Vunaska ou Junaska
Cette lie que Kotzebue place par 82» 40' lat. N. et 17*28' long. 0. renferme, dans sa partie orientale, un volcan dont la première éruption connue remonte à 1823 ou 1824. Une fumée épaisse sort coniinuellenient du cratère. De Buch n'en dit rien. Postels parait être le premier qui l'ait signalée. Voyez plus loin à 1823.
Suivant Grewingk, p. 147, le volcan, dont le sommet est tronqué, a eu sa première éruption en 1824 probablement, angeblich (selon Wenjaminow, I, p. 38, en 1828), elle dura jusqu'en juin avec projection de pierres. Choris
(voy. pittoresque, lies Aléoutlennes, p. 1, avec vue, pi. i), ajoute Grewingk, la vit le 8 avril (v. st.) 1817; elle fumait constamment. Nouvelle éruption en 1830 (voir à notre seconde partie).
Les quatre Hontagnea.
(Groupe Unugan des Âléoutes.)
Plus loin, vers Umnak, on trouve un groupe d'Iles qu'on appelle les quatre Montagnes^ bien qu'elles soient au nombre de six ; mais quatre seulement offrent des manifestations volcaniques, ce sont :
18. Tschegulaky volcan en forme de dôme avec un cratère, par lat. 53^8' et long. 169*»^, suivant Grewingk.
16. Ulliaghin, volcan de môme forme que le précédent. Grewingk écrit Ulaegan et le place par 52" 53' lat. et 169«J- de long.
17. Tanat'Angunakh, la plus grande et la plus haute du groupe : sur la côte occidentale s'élève un volcan brûlant qui, suivant la tradition des Aleutiens, formait autrefois une lie séparée, soulevée par le volcan lui-même; mais le canal de séparation a été comblé par un éboulement ou un affaissement du volcan. Du pied de la montagne sort une source chaude. Grewinck écrit Tanaeh-Angunach et la place par 83«delat. etl69«idelong.
18. Kigamiliakh a eu autrefois des éruptions ; il n'en sort aujourd'hui que de la fumée et on n'y entend qu'un bruit souterrain. Sources chaudes au pied des rochers. Grewingk écrit Kigamiljach dont il fixe la position par H^ 53' de lat. et 169°^ de long.
H. Mannerheim ne mentionne pas les n*"* 16 et 18, mais il nomme une autre lie, celle d'Uljagan : c'est son n° 25, qui est notre n« 16 appelé encore Ulaga, Uljagin et Ulaegan, suivant Grewingk.
L'ouvrage de Coxe (Nouv. découv. des Bwsses)' contient
36 THEMBLEMKNTS DE TERRE
une carte du voyage de Krenilzin et de Levasheff aux Iles des Renards en 1768 et 1769. Ces quatre lies y sont marquées un peu au sud de la ligne qui joint Amukta h Umyak (Umnak). Elles fQrment un losange dont la plus grande diagonale est dans le sens du méridien et sont marquées sur la légende qui accompagne la carte : g. (au nord), lie Ulaga et Volcan ; h. (à l'ouest), lie Kagamila et Volcan ; i. (au sud). lleKilalga et Volcan ; k. (à Test), lie Tchagulak et Volcan. Le 4 juillet (v. st.) 1769, Levasheff, commandant le Saint-Paul, passa près des lies Kagamila et Kitalga , en allant à Amukta et en en revenant, mais le texte du voyage ne parle pas de celte traversée. En 1767, Olcheredin avait séjourné à Tlle d'Ulaga, du 26 juin au 9 juillet (v. st.) ; il est dit qu'il fut attaqué par les naturels et qu'il les défît ; mais il n'y est fait aucune mention des volcans (Coxe, I. c, p. 144).
Sarylschew les a vues le 30 mai 1790 ; suivant lui, celle du sud-ouest s'appelle Uleega, celle du nord-est Tschiginok, celle du nord-ouest Tana, et celle du sud-est Chamagil. Les deux premières sont les plus grandes; elles ont 20 milles environ de circonférence (I. c, t. II, p. 81).
