QUANTITÉS ; VALEUR
QUANTITÉS
VALEUR
QUANTITÉS
VALEUR
QUANTITÉS
VALEUR
Fil de coton. . (kilos)
Guinée de France, (pii'ccs)
de ITnde .
— d’Angleterre ....
— Relgi(iuc et Holi.
Tissus de colon, France.
— Etrang.
( Fils. . .
f Tissus.
vente à crédit. Ils confient aux commerçants indig’ènes un certain stock de marchandises et ceux-ci, après les avoir écoulées dans le. Soudan, rapportent aux comptoirs leur valeur en espèces. Ce système ne peut naturellement s’appliquer à la multitude des petits commerçants, mais seulement à ceux d’entre eux qui peuvent inspirer une certaine confiance. Il demande beaucoup d’habileté et une gfrande connaissance des noirs. Voici, avec quelque détail, comment il est pratiqué.
Les comptoirs fondés par les maisons sénégalaises se nomment, en lang-ag'e de la côte, des « opérations ». Ce ne sont pas de simples succursales. Ceux de la côte prennent aux maisons mères des marchandises qu’ils doivent rembourser à une époque déterminée et à un certain taux. La plus-value qu’ils réalisent est pour eux. Il en est de même pour les comptoirs de l’intérieur qui dépendent directement de la maison mère , située g-énéralement à Bordeaux. La maison fait payer aux comptoirs tous les services qu’elle leur rend, par exemple, les transports. Au reste, les capitaines des vaisseaux qui vont de Bordeaux à Saint-Louis ou à Kayes ont eux aussi « une opération » pour toute la partie commerciale dont ils sont charg-és. Par exemple, il est de tradition que les postes de l’intérieur donnent aux capitaines, au prix d’achat, les fauves qu’ils se sont procurés, et les capitaines g-ardent les bénéfices qu’ils font en les vendant aux ménag’eries d’Europe : bénéfice très aléatoire, soit dit en passant, à cause des difficultés du transport.
On le voit, les maisons de Bordeaux n’entrent pas dans le détail des ventes de « l’opération », elles ne sont pour ainsi dire que des commissionnaires en marchandises, fournissant à crédit.
Chaque comptoir, à son tour, a un certain nombre de gTos commerçants noirs attitrés, à qui il confie les marchandises dans des conditions analog-ues; ces g’ros commerçants.
à leur tour, les cèdent, toujours à crédit, aux petits marchands qui vont les détailler.
D’une façon assez générale, on peut dire que ce système, au Soudan^ a deux centres d’application différents, Médine et Nioro. Les maisons bordelaises ont des « opérations » à Nioro; mais, à côté, il y a des commerçants noirs qui dépendent des « opérations » de Saint-Louis et qui constiluenl, eux aussi, des « opérations dépendant il est vrai, d’un comptoir et non de la maison mère. Il peut sembler étrange, au premier abord, de voir deux parties d’une même maison se faire concurrence. C’est que les « opérations )) sont absolument distinctes les unes des autres, et chacune fait ce qu’elle peut pour gagner le plus possible. C’est, en fin de compte, pour le plus grand profit de la maison mère. Ce système a l’avantage d’augmenter l’écoulement des produits commissionnés par elle, s’il a l’inconvénient de diminuer le bénéfice des diverses (( opérations ». Ce qui semble plus étrangfe encore, c’est que les commerçants noirs dont nous parlons ne sont pas crédités par une seule maison; ilscumu'' lent les « opérations »; mais, évidemment, c’est sans l’avouer. Ils y trouvent des avantages de crédit.
Un des produits qui donnent lieu aux échanges les plus importants, c’est la gomme recueillie dans le Sahel par les Maures, qui cependant ne viennent pas l’échanger directement contre des étoffes. Ils prennent, eux aussi, ces étoffes à crédit, et, quand ils ont réuni le stock de gomme nécessaire pour en payer la valeur, ils viennent solder leur compte. On ne sera pas surpris qu’il en soit ainsi si l’on remarque que ce ne sont pas nécessairement les tribus qui font la cueillette qui vont vendre la gomme, ce qui explique que l’on n’attende pas d’avoir la gomme pour donner les tissus. Il est d’usage que la tribu, pendant qu’elle effectue son opération, laisse aux commerçants un de ses membres, ordinairement un fils de chef, en otage. Celui-ci, du reste, quoique il se soit borné à faire bombance, pendant que les
Planche II. MES PIROGUIERS SUR LE NIGER.
(Dessin de Joseph de La Nezière, d’après les documents de l’auteur.)
autres parcouraient les grands chemins, n’en reçoit pas moins sa part dans les bénéfices.
Le gommier pousse dans une bande de terre de 200 kilomètres de large qui, de Saint-Louis, s’étend jusqu’au delà de Tombouctou. Dans cette zone, les gommiers ne donnent pas tous de la gomme; les gommiers à gomme se trouvent éparpillés au milieu de ce que l’on appelle, au Soudan, de faux gommiers. Le faux gommier est bien connu de ceux qui ont voyagé dans le nord-est de la boucle, entre Say et Dori, ou de Sokolo a Médine. Son écorce est beaucoup moins noire que celle du gommier à gomme. La cueillette de la gomme est pénible parce que les épines empêchent de s approcher de 1 arbre; elle se fait à l’aidc de crochets en fer fixés au bout de longues tiges de bols et qui servent à la ramener de dessous les branches.
Une partie des Maures, pour aller a Médine, doit passer par Nioro , aussi est-il arrive que l’on est allé leur acheter la gomme dans cette dernière ville. Cependant, les maisons sénégalaises n y ont point envoyé d’agents. Ce sont ces commerçanis noirs dont nous avons parlé (|ui se sont établis a Nioro, et l’on peut dire d’une façon générale que les traitants noirs de Médine sont crédités par les (( opérations » de Saint-Louis, et ceux de Nioro par celles de Medine. Nous verrons quel intérêt les commerçants de Médine ont trouvé à décomposer ainsi leur vente.
