‹ Sur les tremblements de terre de la péninsule scandinaveChapitre 33 sur 57 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Aperçu chronologique des phénomènes séismiques et volcaniques jusqu'à ce jour dans TArchipel des lies Aleutiennes et sur h côte NO. d'Amérique.

1690. Le plas ancien phénomène volcanique dont les indigènes auraient conservé le souvenir, par tradition , parait, suivant Venjaminow, remonter à l'année 1690. C'est la formation d'un cratère (le Khajinak?), bien avant l'arrivée des Russes, dans les plus hautes montagnes à l'est du Schischaldin, sur l'ile d'Unimak. (Grewingk, 1. c, p. 110, 305 et 309.)

Au commencement du XVIII» siècle (1700-1710?) suivant Grewingk, activité volcanique aux Ils Ulaeganet Tschegulach (du groupe des Quatre-Montagnes) et sur l'Ile Amak.

1760. Adach, Goreloj, Tschetschina et Atcha fument jusque dans ces derniers temps. L'ile Konjushy s'élève.

1762. Le volcan Pawlowsky, sur Aljaska, est en activité.

1763. Tanaga en activité jusqu'en 1770. Kanaga n'offre qu'une solfatare.

1768. En cette année, Krinitzûn (ou Krinitzin) auquel on doit les premières notions sur l'Ile d'Unalaschka (découverte dès 1760) y a vu deux volcans en activité, VAjaegisch et un autre qu'il ne nomme pas. (Grewingk, 1. c, p. H7, 206 et 209, d'après Coxe, p. 254-256.)

Sur la péninsule, le Medwenikowsky et le Morschowsky sont aussi en activité.

1770. Le volcan d'Amuchta est actif jusqu'à cette année.

1772. Le Seraiposchny fume. (Ibid,)

1773. Au printemps, Solowief (chasseur russe) vint à Tile d'Alakscha. Sur une langue de terre qui s'étend dans la baie où il aborda s'élève une petite montagne qui vomissait de la fumée. Deux petites lies, placées en face du cap qui s'avance dans la mer, ont aussi de petites montagnes. Au pied de Tune d'elles , s'élève un petit pic qui vomissait également de la fumée (1).

1774. Le Tanach-Angunach est en activité.

1778. Le Kalder et plusieurs autres montagnes voisines sur l'île Walles sont probablement en état d'activité volcanique. — De cette année à 1778, un volcan d'Dnimak a brûlé par intervalles.

1776. En juillet, éruption dans l'ile de Sitignak (Grewingk).

1776 Le 2 août, des chasseurs russes vinrent à l'Ile d'Alchu et s^étàblirent dans un petit port situé sur la pointe orientale, « non loin de laquelle, disent-ils dans leur journal, se trouve la montagne volcanique qui rejette beaucoup de soufre. Des sources chaudes sourdent au bas de cette montagne. » (Pallas, Neue Nord, Beytr,^ t. II, p. 317.) Il n'est pas dit que le volcan fût en activité. S'agit-il d'Alcha ou de Goreloï ?

1778. Le 3 juin (dans la rivière de Cook), « l'après-midi.

(1) PaUas, op. cit., t. Il, p. S34. A cette époque, les Russes regardaient encore la péninsule d^Alaska comme une Ue. Elle est même représentée comme teUe dans la carte du Voyage de Krenitzin et de LevasbefT, que nous avons citée dans la première partie à Tarticle des Quatre-Montagnes,

ET PHÉNOMÈNES V0I/3ANrQïJES. 87

les montagnies furent sans nuages pour la première fois depuis notre entrée' dans la rivière, et nous découvrîmes un volcan sui^ une de celles qui se trouvent au côté ouest. Celle-ci gît par 60*» 23' de latitude, et c'est la première montagne élevée qu'on voit au nord du mont Saint-Augmtin. Le volcan se montre sur le flanc qui est le plus près de la rivière, et il n'est pas loin du sommet. Il n'avait rien alors de bien imposant; il vomissait seulement une fumée blanchâtre, mais on n'y remarquait point de feu » (1).

— Le 21 juin. « Les rochers et les brisans que j'ai indiqués (à la veille) nous forcèrent à nous tenir si loin du continent, que nous apercevions faiblement la côte située entre la Pointe des Rochers et Ylle de la Plie. Nous voyions par-dessus cette lie et celles qui lui sont adjacentes, la grande terre couverte de neige; quelques collines en particulier, dont les sommets s'élançaient au-dessus des nuages à une hauteur prodigieuse, en étaient revêtues. Nous remarquâmes que celle des collines qui gît le plus au sud-ouest renferme un volcan d'où il sortait sans cesse de vastes colonnes de fumée noire. Elle glt à peu de distance de la côte par 84*» 48' de latitude et 198^43' de longitude; elle est remarquable par sa figure qui présente un cône parfait; le volcan est à la cime. £lle ne s'offrit guère sans nuages à nos yeux, non plus que le reste de ces montagnes. La base et le sommet se montraient nettement de temps à autre; alors un nuage étroit et quelquefois deux ou trois, placés l'un au-dessus de l'autre, enveloppaient le milieu d'une ceinture qui, jointe à la colonne de fumée, élancée perpendiculairement de la cime et déployée par le vent en forme de queue d'une grande longueur, produisait un coup d'œil

(1) Troisième voyage de Cook, t. 111, p. 189. Paris, 1785, 4 vol. iû- 4(». Il n'est pas dit que le mont Saint-Augustin soit sur Pile du môme nom. Cependant je suis tenté de le penser.

très pittoresque. Il faut observer qu'à la hauteur où parvenait la fumée de ce volcan, le vent prenait quelquefois une direction contraire à celle qu'il avait à la mer, même dans les temps où il soufflait pour nous avec force » (1).

•— Le 3 juillet. « A six heures nous vîmes une côte en

avant du sud-est, et à la distance d'environ 5 lieues A

midi elle se prolongeait du SSO. à Test; la partie la plus voisine de nous se montrait à 8 ou 6 lieues. Notre latitude était alors de 58^21' et notre longitude de 195M8'. Cette côte forme la bande NO. de la montagne du Volcan, en sorte que nous aurions dû la voir si le ciel eût été un peu clair» (2).

— Dans l'automne de la même année, Cook relâcha au port Samagundha (lie d'Un alaschka); il n'y signale aucun phénomène volcanique; il parait n'avoir rien remarqué d'extraordinaire dans les roches du rivage, ni dans les montagnes.

— La même année, le Sehischaldin (Unimak) fumait.

1784. En juillet, le volcan de Tschetschina fumait.

— La même année^ le Sewidowsky (Unimak) fumait aussi (Grewingkj.

1786. Le 27 juillet, à midi, dit l'auteur W. B. des Lettres du Voyage de Dixon, la montagne du Volcan nous restait au sud-ouest -quart -d'ouest. Une fumée épaisse sortait du sommet de cette montagne, qui est très élevée, et nous ne vîmes point de flammes ; et je tiens du capitaine Dixon que, lorsque l'on découvrit pour la première fois cette montagne

(1) Troisième voyage de Cook, t. III, p. 210, édit^ citée. Cette lie de la Plie (Halibut's Island) est Ttie Sannach , la plus occidentale da groupe des tles Schoumagiu, ainsi appelées du nom du marin qui les découvrit et qui était un matelot du commodore Behring (Sauer, 1. 1, p. 311).

(2) Troisième voyage de Cook, édit. citée, p. SS4.

en remontant la rivière de Cook, dans le voyage qui a précédé celui-ci, on n'avait point vu d'autre indice de volcan qu'une fumée semblable à celle que nous apercevions. (Voyage autour du monde et principalement à la côte nordouest de VAmériquCy fait en 1788-1788 par les capitaines Portlock et Dixon, trad. par Lebas, t. I, p. 178. Paris, 1789, 2 vol. in-8«.)

L'auteur donne une assez mauvaise vue de ce volcan, où les nuages se confondent avec les montagnes. Il le place, sur sa carte, par 60" latitude nord et 183« 45' longitude ouest de Gr.

— La même année, éruption du Kitagotach dans llle d'Alaschka. — Il s'agit ici d'un des volcans de la presqu'île d'Aljaska.

Sarytschew compte huit petites tles près de Tlle Sannach. La première, au nord-nord-est, s*appellc Nainmack; la deuxième Animak ou l'Ile des Rennes (Olennoi), à 6 milles de la première ; la troisième Laluskich à 14 milles au NE. de la précédente ; la quatrième Agajanaksich à 3 milles seulement au NO. de la troisième ; la cinquième au NO. de celle-ci n'est pas nommée; la sixième Kujegdach, à 2 milles à l'est de la quatrième; à trois milles à l'ESE. se trouve la septième Kitagotach et la huitième, Unatchoch, à 2 milles au NE. de la sixième. Dans le détroit, qui sépare les deux dernières, se trouve une roche pointue qui s'élève au-dessus de l'eau.

On remarque encore ici, ajoute-t-il, la haute montagne volcanique (vuurspuwende berg) qui se trouve sur la côte d'Aleeksa, vis-à-vis Tlle Unatchoch, et dont le sommet a eu, en l'an 1786, une violente éruption durant laquelle il s'est abimé (L. c, t. II, p. 112).

—M. Kluge cite encore, pour cette année, une éruption du Medwednikowskaja Sopka, aux lies Aleutiennes; mais il ne donne aucun détail. Il n'indique pas de source. — Je l'ai

signalée moi-même {V^ partie) d'après Berghaus. Mais

Grewingk Tattribue au Pawlowsky (1. c, p. 50), puis au Medwenikowsky (?), p. 82 et de nouveau au Pawlowsky. p. 204 et 209.

— La même année encore, éruption à Kanag^a.

— Siguam a été en activité de 1786 à 1790 et Amuchta jusqu'en 1791.

1788. En juin, dans la rivière de Cook (Cook's River, côte NO. d'Amérique), un volcan était en éruption. Une des planches des voyages de Meares (i) représente des vues des côtes. Dans Tune de ces vues une montagne est surmontée d'une colonne de fumée et au-dessous sont gravées les deux lignes suivantes : « Land near Cape Douglas in Cook's River. When from the Anchoring ground the volcano was Conspicuous. »

Vlphigeniay commandée par le capitaine Douglas, resta, du 16 au 29 juin , à l'entrée de Cook's River. Pendant ce temps, un canot, commandé par un officier, remonta la rivière jusqu'à 2® environ au-dessus du volcan , placé sur la rive nord, par environ 60^ de latitude. Mais dans le texte, il n'est pas parlé du volcan. (Etait-il alors en éruption ?)

Dans sa carte, H. W. Hermann en place un dans la même position et le désigne sous le nom de Ilœmœn. C'est le n* 8 de Hannerheim, le même qu'a vu Cook.

1790. Le 28 mai (v. st.) , Sarytschew passa près des lies Atcba etAmIja.

Le 29, il vit Siguam et Amuchta.

Le 30, il s'approcha des Quatre-Montagnes, que le traducteur hollandais appelle les Quatre-Cratères.

Le 31, à dix milles au sud-ouest d'Umnak, il jeta la sonde et ramena des matières volcaniques d'une profon-

(i) Voyages mode in the Years 1788 and 1789, from China to the north'West Coast of America, by John Meares. London, 1790, m-4».

deur de 55 brasses (voyage cité, t. II, p. 80-82). — Aucun des volcans de ces lies ne manifestait d'activité, du naoins Sarytschew n'en parle pas.