Grewingk caractérise les deux premières commedes cônes escarpés (sind schroffe Vulkankegel), qui, suivant la tradition, étaient encore en activité au commencement du XVIII» siècle (1. c, p. 146, 207, 209). Lutke a vu fumer Tanach-Angunach en 1828 (Ibid , p. 207 et 211).
SECOND GROUPE. — Iles des Renards.
Ile Umoak.
Cette lie, qu'il ne faut pas confondre avec celle d'Unmak, est, après celle d'Unalaschka, la plus grande des Aleutiennes. Ces deux lies, comme celle d'Atkha, présentent une particularité remarquable dans leur forme; ce n'est d'abord, au SO., qu'une petite pointe basse et étroite;
cette pointe s'élargit ensuite à mesure qu'elle s'élève et ces lies atteignent leur plus grande hauteur à leur extrémité NE. Elles forment ainsi une sorte de plan incliné suivant lequel les forces volcaniques semblent avoir agi en se créant une communication de l'intérieur du globe avec l'atmosphère. Umnak a deux volcans brûlants , suivant Berghaus.
19. Le Wsewidowskiy volcan situé presque au centre de l'Ue dont il constitue le point le plus élevé : lat. 53*" i5' N. et long. 170° 25' 0.
20. Le Tuliski, volcan à 10 milles géographiques au NE. du premier.
M. Mannerheim y en compte un troisième, le Retschesnoi. C'est son n*» 22, que Berghaus ne mentionne même pas.
Grewingk en compte aussi trois, ce sont :
« Dans la moitié sud-ouest , près de la cAte sud, le Retscheschnoj (J68»24' long, et 53» lat.) et le Sewidowsky (168M2' long, et 53M0' lat.). Ce dernier est la plus haute montagne de l'Ile, mais il n'atteint pas la hauteur du Makuschin à Unalaschka. Schelechow en a fait mention le premier (p. 144^ juillet 1784), comme d'un cône fumant^ au pied duquel sourdent des sources chaudes. Sarytschew (II, p. 7) l'a vu fumer le 30 mai 1790, et le représente (profil a. d., p. 81 et 86) couvert de neiges perpétuelles. Venjaminow (I, p. 139) a le premier signalé le Retscheschnoj comme ayant brûlé autrefois.
« Sur la moitié nord-est s'étend une montagne allongée, analogue à cellequi, sur la moitié sud-ouest, réunit les deux volcans que je viens de citer. Elle s'abaisse au NE. et se termine au cap Tulikskoj par un cône aigu, le volcan Tulikskoj (? 167° 60' long, et 83» 20' lat.).
« L'Ile d'Umnak parait être, après celle d'Unimak, le foyer le plus actif des phénomènes volcaniques depuis les
temps historiqnes, et c'est principalement dans sa partie septentrionale qu'ils se manifestent.
« En 1817, le 2 mars (suivant Lulke, p. 300 et Venjaminow. p. 37) ou le !•' mars 1820, suivant Poslels , à la pointe septentrionale de cette lie. le sommet d'une montagne (Tulikskoj?) sauta; il en sortit des cendres et des pierres, celles-ci furent projetées jusqu'à cinq verstes ; mais ]es cendres atteignirent Unalaschka et même Unimak. Dans le môme temps, un violent tremblement de terre, sccompagné d'une épouvantable tempête du SO., jetait la terreur parmi les habitants d'Unalaschka. Quand le jour revint, on trouva le sol couvert d'une couche de cendres sur un pied et même plus d'épaisseur. La baie, au pied des Etablissements à Unalaschka, en fut remplie et pendant une année entière on n'y prit pas de poisson.
a Non loin de l'endroit où se fit cette éruption, les Aléoutes ramassent de l'ambre jaune ; cette substance se trouve dans une terre friable qui recouvre un talus ou terrain incliné dont le pied est baigné par un lac. Les Aléoutes y entretiennent deux barques sur lesquelles ils étendent une peau ; ils les chargent de cette terre dans laquelle ils recherchent l'ambre.
