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CHAPITRE IX

Les relations des Haoussas avec la boucle du Niger.

Les conclusions économiques que nous pouvons tirer de notre voyag-e sur le fleuve et de notre séjour à Say concernent la production de ces pays et leur activité commerciale. On a pu voir, d’après notre récit, que les îles du fleuve, de Gao à Sansan-Haoussa, ne forment qu’un longruban de terre d’une richesse inouïe, peuplée d’une population très dense et très active. D’après le nombre et le volume des g-reniers à riz qui remplissent les îles, on peut évaluer leur production en g-rain à environ 100,000 tonnes.

Cette richesse en riz est inutilisable pour nous autres européens tant qu’un chemin de fer ne relie pas la côte au bief intérieur du Nig’er.

Dès maintenant, les îles du Nig’er donnent de très belles récoltes en coton. La qualité n’a rien de très remarquable : les fibres en sont courtes et peu solides. C’est le coton indigène qui pousse dans tout le Soudan ; mais rien n’empêche d’améliorer cette culture. Cette partie du Niger est sous la même latitude que les plaines de Ség’ou et de Djenné. Les tentatives que l’on pourra faire en ces rég’ions s’appliqueront aussi à ces plaines.

En somme, on pourra tirer des îles du Nig-er toute la série des produits tropicaux, et l’on aura affaire à des peuples qui se prêteront admirablement à toutes les modifications qu’on leur demandera d’apporter à leurs cultures.

Enfin, nous pensons que l’on devra profiter des g-randes commodités qu’offrent les îles pour l’élevag-e des autruches.

Ce qu’il y a de plus intéressant dans ce commerce, c’est la part qui en revient aux Haoussas.

Le moment est venu de parler des relations des commerçants de cette race avec notre Soudan.

On sait par Barth que, jusque vers i85o, il y avait un échang-e continu de produits entre les Haoussas et Tombouctou. Les produits qu’apportaient ces Haoussas étaient surtout les étoffes de Kano et de Sokoto.

Le tissu de ces étoffes est beaucoup plus serré que celui des étoffes de la boucle du Nig-er, et les bandes qui les forment sont plus étroites. Il semble toutefois que ce qui distingue ces étoffes aux yeux de l’indigène, c’est leur apprêt. Leur teinture est très épaisse; elle les rend très lourdes, et, par le foulage, leur donne un brillant bleuâtre rappelant celui de l’antimoine. Le plus ou moins d’éclat de ces teintures fait leur valeur aux yeux des acheteurs. Les articles que les commerçants haoussas livrent à la consomifiation sont de trois sortes : i°de grands boubous, généralement ornés de broderies assez fines composant une grande rosace sur le cœur, une autre dans le dos, et de longs triangles autour du cou et de la grande poche de droite; 2° des coupons d’étoffes de différentes grandeurs qui servent à fabriquer des culottes pour les hommes ou des pagnes pour les femmes ; S'" le bougué, dont tous les habitants des bords du fleuve se servent comme lithan pour se couvrir la figure. Ces deux dernières étoffes sont soigneusement enveloppées dans du papier bure et présentent cette particularité de servir de monnaie. Tous ces tissus sont teints à l’indigo. A côté d’eux se trouvent d’autres tissus aux couleurs variées et à la contexture moins raide qui forment des pagnes et surtout de très belles culottes.

Ces différents tissus se vendent actuellement aux prix suivants : les beaux boubous, qui valent à Say 3o ou 4o francs, sont payés à Tombouctou de 100 à i3o francs; les pièces d’étoffe dont on fait les culottes coûtent à Say

i5 francs et se vendent à Tombouctou [\o francs; enfin, les boug’ués, qui valent à Say 6 francs, sont payés 26 francs à Tombouctou.

A côté de ces tissus, les commerçants haoussas apportaient à Tombouctou les plumes d’autruche et les dents d’éléphant qu’ils achetaient le long de leur route jusqu’au Hombori. Ils échangeaient leurs produits contre le sel de Tombouctou, l’apportaient, en partie, dans le Haoussa, et, en partie, l’échangeaient dans la boucle contre les animaux qui y vivent. L’itinéraire suivi était Say, Dori, Hombori, Tombouctou.