Le 7 juin, il a gravi la chaîne qui environne TUe dlJnalaschka ; il y a vu un cratère au nord, mais il ne dit pas que le cratère fût en activité (L. c, p. 89) (1).

Vers minuit du 1 7 au 18, survint un brouillard épais qui dura jusqu'à 7 h. du matin le 18, il aperçut alors l'Ue Akutan, avec son cratère fumant et les petites lies qui Tentourent; toutes parfaitement visibles.

A 10 heures, il commença à voir les divers sommets d*Unimack (Uminack, sic), semblables la plupart à des pains de sucre. L'un d'eux est un volcan actif; il lançait une épaisse fumée : c'était le mont Agajedan ; il était alors à 9° 30' au NO. Un autre, le Chagyaan, paraissait à 12^0' au NO., sa cime semblait s'être éboulée dans sa partie supérieure. Le troisième, le Kugidach Agutscha se montrait à 18» 30' dans le NO. (L. c, t. II, p. 109-110.)

— Le 19 juin (v. st.), Billings était près de l'Ile d'Ounimak. « Elle est élevée, inégale, dit Sauer; ses bords sont escarpés, et on y distingue trois grandes montagnes. La première de ces montagnes a un sommet très irrégulier. La seconde forme un cône parfait, s'élève à une excessive hauteur, et il en sort continuellement une grande quantité de fumée (2). Le sommet de la troisième, qui est celle que les indigènes appellent Khaîginak, semble être fendu et tronqué. Quand nous le vîmes, il était couvert de neige et s'élevait au-dessus des brouillards, qui cachaient les flancs

(1) Suivant Grewingk, p. U8, 206 et 210, il aurait vu fumer le Makuschin (Aigaegin) qui cependant ne brûlait plus depuis longtemps, mais qui, le 14 férrier 1792, lançait encore de temps en temps de la fumée. (Voir à cette dernière date.)

(i) Grewingk pense que la piemière était le Progromnoj (?) qu'il nomme Progromnaja et la seconde le Schlschaldin (/. c, p. lOA).

de la montage. On ne voyait, dans ce qui restait à découvert, non plus que dans les vallées, ni arbres, ni buissons » (Sauer, voyage cité, 1. 1, p. 309).

La veille^ il avait vu le volcan d'Akoutan, celui d'Ounalaschka et ceux d'Ounimak que les indigènes nomment le premier Kougidan Kaigoutchin et le second Agayédan (I. c, p. 307). A part celui-ci dont il dit qu'il Tumait, Sauer ne dit rien de l'activité des autres (1).

— Le 3 août, Sarytschew vit la haute montagne à laquelle Cook a donné le nom de Saint-Elie et qu'il signale comme volcanique (Crater, dans le texte hollandais). Aucun indice d'activité n'est mentionné (L. c, t. II, p. 151).

— Le dimanche !«' septembre (v. st.), dans le sud d'Ounalaschka, le vent souffla avec violence de l'ONO., nous gouvernâmes au SO. Pendant la nuit, et surtout le matin vers les huit heures, la mer fut excessivement agitée ; par conséquent nous eûmes beaucoup de roulis. Tout à coup levais^ seau fut violemment ébranlé, et éprouva des secousses comme si la quille touchait rudement sur un fond raboteux. Ce mouvement dura plusieurs secondes : nous jugeâmes qu'il était l'effet d'un tremblement de terre. A midi, nous primes hauteur. Latitude observée, 52» 59^ 46' N., estimée 52» 23'. (Sauer, 1. c, t. II, p. 11). Le 26 août, il y avait eu une violente bourrasque d'OSO., qui continua jusqu'à 5 h. du soir le 28.

— Le 24 septembre, Sarytschew aperçut, dans la matinée, les hautes montagnes de Tanaga, couvertes de neiges et le haut volcan (hoogen Crater) de l'île Gozelin , environ à 50 milles au nord (voyage cité, t. II, p. 157). Quelle est cette lie Gozelin qui renferme un volcan et qui se trouve

(1) Suivant le Grewingk , le second qa*il nomme Agajedan est encore le Schilscbaldin, et le premier qu*il écrit Kngidach-Jagutscba serait sa Programna. {Ibid,)

dans le voisinage de Tlle Tanaga ? Sur la carte qui accompagne le voyage , je vois une petite lie Gorsloi marquée à l'ouest de Tanaga. S'agit-il de l'Ojstrowa Goreli? C'est bien probable. Au reste , Sarytschew ne mentionne aucun indice d'activité volcanique.

— Grewingk résume ainsi lactivité des volcans aleutiens en 1790 : Akutan, Umnak (Sewidowski), Kanaga et Semisoposchny fument. Le Makuschin (Unalascbka) est en activité de 1790 à 1792 et l'Agajedan ou le Scbischaldin (Unimak) jusqu'en 1825.

— Eruption dans la baie Tschugalsk par 60^S4^ de latitude.

1791. Le 8 juin (v. st.), Sauer vit Tlle de Semi-Sopiscbnoi ou les Sept-Pics (1- c, p. 40).

« Le 9, à midi, une montagne très élevée, stérile, et 'en partie couverte de neige, nous restait au NE., à un demimille de distance. Le c6té que nous présentait cette montagne était un roc perpendiculaire ; et nous ne pouvions pas

trouver le fond avec une ligne de cent brasses Nous

crames d'abord que cette montagne que nous avions si près de nous, était le volcan Gorelloï ; mais bientôt nous la reconnûmes pour l'extrémité NO. de Tanaga. Sa masse énorme et inégale ressemble à un groupe de montagnes, dont l'une formant un cône s'élève à une excessive hauteur et vomit de temps en temps une épaisse fumée. Les divers sommets de la montagne sont chargés de neige, qui des^ cend souvent en avalanches jusqu'à mi-côte, et est noircie par une grande quantité de cendres. » (Sauer, L c, p. 4042.)

Le 10, le volcan de Gorelloï fut aperçu par Sauer. Cette montagne se trouve au sud, SO*» E., de l'Ile de Krissey, dont elle est distante de cent sept milles ; et son étendue est de six milles du nord au sud , et de trois milles de l'est à rouest.(L.c., p. 43.)

Le 17, « nous arrivâmes, dit-il, vis-à-vis de Tlle de Kanaga , distante de sept milles de celle de Tanaga. Nous vîmes dans la première de ces lies la fumée s'exhalant d'une source chaude, qui coule au pied d'une montagne où il y avait anciennement un volcan (p. 51). »

Le 21, il vit Hle d'Adach (p. 53).

Le 8 juillet, il vit le volcan d'Akoutan et l'Ile d'Akouna (p. g4). — II ne dit rien de Tétat d'activité de ces volcans.

— « Le 9 juin, un de nos compagnons, dit Sarytschew, prétendit que nous avions la terre en vue et, au milieu d'un épais brouillard, nous aperçûmes presque devant nous les montagnes del'UeTomaga (sic, lisez Tan/i^a). Nous virâmes de bord à l'instant et nous jetâmes la sonde, mais sans trouver de fond. Peu après, le brouillard disparut, et nous aperçûmes une haute montagne volcanique (een booge vuurspuwende berg), à deux milles à peine de distance; une muraille noire de rochers extrêmement élevés se dressait devant nos yeux. Nous nous trouvions alors à 52^6' de latitude et ISO^'SS' de longitude. L'après-midi fut assez calme. Un vent fraiS; très faible, et le courant nous permirent de longer nie de Tanaga au sud-est.

< Cette côte est montueuse en commençant , mais plus loin, vers le sud, elle n'a plus qu'une hauteur médiocre. L'individu que nous avions amené d'Ochotsk, et qui avait souvent navigué en baidares (barques du pays), nous dit qu'il avait été dans l'Ile et que non loin de nous se trouvait une grande et bonne baie dans laquelle les chasseurs russes avaient l'habitude d'aller jeter l'ancre.... J'allai la visiter en

baïdare Le fond, où l'eau varie de 25 à 40 brasses, est

couvert d'un sable fin et noir Un épais brouillard

nous força de passer la nuit à la côte sans avoir pu rejoindre le navire.

« Le lendemain le ciel s'éclaircit ; mais nous ne pûmes

apercevoir le vaisseau que je me décidai à attendre jusqu'au soir. Je visitai le village des Aléoutes. Nous n'avions plus de vivres quand heureusement le bâtiment reparut. J*appris au capitaine Billings que la baie offrait un ancrage excellent.

« Le 12 au soir, nous allâmes jeter l'ancre, sur la côte occidentale de l'Ile, dans une baie d'environ huit milles de long et cinq de large. La plage est sableuse ; mais plus loin s'élèvent des rochers escarpés qui pourtant n'ont qu'une médiocre hauteur. A un demi-mille du rivage, l'ancre tomba à 8 brasses, fond de sable noir. Dans l'intérieur de I lie, la hauteur des montagnes augmente de plus en plus et se termine dans le nord par des cimes couvertes de neige ; l'une d'elles est ignivome, mais il n'en sortait alors que de la fumée. Elle ne semblait pas être éloignée ; quelques-uns de nos compagnons voulurent aller la visiter, mais le chemin leur présenta tant de difficultés et de dangers qu'ils furent forcés de revenir sans avoir atteint le sommet ; ils n'en rapportèrent qu'un peu de soufre et de lave.

< Le 18, nous levâmes l'ancre et rangeâmes la côte septentrionale de Tanaga.

(f Le 17, vers midi, nous étions dans le détroit qui sépare les lies de Tanaga et de Kanaga. Cette dernière a, vers son extrémité septentrionale, un volcan (Crater) cxtraordinairement haut ; mais partout ailleurs elle est plate. Nous étions par 82^8' de latitude et 181^37' de longitude. Un vent du NE. nous empêcha d'aborder aux lies de Kanaga et d'Adach ; nous retournâmes le long de la côte sud de Tanaga.

« A une distance de 17 milles à l'ouest de celte lie, se trouve celle de Gozeloi (ne, lisez : Goreloi) qui a environ 17 milles et sur laquelle s'élève un volcan extrêmement haut ; il est couvert de neiges perpétuelles.

« Le 22, nous étions à 3 ou 4 milles dans le nord d'At-

cha. La côte est montagneuse et nuc; les montagnes s'élèvent de plus en plus et sont dominées par une dernière couverte de neige, au sommet de laquelle s'ouvre un cratère.

« Le 23, à 2 h. du soir, nous étions en vue de Tile Umriak » (L. c, t. II,p.n3-181.)

— Le 14 et le 15 juillet, après avoir longé les lies Pribûlow dont il ne dit rien de particulier au point de vue qui nous occupe, Sarytschew s'approcha de l'île Saint-Mathieu (l'ile Goves, Goveseilanden des Anglais). Des chasseurs, descendus à terre, trouvèrent au pied des montagnes de grands blocs d'une pierre qui pnrnissnit avoir subi l'action du feu. De petites aiguilles bien coloréos lui donnaient un très bel aspect. Près de l'île, la sonde indiqua un fond de boue et de petits cailloux dont il ne dit pas la nature. (L. c, p. 189.)

Après avoir navigué jusqu'au détroit de Behring, Sarytschew revint passer l'hiver dans l'île d'Dnalaschka, où il resta du 29 août au 16 mai suivant. Il fit plusieurs excursions dans les différentes parties de l'île.