« Dans une chaîne de montagne, au NE. de l'Ile suivant Lutke et non au NO. comme le dit Postels par erreur, il y eut une éruption en 1824. On y voyait encore des colonnes de fumée en 1830. Au mois d'avril de la même année (1830), un petit cône volcanique (Retscheschnoj ?) était encore en activité à la pointe SO. de l'Ile.
« Le village de Jegorkowskoj, situé au fond d'une baie, dans la moitié SO. d'Umnak, se trouvait autrefois à la pointe NE. Pendant l'éruption de 1817, il fut enseveli sous des monceaux de pierres et de cendres ; heureusement les habitants se trouvaient alors sur les lies Pribûlow. Suivant la tradition , l'endroit où se trouve aujourd'hui ce village
était autrefois recouvert d'eau ; il fut soulevé par un tremblement de terre.
»( L'activité constante des feux souterrains est prouvée par les nombreuses sources de l'ile , notamment dans la petite vallée au nord-est du Sewidowsky, suivant Venjaminow (du Tulikskoj, suivant Lulke). L'une d'elles, intermittente comme les Geysers d'Islande, renouvelle ses éruptions quatre fois par heure ; mais les eaux ne s'élèvent qu'à deux pieds de hauteur. Des bruits souterrains précèdent ces éruptions. Elle est assez chaude pour qu'on puisse y faire cuire de la viande et du poisson. Depuis 1828 on y en a vu paraître plusieurs nouvelles. Sur le flanc sud du Sewidowsky, non loin du village de Jegorkowskoj , aujourd'hui abandonné , vers le NE. à i 1/2 verste de la côte , il s'en trouve trois dans une petite vallée; celle du milieu est si chaude qu'on n'y peut pas tenir la main ; une autre , à quatre archines seulement de celle-ci, est froide: la troisième est à la température ordinaire. Les Aléoutes, qui s'y baignent, disent qu'autrefois celle du milieu était froide et l'une des autres chaude. Au nord du Sewidowsky, dans la baie Inanudach (que Lutké nomme Stepanow-Bay), il y a aussi une source tellement chaude qu'on y fait cuire le poisson (Op. cit., p. 128-133). »
« Il y a à Oumnak, dit Postels, beaucoup de sources chaudes ; à quelques-unes d'entre elles, la température est si élevée que les poissons peuvent être cuits. Dans un ravin, sur le côté nord, une de ces sources est remarquable en ce que, dans l'espace d'une heure, elle perd quatre fois son eau et se remplit de nouveau, l'eau jaillissant en jets de deux pieds de hauteur. Avant chaque nouvelle affluence de l'eau, on entend un bruit souterrain. On dit que, depuis 1828, le nombre des sources chaudes s'est augmenté. De l'obsidienne et du porphyre (?) doivent se trouver, sur le côté NO., dans les ravins des montagnes et sur le rivage; la première en grosses masses. Au pied du mont Vsévi-
40 TREMBLEBIENTS DE TERRE
dûuski, tout le rivage se compose de granit ; ce n'est que çà et là qu'on voit des masses de pierres attaquées par le feu ; mais tout le rivage NE. de Tlle est couvert de productions volcaniques (I). »
Cet auteur y signale des éruptions en 1820, i824 et 4830. Nous les rapportons à leurs dates dans la partie chronologique.
« Les volcans de cette île sont dans un état particulier d'activité, dit de Cbamisso. Les pierres qu'ils ont vomies dans ces derniers temps ont rempli un chenal qui était autrefois navigable. A la suite d'un tremblement de terre un lac s'est desséché et on y a trouvé un fragment pétrifié du tronc d'un arbre dicoiylédoné (2). »
« Des. traces d'éruption se trouvent partout dans l'Ile d'Umnak qui plus d'une fois a éprouvé de grands changements, tantôt des parties entières s'affaissant sous les eaux, tantôt d'autres s'élevant au-dessus de leur surface. L'Ile est recouverte de pierres calcinées ; quelle est leur nature ? On ne le dit pas ; les unes sont libres et gisent sur le soi, les autres sont en partie enfouies sous une mince couche de terre. Mais le caractère le plus remarquable qu'offre cette île curieuse, c'est l'abondance des sources chaudes qui jaillissent presque partout et surtout dans une vallée entre les montagnes situées au NE. du Tulisker Vulkan. Une de ces sources semble analogue aux Geysers d'Islande, quatre fois par heure elle lance, à deux pieds de hauteur^ des jets qui ne laissent aucune trace des orifices par lesquels ils sont sortis ; chaque éruption est d'ailleurs précédée de bruit. Dans un autre endroit de l'ile, on remarque trois sources très rapprochées les unes des autres ; Tune est si chaude qu'on n'y saurait tenir le main, la seconde est moins
(1) Voyage autour du mondes par Latké, t. UI^ p. 25.
