DEUXIÈME GROUPE
(c Perpendiculairement à la série linéaire dirigée estouest, que forment le Taal, le Majaijay et le La^o, s'élève une autre série méridienne au nord-sud, qui coupe la première, à angles droits, entre le volcan de Taal et le Majaijay. Les traces d'ancienne activité volcanique y sont très remarquables. De la côte nord de la Laguna de Bay partent deux chaînes qui se dirigent au sud, et dont les points culminants atteignent 4,000 à 4,400 pieds d'altitude : l'une forme la péninsule de Binangonan et se prolonge jusqu'à la petite lie de Talim, qui n'en est séparée que par un canal étroit ; l'autre forme la presqu'île de Falajala (4). Ces chaînes environnent une baie latérale ovale et profonde, qui autrefois formait une lagune ayant très peu d'eau, la baie de Binconada. Les langues de terre appelées Punta Gunung Bajang et el Punta del Diabolo, près de Binangonan, sont extrêmement curieuses ; elles sont for-
(1) Ne fan^il pas lire Jala-Jala? G*ett la pointe où M. de la 6iro< nière a établi sa petite colonie. — A. P.
S6 DOCUMBRTS
môes par des courants d'obsidienne qui, en se crevassant, ont pris la forme colonnaire. L'Ile de Talim et la presqu'île de Falajala sont entièrement composées de roches volcaniques. (J'ai visité moi-même ces contrées.) On remarque sur toutes les deux de petits cônes adventifs d'éruption. L'ensemble et les rapports des terrains , ces coulées d'obsidienne, ces petits cônes d'éruption, tout prouve qu'il y a eu là un grand centre volcanique qui manque aujourd'hui, mais qui, après son affaissement, aurait été remplacé par l'anse ou baie de Binconada (<).
(( J'ai encore ici recours à l'hypothèse de l'affaissement d'une grande partie de la montagne conique, analogue i celui qui a eu lieu au volcan de Taal.
(( En nous avançant plus loin vers le sud, nous voyons, sur la riiice méridionale de la Laguna de Bay, le cône éteint de Maquilin porter sa cime escarpée jusqu'à 3,200 pieds au-dessus du niveau de la mer. Son sommet oSire un aspect crevassé ; sur ses flancs et à sa base s'élèvent d'innombrables petits cônes d'éruption qui présentent des cavités cratériformes d'un caractère parfait, de petits lacs [Seebechen) ou bassins remplis en partie, comme la Laguna Encantada et les petits cratères -lacs, au nombre de huit ou neuf, aux environs de San Pablo (2). Des crevasses et du pied de ce volcan sourdent des sources chaudes à une température de 80 à 90» C, et qui ont une certaine célébrité ] elles sont connues sous le nom de Los Banos.
(1) M. de U Gironière écrit Rinconada. « Le pourtour de ce lac, dit M. Jorien de la Gravière, est assez régnlier do côté do sad ; mais vers le nord il présente trois enfoncements, je dirais Ipresque trois bassins distinda, formés par denz promontoires volcaniqaes, barrières de lave qai ont partagée la vaste boache de Tancien cratère. La pointe da Diable et Tlle Talim, qui n*en est que le prolongement ^ sont une de ses barrières; le massif montagneux de la Jala-Jala forme Tautre. v {nevue des Deux-Mondes, IS juillet 185t, p. 264.) — A. P.
(t) Nons les avons d^jà cités d'après, M. de la Gironière, à l'article du Majaijay. *- A. P.
SUA LES THEMBLSHBIITS DE TEBEB. 27
(J'ai ausn visité moi-même ces contrées.) Je regarde en* core comme des montagnes volcaniques ayant brûlé au« trefois, le Pico de Malarayat, qui a un double sommet, et le Monte Tombol; ces deux montagnes s'élèvent au sud du Maquilin et peuvent atteindre une altitude de 3 à 4,000 pieds.
a Nous avons donc dans le deuxième groupe :
a 12. L'Ile de Talim dans la Laguna de Bay^ lat. 14o 48' N.y long, i2^^ W E. de Gr., avec ks restes d'un ancien cône volcanique, aujourd'hui détruit, sur les bords de la baie de Binconada.
(( 13. Le Maquilin, lat. 14<> 6' N., long. ISl» 13' E. de 6r.
0 14. Le Pico de Malarayat, lat. 13» 58' N., long. lâl« 14' E. de 6r., appelé aussi PicodeLipa et le pic voisin.
«15. Pico de Sosomcambin, lat. 13* 58^ N., long. 121* 12' E. de Gr.»