—Du 29 août 1791 au 17 mai 1792 (v. st.), Sauer hiverna à l'île d'Ounalaschka avec Sarytschew. « On y voit, dit-il, le cratère de deux volcans éteints, près de l'un desquels était autrefois une source chaude qui est maintenant ensevelie sous les pierres dévalées des montagnes, mais qui produit encore beaucoup de soufre natif. Les tremblements de terre sont encore très fréquents dans l'île, et selon le rapport des naturels, ils sont quelquefois très violents. » (L. c, t. Il, p. 133.) L'auteur ne dit pas qu'il y en ait ressenti.

1792. Le 13 février, il visita le village de Weselowsk, sur la côte nord.

« A huit milles de ce village, dit-il (1. c. p. 249), nous

nous trouvâmes en présence du volcan (Vuurspuwenden Crater) que les Aléoutes nomment Aijeegin. Il est plus haut que les autres montagnes d'Unalaschka, mais son sommet est plutôt émoussé que pointu; vu du c6té sud de l'île, il parait presque plat. Déjà depuis longtemps ses éruptions ont cessé, cependant il vomit encore quelquefois de la fumée. Les tremblements de terre ne sont pas rares aux en* virons et plus d'une fois ils ont été assez forts pour renverser les iourtes (huttes) des indigènes et faire écrouler les rochers. Les Aléoutes recueillent du soufre dans le cratère, ainsi que de la lave dont ils font les pointes de leurs flèches. »

Le 16 mars, il se trouvait pour la seconde fois au village de Hakuschink. « Comme la violence des vents me retint et m'empêcha, dit-il, de poursuivre mon exploration par mer, je résolus de faire à pied l'ascension de la montagne qui se trouve près de l'Anse ou havre du Capitaine. Au dire des indigènes cette excursion n'exigeait pas plus d'un jour en été.

< Je me rendis donc avec mon baidare à la pointe extérieure delà baie Makuschinsk, et de là, accompagné de trois Aléoutes qui devaient me servir de guides, j'entrepris mon voyage à pied. Je fis plus de la moitié du chemin sans trouver d'obstacles ; puis je rencontrai une série de montagnes sur lesquelles je ne pus avancer qu'en suivant les sinuosités des roches entre lesquelles se précipite une rivière. Plus j'avançais, plus le sentier devenait rapide; de plus la neige était assez glissante et il me fallait à chaque pas y tailler avec les pieds des espèces de degrés, ce qui me causait beaucoup de fatigue. Pendant que, tout occupé de ce pénible travail, je poursuivais mon ascension, je ne m'apercevais pas du danger de ma position ; enfin, forcé de m'arrèter sans pouvoir aller plus loin, je tournai les yeux autour de moi et je m'aperçus que j'étais suspendu au-dessus d'un précipice. Le sentier que j'avais gravi se terminait par une

pointe de rocher au bord du ruisseau. A cette vue j'éprouvai une telle anxiété que, renonçant à aller plus loin, je me décidai à redescendre le sentier que j'avais suivi. Mais à chaque pas je craignais de glisser et de rouler dans le précipice. La descente fut aussi pénible que dangereuse. Cependant j'arrivai heureusement au bas; je retournai au village d'où j'étais parti et où les vents me retinrent encore pendant cinq jours. » (L. c, 271 et â72.)

J'ignore si aucun autre européen a jamais tenté l'ascension de ce volcan.

Plus loin, p. 275, Sarytschew dit que toute l'Ile d'Unalaschka est formée de hautes montagnes qui se terminent en pointes; ces pics de rochers sont nus au sommet. Parmi ces montagnes, dit-il, une seule, située au c6té sud, est volcanique.

Ainsi, puisqu'il a déjà cité le mont Aijeegin comme volcan , il faut en conclure qu'il n'a pas regardé comme volcanique la montagne dont il a tenté l'ascension. Il ne la signale pas en effet comme un volcan ; cependant elle semble bien être la Makouchinskaïa Sopka de Postels.

— Le 22 mai, Sarytschew vit les deux plus méridionales des Quatre-Iles (vier vuurspuwende Cratereilanden) ; le volcan d'Unalaschka était encore en vue (1. c. p. 309). Rien dans son récit n'indique même de simples symptômes d'activité.

Le23, il vitSiguam(p. 310).

Le 24 et le 28, il revit l'Ile d'Atcha où se trouve, dit-il, une haute et vaste montagne avec un cratère qui a autrefois vomi du feu (p. 310 et 311).

Le 30, il vit les lies Adach, Kanachaet Sitchin. « Cette dernière, dit-il, est formée par une montagne volcanique qui est si haute que la moitié supérieure s'élève au-dessus des nuages » (p. 312).

Suivant le D' C. Grewingk {op. cit., p. 186, 209 et 211),

ET PHÉNOMÉPŒS VOLCANIQUES. 99

le volcan de la grande Sitchin était en éruption (feuerspeiend war), quand Sarytschewla vit à la fin de mai 1792. 11 dit la même chose de Goréloj.

Le i^ juin, Sarytschew passa au midi de Tanaga, mais sans l'apercevoir; ; nie était cachée par un brouillard qui leur dérobait toute vue de terre.

Le lendemain, il aperçut les contreforts orientaux de Semisoposchnoi et vit une épaisse vapeur (een'dikken damp) qui s'élevait d'une des montagnes situées à l'est.

« Il est remarquable, dit-il, que le long de la chaîne entière des lies Aleutiennes, depuis l'Amérique, se trouvent des montagnes volcaniques dont la plupart ne rejettent plus rien du tout, et les autres ne vomissent plus que de la fumée. Autrefois, dit-on, il y avait de violentes éruptions, accompagnées d'épouvantables tremblements de terre qui brisaient les rochers et renversaient les montagnes elles-mêmes : on remarque encore sans peine aujourd'hui sur les côtes des lies qu'un feu souterrain s'y est fait jour en y produisant des changemenfs considérables, car en beaucoup d'endroits on trouve des blocs de rochers entassés les uns sur les autres dans la confusion la plus inextricable : les uns se sont affaissés dans la mer dont ne sortent plus que leurs pointes ; plusieurs ont été soulevés de nouveau et se montrent verticaux ou inclinés; d'autres ont entièrement disparu. Tout cela porte à supposer que la chaîne entière de ces lies aussi bien que celle des contreforts de la péninsule d'Aleeksa, jusqu'au Kamtschatka, ne formait autrefois qu'une série continue, une terre continentale qui a été brisée et divisée en lies par de violents tremblements de terre auxquels les détroits qui les séparent doivent leur origine » (L. c, p. 313 et 314).

Sauer ne mentionne Semi-Soposchno'i qu'à la date du 7 juin. « On voyait, dit-il, du feu en plusieurs endroits de cette lie, partioulièrement \ers son extrémité méridionale

iOO TREMBLEMENTS DE TERRE

(Voyage cité, t. II, p. 451). Mais il ne dit pas que ce feu provint des volcans.

1795. M. Klugecite, pour cette année, deux éruptionsdans Tarchipel des Aléoutes ; Tune, sous^marine, a eu lieu près d*UnaIaschka et l'autre sur l'Ile Unimack . Il ne donne pas de détails, et n'indique aucune source à laquelle on puisse recourir.

J'ai déjà dans la première partie de ce travail signalé une éruption comme ayant eu lieu à Unimak vers 1795 (voyez nos n~ 29 et 30).

Grewingk signale pour cette année une éruption avec pluie de cendres sur la pointe SO. d'Unimak, tandis qu'un évent volcanique jusqu'alors actif sur le flanc nord du Progromnoj s'est éteint.

1796. Apparition d'une Ile nouvelle dans l'archipel des Aléoutes, à 45 verstes à l'ouest d'Unalaschka. Voici ce qu'en dit Langsdorff, auquel on en doit la connaissance; il l'a visitée en août 1806 (1); il donne la date de 1795 :

« Parmi les observations d'histoire naturelle que j'ai pu faire aux lies Aleutiennes, la plus curieuse est certainement celle qui se rapporte à une île nouvelle dans le voisinage d'Unalaska.

« La formation ou la disparition d'une grande étendue de terre ou d'une lie n'est pas un phénomène inconnu dans la série des révolutions physiques qu'éprouve notre globe ; mais les observations exactes en sont si rares, que l'exemple suivant mérite une mention particulière (2).

(1) Langsdorf, Bemerkungen auf einer Beise um die Welt in den Jahren 180S bts 1807. Frankfart am Mayn, î* édit.. % toI. in-S^ t. H, p. 828-328.

(2) Une réunion très intéressante de phénomènes de ce genre se trouve dms Der praktischen Gebirgekunde von Joh. Cari Voigt, V éd. Weimar,1797, in-8o, p. 215 et suiv. dans le chap. Beytrage zu einem

a Par 54» de lai. N , et 268' de long. 0. (92» long. E.) de Gr., à environ 45 verstes en ligne droite à Touest de Textrémité septentrionale d*Unalaska, se trouvait un rocher isolé dans la mer, que les Aléoutes regardaient, dès les temps les plus reculés, comme le principal refuge des chiens de mer et des lions marins , et qu'ils visitaient au moins une fois et même plusieurs fois chaque année dans l'espoir d'une chasse et plus sûre et plus riche.

« En 1795 (sic), ces insulaires remarquèrent, dans le voisinage de ce rocher qui leur était bien connu, un brouillard qui persistait, même quand le reste de l'horizon devenait clair ; ce fut pour les habitants de l'ile Unalaska, et de sa voisine Umnak, un sujet d'inquiétudes d'autant plus grandes qu'ils se trouvaient privés par là de la plus grande source de leurs moyens de subsistance. Après quelques années de vaine attente, un courageux Aléoute se mit enfin en route pour aller visiter, au milieu de ce brouillard, le rocher qui lui était bien connu, et y prendre quelques lions marins (seeloven). Il revint bientôt dans la plus grande consternation, rapportant que la mer était en ébullition (Kochte) dans les endroits qu'il avait visités et dans le voisinage du rocher, et qu'au brouillard était mêlée de la fumée. Personne ne voulut plus, dans la suite, aller visiter ce lieu qu'on regardait comme habité par de mauvais génies. Ce ne fut qu'en 1800 que l'horizon s'éclaircit pour la première fois, et que les Aléoutes, à leur grand étonnement, reconnurent, à la place de leur rocher, une lie qu'ils n'avaient jamais vue, et qui, élevée en forme de pic, vomissait continuellement du feu et de la fumée.

« Pendant que toutes les forces de la nature étaient en

Veneichnisfl des dorch iiinere Kraft hervorgehobenen Berge , luseln und Erdstriche , où Ton en trouve plusieurs exemples curieux qui soDt analogues à celui-ci.

102 TREMBLBUENTS DE TERRE

pleine activité dans le fond de la mer, on éprouva à Unalaska, à peu près chaque mois, de fortes secousses de tremblement de terre jusqu'en 1802. Dans cette dernière année, il y en eut un d'une violence extraordinaire, et jusqu'alors inconnue, qui renversa beaucoup de huttes en terre. On ne put plus, en 1806, se rappeler exactement dans quel mois il avait eu lieu ; les habitants de ces contrées attachent peu d'importance à ces phénomènes extraordinaires.

« Depuis cette époque, le Pic de Vtle nouvelle avait cessé de brûler ; mais le volcan d'Unalaska avait fait de nouveau éruption pour la première fois, après de longues années de repos; cette éruption avait été très forte; ce volcan, ceux dé l'île Unimak et de l'ile nouvelle brûlaient ou fumaient alternativement.