(2) Otto V. Kotzebue, Enideckungs^Reise, t. III, p. 166.
chaude et la troisième est froide. Les Aleutiens assurent que la température de ces sources n'est pas constante, qu'au contraire elle est variable (Landgrebe). *
Quel sujet curieux d'observations ! Quelle riche moisson de faits intéressants y recueillerait un observateur habile et zélé? Sur ces trois dernières sources seulement, n'est-il pas à regretter qu'on n'ait pas pris la température exacte des eaux, qu'on ne se soit pas fait expliquer la nature et l'amplitude des variations ! La plus chaude peut-elle devenir froide? Celle-ci a-t-elle jamais été la plus chaude? Ou bien s'échauffent-elles simultanément et d'un même nombre de degrés ?
Ile Joanna Bogosslowa ou Ue de Saint-Jean le Théologien , nommée
aussi Agaschagokh.
MM. Berghaus et Landgrebe rattachent cette lie ù celle d'Umnak, quoiqu'elle n'y soit pas réunie par une langue de terre s'élevant au-dessus des eaux. Elle s'est soulevée en mai 1796, par lat. 83'» 56' 20" N. et long. 170°18'35" 0.
De Buch la regarde aussi comme une dépendance d'Umnak où II ne signale pas d'autres volcans. Voici l'article qu'il lui a consacré dans sa fameuse Description des Iles Canariesy qu'il faut foujours citer quand on s'occupe de l'étude des volcans :
« Umnak. Les volcans de cette île sont dans un état particulier d'activité (Chamisso, p. 166). Elle a été souvent confondue avec Unimak. La meilleure, la plus exacte description de l'ile qui s'est formée dans son voisinage, est sans contredit la relation du capitaine Kotzebue {Entdeckungs Reise, ii, 106).
c( Le 7 mai (v. st.) 1796, M. Kriukoff, agent de la compagnie russo-américaine, se trouvait sur la pointe septentrionale d'Umnack; un violent ouragan, venu du NO., avait obscurci la surface de la mer. Le 8, le temps s'éclair-
42 TREMBLEMENTS DE lERRE
City et à quelques milles de distance de la terre, vers le nord, il vit une colonne de fumée s'élever du sein de la mer; puis vers le soir parut quelque chose de noir qui, servant de base à la colonne de fumée, s'élevait un peu au-dessus de la surface des eaux. Pendant la nuit des gerbes de flammes s'élancèrent de ce point, quelquefois avec tant d'intensité que Ton pouvait reconnaître les contrées avoisinantes de Tile jusqu'à dix milles de dislance. L'Ile fut alors ébranlée par un violent tremblement de terre et un bruit effrayant se fit entendre dans la montagne dans la direction du sud. L'ile qui s'était élevée lançait des pierres jusque sur l'Ile d'Umuack. Au lever du soleil les secousses cessèrent, le feu diminua, et l'on vit cette Ile paraître sous la forme d'un bonnet noir pointu.
« Un mois plus tard, M. Kriukoffla trouva considérablement agrandie; elle n'avait pas cessé pendant tout cet intervalle de rejeter de la flamme. Mais dès qu'elle eut encore augmenté en hauteur et en étendue, les flammes cessèrent presque complètement et on ne vit plus sortir de ce volcan que des vapeurs et de la fumée.
t Quatre ans après, on ne voyait même plus de fumée, et au bout de huit ans (en i804), des chasseurs allèrent en explorer la surface. Ils trouvèrent l'eau encore fort échauffée et le sol était encore si chaud qu'en quelques endroits ou ne pouvait pas y marcher.