U y a évidemment erreur dans le texte. Le Pico de Sosomcambin doit partager le n"* 14 du Pico de Malarayat, avec lequel il ne forme qu'un seul échafaudage volcanique à double sommet.
Le n^ 15 devait être réservé au Monte Tombol, qui le porte en effet dans la légende de la cartel où Ton a écrit, par une autre erreur, Ute Tombol. II se trouve au sud des deux précédents, à peu près sur le même parallèle que le suivant, ou à peu près à moitié de l'arc du méridien compris entre le n** 14 et la côte. Poursuivons :
TROISIÈICE GROI7P8 (1).
« 16. Sierra de Colasi, lat. 13» 53' N. et long. 123» 0' E. de Gr. Quoique la Sierra de Colasi ne soit qu*une forte
(1) Oû place ordinairement dans les listes des volcans de Laçon
38 DOGCMENTS
ramification qui se détache, aa sud-est, du grand système volcanique du Monte Laboo, elle est cependant considérée comme formant un groupe particulier ; elle le doit sans doute à ses pics très remarquables, parmi lesquels je citerai le Pico de Atreis , le Labllgan et le Pico Golasi. Un deuxième rameau se détache au sud du Monte Laboo^ dans la province de Polantuna, et forme une chaîne avec quelques cônes d'éruption qui paraissent être de peu d'importance. »
M. Berghaus plaee le volcan de Colasi par lat. 13* 58' 30" N. et long. 420-52' E. de Paris.
QUATRIÉMB GROUPE.
« Entré le Monte Isaro et le volcan d'Albay, au pied de la chaîne occidentale des Camarines du Sud, se trouve un terrain volcanique sur lequel s'élèvent de nombreux cônes d'éruption qu'on regarde comme éteints. Parmi ces cônes, les uns grands et les autres petits, situés entre les villages et les bourgs de Tibi, Yriga, Bato et Palangui, on peut citer les suivants :
deax montagnes que Je ii*ai pas comprises dans celle-ci : 1« le Bom» tan, que les cartes espagnoles n*iudtquent pas dans la position qa*oa luidonne9C*es^à-âire, pariât. U» 27* N. et long. 120o 2VE. de Paris; on ne connaît même là ancnne montagne qui ait un nom semblable on qa*on puisse avec vraisemblance considérer comme volcanique; 2« le Bagacay. La nature volcanique de la Sierra de Bagacay, dans le nord des Camarines, est douteuse pour moi. Les riches mines de fer magnétique qui se trouvent à sa base^ du côté du nord, me feraient plutôt conclure qu^elleest de nature diorétiqufi. (Note de M. fiochstetter.)
M. Berghaus a en effet, d*après le colonel Aragon, regardé ces deux montagnes comme volcaniques. II place la première par lat. 14» 27* S5** N., long, itoo 24* 80** E. de Paris; et la deuxième, quMl nomme Bacacay, par lat. 14« 18' 20** N. et long. \%^ 82* 10** E. de Paris. De Buch Ta copié; seulement, on a imprimé Bacacass. C'est une erreur typographique. — A. P.
SUE LES TREMBUMSKTS DE TEERB. 39
« 17. />< numtagneê coniques éTYriga, lat. 13*21' N., long. 1â3<* 30' E. de Gr., comprenant une douzaine de petits cônes, entre les villages de Yriga et de Bnhi, an sud et au sud-est du Lago de Buhi.
« 18. Le Monte Buhi, lat. 13« 20' N., long. 123* 36' E. deGr.
a 19. Monte Masaraga, lat 13* 18' N., long. 123«35' E. de Gr. (1). Des sources chaudes et des solfatares paraissent être les seules traces de l'activité volcanique qui persisterait encore dails cette région. En mai 1858, le peintre anglais C. W. Andrews a fait une excursion dans la région de Tibi. Je dms à son obligeance une vue de la solfatare et des sources chaudes situées au pied oriental du Monte Buhi.
CINQUIÈME GROUFE.
« Entre les volcans d'Albay et de Bnlusan, sur la petite langue de terre qui sépare les golfes d'Albay et de Sorsogon, les cartes espagnoles présentent un groupe de petits cônes désignés sous le nom de :
« 20. Monte Pocdol, lat. 13o 3' 1/2 N. et long. 123*» 51' E. de Gr. C'est d'après leur position et la manière dont ils sont représentés sur la carte que j'ai supposé leur origine volcanique.
« A cette énumération des volcans actifs et éteints de LuQon, j'ajouterai quelques considérations générales.