« Celui à'Umnak (petite lie à l'ouest d'Unalaska) est complètement éteint depuis longtemps.

« Quelques habitants d'Unalaska avaient visité, au mois d'avril de cette année, par conséquent peu avant mon arrivée, cette Ile de formation récente, et ils me racontèrent ce qui suit :

a Ils avaient fait le tour entier de l'Ile dans l'espace d'environ six heures. D'après leur calcul , elle peut ainsi avoir trente verstes de circonférence. Ils ne pouvaient pas évaluer exactement la hauteur du Pic; cependant, ils pensaient que, s'il était possible d'en faire l'ascension en ligne droite, il faudrait bien cinq ou six heures pour en atteindre la pointe la plus élevée. Le volcan brûlait encore du côté du nord, et la lave (une matière visqueuse, eine weiche Materie, suivant leur expression) coulait du sommet jusqu'à la mer (lief von der Spizze in die See). Il était impossible, à cause de la chaleur, d'y aborder ; ils étaient descendus à terre avec trois de leurs canots (Baidarken), seulement du côté du sud ou le rivage était moins escarpé et froid. Ils avaient essayé de gravir au sommet du Pic; mais des cre-

vasses du sol, les roches amoncelées présentant des pentes abruptes, et des angles aigas ou des arêtes vives^ leur avaient rendu le passage extrêmement difficile ; cependant, après de nombreux détours , et en s'avançant obliquement sur le flanc de la montagne, ils avaient pu atteindre un peu moins de la moitié de la hauteur (la petite moitié) du Pic ; mais de là, il leur avait paru dangereux d'aller plus loin, car le sol devenait de plus en plus chaud, et ils virent que plus ils avançaient, plus les crevasses et les trous, d'où s'échappaient les vapeurs et la chaleur, augmentaient. Ils s'arrêtèrent donc, et ayant placé, dans l'un de ces trous, de la chair de lion marin qu'ils avaient apportée pour leur nourriture, ils reconnurent avec joie que peu de temps après cette viande était cuite, sans qu'ils eussent eu besoin de faire du feu. La soif et le manque d'eau potable qu'ils cherchèrent en vain les forcèrent à renoncer à leur entreprise et à revenir. Il ne serait certainement venu à l'idée d'aucun de ces hommes de rapporter la moindre pierre de cette Ile nouvelle, s'ils n'avaient remarqué du soufre natif qu'ils jugèrent devoir leur être utile pour faire du feu. Les autres pierres, disaient-ils, étaient les mêmes qu'à Unalaska.

« Suivant des renseignements ultérieurs des Aléoutes, la forme et la figure du Pic avaient changé de temps en temps; tantôt il se montrait en forme de colonne, haute et pointue, tantôt il s'arrondissait et s'abaissait; tantôt il brûlait en lançant de la flamme, tantôt il fumait seulement plus ou moins. L'Ile augmentait en étendue et le Pic en hauteur, d'année en année.

« Le 29 août 4806, (n. st.), après midi, nous quittâmes Unalaska, et, te jour suivant, nous aperçûmes Ylk nouvelle directement à l'O. de l'extrémité septentrionale de l'Ile que nous quittions ; elle est de moyenne hauteur et forme un Pic parfait. Au côté NO. se trouvent quatre montagnes coniques qui s'élèvent en forme de gradins Tune au-dessus

de l'autre. Celle du milieu, qui est la plus haute, parait isolée de tous cAtés comme une immense colonne verticale. Nous nous trouvions à 12 ou 18 milles environ de cette lie curieuse, qu*un épais brouillard ne nous laissa apercevoir que quand nous Tavions déjà dépassée. Par un bon vent du SE. qui s'était levé le matin, le capitaine Dwolf ne jugea pas à propos de s'arrêter à la recherche de cette île, quoiqu'il lui en coûtât de ne pas céder à la curiosité que ses goûts scientifiques rendaient bien légitime.

« Le 31, nous perdîmes do vue Tlle nouvelle et Unalaska. Celte dernière présente un aspect très remarquable du côté de l'ouest. La haute chaîne de montagnes qui la parcourt du NE. au SO. est couronnée par une masse de rochers énormes qui s'élèvent perpendiculairement, et lui donnent le curieux aspect d'une colonne gigantesque... »

Tels sont les documents fournis par Langsdorffsur cette Ile nouvelle, que le premier il a fait connaître. Il est regrettable qu'il ne l'ait pas visitée. Quoiqu'il ne fût pas géologue, il eût pu faire des observations intéressantes. Au reste, je trouve peu de renseignements séismiques dans son ouvrage. Ainsi, sur les Aléoutes dont il a parcouru l'archipel , je ne trouve plus que les indications suivantes :

Le 17 juillet 1805, il a vu Tlle Saint-Paul, où il a remarqué des couches de lave {Ibid.y p. 23).

Le 19, il était à l'extrémité NE. de l'Ile Saint-Georges; il y a observé une lave noire et poreuse qui formait encore les récifs escarpés de la côte SO., dont l'aspect, dit-il, fait penser que l'île doit son existence à un volcan, dont un séjour prolongé ferait découvrir le cratère, mais sur lequel les habitants , livrés à la chasse et sauvages, n'ont pu lui donner aucun renseignement.

Cette île, qu'il place par lat. 57* 15' N., et long. 170« 0. de Gr., fut découverte en 1786. Elle était couverte de graminées et de broussailles, mais on n'y voyait pas un seul arbre.

ET PHÉNOMÊNBS VOLCANIQUES. 105

Les brouillards y sont fréquents. Quelques-uns des chasseurs russes, qui, profitant de quelques beaux jours, très rares dans ces contrées, étaient montés sur les plus hantes montagnes de l'Ile , s'accordaient à dire qu'ils avaient découvert dans le NNE. une lie encore inconnue, et que personne n'avait jamais visitée. Ces hommes, qui avaient vécu douze ans à Saint-Paul, disaient que cette lie était autrefois tout à fait nue, et que ce n'était que depuis leur arrivée qu'elle avait commencé à se couvrir de plantes et de broussailles {Ibid., p. 98 et 29). — De quelle lie s'agit-il dans ce passage que je traduis textuellement? C'est ce que je ne puis pas dire. Les lies Saint-Paul et Saint-Georges , ne seraient-elles pas toutes les deux de formation récente?

L'auteur, qui a séjourné à Unalaska, n'en dit qu'un mot au point de vue géologique. Il attribue sa formation aux volcans, dont deux y sont en activité (L. c, p. 41).

— La même année 1796, éruption du mont Ëdgecombe, près de Sitka , sur la côte NO. d'Amérique. Voyez à la description de ce volcan, n"" 43 de la première partie de ce Mémoire.

— A la fin du XVIII- siècle, de 1796 à 1800, activité volcanique aux Quatre-Montagnes. Activité (douteuse?) à Tile d'Amak.

1802. Dans le courant de l'année, aux lies Aleutiennes, plusieurs secousses très fortes qui paraissent se rattacher au soulèvement de la nouvelle lie de 1796 (1).

— A Unalaschka, tremblement pendant lequel brûla fortement le Makuschin, qui était resté tout à fait calme, en

(1) Von HofiF cite Langsdorff Bemerkungen auf ^itiêr Reise um die Welt, t. Il, p. 209, et GUbert, Armalen der Phyrik, t. XLIl, p. 817 et

i06 TRBVBLBMENTS DE TBRRE

4795 et 4796, lors d» soulèvement de Hle Saint*Jean Bogoslow (Grewingk, p. 121, d'aprè? Langsdorff, II, 209, et Knisenstern, III, 442). — Dans ses résumés des phénomènes séismiques aux Aléoutes, p. 206 et 210, cet auteur signale de nouveau le tremblement ; mais il parait douter de réruption qu'il mentionne avec le point (?) d'interrogation.

i805. Eruption à llle d'Umnak (M. Kluge).

1806. Eruptions dans l'Ile d'Unalaschka et dans celle d'Unimak. M. Kluge, auquel j'emprunte ces deux faits, ajoute que l'ile Joanna Bogosslowa brûlait encore, et qu'elle a continué à brûler jusqu'en 1823.

1812. Forte éruption du volcan Sarytschew (lie Atkha). Il y eut dans les environs de si violentes secousses de tremblement de terre , que les habitants crurent qu'ils allaient tous périr. Le volcan reposait depuis longtemps (Grewingk, op. cU., p. 150, 207 et 210; d'après Wassiljew, dans le Voyage de Golownin, 1. 1, p. 173).

1814. Formation d'une lie volcanique près d'Unalaschka (De Sonnenburg, Tellm, p. 234). Ne s'agit-il pas ici de l'éruption sous-marine qui a eu lieu, le 10 mai de cette année, près des côtes du Kamtschatka? Cependant Keferstein signale aussi l'apparition d'une lie nouvelle près d'Unalaschka. Mais aucun de ces deux auteurs ne parle du Kamtschatka , dont j'ai décrit le phénomène dans un précédent Mémoire.

1815. Eruption sous-marine au nord-est de l'Ile Saint- Georges, Tune des deux lies Pribueloflf. Le i» juillet 1817, les habitants de l'Ile Saint-Georges racontaient à Kotzebue, que, depuis deux ans déjà, ils avaient vu du feu s'élever au nord-est, et ils pensaient qu'il devait s'y trouver une montagne volcanique, a Mais cette montagne, dit^il, ne saurait être sur la terre ferme, puisque la distance est trop grande

ET PHiNOHÉNES VOLCANIQUES. 407

pour qu'on puisse en voir les explosions. II doit donc, si les Âléoutes disent vrai , se trouver une lie au nord-est de Saint-Georges • (1).

1817. Lel*'inars (v. st.), à Textrémité septentrionale d'Unimak, éruption, pluie de cendres et tremblement de terre, avec tempête du SO. (Grewingk).

— Le 13 avril (le 5, v. st.), Choris a vu fumer le volcan de rUe de Junaska, dont on rapporte la première éruption à l'année 1823 (Grewingk, p, 147, 207 et 210.) — Voir encore plus loin aux années 1823 et 1830, et plus haut à la description de cette lie.

— Le 21 juillet (v. st.), vers 8 heures du matin, Kotzebue distinguait parfaitement les deux hautes montagnes d'Unimak et de la terre ferme d'Aliaksa ; la dernière (letzterer) fumait fortement. — Quelques années auparavant, ce volcan avait eu une violente éruption pendant laquelle son sommet, en forme de pain de sucre* s'était écroulé avec un bruit si considérable que dans les montagnes d'Unalaschka, qui en sont éloignées de dix milles, on en avait entendu les roulements semblables à ceux du tonnerre. Pendant cette éruption la montagne lança une grande quantité de bombes de la grosseur d'une noix. Kotzebue en a rapporté plusieurs, dont la pâte n'était formée que de lave et de fer (2).

(1) EnideckungS'Retse,., imJ. 1815-1818, t. II, p. 103.

