CHAPITRE XIII
L’activité économique des pays du centre de la boucle du Niger.
M. Bing-er n’a pas rapporté de son voyage un excellent souvenir de l’activité économique des Mossis. Cela vient probablement de ce qu’au moment où il voyageait dans la boucle du Niger les Mossis étaient en proie à des luttes intestines, et les guerres d’esclaves que se faisaient entre eux les chefs de ce pays ne permettaient guère un mouvement commercial de quelque importance. D’un autre côté, l’alcoolisme de la plupart des Mossis ne peut que laisser l’impression d’une race dégénérée.
Aux facilités de commerce qu’a apportées la paix, nous verrons que depuis quelque temps il s’est ajouté une nouvelle cause d’activité pour les pays du centre de la boucle.
En étudiant le commerce de Tombouctou, nous avons vu que la plupart des kolas et des bandes de coton qui arrivent dans cette ville, ainsi qu’un stock assez considérable de fer, proviennent du Mossi ; le tout est échangé contre du sel.
Jusqu’à ces derniers temps, c’était avec des captifs que les Mossis se procuraient les kolas sur les marchés en relation avec les pays de production, parce que le sel de Taodéni était d’un prix trop élevé pour pouvoir lutter sur ces marchés avec le sel marin qui venait de la côte.
Dans ces dernières années, ce commerce s’est transformé. Depuis l’établissement des Anglais dans l’arrièrepays de l’Achanti, ceux-ci ont eu besoin pour leur alimen-
(Dessin de Joseph de La Nézièhe, d’après les documents de l’auteur.
stlil LÈS ROUTES RU SOUDAN. â4l
latioii d’un nombre assez considérable d’animaux de boucherie. Les terres qu’ils occupaient ne jmuvaient les leur fournir. Les troupeaux du centre de la boucle ont trouvé là un imporlant débouché.
Les indig-ènes qui s’adonnent au commerce ont donc à traiter avec les marchandises suivantes : sel, captifs, kolas, animaux domestiques, produits divers du Mossi, bandes de coton, fer. Ce commerce s’exerce du nord au sud d’une faÇj^on très definie que l’on peut analyser succintement ainsi :
Les Mossis se rendent charg-és de kolas dans le nord, soit qu’ils aillent jusqu’à Tombouctou, soit qu’ils s’arrêtent dans les differents marches de celte région situés entre Djibo, Hombori et le Niger. La, ils échangent leurs kolas contre du sel et s en reviennnent dans leur pays. Avec leur sel, ils se procuraient autrefois des captifs; c’était le seul article demandé sur les marchés de kolas; aujourd’hui, ils achètent, en outre, des bestiaux ; ils les conduisent dans le sud, se procurent de nouveaux kolas et recommencent l’opération.
On peut aisement se rendre compte des bénéfices que ces commerçants peuvent ainsi réaliser. Supposons qu’un Mossi prenne sur les marchés du sud une charge de kolas (2,5oo). Lors de notre passage à Wagadougou, les kolas valaient en moyenne o fr. lo c. pièce. On peut en déduire que les marchands mossis se procuraient sur les marchés de kolas une charge pour i5o francs. Rendue à Tombouctou, cette charge augmente considérablement de valeur. On peut fixer le prix moyen actuel des kolas sur ce marché à O fr. 25 c. la pièce. Parfois le prix subit une hausse extraordinaire : on est allé jusqu’à les payer i franc pièce; mais ces prix-là ne profitent qu’aux commerçants de Tombouctou; ils sont simplement un effet de la spéculation.
Sur une charge de kolas, il n’y en a guère plus de deux mille qui restent en bon état apres un si long voyag'e. A
raison de o fr. 26 c. la pièce, c’est donc une somme de 5oo francs que le Mossi a réalisé après avoir écoulé sa marchandise; avec cela il achète du sel. La barre vaut en moyenne 26 francs ; il peut donc s’en procurer vingt bai res. Rendues dans le Mossi, ces barres valent à peu près 5o fr. chacune, soit i,ooo francs qu’ont rapporté les ibo francs de première mise.