Dans la seconde partie de ce siècle, les rapports entre Tombouctou et le Haoussa se sont d’abord ralentis, puis ont dévié. Les troubles qui ont agité la boucle du Niger pendant cette période ont rendu à peu près impossible le passage des riches caravanes haoussas dans ce pays.

N’osant plus aller à Tombouctou, les Haoussas se contentèrent d’échanger leurs marchandises à Dori et iJs s’arrêtèrent même quelquefois à Sansan-Haoussa. Les échanges eurent désormais lieu d’un marché à l’autre, et les grandes caravanes haoussas disparurent presque complètement du nord de la boucle du Niger. A Tombouctou, on se souvient encore des anciennes relations avec le Haoussa, mais on ne trouve plus personne qui soit en rapports directs avec ce pays.

Le trafic des Haoussas, dans le nord de la boucle, comprend actuellement trois étapes : Say, Sansan-Haoussa, Dori. A première vue, on ne comprend pas, très bien la coexistence de ces deux marchés, Say et Sansan-Haoussa; elle s’explique ainsi :

Autrefois, Say était une très grande ville; on en trouve des vestiges sur 2 kilomètres carrés. Vint la période des troubles, et Say fut tour à tour pillée par les Touaregs et les Djermabés. Par suite de circonstances assez difficiles à expliquer, la région où se trouvait Sansan-Haoussa restait

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calme et peu à peu un marché se constituait dans ce dernier villag-e. C’est là une raison; ce n’est ni la seule ni la principale. Sansan-Haoussa est, pour les commerçants, sur le chemin de Dori. La route directe de Say à Dori est en efïet très pénible, comme on pourra en jug’er par le récit de mon ^'^oyage dans cette rég’ion. Pendant la saison sèche, il n’y a pas d’eau entre les étapes, et quelques-unes sont fort long'ues; pendant la saison des pluies, ce n’est plus qu’un vaste marécag-e. Depuis Sansan-Haoussa on ne met que cinq jours, au lieu de dix, pour aller à Dori. Une chose, du reste, entretient le marché de Sansan-Haoussa; c’est le commerce des bestiaux. C’est là que les Haoussas vont en acheter; car, à Say, il n’y en a pas assez pour qu’on en fasse le trafic. Dans les environs de Sansan-Haoussa se trouve une tribu touareg* qui, par un heureux hasard, n’est pas essentiellement pillarde. Ce sont les Touareg's de Zeidou dont j’ai déjà parlé : ils fréquentent beaucoup le marché ; les Haoussas sont heureux de les trouver là, car ce sont eux qui amènent en g-rande partie sur le marché les animaux qu’ils échang'ent contre les lithams et les étoffes haoussas. Ils servent d’intermédiaires à leurs confrères du désert. Ce n’est, en général, qu’au retour que les Haoussas écoulent à Say ce qu’ils n’ont pas vendu. Autrefois, le mécanisme des échang’es était le suivant : les Haoussas apportaient leurs étoffes; on les leur achetait contre des cauris. Les cauris, que depuis Tombouctou l’on ne voit plus le long* du fleuve, reparaissent, en effet, à partir de Sansan-Haoussa. Avec ces coquillag'es, les Haoussas achetaient des bestiaux et des esclaves^ et les ramenaient dans leur pays. Depuis un certain temps, les cauris ont été drainés vers le Haoussa et il est fort difficile de s’en procurer. Notre résident de Say en a fixé le cours à 5 francs les quatre mille; mais ce cours est tout a fait fictif. Il y a là une g’rande g*êne pour tout le monde. J’ai dit que l’on a essayé d’y remédier en apportant de nouveaux cauris.

A Say et à Sansan-Haoussa, comme partout au Soudan, la plus grande partie des transactions a lieu dans les cases. Sur le marché ne se tiennent que les marchands de denrées alimentaires. Les commerçants s’y promènent, et, lorsque quelqu’un se propose de leur acheter leurs produits, acheteurs et vendeurs se dirigent vers les cases qui leur servent de magasins provisoires.