(1) Ces G^aes éteints ont été reconnos paf le colonel Aragon. Cest diaprés les cartes de cet officier que M. Berghaos les place dans des positions on pen différentes. Ainsi, le volcan de Yriga serait par lat. i8« 3V N., long, lai» ii* 50"* E. de Paris ; il est très large à sa base. L% volcan de Bqj^ {'ic)f iat. ISo 83* SO** N., long. i2i« iO' B. de Paris. Une crête le réunit au suivant^ le volcan de Masaraga^ lat. iS» 81* 50** N., et long. 121» 2S* E. de Paris. ^ A. P.
dO SOGUMSIITS
(c n est remarquable que toutes les montagnes de forme conique et qu'on désigne comme volcaniques à Luçon, s'élèvent sur les bords des baies ou des anses qui s'avancent plus ou moins profondément dans les terres, ou sur les isthmes étroits qui séparent les eaux de deux de ces baies. Ce rapport de position se montre d'une manière frappante sur la carte.
(c Une autre particularité non moins curieuse, c'est la forme accidentée, dentelée, articulée de la partie méridionale de Luçon, avec ses nombreuses baies et ses nombreux cônes volcaniques; quel contraste avec la forme continentale du nord de llle, qui ne compte que quelques sommets volcaniques, et encore se trouvent-ils situés à l'extrémité méridionale de cette partie I C'est avec raison qu'on a regardé cette forme articulée, coupée de baies nombreuses dans la partie sud de Luçon, comme étant liée intimement aux forces volcaniques; mais on aurait tort, je crois, de vouloir expliquer l'origine des golfes et des lacs intérieurs au moyen d'affaissements survenus dans le sol à la suite d'éruptions volcaniques et de tremblements de terre. J'ai moi-même reconnu une semblable origine à la Laguna de Bombon, où se trouve le volcan de Taal, et qui n'a pas moins de 110 brasses de profondeur en quelques endroits ; à une partie de la Laguna de Bay, et au fond de la baie de Binconada ; mab cette manière de voir ne saurait aucunement s'appliquer aux golfes de Luçon ni à ses lacs intérieurs, où l'eau est très peu profonde. Pour moi, il me parait extrêmement probable que la partie septentrionale de Luçon, c'est-àdire la masse principale de l'Ue, était, à une époque antévolcanique (in vorvulcanischer Zeit), entièrement séparée par la mer, d'un archipel formé d'un grand nombre d'Iles plus ou moins grandes. Par suite de l'activité volcanique qui persiste encore, et dont les produits éruptifs ont rempli en partie les canaux qui les séparaient, ces Iles se
SUB LES TRSMBLEMSNTS DE TEfiBE. 31
sont réunies les unes aux autres et à 111e du n<^. De là, les formes particulières de la moitié méridionale de llle de Luçon et les phénomènes volcaniques qui s'y manifestent. Quoique peu étendues encore, les notions géologiques que nous possédons sur TUe de Luçon conduisent aux mêmes conséquences. Le nord de Tile forme un ensemble géologique particulier, un tout homogène (Nord-Luzon ist ein geologisches Ganze fuer sich). Mais la partie du sud est extraordinairement morcelée au point de vue géologique. Entre les volcans éteints et les foyers encore actifs, diverses formations anciennes présentent (à et là des lambeaux qui appartiennent évidemment aux formations qui font de la partie septentrionale un tout en soi,
(c J'ailTionneur de vous envoyer une esquisse de la carte de Luçon, où se trouvent tous les volcans que j'ai cités, et où vous pourrez reconnaître les divers rapports de position que .f ai signalés. »
Ajoutons quelques mots encore à ces considérations de H. fiochstetter. De ces vingt volcans, dix-sept se trouvent au sud du parallèle de Manille, ou dans ce qu'on appelle la partie méridionale de 111e. La seule presqu^ile des Camarines en compte neuf, qui forment une série linéaire dirigée S. AT* E.— N. Al^ 0. à peu près, dont le Monte Laboo et le Bulusan occupent les deux extrémités par 14'' & et 12^ 46^ 1/2 de latitude. Ces centres volcaniques se trouvent généralement en dehors et à Test de la chaîne, sur une espèce de terrasse ou de contrefort, comme le Vésuve en avant des Apennins et l'Etna en dehors des montagnes de la Sicile. Leur disposition linéaire et côtière rappelle celle des volcans de la péninsule d'Âljaska. Nous serions très fortement tentés d'en former un système particulier auquel FAlbay, le plus connu à cause de son activité permanente, pourrait donner son nom.
dâ D0CU1IERT8
M. le docteur Hochstetter apporte peu de changements à ce système. U en retranche le Bonotan et le Bacacay, mais il y ajoute le Monte Pocdol; la série admise jusqu'ici reste donc à peu près intacte.