Avec ce sel, les commerçants se procuraient autrefois des captifs qui, lors du voyag-e de M. Binger, valaient de 70 à 80 francs. Ils ont beaucoup augmenté de valeur depuis. Les commerçants achètent maintenant des moutons, des bœufs. Dans le Mossi, un très beau mouton vaut 3 francs et un bœuf de 4o à 5o francs. Sur les marchés du sel, ces moutons valent 8 francs en moyenne et les bœufs de 80 à 100 francs. Notre marchand licjuide donc son operation en revendant ses bêtes près de 2,5oo francs.
Il faut déduire de cette somme les frais de route , mais il ne dépasse guère 200 francs, même en tenant compte des animaux ejui ont péri.
Nous faisons cette évaluation en francs et non en cauris parce qu’il nous faudrait entrer dans le détail des différentes valeurs de cette monnaie.
On le voit, le bénéfice de l’opération ne laisse pas que d’être très considérable; aussi, dans tous les villages du centre de la boucle du Niger on s’est adonné à ce commerce.
Wagadougou n’est point, comme on pourrait le croire, la capitale commerciale du pays. Son commerce est même inférieur à celui de la plupart des autres villages du Mossi. D’après M. Binger, le nabab Sanou qui vivait alors à Wagadougou était seul responsable de cet état de choses. Les commerçants qui traversaient cette ville avaient à se soumettre à ses exigences, qui étaient fort dures. Aussi évitaient-ils avec soin Wagadougou. Encore actuellement, le marché de la ville n’est pas devenu ce qu’il devrait être
depuis notre conquête. Il n’est guère qu’un cabaret en plein air.
Cependant, W^agadoug’ou est l’orig'ine d’un mouvement commercial assez intense qui suit surtout la g-rande artère de communication qui va de Léo à Bandiagara par Wag’adoug’ou et Wahig’ouya.
Lors du voyag-e de M. Bing-er, par suite des troubles du Gourounsi, les marchands se dirig-eaient vers les marchés du Sud par des voies très diverses pour atteindre Oual- Oualé, Gambaka, Yendi et Salag'a. Suivant qu’une route était plus ou moins sûre, ils la prenaient ou l’évitaient. Notre etablissement, quoique tout récent, a déjà rendu plus g’rande la sécurité des routes.
Les marchands quittent les territoires qui sont soumis à notre influence en deux points : Teo et Tenkodog-o.
De Tenkodog’o, la plupart se dirig-ent vers Gambaka et Salag'a.
Léo est devenu un marche fort important 5 les marchands du Mossi ne le dépassent généralement pas.
Sur ces divers marches, ils écoulent leurs troupeaux que de nouveaux marchands vont vendre aux postes anglais ou dirigent vers la côte. C’est aussi sur ces marchés qu ils prennent les kolas qui arrivent soit de la région du Salaga, soit surtout de Kintampo.
La plus grande partie des marchands se dirigent au nord, vers Bandiagara et Tombouctou. Cependant, nous avons vu qu’un certain nombre se rendaient à Dori; ils trouvent la le sel et ils peuvent écouler des kolas.
Il semble que Kaya et Ponsa sont les points où finit la partie du Mossi qui est en rapport avec le Litpako. Sur la route de Dori à Wagadougou, qui passe par Boiissono, nous avons trouve jusqu’à Kaya, en grand nombre, des marchands allant a Don ou en revenant. Ceux qui en revenaient ramenaient presque tous des troupeaux de moutons. Apres Kaya, il nous a paru que tout le mouvement se diri-
g-eait siiP Wagadoiig’oii, Léo ou Tenkodogo, ou bien pai Yako, sur Wahigou-Ya et Bandiagara.