L’importance actuelle du marché de Say est infime ; celle de Sansan-Haoussa est beaucoup plus considérable. Cette importance doit et peut s’accroître dans une large mesure. Notre occupation doit avoir pour effet de faire disparaître les troubles qui ont fermé les routes. Je n’ai pas rencontré, de Tombouctou à Say, un seul commerçant qui ne m’ait dit que maintenant que les Français avaient ouverts les chemins, ils allaient les suivre. Ce qu’il faut nous demander, c’est si les relations avec le pays haoussa ne vont pas de ce fait reprendre sur une grande échelle, si l’ouverture de la vole fluviale ne va pas les faciliter, et surtout si, de notre Soudan, on ne pourrait pas envoyer les marchandises françaises sur les marchés de la rive gauche orientale du Niger.

Je crois que rien ne peut être favorable au développement économique de notre Soudan comme la reprise de l’activité commerciale des Haoussas. Ces commerçants représentent une classe tout à fait supérieure de la société africaine, à côté des Trlpolitains et des Marocains, bien au-dessus des Dioulas du Sud et des Maures.

Les produits apportés de leur pays par les Haoussas acquièrent une grande valeur sur les marchés du haut Niger et du Sénégal. Ceux qu’ils en rapportent sont très prisés du Sokoto au Tchad. Une couverture de Ségou qui vaut sur place de 9 à 1 1 francs se vend à Kano, m’a-t-on dit, 100,000 cauris c’est-à-dire i5o francs.

Si j’attribue de l’importance à l’accroissement du commerce haoussa, c’est que je suis persuadé que les pays

haoussas, du Nig’er au Tchad, peuvent devenir un gfrand débouché pour nos produits.

Des Tombouctou, j’ai constaté que certains commerçants indiq’ènes de cette ville ont l’intention de commercer le loncf du fleuve au moyen de marchandises européennes. Ils font le raisonnement suivant : les centres haoussas sont desservis en marchandises par Tripoli. En temps normal, les caravanes, qui passent par Rhadamès pour aboutir à Kano, mettent quatre mois pour venir de la côte. Actuellemenb par suite des troubles qui agitent les centres du désert, on ne peut venir en moins de neuf mois. En outre, en tous temps, les caravanes ont a payer des droits de passag'e très élevés à Rhadamès et dans TAïr.

Pour ces deux raisons, les commerçants de Tombouctou, dont je résume l’opinion, pensent qu’en apportant par le fleuve des marchandises aux points où les Haoussas viennent rejoindre le Niger, ils pourront leur céder ces marchandises a des prix plus avantag’eux qu’ils ne le peuvent en usant de la voie Tripoli. Les commerçants de Tombouctou ne connaissent pas la présence, sur les marchés haoussas, de marchandises venant de la côte occidentale. L’un d’eux, le Tripolitain Milao, m’a assure qu’a la saison prochaine il enverrait un agent à Gao pour faire un essai, et qu’ensuite il se mettrait en rapport avec Say.

Cette possibilité de faire concurrence à la voie Tripoli- Kano me paraît d’autant moins utopique que, comme nous l’avons vu, la voie saharienne vers Tombouctou a été très vite abandonnée pour la route de la côte occidentale. La voie Tripoli-Kano est bien plus long'ue, plus coûteuse et plus périlleuse que la voie du Maroc à Tombouctou.

C’est une tout autre question que de savoir si les marchandises apportées par le haut fleuve pourraient faire concurrence aux produits ang-lais de la côte occidentale. Les Haoussas vont, en effet, chercher les marchandises européennes aux comptoirs fondés par la Compagnie du

Nig'er à Eg'g'a, et ils les rapportent à Kano et à Sokoto. Or, tous ceux que j’ai rencontrés m’ont dit que s’il était possible de trouver des marchandises « de blancs )) a Say ou à Sansan-Haoussa, tous les marchands haoussas viendraient les chercher dans ces marchés et non chez les Ang’lais. Pour eux, en effet, Say ou Sansan-Haoussa sont beaucoup plus accessibles que les comptoirs ang’lais, la distance à parcourir est moindre et la route est plus aisée et plus sûre. Les Haoussas m’ont dit que, lorsqu’ils n’etaient pas pillés, de Kano à Eg’g'a, ils étaient obliges d’abandonner la moitié de leurs marchandises aux chefs des régions qu’ils traversaient. De Kano à Say ou à Sansan-Haoussa, à condition d’éviter les pays Djermabés, ils venaient sans encombre et avec toutes leurs marchandises. En outre, les Anglais ne sont pas très aimés dans ces pays qu’ils ont cependant réclamés comme ayant demandé leur protectorat, et les marchands haoussas ne vont pas volontiers chez eux.

