle servait de prétexte.
Les agissements de la mission Voulet-Ghanoine ont servi de prétexte à ces assertions qui cachent le plus souvent de basses haines politiques.
Je n’ai pas ignoré ces actes. Les circonstances ont voulu que je sois passé dans un des lieux où le plus d’actes répréhensibles ont été commis. J’y ai séjourné dans des conditions telles que j’ai pu me rendre compte de leur inopportunité et de leurs conséquences. J’ai cru, bien que l’on sache maintenant toute la vérité, devoir dire ce que j’en ai vu moi-même. On comprendra que je ne dise que cela.
Je crois avoir jugé ces faits assez sévèrement pour que l’on n’ait point à m’accuser d’avoir voulu les atténuer. J’en parle surtout pour qu’ainsi on ne puisse me les oppo-
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ser lorsque je dirai combien notre œuvre au Soudan a été belle. S’il y a eu en Afrique des actes inhumains, il faut en accuser la g-uerre elle-même, qui partout est horrible.
Surtout, il ne faut point g-énéraliser les actes de deux hommes, dont l’un était aveuglé par une véritable manie des grandeurs, pour en conclure à la négation des plus beaux efforts.
Aux gens du vieux monde, il semble que les grandes chevauchées et les coups de sabre sont toute volupté pour ceux que nous avons envoyés nous acquérir la terre d’Afrique, et qu’à vaincre l’étendue et les hommes, il n’y a matière qu’à un beau ges(e.
La réalité est autre, et si, au fond de l’âme, on garde la foi dans l’œuvre poursuivie, la tâche n’en est pas moins dure à remplir sous le soleil implacable. Si l’on est prompt à se mettre en selle, le moment arrive vite où il faut tendre toutes les forces de son corps et de son âme pour vaincre la lassitude. Si c’est comme un rêve que l’on poursuit, la brousse aux couleurs de feu ou aux marais glacés a tout ce qu’il faut pour le rendre sombre et souvent terrible.