La modification la plus importante que la vente des animaux domestiques dans le pays anglais a fait subir au régime économique des pays que nous étudions en ce moment, le Mossi, le Yalemga, le Kipirsi, le Gourounsi, c’est que tous les villages se sont adonnés à ce commerce.
Malgré cette espèce de généralisation du négoce et bien que les marchés du Mossi ne soient en général que des sortes de bars publies, il n’en est pas moins vrai qu’il y a certains points, en particulier dans le Mossi, qui sont en quelque sorte des centres commerciaux.
Nous avons fait observer que Wagadougou n’avait point l’importance économique qu’on lui attribue en général. Cependant, depuis notre occupation, le marché de cette ville se développe, un peu du fait de nos tirailleurs et
de nos spahis qui l’achalandent.
Les marchés importants sont Kaya, Yako, Pomsa et
Mané.
A côté des denrées alimentaires, on trouve sur les marchés du Mossi un assez grand nombre de productions locales : les plus remarquables sont les chapeaux de paille que portent tous les Mossis, de très jolies corbeilles de toute forme, des couteaux, des articles en fer, des tissus indigènes
et quelques articles européens.
Les indigènes du Mossi sont assez ingénieux; mais c’est sur les harnachements de chevaux qu’ils portent tous leurs soins. Leurs chevaux disparaissent absolument sous les couvertures et les ornements dont il les affublent. Le harnachement est formé par des pièces de drap rouge de piovenance anglaise sur lesquelles sont des applications de cuir blanc; il y a ainsi : un tapis de selle, un grand tapis que l’on met sur la selle, un devant de poitrail. Les bottes , du cavalier montent jusqu’à la cuisse et sont formées également de drap rouge couvert des mêmes ornementations. Le mors
et la bride sont en g-énéral en cuivre ouvragé. Les étriers sont très g-rands et couvrent tout le pied. Le plus souvent, des deux côtés des oreillères et sur les flancs du cheval, sont des bassines en cuivre.
L’équipement d’un g-rand chef est quelquefois fort riche, et il n’est pas rare que les pièces en métal soient en arg-ent. Ces équipements ne sont pas fabriqués dans un seul village : chacun d’eux a sa spécialité. Sur les marchés, on trouve quelquefois de ces ornements; mais, en g-énéral, il faut les commander aux fabricants et on ne les a qu’après un temps très long-.
En outre, les artisans sont tous captifs et l’on n’obtient d’eux quelque chose qu’en le demandant à leur maître.
A côté des articles de sellerie, on trouve, au Mossi, en dehors des bandes de coton, d’assez jolis tissus indig-ènes et même de fort beaux boubous et des pantalons brodés. Il faut ajouter que c’est là, en g-énéral, l’œuvre des tailleurs Iiaoussas.
M. Bi nger a expliqué comment il se trouvait dans les terres de la rive droite du Nig-er des colonies de Haoussas. Elles sont en relation avec leur pays d’origine par une ligne qui passe par Gombou. C’est par là qu’ils apportent leurs produits dans cette partie des terres du Nig-er, et notamment leurs tissus de Kano et de Sokoto dont nous avons déjà parlé. Ils échang-ent ces tissus contre des kolas.
Lorsque M. Bing-er a voyag-é dans le Mossi, il n’a point trouvé de marchandises européennes dans ce pays. Depuis, les choses ont chang-é.
Les produits européens arrivant au Mossi des deux points du g-olfe de Guinée proviennent des tissus imprimés, de la quincaillerie et de la passementerie. De Médine, de la guinée et des cotonnades blanches. C’est à Salag-a que les marchands des pays du sud de la Boucle vont chercher les produits qui arrivent des établissements du g-olfe de Guinée. M. Bing-er avait pensé que Salag-a cesserait bientôt
d’être un entrepôt important de marchandises. Depuis que les européens ont pénétré dans l’intérieur, la situation de cette ville s’est au contraire améliorée. Il s’y est établi des représentants des comptoirs de la côte et les marchandises européennes y arrivent en grand nombre.