Les Haoussas viendront donc chercher nos produits a Say et à Sansan-Haoussa; reste à savoir si nous pourrons les leur amener.

Au point de vue matériel, je n’hésite pas a dire qu il n y a aucune difficulté.

Après le passage de la mission Hourst, on aurait pu croire que c’était chose impossible. M. le commandant Hourst écrit dans son livre : (( Un simple coup d’œil jete sur notre carte prouve que le fleuve n’est réellement, pratiquement navigable que jusqu’à Ansongo. Plus bas, c’est un enchevêtrement inextricable de rochers, d’îles, d’ecueils, de rapides... On m’a riposté : Vous y êtes bien passé. Certes, mais je crois que le tour de force que nous avons accompli, grâce à notre heureuse étoile et avec les plus grandes difficultés, ne se recommencerait pas une fois sur trois. Encore descendions-nous, remonter serait autre chose... C’est se lancer dans une voie mauvaise que d’avoir la prétention d’alimenter de marchandises les régions centrales, d’en écouler

lôs produits par l’utilisation totale de la voie fluviale... »

Quatre fois depuis, de lourds chalands ont suivi cette , route. Le convoi de la mission Voulet a apporté à Say 3o tonnes de marchandises; le ravilaillement de la rég-ion a été conduit par M. le capitaine Grandery et M. le lieutenant Salaman. Il y avait 48 tonnes, ce qui représente, en articles d’échang-e, une valeur de 5oo,ooo francs, c’est-àdire un stock de marchandises plus considérable qu’il n’est nécessaire d’en conduire annuellement en ces points pour y commercer. Il n’est pas arrivé un accident; les marchandises n’ont pas subi une avarie depuis Koulikoro. Deux fois, M. le lieutenant Salaman a fait remonter le fleuve à ces chalands, et il faut croire que la « bonne étoile » de la mission Hourst l’a protég-é aussi, car il a exécuté sans encombre ce programme réputé irréalisable. La plupart des difficultés qu’a éprouvées la mission pour descendre le fleuve venaient de ce qu’elle n’a pas pu prendre de g-uides. Le commandant en appelle au premier qui passera pour témoig’ner de cette innavig-abilité du Niger. Pour moi, je n’hésite pas à dire que de novembre à mars on peut amener sans accidents, de Tombouctou à Say, des embarcations de 6 tonnes à la seule condition de se fier aux pirog’uiers du fleuve.

SI mon voyag’e de Tombouctou à Say peut démontrer une chose, c’est qu’on peut considérer celte partie du fleuve comme ouverte à notre libre navig’ation. Pour que cela dure, il faut continuer résolument sur le fleuve la politique si mag’istralement inaug’urée par le colonel Klobb.

Le commandant Hourst veut prouver que, sans la permission des Touareg's, il sera impossible de circuler sur le fleuve et que l’on doit respecter leur situation sur le Nig’er. On n’a g-uère pactisé avec les Touaregs dans ces dernières années, et cependant on a vu la façon dont s’est effectuée ma descente sur le fleuve; c’est que, comme je l’ai montré^ à côté des Touaregs des rives, il y a les habitants du fleuve. Il

faut qu’ils vivent indépendants de leurs oppresseurs, qu’ils puissent, grâce à la paix, mettre leurs terres en valeur. Il est néfaste de dire qu’il faut laisser le fleuve aux Touaregs et que l’on ne doit pas essayer de passer, comme il est exagéré de dire que le Niger en ces points ne peut rien rapporter et que les Touaregs seuls peuvent nous être utiles.

