‹ Sur les tremblements de terre de la péninsule scandinaveChapitre 40 sur 57 · SUR LES TBSMBLE1U61IIS DE TERRE · texte numérisé non relu

SUR LES TBSMBLE1U61IIS DE TERRE

recaeîl : <f Les volcaas donnent beaucoup de soufre^ sur» tout celui de Sanxil, qui est dans le voisinage de ]\tindanao. Il s'y éleva en 4640 une haute montagne gui vomit tant de cendres que cette éruption fit craindre la ruine entière de TUe n (t. X, p. 399, édit. in-4*). — • Le pbéno* mène est de 1641. Comme il a été révoqué en doute, nous en citerons de nombreux témoignages.

1641. — 4 janvier^ éruptions simultanées de Tlngoroten dans la province d'Ilocos (Lu^n), du Sanxil ^ Mindanao, et du volcan de la petite Ue lolo aux Philippines (1).

Voici ce que je lis dans les Nouvelles Annales des Voyages (2) :

« Trois volcans s'élèvent dans Tlle de Luçon : le premier, au nord d'Aringuay, dan3 le territoire des Ygarottes, province dHocos. En janvier 1641, il eut une éruption en même temps que le volcan d'Iolo et le Sanguil, ^tué dans le sud de Mindanao. Ces lies oârirent alors une deç scènes les plus terribles dont leur histoire fasse mention : le bruit se fit entendre jusqu'à la Cochincbine, pays qui est si éloigné. Les annales de Manille parlent aussi des tremblements de terre désastreux de 1645 et 1648. I^e ^econd volcan, celui de Taal, est surtout menaçant pour la capitale, dont il n'est éloigné que d'une journée fie route; enfin le Mayon, qui se voit de loin, est dans le voisinage de l'embocadera de San Bemardino, entre Albay et Camarines. i)

Je n'ai pas encore pu me procurer l'ouvrage de Chamisso, qui manque à la bibliothèque publique de Dijon.

(1) Von Hoff, d*aprÔ8 Ghamisso. L*autear donne la date du 4 juin, qai est éyidemment inexacte. Llolo est dans Tarchipel des Soalon.

(S) Publiées par Eyriès, t. XU> p. 117, juin ISM^ art. intitolé : U$ Iles Philippines^ par M. A. de Ghamisso. De Buch donne la date du 4 Jnin d^aprôs Ghamisso, p. 68. M. de Landgrebe la donne aussi, sans indication de source.

52 OOGUMSNTS

J'aurais été curieux de voir si le savant voyageur est plus explicite et plus précis que les auteurs que je viens de citer, et qui se contentent de signaler si brièvement, d'après lui seul, cette triple éruption simultanée aux Philippines. £n général, les auteurs modernes qui parlent de ce phénomène remarquable ne citent que Chamisso, comme si c'était lui qui l'eut fait connaître au monde savant, comme si aucun autre écrivain scientifique ne l'eût publié avant lui.

Cependant le comte de Tressan en avait parlé à la fin du siècle dernier, et en avait parfaitement distingué les caractères principaux. On lit dans son Esèai mr le fluide électrique considéré comme agent universel, Paris, 1786, 2 vol. in^«, t. II, p. 144 :

« Le 4 janvier 1641, deux grands volcans s'ouvrirent à la même heure dans les Philippines et lancèrent jusqu'aux nues des gerbes de pierre ponce et des matières enflammées^ et dans le même temps, à la même heure, à 150 lieues de ces deux volcans, une éruption non moins terrible et d'une autre espèce fit éprouver les plus grands ravages dans l'Ue de Manille. Cette éruption commença par un ouragan furieux, qui rasa presque toute la surface de riie ; trois montagnes arrachées de leurs fondements furent enlevées, dispersées, et suivies et comme poussées par un torrent d'eau énorme qui forma un grand lac dans la même place que ces trois montagnes avaient occupée. »

Amsi , Tauteur indique deux éruptions volcaniques et une éruption aqueuse^ comme ayant eu lieu simultanément aux Philippines. Mais il ne cite pas les trois volcans. Heureusement , nous avons la relation d'un auteur contemporain dont Touvrage a été publié dix ans seulement après l'événement , et qui l'a tirée de rapports officiels. Nous l'avons déjà annoncée plus haut, elle est du jésuite Nieremberg , qui , après avoir rapporté une éruption aux AçoreS; s'exprime ainsi :

SUR LES TRSlIBUSMIlfTS DE TERRE. 53

(( Quelqae prodigieuse qu'ait été rérupticm du volcan des Ues Tercëres dont nous venons de parler, en voici un autre exemple non moins remarquable, arrivé dans les Ues de l'archipel oriental, où trois volcans ont fait éruption à lafois : deux avec du feu et un avec de Teau; tous trois ont fait entendre, en un même temps, le 4 janvier 1644, un fracas semblable à des décharges d'artillerie et de mousqueterie. C'est ce que constate le rapport de l'évèque de Zebu, gouverneur de l'archevêché de Manille. lÊa voici les principales circonstances :