(2) Entdeckungs-Reisey t. II, p. 108. Voici le texte de l'auteur : Den 2l8ten wehte der Wind frisch aus 0. und um acht Uhr saheu wir deutUch die beideu bohen Beit^e auf Unimack und deœ festen Laude Aliaksa; letzterer rauchte stark. Vor einigen Jahren hat dieser Vulkan einer starken Auabruch gehabt, wodurch seine zuckerhutfoermige Spitie etnatOnte; der dadurch yerursacbte KnaU ist bo stark gewesen, daM er in den Gebirge Von Unalaska dem Donner glich, obzwar es zehnMeilen dayon entfemt ist. Bei dieser Explosion war der Bergeine Menge Kugeln Yon der Groesse einer Wallnuss ans, yen d«aen icb selbst elniga btsitxe, und deren HauptbestandtbeUe Laya und Eisen sind.

1Û8 TRfiMBLBMfiNTS DE TERRE

Quelle est la date de cette dernière éruption?

— La même année, à la pointe nord d'Umnak, une montagne s*ouYrit et lança des cendres qui furent portées jusqu'à Unalaschka et même jusqu'à Unimak(Berghaus, 1. c, t. II, p. 739). M. Kluge signale deux éruptions dans la même lie d'Umnak, Tune sur la pointe nord et l'autre sur la pointe nord-est. Malheureusement, ici encore, il n'indique aucune source et ne donne aucun détail.

1818. A Unalaschka, légère secousse qui fut violente dans une lie voisine, à Amachnak, où elle produisit de grands changements (Grewingk, p. 120 et 206, d'après Venjaminow). Grewingk ajoute en note : « Du 18 au 31 mars de cette année Rocquefeuil observa, par ISO*" de longitude et de 18'' à iSi^ de latitude, des oscillations extraordinaires du baromètre (et de l'aiguille aimantée?). N'avaient-elles pas quelque rapport avec ce tremblement? » (Rocquefeuil, Voyage autour du monde, t. II, p. 3.) — Ce voyage manque à la Bibliothèque publique de Dijon. — Le tremblement at-il eu lieu dans le mois de mars?

1819. Le volcan Wrangell était en éruption et la Haute- Montagne fumait. (Grewingk.)

1820. Dans h nuit du 2 au 3 mars, les lies russes de l'Amérique septentrionale ont été épouvantées par les avant-coureurs des grandes convulsions de la nature. Le vent a soufflé avec fureur du SO., on a ressenti en même temps de violentes secousses de tremblement de terre et des bruits souterrains se sont fait entendre. Immédiatement après, l'atmosphère parut s'enflammer dans toutes les directions. Des nuées de sable et de cendres tombèrent pendant toute la nuit. A l'approche du jour le vent changeât les matières volcaniques cessèrent de tomber et la mer devint plus agitée Pendant que ces phénomènes avaient

lieu à Unalaschka, un volcan se déclarait à Urimack, lie distante de 100 verstes (107 kilomètres) d'Unalaschka.

Lorsque Tobscurité fut tout à fait dissipée et que la poussière et les cendres eurent cessé de tomber, on put apercevoir dlJnalaschka les eflfets du volcan. Il a continué de vomir des colonnes de feu et de fumée jusqu'au mois d'août. Alors on a envoyé du monde pour examiner le cratère ; mais les vapeurs fétides qui s'en exhalaient une verste à la ronde ont empêché les curieux d*y parvenir. On est persuadé que le sol de File a augmenté et que la mer a reflué à une distance considérable. La matière volcanique est tombée en telle abondance que l'Ile d'Ourimak en est couverte dans une circonférence de trois milles autour du cratère (1).

Postels a décrit ce phénomène de la manière suivante :

« Lei*'mars, à l'extrémité septentrionale de llleOumnak, eut lien une éruption durant laquelle la cendre fut portée jusqu'à Ounalaschka et à Ounimak. Un fort tremblement de terre, accompagné d'une terrible tempête du sud-ouest, jeta répouvante parmi les habitants d'Ounalaschka. Au point du jour, on trouva la terre couverte de cendres, à la hauteur d'un pied et plus dans certains endroits. Le ruisseau qui coule an bas de l'établissement d'Ounalaschka, en était rempli et la mer même paraissait trouble. Après cela, il n'y eut point de poissons durant presque toute une année, et l'on rencontra même des baleines plus rarement qu'à l'ordinaire. Non loin de la place où cette éruption eut lieu, les Aléoutes recueillent du succin qui est renfermé dans une terre friable, laquelle couvre une pente escarpée. Le pied de cette pente est baigné par un lac. Les Aléoutes étendent des peaux sur des canots liés les uns aux autres, ils font ébouler la terre des hauteurs et en tirent ensuite le succin.

(1) Malte-btpn, Nouv. Arm. dês Voy,,i. XV, p. 181. 18M, Arago, Àtm. de Ch» et de Phys., t. XXI, p. 396. i82t, et CEuoreê complètes, t Xn, p. 214.

iiO TREMBLEMENTS DE TERHE

« On voit encore fnrésentements'éleyer d'épaisses colonnes de fumée, d'une chaîne de montagne, le long du c6té NO. où, en 18S4, eut lieu une explosion (1) >.

18Î3. En novembre (selon d'autres en 1824), un volcan, qui éclata sur l'Ile de Jounaska, en changea entièrement la face. Une épaisse fumée sort toujours du cratère (Postels, l.c.,p. 26),

Berghaus, qui écrit Junaska et Yunaska, dit que cette éruption fut la première (I. c, t. II, p. 737). C'est la première qu'on signale ; pourtant Choris a vu fumer ce volcan le 13 avril! 81 7.

Suivant Grewingk {vide supra) ^ elle dura jusqu'en juin avec projection de pierres.

4824. Eruption d'une montagne sur la pointe nord-est de nie Umnak. Elle fume encore (Postels, p. 26, et Berghaus, p. 739).

— A la fin de cette année et an commencement de 1825, le Schischaldinskoi, dans l'Ue d'Unimak, eut une éruption excessivement violente. Vers le milieu du mois de mars (1825), le bruit des détonations souterraines fut entendu d'Unalaschka et d'Aljaska; la montagne s'ouvrit en cinq ou six endroits à sa partie inférieure; il en sortit des flammes et des cendres noires qui couvrirent la baie Paulowski (presqu'île d'Aljaska), et causèrent une telle obscurité qu'à dix milles allemands de distance, an village Hofjewskoi, le soleil parut entièrement éclipsé au milieu du jour. Il s'échappa en même temps de la montagne un immense cou-

(1) PoBtelB, dans le Voyage autour du Monde fait par Lutke, de 18t6 à 18i9, t. m, p. 24. Le mot présentemeni, que j*ai souligné, se rapporte-t-il à Tépoque ot Postels se trouyait dans ces paragee (du 22 au SI août 1827, ▼. st.), ou à l'époque, un peu postérieure, de la rédaction de ses observations?

ET PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES. Hl

rant d'eau qui couvrit un espace de plus de deux milles allemands du côté du sud; il était chargé de pierres-ponces : réooulement dura peu de temps, mais les eaux de la mer étaient encore troubles à l'automne suivant. Depuis lors, le volcan diminua d'activité (Berghaus^ p. 748).

.1825. Le iO mars, éruption de la montagne toujours fumante du nord-est d'Unimak. (Voyez l'article de M. Wrangell, au commencement de ce Mémoire.) C'est la même que je viens Je décrire d'après Berghaus.

1826. En juin, dans Ille d'Unalasehka, deux secousses violentes, pendant lesquelles des flammes sortirent du Makuschinski. Berghaus, auquel j'emprunte ce fait, lyoute (1. c.,p. 740) qu'elles y sont rares en été; mais que du mois d'octobre au mois d'avril les détonations souterraines et les tremblements de terre y sont fréquents; c'est alors la saison de ces phénomènes. Postels cite aussi ces deux tremblements (Voyez plus haut à la description de l'Ile Unalaschka).

— Le 11 octobre, éruption dans nie d'Unimak. Elle se trouve décrite au commencement de ce mémoire, dans les articles de Wrangell et de Venjaminow. Voici ce qu'en dit de Buch :

« En octobre 1826, il se fit dans l'Ile d'Unimak, dans un vallon situé entre les montagnes, une terrible éruption de cendres qui obscurcit l'air à un tel point que les habitants furent obligés de se renfermer dans leurs yourtes avec de la lumière; sur l'Ile de Tschemo-Bouri ces cendres firent périr tous les bestiaux de la compagnie. L'éruption dura jusqu'à la fin de décembre. Elle se renouvela en janvier 1837, et en mai, le volcan Chilchaldinsk se fraya un nouveau passage, un peu plus à l'est du grand cratère. Le volcan s'élève en forme de cône régulier à 7 578 pieds de Paris. La hauteur du Makuschkin sur Unalaschka est seu-

m TREMBLEMENTS DE TERRE

lement de 5 148 pieds, et celle da volcan d'Akutan de 3 132 pieds » (1).

— Le 21 octobre , le capitaine Beechey a vu Ttle Saint- Paul (Aléoutes); elle se distingue par trois petits pics qui, Tun d'eux notamment, ont l'apparence de cratères.

— Le l*' ou le 2 novembre, en traversant le détroit dTInimak, Beechey sonda à quatre milles de l'extrémité sud-ouest et trouva, par 30 brasses, un banc de lave noire, de cailloux et de scories ; mais immédiatement après il n'y eut plus de fond.

Le 3 et le 4, immédiatement après avoih quitté la mer du Kamtschatka, pour rentrer dans l'Océan Pacifique, il aperçut au ciel des taches noires, dans la direction du volcan d'Alaska (in the direction of the burning mountain of Alaska); elles paraissaient parfois illuminées comme par des éclairs difitas et, d'autres fois, elles étaient très restreintes; vues au télescope, elles semblaient formées entièrement de brillantes étincelles. Elles paraissaient provenir de diflférents points d'un long nuage étroit, élevé de 8" et situé dans la direction du vent.

Le capitaine Beechey était alors à 70 milles du volcan, et de semblables taches ay^nt été de nouveau observées au même endroit, l'année suivante, il les regarda comme étant dues très probablement à une éruption.

Il apprit d'ailleurs que, peu auparavant, le volcan avait manifesté une grande activité, et que, dans cette éruption, son cAne avait été tronqué et se trouvait alors moins haut qu'il est représenté dans le Voyage de Cook (2),

(i) Description phys., p. 460, (i*aprè8 Frédéric Latké. Voyage autour du monde^ 1888, 1. 1, p. i47 et S50.

(f ) Narrative of the voyage io tke Pacific and Bering's Strait, t. l, p. 467 et 470. London, 1831, 2 toI. in-S». L'auteur renyoie en note au Voyage de Kotzbue, t. VJ, p. S88.

1827. En janvier, nouvelle érnption dans l'Ile d'Unimak (Postels, voir à la première partie).

— - En mars , le Schischaldin fumait encore de temps en temps, phénomène qui se renouvela plusieurs fois jusqu'en 1829, année dans laquelle il projeta des flammes (Venjaminow, cité par Grewingk, p. 111.)

— En mai, dans l'Ile d*Unimak, formation d'un nouveau cratère, un peu à l'est de l'ancien (Postels, 1. c).

— En juin, aux lies du Commandeur, lie de Behring et lie de Cuivre, tremblement pendant lequel la mer monta et baissa de dix pieds dans un instant (Berghaus, 1. c, p. 738).