Je ne veux pas prétendre ici qu’il faut poursuivre l’extermination des Touaregs. Je reconnais autant que personne les qualités de ces races. On a inauguré à leur égard une politique; il faut la suivre, et cela est facile. Les Touaregs viennent se ravitailler au fleuve; il suffira de les en empêcher. Sous peine de mourir de faim, ils seront obligés de se soumettre. Et de même que certaines de leurs tribus ont fait une soumission réelle, de même les autres apprendront peut-être, peu à peu, à vivre en dehors du pillage, grâce aux ressources de leurs troupeaux.

S’il est matériellement possible de passer par cette voie du haut Niger, ne sera-t-elle pas trop cofiteuse ? Je ne le pense pas. Tout le long du fleuve, on peut échanger* des marchandises; ce trajet ne sera donc pas improductif et les bénéfices que l’on fera compenseront largement les dépenses de la route.

Si je ne parle que du coût du transport sur le fleuve, c’est que j’estime que le prix du fret de la mer au Niger ne dépassera pas celui de Konakry aux comptoirs intérieurs de la Compagnie du Niger. Du reste, si l’on examine les choses de près, on voit que le coût du transport fluvial n’affecte pas dans de grandes proportions le prix des marchandises européennes. Si l’on admet, par exemple, que le coût de transport de la tonne de Kouroussa à Say soit de 100 francs, ce qui est un très gros chiffre, on remarque que cela n’affecte le prix d’une pièce d’étoffe de 3 kilogrammes que de 33 centimes. Sur les marchés de l’Afrique centrale, les produits européens sont toujours d’un prix élevé, et il

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n’y a rien d’exagéré à admettre que l’on puisse vendre la pièce de g-uinée à Sansan-Haoussa ou Say 12 francs, prix auquel elle est cotée à Tombouctou. Les 33 centimes que l’on fera payer en supplément seront très peu de chose, eu ég-ard aux avantag-es qu’auront les Haoussas à venir s’approvisionner sur nos marchés et non chez les Angolais : il faudrait que ceux-ci abaissent leurs prix dans une très larg-e mesure pour nous faire une concurrence avantag-euse.

Des deux points d’où notre action économique pourra rayonner sur l’Afrique centrale par le fleuve, j’estime que le plus important est Sansan-Haoussa. Cette ville offre d’abord sur Say l’avantag'e de son importance actuelle. Pour le moment, le marché de Say est bien restreint, et si l’on veut admettre qu’il reprendra son ancienne valeur, ce ne sera pas avant de long-ues années. En outre, Sansan-Haoussa est sur le chemin de Dori : les marchandises que l’on y amène y seront à six jours seulement de ce g’ros marché qui dessert tout le nord-est de la boucle. Dori est actuellement le but des Haoussas qui passent sur la rive droite du Nig'er. C’est en ce point que l’on se mettra le plus facilement en rapport avec eux. Lorsque nous serons installés à Sansan-Haoussa même, et il y a lieu de le faire sans tarder, nous aurons à notre disposition un point d’où, bien plus que de Say, nous pourrons faire rayonner notre activité économique.

Pour les commerçants indig’ènes, ceux de Tombouctou, par exemple, le commerce avec ces rég’ions sera fort aisé. Une marchandise suffira à l’alimenter : le sel. Il n’y en a point d’Ansong-o à Say où une barre de sel vaut près de 100 francs. Et le sel de Taodéni ferait très bien concurrence sur les marchés du Sokoto au sel qui y arrive des autres points du Sahara. En échang-e, les commerçants trouveront les tissus haoussas, par exemple, dont ils pourront faire un très g’rand nég’oce.

Bien certainement, je ne considère notre action sur le Sokoto par le haut Nig'er comme possible que lorsqu’un

chemin de fer reliera le haut fleuve à la côte. Dans les premiers temps il faudra ag-ir avec prudence, et la g-rosse question sera celle des marchandises d’échang-e. Je pense, toutefois, que l’on trouvera un stock assez considérable de plumes d’autruche et d’ivoire : ce sont justement les marchands haoussas qui les apportent à la Gompag-nie du Nig’er. Il y a là une série de questions que seules pourront éclaircir les tentatives commerciales. C’est déjà beaucoup d’avoir pu constater que leur réalisation n’a rien d’impossible.

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