I. Touaregs
pliqua que les Bourdams s’étaient entendus avec le chef, qu’ils ne lui prenaient rien, tandis qu’ils se contentaient de piller le pauvre peuple.
Et Mahmadou déclarait « que moi j’avais pas vu, que moi y avait pas cuisinier; mais que lui y avait vu, qu’il y avait beaucoup beurre là dedans. »
Ce qu’il y a de plus clair dans cette histoire, c’est la terreur sous laquelle les Touaregs tiennent ces populations.
Je viens de causer longuement avec le chef du villag-e de Karou. Depuis Ansong-o, j’ai retrouvé des fîg’ures amies.
A mon arrivée au villag'e, au moment où le soleil se couchait, j’ai vu venir le chef, suivi de jeunes g-ens dont trois portaient d’énormes paniers de riz. Je Tai remercié, mais je lui ai dit que dans les autres villag'es on m’avait aussi donné beaucoup de riz et que je ne pouvais mang'er tout celui qu’il m’apportait; que s’il pouvait me donner un peu de lait, cela me suffirait amplement. Il n’y en avait pas et l’on me donna une poule.
Ce chef était un vieillard à la démarche lente et g-rave. Lorsque je lui dis que j’allais dîner, il ordonna à la foule de s’éloig-ner, et je restai seul sur la berg-e.
La nuit s’avançait lorsque le vieux chef est revenu. Il était tout seul, avec un autre homme âgé qui le soutenait, et, loin de la foule qui m’entoure d’habitude, j’ai pu lui parler long-iiement.
Tout seul, avec mon interprète et ces deux hommes, j’ai tâché de leur dire pourquoi les Français venaient ici. J’ai essayé de leur expliquer que c’était uniquement pour les protég'er; qu’après les hommes de g-uerre, mon pays avait envoyé ceux qui devaient enseig-ner à profiter de la paix; que j’étais de ceux-là.
J’arrive au début de l’occupation, et la conquête n’a l’air que d’une délivrance. C’est une œuvre qui commence, et le soir, sur la berg-e, lorsque je dis ce que sont les Français
OU plutôt ce que je voudrais qu’ils fussent, je sens passer en moi quelque chose de très g-rave.
12 mars. — Firkou, neuf heures du soir.
A midi, j’ai changé mes hommes à Koutouga, et dans l’après-midi, j’ai chassé en gourmah Le long du fleuve, la plaine est légèrement ondulée. La végétation est la même depuis Bamba : elle est faite de mimosas et de cram-crams; cependant le sable semble un peu plus fertile, la brousse devient plus dense; au travers paissent une quantité de cobas. Ces antilopes ont la vie extrêmement dure. Elles n’ont jamais été chassées ici et elles ne fuient que de quelques mètres sous le coup de feu. Si elles s’éloignent à votre vue, c’est sans doute qu’elles vous assimilent à quelque fauve. On les blesse très souvent; mais il est très difficile de les avoir si on ne les tue du premier coup. J’en ai vu courir avec les entrailles pendantes ou une épaule fracassée. J’en ai tué une aujourd’hui grosse comme un bœuf; une balle l’a traversée dans le sens de la longueur.
En arrivant à Firkou, il faisait encore jour et j’estimai que je n’en avais pas pour plus d’une heure pour atteindre Dountzou. Il n’était guère plus de quatre heures. Cependant tout le village et l’équipage trouva que j’étais loin du port et que je devais coucher là. Comme d’habitude, tous les hommes m’entouraient. Aucun blanc n’a séjourné dans cette région; aussi tout ce que je possède fait l’étonnement des noirs. On débarque d’abord mon pliant : succès considérable de curiosité; puis la caisse qui me sert de table : ahurissement profond devant cet objet bizarre. Je vois le chef qui frappe un caillou pour allumer sa pipe; je frotte une allumette : stupéfaction de la population. Je distribuai