Pour les pays qui nous intéressent en ce moment, c’està-dire ceux qui sont soumis à notre influence, Salag'a a deux satellites : Gambaka et Léo. Les habitants du Mossi ne vont plus g'uère jusqu’à Salag'a.
On a l’habitude de considérer les comptoirs du g-olfe de Guinée, en particulier ceux de la côte d’Or comme fournissant les produits européens à toute la boucle du Niger. G’est là une opinion qui est très répandue, mais contre laquelle on ne saurait trop s’élever. On explique qu’il s’est établi un courant commercial très fort du Sud vers le Nord, que les indig-ènes se sont habitués aux marchandises venues de la côte d’Or, et que, par conséquent, on ne pourra pas combattre cette importation par des marchandises suivant une autre voie; que, d’ailleurs, les indigènes ne voudront pas de ces marchandises, parce qu’une fois qu’ils sont habitués à un produit ils n’aiment pas à en chang-er.
Ces deux conclusions sont très fausses en elles-mêmes. En Afrique occidentale comme partout, les mouvements commerciaux se déplacent lorsqu’il y a des raisons d intérêt, et nous en avons vu deux exemples : la voie Médine- Nioro-Tombouctou supplantant la voie du Sahara, la voie Tombouctou-Hombori-Dori abandonnée par les marchands de produits européens qui se rendaient à Dori et qui ont trouvé plus simple de partir de Bandiagara des qu ils 1 ont pu. D’un autre côté, il ne faut pas exag-érer la ténacité des commerçants indig'ènes a reclamer certains produits^ alois ({Li’ils peuvent s’en procurer d’autres plus avantag’eux. Il est vrai que quand ils connaissent une marque ils lui donnent la préférence, mais c’est parce qu’ils en connaissent
les qualités et savent quelles en sont les conditions de vente dans les pays qu’ils parcourent.
Du reste, 1 influence du commerce de la côte de Guinée sur celui de la Boucle est très faible 5 on ne trouve g’uère trace de produits européens venant du Sud, exception faite pour les fils de cotons teints, que nous avons retrouvés à Dori et dont nous avons constaté quelques importations à Tombouctou. Dans le Mossi et le Kipirsi, ces marchandises ne dépassent g-uère Wagadoug-ou, et elles sont tout à fait spéciales en ce sens qu’il est impossible aux commerçants indigènes de les trouver dans nos comptoirs. Ce sont, par exemple^ les bassines qui entrent dans le harnachement mossi, les pièces de drap rouge qui y figurent également, les embrasses de rideau que Ton transforme en dragonne de sabre et surtout les étoffes imprimées.
Les autres articles d importation européenne arrivent dans les pays du centre de la boucle du Niger depuis Ségou ou Bandiagara. Les relations avec Ség'ou semblent assez récentes; mais elles se développent de plus en plus : c’est ainsi que Ton trouve dans tous les villages des couvertures de Ségou. Les couvertures valent 26 francs. Les dioulas de Ségou rapportent des kolas, en échange de leurs produits européens. La voie suivie par eux passe par Yako et par San. Ségou n’est guère plus loin du Mossi et du Gourounsi que Salaga. La seule chose qui favorise Salaga, c’est que les Mossis ont, pour acquérir ce qui s’y trouve, une marchandise d’échange toute trouvée : les bêtes à corne.
Nous n avons pas a nous préoccuper de ce qui se passe dans les pays situés au sud de la Boucle. Les pays Baribas sont isolés par leurs montagnes et leurs marais. La seule communication qu’ils aient avec les terres de TOuest vient de l’achat des kolas ; mais cela se passe dans cette bande intérieure de 5oo kilomètres de large qui longe la côte et dont nous n avons pas a nous occuper, parce qu’elle dépend de cette cote. Ce sont les comptoirs de la Compagnie
du Ni"ei' ([ui founiissenl les marcliandlses em-opeennes.