— Le 1" septembre, on voyait à l'ENE., dit Lutke, à la distance de 65 milles, l'Ile d'Ounimak avec ses énormes volcans. L'un d'eux, Chidaldinsk (sic), dont la forme est celle d'un cône régulier, paraissait, à cette distance, entièrement isolé. Une fumée blanchâtre s'élevait de son sommet. Nous trouvâmes sa hauteur de 1 263 toises (8083 pieds anglais). Le volcan Makouchinsk, sur l'Ile d'Ounalachka, dont le sommet aplati n'a que quelques pics aigus à son extrémité occidentale , n'offre pas un aspect aussi frappant que les volcans d'Ounimak. La fumée sortait d'un plateau couvert de neige. Sa hauteur, d'après notre mesure, est de 888 toises (8491 pieds) et la hauteur de la limite des neiges, sur la montagne, de 880 toises. Le D' Chamisso ne donne à ce point qu'une hauteur de 300 à 400 toises. Mais l'Ile d'Akoutan , dont nous trouvâmes la hauteur de 822 toises, était régulièrement dégagée de neige.

L'Ile de Saint-Paul est volcanique, à en juger par la grande quantité de lave et de pierres -ponces qu'on y trouve (1).

A ces détails j'ajouterai quelques notes que j'emprunte

(l) Voyage autour du Mondes t. I, p. 850 et 253. Paris, 1885, in-S».

à un ouvrage publié, il y a quelques années seulement, par M. de Kittlitz, qui accompagnait Lutke dans son expédition :

« Le 1*' septembre, la forme irrégulière, allongée, du volcan de Makuchinskaja Sopka, la plus haute montagne d'Unalaschka, nous avait empêchés d'en voir le sommet le plus élevé. Cependant il se montra comme une des masses qui constituaient les montagnes de la partie occidentale.

« La fumée du volcan s'élevait au milieu d'un immense champ de neige dont le dos des montagnes était couvert.

« Les lies d'Akutan et d'Akun , les plus orientales de la chaîne, forment des montagnes abruptes. Plus loin, vers Test, nous vîmes sur la grande lie Unimak s'élever le volcan brûlant de Chichaldinskaja Sopka, dont la forme est celle d'un cône parfait, mais très aplati. Une forte colonne de fumée s'élevait du sommet et était emportée à l'est par le vent.

«Unimak est le théâtre de manifestations volcaniques qui se renouvellent presque sans cesse. D'octobre 1826 à janvier 1827, une éruption de cendres d'une force et d'une durée presque sans exemple, a eu lieu presque sans interruption, et cela dans un endroit où l'on ne connaissait pas de cratère. Les cendres ont été portées par les vents sur toutes les terres voisines , et même à des distances assez considérables, dans des directions opposées, sur les lies d*l}nalaschka et d'Unga, qui en furent couvertes et endommagées. Des mouvements semblables, ressentis avant et après l'éruption et peu de temps encore avant notre arrivée à Unalaschka, et accompagnés d*un bruit semblable au tonnerre, étaient un signe certain pour les habitants que l'Ile d'Unimak était bien loin encore d'être tout à fait en repos (1). »

(1) Denkmûrdigkeiten einer Heise noch dem russùchen Amerika nach

— Dans la nuit du 14 octobre (su;), dit le capitaine Beechey, nous passâmes les lies Aleutiennes et, comme l'année précédente, nous entrâmes dans une région de temps clair et beau. Le volcan d'Oonimak émettait encore des flammes (flashes) qui étaient visibles à une distance très considérable (L.c, t.II, p. 318).

— La même année, fumée au volcan de Konjushy et de Kanaga. (Lutke cité par Grewingk.)

1828. Fumées aux volcans de la petite Sitchin, d'Akun, d'Akutan, de Tanach-Angunach , d'Atcha, de Konjushy, de Goreloj et du Schischaldin.

1829. Le Schischaldin (Unimak) fume jusqu'à l'automne de 1830. La grande Sitchin, Goreloj, Tannaga, Kanaga et Atcha fument aussi (Grewingk.).

On vit encore sortir des flammes de la montagne de la pointe nord-est d'Unimak (voyez Wrangell).

1830. £n août, à l'extrémité SO. d'Umnak, une petite montagne conique fut en éruption et jeta encore de la fumée quelque temps après (Postels, p. 25 et Berghaus, p. 739).

— En novembre et décembre, mugissements terribles dans l'intérieur de Schischaldinskoi (Unimak); le sommet était caché par une épaisse ceinture de nuages qui se dissipèrent enfin et les habitants furent alors surpris de la couleur noire qu'il avait prise. La neige qui le recouvre toujours avait disparu et de larges ouvertures donnaient passage à des flammes qui répandirent l'épouvante dans l'Ile : elles s'échappaient en même temps du côté du nord, de l'ouest et du sud. C'étaient des espèces de jets qui se renouvelaient trois fois en une minute, et après trois ou quatre émissions

Mikronesien und durch Kamtgchatka, 1. 1, p. f97. Gotha, 1858, 2 toI. in-8».

ordinaires, la flamme s'élançait plus vive et accompagnée d'étincelles (Berghaus, p. 7S2).

— La même année, éruption de flammes et de cendres au volcan de Vunaska ou Junaska (ibid,, p. 737). II en sortit des torrents provenant de la fonte des neiges ou de la pbie qui, comme l'eau de mer, furent colorés en noir sur les côtes (Grewingk, p. 147, 207 et 210).

— Le Korowinsky (Atcha) fumait cette année (Urid,).

1831. Continuation de l'éruption du Schischaldinskoi.

En mars, deux nouvelles bouches s'ouvrirent; celle da nord existe encore; c'est une grande fente qui n'a guère moins du cinquième de la hauteur de la montagne et dont la largeur est à peu près le septième de la longueur. Elle a constamment l'aspect d'un fer rouge et sa forme parait invariable. Le pied de la montagne brûle aussi du cAté du nord-est. Les habitants d'Unimak assurent que jamais ils n'avaient ressenti de secousses aussi violentes que celles qui accompagnèrent cette éruption (Berghaus, 1. c).

Le 6 et le 7 mai, nouvelles éruptions (voyez Wrangell aa commencement de ce Mémoire).

Dans l'automne de la même année, la montagne se recouvrit de neige et depuis elle a seulement fumé (Venjaminow cité par Grewingk, p. 112).

1836. Le 2 avril, à l'Ile S*-Paul (PriJ)ûlow), fort bruit souterrain et tremblement si violent qu'on ne pouvait se tenir debout. Des rochers se détachèrent des montagnes et s'écroulèrent. Le bruit venait de l'est et se dirigeait à l'ouest.

En août, on entendit encore un bruit semblable, mais beaucoup moins fort et plus sourd (1).

(1) Von Baer nnd Ton Helmencn, Beiiratge zur KenntnisM des Hus^ sischen Reichs, 1. 1, p. 8S5. 1889.

ET PHËNOMÉNBS VOLCANIQUES. 117

Le tremblement a été très violent à l'Ile S*-Georges; des rochers se sont fendus et d'énormes débris ont roulé à leurs pieds (Grewingk, p. 187).

— En octobre, éruption à Tlle d'Unimak(M. Kluge).!! emprunte probablement ce fait à Landgrebe dans lequel on lit» 1. 1, p. 401 : « Entre les villages de Progromnoi et de Schischaldinskoi, on remarque encore quelques petits cratères qui fument. L'un d'eux eut une violente éruption en octobre 1836. Il lança une quantité considérable de cendres qui furent portées jusqu'à Tlle dlJnga, à une distance de cinquante milles allemands. » Cette éruption doit être de 1826. Ces cratères fumants sont ceux que nous avons indiqués sous le n** 32 dans notre première partie.

1838. On a vu fumer Unimak en trois endroits. De plus le Schischaldin (même lie) a eu une éruption.

La même année, Tanach-Angunach, le Hakuschin (Unalaschka), Akutan, le Pawlowski et le volcan Venjaminow ont aussi fumé (Grewingk).

i841. Eruption violente du mont Reignier (Cosmos, t. IV, p. 488. Vide supra).

1842. Le 28 septembre, éruption du mont S'-Helen. Les cendres furent portées à 50 milles anglais de distance (Landgrebe, 1. 1, p. 497). L'auteur n'indique pas de source. Cette date doit être fausse.

Le 23 novembre, le mont S'-Helen a eu une grande éruption qui, d'après Frémont, a rejeté tout autour, à une distance considérable, une immense quantié de cendres et de pierre-ponce (De Humboldt , Cosmos, t. IV, p. 468 de la trad. française).

Je lis en effet dans le journal de Frémont à la date du H novembre 4843 : « A Ludersbai, sur la rivière Columbia, les roches sont de trapp ou de basalte. Toutes sont évidemment volcaniques et d'une période récente; nous reconnaissons parfaitement les sommets neigeux des monts

Reignier et S'-Helen, volcans encore en activité. Le 23 novembre passé (vergangene), le mont S^-Helen a vomi de la cendre qui ressemblait à une petite chute de neige sur les dalles de la Columbia, à une distance de 50 milles. » (Freroont, Felsengebirge Oregon und Nordcalifomieny p. 199, Stuttgart, 1847, in-8*).

C'est donc à tort que feu mon ami Kluge, H. Grewingk et plusieurs autres auteurs rapportent cette éruption au 23 novembre 1843.

— Kluge signale encore, sans indication de source, une éruption du mont Baker en 1842.

1843. Le 23 novembre, éruption du mont Reignier (Landgrèbe, I. c.) . La date mensuelle me parait douteuse. De Humboldt, qui ne la donne pas, dit seulement que les éruptions de ce volcan furent violentes en 1841 et 1843.

M. Fremont qui dans le mois a vu plusieurs fois les monts Reignier, S*-Helen et Hood qu'il mentionne à plusieurs dates, entr*autres au 21 novembre 1843, jour où il a pris des angles de hauteur de ces montagnes, ne signale que l'éruption du mont S'-Helen, telle que nous venons de la rapporter.

— Le 15 décembre, 1 h. 20 m. du matin, à l'Ile Sitka, deux légers tremblements pendant lesquels les magnétomètres unifilaire et bifilaire oscillent dans un plan vertical.

Un troisième coup a lieu une heure trente-cinq minutes plus tard. La position de l'aiguille pour la force verticale change de 55 parties pendant les deux premières secousses (1).

Le 16 décembre (n. st.), 1 h. 1/2 du soir, à Novo-Arkhangelsk (Amérique russe), faible tremblement. A 4 h.,

(1) Annuaire magnétique et météorologique du corps des ingénieurs des mines de Russie, année 184S, p. 558.

une secousse plus forte qui a duré trois secondes; les maisons craquaient; les ouvriers voyaient comme les arbres remuaient par un temps calme. Aux sources chaudes, à 28 verstes de la ville» on a aussi remarqué les secousses, mais trente-cinq minutes plus tôt (Comm. de M. Osten- Sacken).

Ce fait me parait être le même que le précédent.

— La même année, éruption du mont Baker (M. Kluge).

— Le volcan Ilaemaen était encore en activité cette année (Grewingk, op. ct(., p. 304).

1844. Dans le courant de cette année, le Korowinsky, sur rUe d'Atcha, et le Makuschin, sur celle d'Unalaschka, fumaient faiblement (Grewingk).

1848. Le 28 octobre (n. st.), 8 h. du soir, sur les lies Hednoj etBeringof (groupe des Iles Commandeurs), tremblement violent qui a duré toute la nuit; l'eau était dans un mouvement continuel. Un rocher s'est écroulé sur l'Ile Mednoj (H. Osten-Sacken) .