Il n'en est plus de môme relativement à ce qu'on pour* rait appeler le système du Taal, que sa grandeur ancienne et son activité présente placent naturellement à la tôte du groupe occidental. Jusqu'à présent, on ne pouvait guère lui rapporter que llle du Corregidor à Touest, et le Banajao ou Majaijay à Test, qui se trouve avec lui à peu près sur le même parallèle auquel se termine le système de TÂlbay. M. Hochstetter y ajoute cinq volcans éteints, compris sous les n*^ li à 45, dont le premier, le Pico de Loro, forme avec le Taal et le Bonajao une série linéaire sur laquelle se trouve anssi le Maquilin, et qui, prolongée vers l'est, va rencontrer le Laboo.
Llle de Talim, dans la Laguna de Bay, le Maquilin, le Malarayat et le Monte Tombol, forment une série perpendiculaire à cette dernière.
Cette simple disposition linéaire autorise-t-elle à former deux groupes distincts ? £xiste-t-il deux failles ou deux axes orthogonaux de soulèvement sur lesquels les feux souterrains se seraient fait jour simultanément ou à deux époques diflférentes? C'est ce qu'il n'est pas possible de décider aujourd'hui. Mais ces deux directions se coupant à angles droits, précisément sur un évent volcanique (le Maquilin), nous paraissent tout à fait dignes de remarque.
Le Pico Butilao et la Sierra de Mariveles, que M. Hochstetter ajoute encore du côté nord de la baie de Manille, se trouvent sur un grand cercle auquel semble appartenir aussi le Pico de Loro, et qui passe un peu à l'ouest de l'Uot du Corregidor. C'est encore là une disposition curieuse, et qui pourrait peut-être faire soupçonner Texistence d'une faille non encore reconnue.
Quant au Monte Arayat,qui s'élève en énorme pic isolé
SUR LES TRSMBUSIfBIITS DE TEREE. 33
au milien de la vaste plaine de Pampanga et qu'on aperçoit de Manille dans le N. 1/4 NO., il semble être tout à fait indépendant des systèmes ou groupes précédents, et constituer à lui seul un foyer central dont on connaît, du reste, assez peu les environs au point de vue géologique.
Cependant, en jetant les yeux sur la petite carte que nous reproduisons, on aperçoit deux lacs vers le NO. et un troisième plus considérable vers le SE.; ils sont placés tous les trois sur une même ligne droite passant par le pied de TArayat. II y a plus, cette ligne, prolongée au SE.^ vient traverser la Laguna de Bay, que M. Hochstetter regarde comme occupant la place d'un ancien volcan dont Téchafaudage extérieur aurait disparu en majeure partie, mais dont un reste serait représenté par 111e de Talim. Les trois lacs signalés plus haut n'occuperaient-ils pas aussi les places de trois volcans qui seraient complètement anéantis? Ce n'est là qu'une conjecture que rien ne parait justifier ; mais quand il s'agit de contrées aussi peu connues , l'imagination la moins hardie se laisse facilement entraîner ; elle cherche à prévoir les découvertes futures, et appelle de ses vœux inutiles l'attention des voyageurs sur les points qu'elle ne peut éclaircir.
Ce n'est pas tout encore. Prolongée un peu plus loin vers le SE., la série qui nous occupe aboutit directement au Majaijay, l'un des plus grands volcans éteints de rile de Luçon. Cette rencontre remarquable n'est plus de l'imagination, c'est un fait qui peut et qui doit avoir sa valeur propre pour les personnes qui attachent une certaine importance à la disposition linéaire ou en série rectiligne des bouches d'un même système volcanique.
Coïncidence fortuite peut-être, mais non moins curieuse^ cette ligne^ qui passe à la fois par trois volcans d'une existence constatée et reconnue y et par trois lacs d'une origine non encore étudiée, cette ligne, disons-nous, aboutit à ses deux extrémités à deux des principaux golfes de
34 DOGUKBIVTS
Luçon, le golfe de lingayen au nord, et le golfe de Lamon au sud (i). Elle est donc signalée, dans toute son étendue , par des points plus ou moins accidentés de la charpente de cette lie, dont la figure irrégulière et les bords profondément échanorés indiquent, d'une manière non douteuse, les bouleversements anciens et les commotions physiques qui s'y renouTellent encore fréquemment de nos jours.