(( Dans les derniers jours de décembre de l'année 4640, on observa une pluie de cendres dans le presidio de Samboangan à Mindanao, une des plus grandes îles des Philippines; il en tomba deux fois, en petite quantité, de manière que les champs en étaient couverts comme d'une rosée blanche. Le i«' janvier 1641 , les secours qu'on avait envoyés de Manille à Ternate, et qui se composaient d'une galère, de deux potaches et de huit champanes, relâchèrent à Samboangan. Le 3 du même mois, à sept heures du soir^ on entendit tout à coup un bruit qui semblait être produit à une demi-lieue du fort; on crut d'à* bord que c'étaient des décharges d'artillerie et de mousqueterie. On pensa que c'était quelque ennemi qui venait inquiéter les côtes , et des ordres furent donnés dans le fort pour le prévenir. Le général qui commandait l'armée de mer envoya une embarcation légère à la découverte, dans la crainte que quelque bâtiment égaré de la flottille ne réclamât du secours; elle revint sans avoir rien rencontré.

a Le lendemain, à quatre heures et à neuf heures du ma- , tin, le bruit et les détonations, semblables à des décharges d'artillerie et à des coups d'arquebuse, furent si considérables, qu'on pensa qu'il y avait eu une rencontre entre la flottille de secours dont nous avons parlé et quelques vaisseaux hollandais. Ce bruit dura environ une demi-heure, et peu-

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dant ce temps, tonte la garniflon prit les armes et recommanda à Dîen les bâtiments de la âottille de secours, dans la pensée qnils combattaient à deux on trois lienes de li.

« Cependant on fnt bientôt tiré d'eirenr et Ton recon* nnt qne le broit provenait de qnelqne volcan qui s'était ouvert, quand ^ vers le mitten du joor, on vit venir du côté du snd une obscurité très grande qui , s'étendant peu à peu sur cet hémisphère et enveloppant tout llumson à une heure du soir, changea le jour en une véritable nuit. A deux heures les ténèbres étaient telles, qu'on ne distinguait pas sa propre main placée devant les yeux. L'épouvante fut générale, on se précipita dans l'église, on alluma les deiges, on découvrit le très saint Sacrement et Ton fit des prières ; presque tous les soldats se confessèrent en demandant pardon à Dieu de leurs fautes.

c( Cette obscurité si lugubre et si triste, qui ne laissait apercevoir aucune lumière ni aucune clarté sur tout l'horizon, dura tout le reste du jour et une partie de la nuit, jusqu'à deux heures du matin. Ce ne fut qu'alors qu'on commença à découvrir la Laguna; à cette vue on reprit courage, la joie revint, on se crut sauvé. Toute la population du Presidio, Espagnols et indiens, se croyaient déjà perdus et «isevelis sous la grande quantité de cendre qui dès le 2 commença à tomber sur eux.

« Pendant cette même nuit, la flottille qui allait au se« cours de Temate, et qui longeait les côtes.'de Mindanao, se trouvait dans un grand désordre ou du moins dans une grande confusion. Elle était alors vis-à-vis le cap Saint Augustin, non loin d'une Ue nommée Sanguiz (1), où un volcan avait fait éruption. L'obscurité y avait commencé plus tôt qu'à Samboangan ; dès les dix heures du matin les

(1) Gerça de nna isla que liaman Sangaii, en donde avia rebentado el ▼olcaii.

SUR LKS TREKBLBKBIVTS DE TERRE. 55

ténèbres furent si épaisses^ qu'on cmt le jour du jugement arrivé. Il commença à pleuvoir tant de pierres, de terre et de cendres, que les navires furent en péril; il fallut allumer des lumières, et débarrasser très promptement les bâtiments de la terre et de la cendre ; la galère éclaira ses fanaux comme s'il eût été nuit. Les vaisseaux observèrent pendant un long espace de temps comment de ladite Ue de Sanguiz s'élançaient des colonnes de feu qui s'élevaient en immenses panaches jusqu'au ciel et qui, en retombant, embrasaient les montagnes voisines.

ic L'obscurité s'étendit sur la plus grande partie de Mindanao, qui est une Ue très grande, et la cendre alla tomber jusqu'aux lies de Zebu, de Panay et dans les Ues en« vironnantes, notamment sur celle d'Iolo, qui est à plus de quarante lieues de Sanguiz où se faisait l'éruption. Qu'on ne regarde point ceci comme incroyable... (L'auteur cite ici les plus grandes éruptions du Vésuve, dont les cendres ont été transportées i Constantinople et jusqu'en Syrie, et d'autres exemples analogues. )