Les Maures reviennent, en général, à la même maison; cependant, quand les agents de ces maisons disent en parlant de l’un d’eux : (( c’est un de mes Maures », cela peut être assez loin de la vérité. Les Maures, en effet, ne restent pas insensd)les au désir de gagner le plus possible, et les divers agents ou les différents commerçants noirs cherchent à les attirer en leur offrant de plus grandes facilités de crédit que leurs concurrents, ou bien en évaluant leur gomme à un taux plus élevé. 11 arrive aussi que des Maures ont plus de gomme qu’il n’en faut pour solder leur crédit.
ou même qu’ils n’ont rien emprunlé. Ils vont alors d’un commerçant à l’autre, et s’ils ne discutent g-uère le prix, car il y a une sorte de cours des gommes, ils demandent un cadeau pour eux ou pour leur Iribu. Celui qui leur donne le plus beau cadeau a la préférence. Il est ég-alemenl d’usage d’héberger et de nourrir les caravanes lanl que durenl les opérations de vente qui sont quebiuefols fort longues, rien, avec les Maures — et peut-être plus encore qu’avec les vrais noirs — ne se faisant sans de longs discours; de plus, une affaire n’est conclue que si tous les membres présents de la tribu sont d’accord, et il arrive fréquemment que le mauvais caractère ou la ténacité d’un seul entrave les choses pendant des semaines.
Les transports des gommes n’ont lieu que pendant la saison sèche. Dès le commencement de juillet la traite est finie et les derniers Maures quiltent Médine, au grand soulagement du reste des commerçants blancs, qui ont largement assez de six mois de palabre et de contact avec ces gens, les pins crasseux sans doute de l’Afrique.
A côté des Maures, les commerçants de Médine ont à faire aux Dioulas.
M. Binger fait remarquer que le mot Dioulas ne doit point s’appliquer à tous les commerçants indigènes, mais bien seulement à ceux qui apparliennent à la race des Mandés-Dloulas, notamment à ceux de la région de Kong.
11 distingue parmi les commerçants : i" le marchand momentané, qui se borne à quelques échanges, juste suffisants à l’achat de quelques captifs; 2° le korakoro, qui, ayant débuté par avoir un métier, vend d’abord les produits de sa fabrication et peu à peu augmente son commerce ; 3” le marchand proprement dit, qui n’a que cette occupation et qui commerce toute sa vie : il est « dioula », quand il est Mandé; ou « marraba », quand il est Haoussa.
Ces observations sont fort justes, mais l’appellation de Dioula est si usitée dans toute la région Bambara, pour
dénommer le noir qui fait du commerce une source de revenu, que nous conserverons cette dénomination. Nous dénommerons autrement les Maures et les g’rands commerçants qui habitent les villes comme Djenné et Tombouctou ; mais, lorsque nous n’aurons pas à distinguer la nationalité, comme nous le ferons lorsque nous parlerons des Haoussas, des Mossis ou des Maures, c’est le mot dioulas que nous emploierons.
D’une manière générale, on peut dire que les relations des Maures avec Médine ont dans le Soudan un caractère tout local. Les Maures ne vont point, en effet, commercer dans tout le Soudan avec la guinée qu’ils achètent à Médine ou a Nioro. Ils se bornent à la porter aux tribus du Sahel d ou ils viennent. Ce n’est qu’exceptionnellement qu’ils organisent des caravanes pour aller visiter les marchés de l’intérieur. Il en est tout autrement des dioulas. Ceux-ci, en effet, rayonnent dans tout le Soudan, et les marchandises qu’ils ont prises à Médine arrivent jusqu’aux marchés extrêmes comme Dori ou Ouaghadougou.
La plus grande partie des marchandises qui partent de Médine prend la route de Nioro pour se diriger ensuite sur Tombouctou ou Banamba. Les deux autres directions sont Médine-Siguiri et Kita-Bamako. La première dessert la région assez petite dénommée le Bourré; la seconde suit la route de ravitaillement.
Nous pouvons dire, quoique ce soit une estimation très grossière, que les cinq sixièmes des marchandises de Médine passent par Nioro; le reste seulement se dirige directement sur Siguiri ou Bamako. Ln dehors de ces deux villes, le seul point important de ces lignes est Kita où, depuis de longues années, se sont établis quelques commerçants européens.
Les commerçants qui se rendent à Nioro depuis Kayes- Médine suivent deux routes principales : celle ipii passe par Yelimané, Kreniis et Kerané et celle (|ui passe par Konia-
kary ; la seconde est impraticable pendant la saison des pluies. Ces deux routes contournent un massif montag'neux inexploré.
L’importance de Nioro vient de ce que ce marché s’est trouvé au croisement de la route de Sansanding’-Seg’ou- Nyarnina-Yamina-Banamba-Ousseboug’ou-Nioro-Médine et de celle de Diafarabé-Sokolo-Goumbou-Nioro-Médine ou Tombouctou-Goundarn-Sumpi-Sokolo-Goumbou-Nioro-Médine. De Nioro part aussi une route pour Kita-Sig'uiri ; enfin, c’est à Nioro qu’aboutissent une grande partie des caravanes qui viennent de Tichit apporter le seD.
D’une façon générale, on peut répartir de la sorte les objets du commerce de Nioro : la guinée vient de Médine et
1. Tableau de statistique des marchandises importées à Nioro pendant l’année 1898 provenant directement de Saint-Louis et du Sahara.