Sans pousser plus loin ces considérations peut-être un peu trop hasardées dansTétat actuel de nos connaissances, admettons, pour un moment, l'existence de cette série linéaire d'anciens évents volcaniques. Nous remarquerons facilement qu'elle est sensiblement parallèle à la série bien constatée, bien reconnue et admise partons, de la péninsule des Gamarines , ou au système linéaire dont TAlbay manifeste encore aujourd'hui l'activité affaiblie, mais non éteinte. Nous avouons franchement que ce parallélisme nous frappe. D'ailleurs, les hachures par lesquelles M. Hochstetter a désigné les formations récentes de tufs volcaniques sont les mômes pour les deux séries. C'est là un rapprochement que nous croyons devoir encore signaler; la carte du savant voyageur n'est qu'un croquis, il est vrai, mais elle doit représenter tous les traits principaux du relief et de la nature physique de rUe. C'est ce que l'auteur lui-môme atteste à la fin de sa lettre.
Mais dans l'hypothèse de ces deux systèmes parallèles, que deviendront le Taal et les autres volcans éteints de la partie occidentale de Luçon? La réponse est facile. Ils forment une troisième série sensiblement parallèle encore aux deux premières. Le Butilao, la Sierra de Mariveles,
(1) Le Monte de San Thomas^ dans lequel Berghaus croit poavoir retrouver le volcan d*Aringuay^ 8*ëlève sur le bord oriental du premier de ces golfes et parait rentrer dans cette série.
SUR LES TAEMBLBIfElfTS DB TERRE. 35
111e en Corregidor, le Taal et le Malarayat ayec son double sommet, sont sur une même ligne qui eourt à peu près du NO. an SE., comme les deux précédentes. Le Monte Tombol se rattache sans peine à cette ligne, dont il est peu éloigné. Quant au Pico de Loro et au Maquilin, lequel forme, comme nous Tavons vu, le nœud où se croiseraient les deux systèmes orthogonaux que nous considérions en commençant, on pourrait (les regarder comme des. cônes adventifs ou des évents latéraux ouverts autrefois à la base même du Taal, si, comme le croit M. Hochstetter, ce volcan a eu, dans le principe, retendue superficielle qu'il lui donne sur sa carte.
Cette série s'étendi^ait plus loin encore dans Tarchipel des Philippines ; la ligne du Taal passerait sur l'iTe de Fuego, traverserait la grande lie de Mindanao, où elle rencontrerait deux volcans, le Sanguil et TlUeno, et au-delà, en dehors de cet archipel, atteindrait le volcan actif de Temate. Autant même que nous pouvons en juger sur la carte de TCk^éanie (atlas de Lapie), elle irait aboutir au groupe de Banda,
Ainsi, dans cette nouvelle manière de classer les volcans de Luçon, ils se grouperaient en trois séries linéaires sensiblement parallèles entre elles : les deux séries latérales conserveraient chacune un volcan encore actif, le Taal et TAlbay, dont elles pourraient prendre les noms. Quant à la troisième, qui serait moins riche en évents vol* caniques bien constatés, mais aussi la plus étendue en longueur dans rUe, on pourrait la désigner sous le nom de série intermédiaire ou de TArayat et du Majaijay. Telle est la classification à laquelle nous nous arrêterons provisoirement, dans Tespoir, erroné peut-être, qu'elle pourra attirer l'attention des voyageurs géologues et provoquer l'étude approfondie d'une lie qui mérite d'être mieux connue.
Laissons donc de côté le champ attrayant des hypo-
86 DÛGUIOUfTS
thèses, et revenons aux faits. Nons] venons de nommer trois volcans en dehors de Laçon. Cette lle^ en effet, n'est pas la seule de l'archipel des Philippines qui renferme des volcans soit actifs, soit éteints. Plnsienrs autres présentent des évents volcaniques peu connus encore, mais qu'on nous permettra de rappeler ici en peu de mots. Nous compléterons ainsi l'exposé de nos connaissances actuelles sur la volcanidté dans ces parages qui semblent former une région seismique naturelle.
Je ne citerai que pour mémoire lllot de Lava^ situé près du cap Engano, à la pointe la plus septentrionale de Luçon. Horsburgh y a signalé une masse de lave; mais aucun voyageur, à ma connaissance, n'y a reconnu de volcan (i). Commençons par le nord.
Ile de Gamigain.
C'est une petite lie, la quatrième du groupe des Babuyanes, situé au nord de Luçon. A l'extrémité méridionale, par 18» 54' lat. N. et il9« 33' 40* long. £., s'élève une très haute montagne, visible à SO lieues marines de distance, qui sert de guide aux navigateurs et qui était autrefois un volcan, wich was formerly a volcano (2). Le Grentil en a donné une vue dans laquelle il place le volcan à la droite de l'entrée du port.
Ile de Glaro Babayan.