Nous venons de parler particulièrement du Mossi ; mais il faut remarquer qu’au point de vue de la nature de la population, des terres et des cultures, tout le plateau u centre de la boucle du Niger ne forme qu’un tout. Le Mossi, le Gourounsi, le Yatenga et le Kipirsi ne doivent cire distingués en somme que pour des raisons purement iislo
riqiies. .
Jusqu’à ces temps-ci, on a considéré le Kipirsi commue un
massif montagneux inaccessible et très peu peuple. Gelait une grande erreur. 11 n’y a dans le Kipirsi ipie des soulèvements ferrugineux qui émergent, pour ainsi dire, tout à coup de terre, mais qui laissent tout autour d’eux des p aines très fertiles. La densité de la population est aussi granc e que dans le Mossi. Les populations du Gourounsi sont peut-être un peu plus primitives que celles du Mossi, probablement parce qu’elles se trouvent plus au sud ; elles n en diffèrent que par là, et, quant au Yatenga, il m’a ete impossible de le différencier de ce que l’on est convenu d appeler
le Mossi.
J’ai trouvé à Wagadougou le capitaine Amman et le D' Lefel. Us ontdi'i, pendant cette dernière année, accomplir une œuvre vraiment considérable dans le Mossi. Après les raids de la conquête, les forces de ce pays, dont la popu alion est si dense, étaient à peine enlairiées. Le résident e u Mossi, avec des forces infimes, devait en entreprendre la
pacification.
Ici, le mot de pacification devait être pris dans sou sens propre : le but de notre conquête dans ce pays devait être d’arrêter les guerres iiitesliiies qui le dévastaient, les ehe s employant toutes leurs forces à faire des razzias de captils les uns chez les autres. Pour ramener le calme dans ces pays, le capitaine Amman dans le Mossi, le capitaine Morvan dans le Gourounsi et le capitaine Uouliq dans le Yatenga durent mener eux aussi, pendant des mois, l’exia-
leuce de coureurs de roules. Et ces trois hommes étaient les seuls officiers chargés d’occuper un territoire grand comme es trois quarts de la France. Dans le Mossi, où la tâche était particulièrement difficile, le capitaine Amman eut le bonheur d’avoir comme compagnon le D' Lefel. Lefel avait lait un premier séjour de trois ans dans le sud de la boucle c U Niger, d ou il était revenu presque mourant, mais connaissant à fond la langue de ce pays et ses mœurs. Avant d arriver à Wagadougou, il avait passé un an à Say. Lorsqu il était arrivé dans le Mossi, il connaissait donc parfaitement le Soudan et il fut, pour le capitaine Amman, un conseiller de tous les instants, remplissant du reste plus souvent sou métier de soldat que celui de médecin.
Dans ce pays féodal du cenli-e de la boucle du Ni-er il importe autant de faire œuvre de diplomate profond que
la 31 e g-iierner. Liant donné Ja faiblesse des moyens dont
disposaient les officiers (en tout, à peu près deux cents
ommes quand je suis passé), ils avaient continuellement à
aire preuve du plus grand tact, et lorsqu’ils avaient à
montrer leur force, je peux le dire parce que ce sont des
modestes et que je les ai vus à l’œuvre, fis devaient être des héros.
Il m’est resté de Wagadougou comme deux visions bien caractéristiques du pays mossi : le marché et un tam-tam.
A deux pas du poste, sous de grands arbres, sont ces
hangars bas et plats qui sont le propre des marchés du Mossi.
Un vacarme épouvantable nous avertit qu’il se passe là que que chose d’extraordinaire. Et, en effet, sous les arbres sous es toits de paille, sont les buveurs de dolo. Des groupes sont formés autour de grandes calebasses et de eanans^ pleins du liquide doré. Nul moyen de distinguer e marchand ou la marchande; tout le monde boit. De temps