1853. « Le 13 novembre, dans le village Païmut (qui est à environ 100 kilomètres à l'est d'Ikogmut), on a ressenti une secousse qui avait une direction du sud au nord. Les tremblements de terre sont ici un phénomène assez rare, et le dernier qui y a eu lieu est arrivé il y a 60 ans avant cela. » Cette note , que je dois à l'obligeance de M. Vesselovski, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, est extraite du registre météorologique, non publié encore, tenu par le P. Netzvétof, à Ikogmut, dans les possessions russes américaines. Ikogmut se trouve par lat. 61«» 47 N., et long. 163* 34' 5'0.

— La même année, éruption du mont Baker (M. Kluge).

1854. D'après des nouvelles de l'Orégon, allant jusqu'au 1« mars, la montagne de Sainte-Hélène (côte NO. d'Amérique) était en éruption. Des témoins oculaires rapportaient

que ce volcan avait jeté plus de cendres qu'à aucune époque antérieure. Il sortait d'épaisses fumées du cratère (Moniteur, 30 avril).

De février en avril, éruption du mont Saint- Helen's (M. Kluge). L'éruption durait encore au l"' avril {New- York Tribune, apriMOth., 1854).

— En août, le mont Hood, qui n'était pas regardé comme un volcan actif, ou qui du moins n'avait pas donné de signes d'activité depuis longues années, lançait de la fumée (New-York Tribune, 26 sept.).

— M. Dryer, de Portiand, a fait l'ascension du mont Hood, en 1854. Lors de sa visite, de la vapeur et des gaz chauds se dégageaient sur plusieurs points du sommet. Il y avait eu, depuis peu, diverses éruptions de cendres. J'emprunte ce fait à une des publications de l'Institution Smithsonienne; mais j'ai malheureusement oublié de transcrire le titre du volume, ou bien ma note s'est égarée. H. Kluge y signale aussi une éruption pour cette année.

1856. Le 22 juin, éruption d'un volcan aux Iles Aleutiennes. Par lat. 50« 63' N., et long. 158* 52' E., la frégate russe, la Dwina, traversa une mer couverte de pierresponces (1).

— Le 26 juillet, au détroit d'Onnimah, par 54» 36' lat. N., et 135» long. 0. (archipel du roi Georges ou de Saint-Lazare), éruptions volcaniques dont le capitaine C.-H. Newell, du baleinier Alice Frazer, a rendu compte.

Navire Alice-Fnxer, en mer, 30 octobre 1856.

« Vers le 25 juillet, pendant que je traversais, de conserve avec d'autres navires, les détroits d'Onnimah, je re-

(1) Trask, Amer Joum. of Se. Snd ser.^ t. XXUI, p. 345, may 1857,

ET PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES. i21

marquai que, par l'effet d'une forte action volcanique, plusieurs pics des montagnes qui se trouvent sur les Iles voisines rejetaient d'énormes masses d'une fumée noire et épaisse.

« Quelques autres baleiniers venaient , en même temps que moi, de doubler la pointe orientale de Tlle, tout près de la base du volcan, à la seule fin de jouir complètement de la vue de son effroyable éruption , et d'écouter le long et sourd mugissement du tremblement de terre partiel dont nous avions déjà subi plusieurs secousses successives, quand le vent, tombant tout à coup de la plus forte brise au calme plat, nous laissa entièrement. à la merci des éruptions, à raser la terre.

c Après quelques heures d'intensités diverses, tout sembla se mettre au pire. Les cris des éléments et les gémissements de la terre devinrent rapidement et de plus en plus sinistres. Il se fit un si grand calme, que la fumée noire et épaisse s'élançait impétueusement vers les eieux sans dévier d'une seule ligne ; ce qui indiquait combien nous devions avoir peu d'espoir que la brise vint nous trouver ; — puis elle se dissipait graduellement eii froids nuages gris dont il tombait une masse de cendre ressemblant, à distance, à de la pluie, quoiqu'elle tombât plutôt conune des flocons de neige.

« A ce moment, après douze heures de calme, il s'éleva du sud une légère brise qui , selon toute apparence , aUait nous dégager de notre dangereux voisinage. Vous pouvez être assuré que nous ne négligeâmes rien pour en profiter, en mettant toutes voiles dessus.

« Mais alors advint le pire de tout. Les vents, agissant

sur une aussi grande quantité de fumée , la renversèrent

en plein sur la surface de l'eau , faisant ainsi pendant plus

de cent milles, comme d'autres me l'ont assuré, une éclipse

presque totale, qui nous cachait entièrement la vue de la

terre.

122 TREMBLEMEMS DE TERRE

« Les cendres plurent sur nous comme un ouragan de neige, couvrant tout, du pont à la pomme des mâts, d'un manteau gris de poussière , aveuglant presque tous ceux qui s'y trouvaient exposés, et qui, en devenant de plus en plus épais, nous fit craindre d'être suffoqués.

« Les choses en vinrent à ce point que nous nous représentâmes une autre scène d'Herculanum et de Pompeî, dont nous n'étions pas sûrs de nous tirer mieux que la petite flotte de Pline dans la baie de Naples. Comme la brise augmentait , nous primes la route de l'ouest, laissant le mal qui nous avait tous suffoqués, et nous cinglâmes vers le nord de la côte orientale.

« Dès qu'il fit clair, nous eûmes beaucoup de peine à nous débarrasser des cendres, bien que nous ayons lavé en abondance et balayé de toutes nos forces. J'ai visité plusieurs volcans dans leur activité ; mais celui-ci était d'une nature un peu plus houillère qu'il ne convenait à mon goût dans ces matières.

« Mais la chose la plus sublime ne s'était pas encore montrée. En même temps que la brise commençait à se former et à devenir un vent capable de soulever les flots, quatre autres navires arrivèrent. Au moment où ils gagnaient hardiment la base nord de cette montagne , regardant avec étonnement la grande ébuUition qu'il y avait audessus de leurs tètes ^ ils observèrent qu'un long et sourd grondement se faisait entendre directement au-dessous d'eux, grondement qui fut presque immédiatement expliqué par l'existence d'un immense et terrible volcan qui surgit tout d'un coup au milieu de la flotte.

« D'abord les eaux bouillonnèrent et s'élevèrent tumultueusement en vagues désordonnées, puis elles s'élancèrent, comme par un jet d'une immense source, en une splendide colonne d'eaux roulées sur elles-mêmes , à une grande hauteur. Cet effet se dissipa graduellement. Alors, de la terre au ciel, avec un bruit de tonnerre qui agita puis-

ET PHÉNOMÈNES YOLCANfOUES. 123

samroent Tair, on vit s'élancer un torrent de flammes et de fumée comme si tous les feux intérieurs de la terre se cherchaient une issue. Ensuite, il commença à vomir de la lave et de la pierre-ponce de la grosseur d'une noix à celle d'un boulet, couvrant tous les navires avec plus ou moins de ses fragments et mettant les équipages dans la plus grande anxiété, par la crainte naturelle d*étre enlevés dans les airs ou engloutis dans les flots.

t Cette situation ne dura qu'un moment: l'éruption s'éteignit presque aussi vite qu'elle s'était manifestée. Alors les eaux se précipitèrent dans l'abtme ouvert avec la violence d'un tourbillon, tournoyant dans un goufllre qui n'est égalé que par le Maetstrom, et exhalant un bruit à peine moins élevé que celui de la cataracte de Niagara, à la hauteur du rocher de la Table.

ff Les navires prirent la fuite, laissant le volcan sousmarin à une succession d'alternatives de tranquillité comparative et d'éruption violente , et , sans que son bruit eût changé de caractère depuis le commencement, limitant pardes intervalles inégaux les diverses scènes de son action. »

Ce singulier phénomène est attesté, en outre, par les maîtres des navires baleiniers William Thompson, Scotland et Enterprise {Moniteur^ 14 janvier 1857).

Le New-York Tribuney du 1" décembre 1886, écrit Onnimask pour le nom de l'Ue, et donne la date du 36 juillet pour celle de l'éruption sous-marine. Suivant ce journal, l'eau, qui avait une profondeur de 800 pieds, se retira et laissa voir la lave qui coulait!

18S7. Le 8 septembre (n. st.), 11 h. du matin, dans le port de Paul (Pavlavskaja gavan)^ sur l'Ue Kadjak, deux secousses à une distance de quelques secondes ; la dernière assez forte. Aucun dommage (M. Osten-Sacken).

18S9. En mars. Dans la partie septentrionale du comté

de Shasta (Californie), le docteur Mogencroft croit avoir va une éruption volcanique pendant le mois de mars. Dans une région volcanique comme la Californie, dit M. E. Jonveaux, auquel j'emprunte ce fait, cela n'aurait rien de surprenant.

— Le20 juillet (n. st.), éruption du volcan Ounimak qui se trouve dans la section de Ounalaschka (H. Osten-Sacken).

— Le 8 août (n. st.)^ à Tlle Behring, léger tremblement qui n'a duré que quelques secondes (M. Osten-Sacken).

— Le n août, éruption du mont Hood. Voici ce qu'on écrivait de Portland : « Les IS, i6 et 17, l'atmosphère commença à devenir étouffante, on ne respirait qu'avec peine ; le 17, à 10 h. du matin, il faisait excessivement chaud, ce qui est très extraordinaire dans le pays. A midi, le ciel était à peu près sans nuages ; mais , peu après , il prit un aspect insolite. En portant notre attention sur le mont Hood, nous remarquâmes tous un amas de nuages des plus singuliers qui planaient au-dessus de son sommet ; ils avaient un éclat légèrement argentin , mêlé de nuances plus soro* bres; il semblait que leur poids les faisait descendre. Le lendemain, le ciel conserva le même aspect, les nuages flottaient toujours au-dessus de la montagne. Le 18 au soir, on remarqua des lueurs brillantes et fréquentes autour du sommet, d'on semUkiient s'élever des masses de vapeurs lumineuses ou fortement éclairées. Le 19 et le 20, ces masses de vapeurs nébuleuses continuèrent à s'élancer du cratère; le soir, elles paraissaient enflammées, du moins il s'en échappait des rayons lumineux, et la lumière persista pendant toute la nuit. Le 20, la fumée se dissipa pendant quelques instants et permit de distinguer le sommet ; à Tœil nu, on s'apercevait faiblement qu'il avait changé de forme; mais, avec une lunette, on reconnut que la crête NO. avait entièrement disparu, il s'était formé une brèche immense; cette crête a dû s'écrouler dans le cratère. Plu-

tiears personnes sont parties pour explorer la montagne ; à leur retour, je vous donnerai d'autres détails (1). »

— Le journal Olympia Pioneer du 3 décembre contient l'article suivant : « Plusieurs personnes au nombre desquelles figure M. J.-A. Tonnant, rapportent que le mont Baker (situé près de la frontière nord du territoire de Washington) a été vu en état d'éruption par les résidents de Semiahmoo et par des navires voisins de ces localités. On a remarqué deux larges jets de flammes s'échappant de la crête de la montagne et paraissant sortir de deux fissures distinctes. Ce phénomène ne s'est produit que pendant peu de jours, et l'on n'a point remarqué qu'il fût accompagné, comme cela arrive d*ordinaire en pareil cas, d'épais nuages d'une fumée noire. Il est rare que l'on ait eu à constater des éruptions émanées de la montagne Baker. » {New-York Heraid, 31 décembre. Echo du Pacifique, 20 décembre.)