Cette ile, la plus septentrionaTe du groupe des Babuya-
(1) « Close to the northward of Cape Eugano, thare are two isleu^Uia ontermoat oi which oalled homa, or Cape Islet, is a square deep maas of .lava, abont half a mile in extent, and may be seen S or 10 leagnea. » (Berghans, méni. cité, p. 22.)
(t) Berghaas, mém. cité, p. 25, rapporte la phrase angliise d*Horsbnrgh, U, 8S0. L. ▼. Boch et Landgrebe citent anaai cette Ile comme renfermant on volcan. C^est le n« 16 du premier, p. 408, et le n« 7 du lecond, p. 84S.
SUE LES TRBMBLEMEIITS DB TSERE. 37
nés , renferme le dernier volcan de la série des Philippines vers le nord. U est situé sar la pointe sud (de Buch dit dans la partie ouest) de 111e, par lat. 19* 27^ N. et long. 119^42' 4/4 Ë. Il a plusieurs milliers de pieds de hauteur. Quoique Horsburgh et Aragon, écrivait Berghaus en 1832 (1), n'en parlent que comme d'un volcan éteint, il est probablement encore actif. En effet, il venait d'avoir, en 1831, une grande éruption qui avait forcé les habitants à prendre la fuite et à abandonner 111e.
Ile d'Ambil.
Ile très petite, au nord de Mindoro^ à l'entrée de la baie de Manille ( Manila-Bai). Les flammes qui s'échappent du sommet de ce volcan élevé en forme de pic, indiquent aux navires la route à suivre pour entrer dans la baie. Lat. 13* 45' N. et long, lis» 3' £.
Isla del Gorregidor.
Cette lie, quon appelle aussi isla de Mariveles, est située dans la baie même de Manille et dans le voisinage de la ville, par lat. 14« 23' N. et long. 1 18" 18' £. — M. Landgrebe (1. c, p. 343), la cite comme paraissant renfermer un volcan que Otto de Kotzebue aurait mentionné le premier (Entdeckungsreise in die Siidsee and nach Beringstrasse, n, 137). Toutefois, dit^il, la montagne parait aujourd'hui en repos, mais elle semble avoir eu autrefois de violentes éruptions qui l'auraient bouleversée et auraient donné naissance à plusieurs des petites îles qui l'environnent. Nous avons déjà vu que M. le D' Hochstetter la compte parmi les volcans éteints de Luçon. (Voyez son n^" 10.)
(i) L. c, p. S4. De Buch et Landgrebe, 1. c.
38 DOcmnnTs
' Ile de Fiiego.
C'est une petite lie allongée du SO. au NE., entre Mindanao et la Isla de los Negros, par lat. 9^ 6^ N. et long. 121® 8' E. Au centre , à peu près , se trouve un volcan connu sous le nom de Siquihor, qui est aussi celui de la ville. M. Bergbaus écrit encore Siquijon. Elle se trouve dans le prolongement de la série du Taal, que nous allons suivre plus loin encore au sud.
Ile de Mindanao.
Cette grande lie, qu'on désigne aussi sons les noms de Magindano, Melindano, Molucca Bazar (Grande-Moluque), est la plus méridionale de rarehipel que nous étudions. Elle parait renfermer plusieurs volcans, et Ton est d'accord aujourdliui sur l'existence de trois au moins, dont le plus célèbre ; le Sanguil, est lui-même encore peu connu. Je rapporterai d'abord ce qu'en a publié de Buch en 1825.
« n est situé, dit-il, dans la partie méridionale de l'île, à l'ouest des lacs de Liguassin et de Buloan. On le connaît généralement sous le nom de volcan de Mindanao ; mais sa position n'est pas déterminée d'une manière précise, n est impossible quil soit placé aussi près de la côte sud que l'indiquent quelques cartes. Forrest {New Guinea Voy,), non plus que Dampier, n'ont jamais remarqué de montagne élevée sur cette côte. Au contraire , Forrest {New Guinea, p. 271,) rapporte que dans le district de Kalagan, au nord du cap Saint-Âug^stin et un peu à l'ouest de Ptodagitan, se trouve une montagne immense qui rejette de la flamme, de la fumée et des pierres ponces ; et quoique les éruptions ne se soient pas manifestées depuis quelque temps, on ne cesse pas de faire, pour les prévenir, des sacrifices expiatoires.
n On peut supposer, d'après cela, que c'est à cette mon-
SUR LES THEMBUaiBlfTS D£ TERHE. 39
tagae que Forrest a donné le nom de Gonong Salatan. Lat. G» 45' N., long. 42(y> 9' 33' V.. de Paris, à l'est de Leno. En 1640, eut lieu par ce volcan une éruption dont le bruit se fit entendre sur toutes les lies de cette mer» (i).