« Au bout d'un certain laps de temps, l'ile avait pris un nouvel accroissement eiî longueur et en hauteur. Un russe dont les descriptions méritent toute confiance, évalue sa circonférence à deux milles et demi et sa hauteur à 380 pieds. Jusqu'à une distance de trois milles, toute la surface de la mer était recouverte de pierres. Depuis le milieu jusqu'à la pointe, l'Ile était fort échauffée et les vapeurs qui se dégageaient de son cratère lui parurent odoriférantes, probablement à cause de l'odeur de l'huile de naphte. A quelques centaines de brasses, au nord de cette île, se trouve une
colonne de rochers d'une hauteur considérable, observée d'abord par Cook, et ensuite par l'an^iral Saritschew.
« La hauteur assignée pour ce volcan, continue de Buch, est probablement trop petite et son étendue pourrait fort bien faire supposer que sa hauteur est de quelques mille pieds, comme cela résulterait d'une vue dessinée et publiée par Langsdorff, dans laquelle il indique qu'il a donné à la montagne une hauteur approchant de la moyenne. Lorsque le 18 août 1806, il se trouva en vue de ce volcan, on apercevait du côté du NO. quatre c6nes qui s'élevaient en gradins jusqu'à la montagne centrale qui était la plus élevée et qui de tous les autres côtés se présentait comme une sorte de colonne s'élevant presque verticalement (LangsdorfT, Reise, II, 209).
« En avril 1806, l'ile pouvait s'apercevoir d'Unalaschka dont elle se trouve à une distance de 45 wersts, au nord un peu ouest. On emploie six heures de temps pour en faire le tour dans une barque et il en faut un peu plus de cinq pour parvenir en ligne droite à son sommet. Le côté du nord est encore en combustion, et une lave, une sorte de matière molle, s'étend depuis la crête jusqu'au rivage de la mer. Du côté du sud, le sol est froid et assez uni. Sur les penchants de la montagne, on voit un grand nombre de cavités et de fissures par lesquelles se dégagent d'abondantes vapeurs et où se dépose du soufre. A cette époque encore (1806) il était bien évident que l'Ile croissait en étendue et le pic en hauteur.
« Il y a certainement peu de phénomènes, ajoute M. de Buch, aussi remarquables et d'une application aussi directe et aussi générale que celui que nous venons de décrire. » — Ces paroles suffisent bien pour excuser ma double relation.
Berghaus donne une autre description de ce phénomène. C'est un rapport officiel de Baranoff, intendant de la compagnie russe-américaine. L'amiral Krusensterna le premier
44 TREMBLEMENTS DE TERHE
publié ce rapport qui n'a été fait que dix ans après l'événement et dont voici la teneur :
« Le 1" mai 1796, il s'éleva tout-à-coup une tempête au nord et le ciel s'obscurcit, ce qui dura tout le jour La nuit suivante la tempête augmenta; le lendemain et le jour suivant on entendit un bruit sourd et des détonations qui ressemblaient à un tonnerre lointain. A l'aube du troisième jour, la tempête se calma et le ciel s'éclaircit. On remarqua au nord d'Umnak, entre cette lie et celle d*Unalaschka, une flamme qui s'élevait de la mer, puis de la fumée qui persista pendant les dix jours suivants. Pendant tout ce temps on vit quelque chose de blanc et de forme ronde s'élever au-dessus du niveau des eaux et augmenter rapidement de volume. Quatre semaines s'étaient écoulées et les flammes avaient complètement cessé ; mais la fumée au contraire avait augmenté; il s'élevait aussi dans l'air avec elle une matière noire, semblable à de la suie, et une grande quantité de petites pierres brûlées.