Suivant les lettres de Victoria (Nouvelle-Calédonie britannique), en date du 22 novembre, le mont Baker était en pleine activité (El Corner cio de Lima, n<> du il janvier 1860).

1860. Vers le 26 avril, le mont Baker (Californie du Nord), était enveloppé d'un immense cercle de fumée sortant d'une issue qui existe entre les deux cônes N. et S. Pendant trois jours, la fumée se répandit abondamment dans l'atmosphère, lorsque, pendant la troisième nuit, les deux cônes disparurent, laissant le sommet de la montagne complètement nivelé et sa hauteur diminuée de deux mille cinq cents pieds.

< Cette montagne volcanique, ajoute l'auteur de cette observation, deviendra l'un des sujets les plus intéressants et les t)lus curieux de la côte du Pacifique, lorsqu'elle sera

(1) Amer, Joum. ofSc», S« sér., t. XXVUI, p. 448, nov. 1859. EUe est seulement indiqaée dans le joainal Bl Comercio de Lima, Il et 94 ocU 1859.

iiS TREMBLEMENTS DE TERRE

enveloppée par la civilisation. Elle a dix-sept mille pieds de hauteur. Elle est située à quarante milles NE. de Port- Townsend , et fréquentée seulement par les sauvages qui habitent les rares localités susceptibles de culture. Le jour viendra où d'intrépides voyageurs voudront tenter son ascension, jusqu'ici regardée comme impossible. On peut gravir le Mont-Blanc et revenir sain et sauf, mais Ton ne regarderait pas impunément dans le cratère du mont Baker. » {Echo du Pacifiqtieyii mai i860, éJit. de quinzaine.)

— Le 7 mai, à Port Townsend (Californie du Nord), une légère secousse (môme source).

— Le 17 et le 48 juillet 1860, le mont Rainier ou Reignier était parfaitement aperçu, dans le NE., par l'expédition des Etats-Unis, qui, sous la direction du lieutenant Gilliss, observait l'éclipsé totale de soleil, près de Steilacoom. Ce volcan ne donnait aucun signe d'activité (1).

1861. Le 22 février, sur Tlle Mednyi (lie de Cuivre), tremblement violent. Un rocher, qui se trouve près de Tunique lieu habité de cette Ue, s'est écroulé (M. Osten- Sacken).

— Le 21 avril (n. st.), à Sitka (côte NO. d'Amérique), à 1 h. du soir, cercle autour du soleil, 9 h. 2 m., aurore boréale, à 27 m. {sic), tombait du ciel un météore, de 9 h. 32 m. à 36 m. (sic), au sud, tremblement de terre (Arm. metéor. et magn, de Hussie, ann. 1861, p. 455).

— Le 3 mai, 9 h. du matin, sur l'Ile Saint-Georges (groupe des lies Pribûlow, dans la mer de Behring), tremblement léger, et à 11 h. un bruit souterrain.

Le 10, 8 h. 1/2 du matin, à l'Ile d'Atkha (Aléoutes), léger tremblement (M. Osten-Sacken) .

{!) Amer, Joum, of Se, september 1860, p. 286.

- (c Le 19 août, M. Noah Brooks a fait l'ascension du mont Shasta, volcan éteint de Californie. Du sommet coule une source chaude qui bouillonne, et dont les vapeurs qui s'en échappent ont peut-être servi, aux traditions des Indiens, qui représentent ce mont comme ayant de loin en loin laissé voir d'épaisses fumées. » {Echo du PacîfiquCyU septembre 1861).

— Le 21 août, à l'Ile d'Atkha (Aléoutes), tremblement avec bruit souterrain (Notes extraites du compte-rendu de la Compagnie russe-américaine pour 1861, par M. le baron Osten-Sacken). Les dates ont été converties dans le nouveau stvle.

1864. Je lis dans VEcho du Pacifique du 23 juillet 1864 :

« VVmo7i d'Oroville dit que le nouveau volcan du comté de Butte est en éruption. Cette montagne n'est pas éloignée de Dagtown, dans la direction de la route qui conduit à Honey-Lake. »

1865. Le 21 septembre, éruption douteuse du mont Hood. Voici ce que je lis dans le Courrier de Saji-Francisco du 18 octobre, édition de quinzaine pour l'Europe, à la suite du récit du tremblement de terre du dimanche 8 octobre.

« Pourexpliquerletremblementdeterre ressenti dimanche à San-Francisco et sur presque tout le littoral de la Californie, quelques personnes se sont inquiétées de la situation actuelle de nos grands sommets volcaniques : le mont Hood, le mont Sainte-Hélène, le mont Baker, le mont Shasta, etc. En feuilletant bien les journaux de la localité et des pays limitrophes, on a trouvé dans la feuille hebdomadaire Oregonian de Portiand, à la date du 30 septembre, le fait suivant :

« John Denver, soldat de la compagnie E du l'' régiment des volontaires du territoire de Washington, nous écrit du fort Vancouver, à la date du 24 septembre :

c Dans la matinée du 21 de ce mois, étant de garde an magasin du fort, entre S et 7 heures et par un temps fort dair pour la saison, moh regard se porta naturellement vers Test pour voir le soleil levant, et jugez de ma surprise, j'aperçus le sommet du mont Hood enveloppé de fumée et de flamme. Oui, Monsieur, de flamme; elle s'élançait en jets hauts de 18 à 20 pieds en apparence au-dessus du point culminant de la montagne, et était accompagnée de déchaire de ce que je crus être des pierres, car je voyais retomber ces débris à de grandes distances et il me semblait, en outre, entendre un roulement sourd comme celui du tonnerre dans le lointain. Plusieurs membres de ma compagnie ont vu ce phénomène comme moi. i

< Le mont Hood, dit VAlta (journal californien), auquel nous empruntons ces faits, a treize mille pieds de hauteur, et est situé à soixante milles dans l'Est de Portland, en pleine vue de la ville. Personne à Portland n'a vu d'éruption le jour où le soldat écrivain l'a vue du fort Vancouver, point situé à peu près à la même distance de la montagne que Portland. C'est au lever du soleil que le témoin a vu le sommet du mont Hood enveloppé de fumée et de flamme, etc. II a pu voir tout cela en eflbt, si, comme nous le pensons, une tempête régnait en ce moment sur la hauteur comme cela est si fréquent dans la saison où nous sommes. L'entrecroisement des éclairs a pu être pris pour des flammes

« Le mont Hood, depuis sa découverte, est resté une paisible montagne au front chenu et couvert de frimas. Fût-il devenu volcan, comment admettre que le phénomène n'eût duré qu'une heure ou deux pour se taire définitivement après, sans en laisser de traces, sans que personne à Portland ne s'en soit aperçu ?.. .. Ce n'est évidemment là qu'une histoire enfantée à plaisir.

< Les monts Sainte-Hélène et Baker sont les seuls volcans dans les limites des Etats-Unis qui donnent encore de

ET PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES. i29

temps à autre des preuves oa signes d'activité. Sainte-Hélène est situé pariô^'SO, et il émet un jet constant de fumée ou de vapeur, mais si mince, que parfois le voyageur passe dans le voisinage sans s'en apercevoir. Parfois cependant cette vapeur ou fumée s'agglomère plus intense au sommet du pic et l'enveloppe tout entier. On a fini par croire que ce phénomène est causé par l'introduction de l'eau provenant de neige fondue dans le cratère non encore refroidi, depuis 1842, date de la dernière éruption. A cette époque une masse de cendres fut lancée par le volcan, et tout le pays, sur une étendue de plusieurs milles, en fut couvert.

« Le mont Baker, qui est à quinze milles de ce côté de la frontière de la Colombie britannique, émet souvent de larges nuages de fumée, et il n'est pas rare à Victoria, d'où cette montagne est parfaitement visible, de voir la flamme jaillir du cratère ; mais il n'y a pas eu depuis longtemps de déjection de lave. On a dit, il y a quelques mois, que le sommet du pic s'était écroulé dans Tablme du cratère, cela ne nous parait pas impossible, car on a constaté souvent ailleurs des faits identiques.

« Shasta fut autrefois un grand volcan, on en a la preuve par l'immense quantité de lave qui couvre le pays du c6té nord-est, mais les signes extérieurs qui caractérisent les volcans se sont éteints depuis longtemps chez celui-ci aussi bien que chez les autres pics de la Sierra-Nevada. Rien n'en fait présager la résurrection. »

Sous le titre « Un nouveau volcan, » le Courrier de San- Francisco ajoute dans le numéro cité : « Une dépêche télégraphique vient de nous révéler un fait qui se rattache évidemment au tremblement de terre que nous avons ressenti dimanche (8 octobre)., Le mont Hood, dans l'Orégon, qui avait jusqu'ici été considéré comme une montagne ordinaire, ou tout au plus comme un volcan éteint, a été aperçu par les soldats du fort Vancouver laissant échapper une masse de fumée. Le fait est confirmé par une autre dépêche

que DOQS trouvons dans le Bulletin d'hier soir, et qui est ainsi conçue :

cr Portlandy Orégon, 9 octobre. La récente éruption du mont Hood attire beaucoup l'attention. D'immenses colonnes de fumée peuvent être vues maintenant s'échappant de son cratère. »

« Le mont Hood a treize mille pieds d'élévation ; il est situé à soixante milles à l'est de Portland, d'où il peut être aperçu très distinctement. »

Enfin le Courrier ajoute encore sur ce sujet dans une note : « Ainsi que nous l'avons publié hier, le télégraphe de Portland donne maintenant raison au soldat du fort Vancouver. Mais comment quinze jours ont-ils pu s'écouler sans que personne dans le pays ait songé à vérifier le fait? n n'y avait cependant qu'à lever les yeux. A moins qu'à cette première éruption le mont Hood n'ait repris son apparence placide. Même dans ce cas, cependant il devait rester des traces des déjections dont il est fait mention.

« Peut-être des renseignements nous seront-ils fournis plus tard sur un fait aussi singulier. En attendant nous conservons ces détails à cause des documents qu'ils renferment sur les grandes montagnes du littoral américain sur

le Pacifique.

« Pour les personnes qui se livrent à l'étude des phénomènes de la nature, nous ajouterons que le mont Hood est situé à sept cent milles de distance de San-Francisco. Enfin nous poserons cette question : Le tremblement de terre de dimanche (8 octobre) et les différentes secousses éprouvées depuis à San-Francisco sont-ils le résultat de l'éruption du mont Hood? > (Courrier de San-Francisco, du 18 octobre 1868.)

On lit dans le même journal, numéro du 3 octobre : « Trois voyageurs ont réussi cet été à escalader le mont Hood. » On n'ajoute rien à cette simple annonce. Il n'y est pas fait la moindre mention de phénomènes volcaniques.

ET PHÉNOMÈNES VOLCANIQ\)BS. 131

1866. Le 20 août, M. A. Wood a fait TascensioD du mont Hood. Il s'en échappait beaucoup de fumée sulfureuse. (Voir à la description du volcan.)

— M. Osten-Sacken m'écrit à la date du 22 octobre de cette année : « L'autre jour, ayant la, dans le Tbnes anglais, la nouvelle qu'un tremblement de terre a eu lieu à Kadiak, dans l'Amérique russe, je me suis immédiatement adressé à la compagnie américaine pour avoir de plus amples détails ; mais pour le moment elle n'avait pas encore reçu des nouvelles directes, i»

Dijon , le t8 novembre 1866.

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