Dans son savant mémoire sur les îles Philippines, H. Berghaus repousse l'interprétation du géologue aile* mand et disente la question.
c( Sur la carte de Murillo^ on a marqué, dit-il, au SE. de la ville de Mindanao, une haute montagne, du nom de Sangniii, qui serait un volcan. Forrest ne connaît pas ce nom (Forrest kennt diesen Namen nicht), et il n'est pas vraisemblable que cette montagne, comme le suppose L. V. Buch, soit identique avec le Gunung Salatan, c'est-àdire la montagne du sud, lat. 6« ÂV N., long. ISS"» 33^ E. (Mc),car Forrest ne mentionne la dernière que comme connue par l'abondance de l'or qu'on y trouve, mais non pas comme vomissant du feu; or, il est certain que si c'était un volcan, Forrest, qui a stationné si longtemps dans ces parages, l'aurait dit, l'aurait citée comme telle. Il parle de deux autres volcans. L'un est une haute montagne dans la partie SE. de l'ile^ dans le district de Ralagan, un peu à l'ouest de Pandagitan ou du cap Saint-Augustin; l'autre, au fond de la baie d'IUano, à six ou sept milles dans les terres^ peut s'apercevoir de 111e de Bunwut; du port dTIbal (île de Banwut, lat. 7* iV N., long. 134 • 53' 3/4 E.), on l'aperçoit un peu à gauche de la pointe de Banagean. La dernière est connue par les ravages considérables qu'elle causa dans une éruption vers 1765 (2). Entre le Sugud Boyan et le port de Batulakki {Deceitful- Bay de Carteret?) s'élève une troisième montagne qu'on
(1) L. ▼. Boches Physik. Besckreiàung der Canar, Ituein, p. 376^ et trad. frdnçaise^ p. 434.
(9) Forrest, 807.910. Rundsicht des Hafhts VbnL Taf. 19. Gompar. Zimmermann's Tasehenb, der Reis,, XVilI, 194.
40 DOGmœn»
peut supposer yraisemblablement volcanique. Carteret, qui l'a vue, dit : « C'est une très haute montagne, dont le « sommet a la fonne eittérieure d'un volcan, mais je n'ai « pas appris qu'elle ait vomi du feu ou de la fumée » (i). C'est cette montagne dont un rameau doit probablement se détacher du côté de la mer pour venir former le cap désigné par le nom de Bluff Point sur la carte de Forrest ; peut-être aussi faut-il y reconnaître le Sanguil, qui (d'après la carte de MuriUo) se trouve un peu au nord des îles de Serangani. Sonnerat parle aussi d'un volcan «situé dans la partie du sud de Mindanao, qui brûle con- « tinuellement et qui sert de renseignement aux vaisseaux « qui fréquentent ces parages » (2). La position de ce volcan paraît ne pouvoir être différente de celle de la montagne de Carteret. Je ne sais pas sur quelle autorité on s'est fondé pour faire du mont Kablallong un volcan; Forrest dit seulement de cette montagne : « Elle n'a pas un arbre, mais elle est couverte de broussailles, ce qui lui donne un aspect tout particulier dans ces contrées si richement boisées » (3). Sprengel parle, d'après Le Gentil, d'un volcan situé dans le voisinage de Zamboanga, dans la dépendance du sultan de Bujaen (Buyaen); il dit que ce volcan aurait eu dans le XVII* siècle ( voy. à l'an 1640) ime éruption si terrible, qae les détonations en auraient été parfaitement entendues jusqu'à Manille d'un
(1) Hawkesworth, U, 140. (Nota de If. Bergrhaus.) — Je trouTe la phrase sai vante dans Prévost : <x ... Entre rentrée de cette i>aie (décou- ▼erte après DeeeitfïU-Bay) et la pointe snd de Hle^ il y a one antre montagne très haute , dont le sommet a la forme de la boache dMn Tolcan ; mais il (Carteret) n*a pas remarqué qu^elle vomit du fea ou de la fdmée. » {Hist. gin* det Yoy.^ t. XX, p. 92.) ^ A. P.
(2) Sonnerat^ Voy, aux Indes et à la Chine, t. II, If 8 ; Paris, 178t, in-4».
(8) Brné, Carte du grand archipel d'Asie, 1826. Le Gunong Kablal- UuDg se trouve placé sur ceUe carte beaucoup trop loin vers le sud et Test.