« Le i" juin i804, on envoya une baidare pour observer le phénomème de plus près. Lorsqu'on n'en fut plus qu'à cinq verstes de distance, on éprouva un fort courant entre les pointes des écueils cachés sous les eaux: cependant on put prendre terre dans un endroit très bas où les lions marins (Seelôven) s'étaient réunis en grand nombre sur les rochers. On reconnut que Tile n'était qu'un gouffre (Abgrûnden) recouvert de petites pierres qu'avait continuellement vomies le cratère. Ces pierres recouvraient tellement toute la surface de l'Ile qu'elles en cachaient la vue et qu'il fut impossible de faire des recherches sur la nature du sol. On en fit tout le tour et on n'y put trouver de l'eau douce.
« En i805, une seconde expédition fut envoyée sur l'ile qu'on trouva beaucoup plus basse que Tannée précédente; le mauvais temps chassa les hommes qui n'y restèrent que six jours. Les courants étaient toujours très violents autour de l'Ile dont l'aspect était entièrement changé. On trouva
l'ancien gouffre rempli de masses de rochers qui s'accumulaient continuellement et il s'en était formé un nouveau. »
A ce rapport, Berghaus ajoute les renseignements suivants :
En i819, Wassiljeffs, auquel nous avons emprunté les coordonnées géographiques citées plus haut, lui avait trouvé quatre milles géographiques de tour et une élévation de 380 toises (582 m). Jusqu'en 1833 ce volcan a constamment vomi du feu et manifesté une grande activité qui depuis s'est réduite à des bruits souterrains et à delà fumée.
En 1832, Tebenkoffa porté la latitude à »3'»88'; l'Ile n'avait plus alors que deux milles géographiques de circonférence et 23S toises (458 m.) de hauteur; elle avait alors la forme d'une pyramide dont les pentes étaient couvertes d'énormes masses de rochers qui menaçaient à chaque instant de s'écrouler (Berghaus, 1. c, p. 738).
Langsdorff donne 1795 pour l'année de l'apparition de cette lie nouvelle. Voyez plus loin notre seconde partie pour la description qu'il en donne à cette date.
Dans leur voyage de circumnavigation, Bellingshausen et Lasarew visitèrent les Aléoutes. Le docteur Stein, attaché à cette expédition, explora l'ile qui nous occupe, ou du moins en fit le tour, n'ayant pas pu y aborder à cause de brisants trop dangereux. C'était le 20 juin 1820 (n. st.).
« Dans notre excursion à cette lie, dit-il, nous avons vu une grande quantité de lions marins (phoca jubata) à l'extrémité sud-est (cap Sarytschew). Des points les plus hauts de la montagne — que je nomme le volcan Krusenstern — s'élevaient (sans aucune apparence de feu) des colonnes de fumée qui s'échappaient probablement du cratère. Au pied de la montagne se précipitaient en cascade les eaux d'une source sortant d'une crevasse. Toute l'Ile est nue, sans aucune trace de végétation. Dans quelques endroits seulement il y avait de la neige qui nous parut couverte de cen-
46 TREMOLEMEiNTS DE TERRE
dres volcaniques. On n'y aperçoit partout que de profondes crevasses et des coulées de laves qui paraissent les unes et les autres s'étendre du haut en bas. L1le entière peut avoir environ sept versies détour; et sa hauteur au-dessus du niveau de la mer 500 pieds anglais. » (Grevingk, I. c, p. 438.)
Celle hauteur parait trop petite. Au reste on peut résumer ainsi les observations de 1804 à 1832 :
En 1804 (Kotzebue), Tlle avait 4,3 versies ( 2 1/2 milles marins) de circonférence et 350 pieds de hauteur.
1806 (Langsdorff), 10 à 15 versies de lour et 2600 pieds de haut.
1815 (Baranow), elle parut un peu plus basse. (Date douteuse, 1805?)
1819 ou 1820 (Wassiljew), 7 versies de tour et 2235 pieds de hauteur.
1820 (D' Stein), 7 versies de tour et 500 pieds de haut. 1823 (Venjarainow), Tlle cesse de croître en étendue et
en hauteur.
1832 (Tebenkow), 4 versies de tour et 1500 pieds de hauteur.