SUR LES TRUBLUmiTS DK TERHE. 44
Côté, et de l'antre jusqn'à Temate, comme des déchaînes d'une forte artillerie» et qne les cendres en auraient été portées jusqn'à Lnçon et à Bornéo. Depuis i765, il est en repos comme le Sanguil, qui fournit au prindpal sultan une quantité considérable de soufre; cependant, à cause des ravages épouvantables qu'il a causés dans 111e, un grand nombre d'habitants se sont retirés à Sulu (Soulou) et même à Bornéo (i). Forrest cite la plupart de ces données au. sujet du volcan de la baie dlllano, de manière que toutes semblent s'y rapporter; d'ailleurs, le gouvernement du radja de Biqaen n'est pas dans le voisinage de Zamboanga (â), mais dans la partie SE. de File, entre le lac de^Buloan et le Sugud Boyau » (3).
Dans la traduction française de lAÛeêcriptiondeêtlesCor narie$, publiée en 1836, de Buch ajoute, p. 435 : « M. Berghaus, dans son savant Mémoire sur les Philippines et les Moluques (1, 63), est d'avis que le volcan de SanguU est le môme que celui que Carteret a vu dans la partie sud de Mindanao, et qui a été observé aussi, à ce qu'il parait, par Sonnerat, sous une latitude de 5^ AV N., long. 123* 23^ E. (4). Le volcan de Mindanao se trouve vraisemblablement au nord de la ville, près du lac de Lano, lat. l"" 35', long. 122<> E. de Paris, où le nom de Gunung Api désigne suffîsanmient sa présence. »
(1) Le Gentil^ Voy,, H^ 20. Voici le passage de Le Gentil : « L*tle de llindanao renferme anssi piusieurs Tolcans qni donnent beanoonp de soufre ; le roi de Mindanao en tire en abondance de Tancien volcan de SangU; les mines en sont inépuisables^ car à chaque éruption le volcan ajoute une nonyelle couche de soufre aux anciennes. » Suit Témption que nous décrirons plus loin. — A. P.
(S) Le Gentil dit expressément qne les montagnes où se fit rémption, dans la dépendance du roi de Buyaen, sont sitnées à 60 lieues de Sam" bcmangm. (Voy. à 1640.) — A. P.
(S) Geo-Bydrographisches Memoir sur Srklaerung und ErUteuterung der reduzirten Karte von den Phtiipjnnen tmd den Suiu-Ifueln; Gotha, i83S, in-4<», p. 62. G*eet ce mémoire que nous citons si souyent.
(4) Je ne trouve pas ces nombres dans Sonnerat. — A. P.
JISt JXMSUMXIITa
J'ignore à quelle source de Bach a puisé ce dernier nom. L'emprunte -^t- il à Berghaus, qui écrit Guenapy (Le, p.61)î
« A quelques milles à Touest de Bungabung (près du havre de Tetyan, côte SO. de Mindanao), le terrain, dit Porrest (4), parait noir et pierreux dans l'espace d'environ un mille, à compter de la grève, et on y aperçoit peu de verdure pendant un mille ou deux le long de la côte de la mer : cette observation m'a d'autant plus frappé, qu'on n'a pas occasicm de la faire dans le pays Malais. Voici comment on m'a dit que cela est arrivé:
(c Une des montagnes (2), située à six ou sept milles de cette partie de la côte, dans l'intérieur des terres, vomit tout à coup, il y a dix ans (3), du feu et de la fumée, avec toute la fureur d'un volcan, et elle lança une si grande quantité de pierres et de sable noir, qu'elle couvrit de plusieurs pieds perpendiculaires une grande partie du pays circonvoisin. On trouva à la suite de cette éruption de grosses pierres en plusieurs endroits, même au bord de la mer; et à Tubug, près de Pulo Ebus, j'ai vu des sources d'eau douce jaillir (à la mer basse) du milieu de différente groupes de pierres noires répandues çà et là dans ce havre sec. On m'a assuré qu'il y avait autrefois une rivière à un endroit où il n'en reste plus aujourd'hui de vestige.
« A présent, il parait y avoir une assez grande quantité de terreau mêlé d'un sable noir favorable à la végétation; et le pays des environs est couvert d'une herbe longue appelée lalang.
(1) Forrest, Voyages aux Moiuques et à la Nouvelle-Guinée; Paris, 1770, in-4o, p. 918-219.
(2) Cette montagne se voit dans la vne circulaire de Bunvooot Combes, dans sa Deecripiion de MindanaOf p. 9, parie d*one érapUon terrible qn^il y eut avant 1667 {sic). On l*entendit jusqQ*à Manille et à Teroaie. (Note du cap. Forrest.)
(8) Forrest écrivait ce passage en mai 1775. — A. P.