(( Revenons maintenant à notre histoire. Quoique l'obscurité ait empêché les navires d'observer ce qui se passait alors à 111e dlolo, au-dessus de laquelle le ciel paraissait tout rouge, ils ont appris, depuis, que dans le même moment où le premier volcan faisait éruption à Sanguiz et lançait ses cendres jusqu'à Mindanao^ les éléments se déchaînaient aussi de ce côté, et qu'un second volcan s'ouvrait dans une petite ile, vis-à-vis la barre de la principale rivière d'Iolo qui dépend de notre Preâdio, et dans laquelle (on s'en est assuré depuis) le sol s'entr'onvrit pendant un grand tremblement de terre, et commença à lancer dans les airs des flammes de feu qui entraînèrent avec elles des arbres et des pierres de grandes dimensions. Les commotions et la fureur des éléments furent telles, qu'en ébranlant la terre jusque dans ses entrailles elles s'étendirent jusqu'à la mer, et que la même bouche qui s'était

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ouverte dans le sol vomissait quantité de grandes coquilles . et d'autres choses qui s'engendrent au fond de la mer. Aujourd'hui la bouche de ce volcan reste encore ouverte, elle est très large, et tout le contour de cette île est resté brûlé.

u Ce qu'il y a cependant de plus curieux, c'est que dans la province d'Ilocos , dans l'Ile de Manille , c'est-à-dire à une distance de cent cinquante lieues en ligne droite du lieu où les deux volcans faisaient simultanément éruption, se manifestait un phénomène semblable, le même jour et à la même heure : un troisième volcan crevait, et ruinait plusieurs villages de la tribu des Igolotes, qui sont encore païens ; mais au lieu d'un volcan de feu, ce fut un volcan d'eau, qui produisit ici des désastres non moins épouvantables, comme on le verra par un chapitre de la letti*e du P. Fr. Gonçalo de Palma, procureur général de la province du très saint nom de Jésus, de Tordre de saint Augustin, dans ces îles. En voici la substance :

(( Le 4 de janvier , il y eut un tremblement de terre épouvantable chez les Igolotes («to), qui vivent à cinq journées de marche à l'est des Ilocos. Il fut précédé et comme annoncé par un ouragan non moins horrible. La terre se fendit et engloutit dans ses entrailles trois montagnes; dont une était inaccessible (1). Les flancs de celle-ci étaient habités par trois peuplades. Elles furent arrachées de leurs fondements et lancées en Tair avec d'énormes torrents d'eau, de sorte qu'il se forma à leur place un vaste lac où il ne resta pas la moindre trace non seulement des villages, mais même des montagnes. Le vent renfermé dans les entrailles de la terre les brisa, et l'eau en sor-

(1) Tragose la tierra très montes, de los quales el nno, caya falda daya assiente à très poblaeiones, era inaceessible. Toda esta roaquina arrancada de sas iundamentos, bolo per ei ayre, à boeltas de mucha agua^de suerte que formo su vacio una espaciosa lagima sin dezar senal, no solo de qae aviaavidopaebloB; pero ni encubradoe montes.

tit avec tant de force, qu'elle entraîna les arbres et les montagnes, et les réduisit en fragments qu'elle lança à plus de douze piques de hauteur; on entendit à plusieurs lieues de distance le bruit que firent ces fragments en se choquant en Tair et en retombant à terre. Et quand je demandais aux Igolotes , qui me racoptdent cet événement avec épouvante, pourquoi ils avaient interrompu leurs relations avec les Ilocos pendant un si long temps, ils me répondaient que c'était parce qu^on leur avait montré sur la montagne une femme très belle qui, avec un extérieur agréable et de douces paroles ( amorosas razones ), les engageait à recevoir la foi chrétienne que professaient déjà les Ilocos, mais qu^ils avaient donné pour excuse leur nudité et la honte qu'ils auraient en présence des religieux : comme si nous autres nous ne nous étions pas efforcés, avec non moins de prières que de soins, de réfuter ces vaines excuses de ces pauvres barbares. Peu de jours après, elle leur apparut de nouveau, non plus avec un aspect doux, mais avec un air terrible et sévère, mêlant à ses conseils passés de nouvelles menaces de châtiments graves s'ils endurcissaient leur cœur. Que s'ils ne demandaient pas le baptême et ne s'y présentaient pas, ils pourraient éprouver des dommages (danos) plus grands que ceux que leur causaient les armées espagnoles quand elles allaient les châtier pour les maux qu'ils faisaient aux Indiens alliés. Mais ils fermèrent tous les chemins et empêchèrent toute communication entre leurs villages et ceux des chrétiens. Et les menaces de cette dame furent suivies d'une peste dans laquelle tout le corps était enflé et couvert de taches rouges ; la figure se gonflait ; et finalement, un cinquième de la population avait payé de la vie cette révolte, avant de rentrer dans l'obéissance. A cette peste avait succédé la fureur du volcan, qui avait ainsi puni ces villages, dont il ne restait plus de traces. Tel est le contenu de la lettre du P. Fr Gonçalo de Palma.

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« La dernière merveille, la plus étonnante , et qui fut générale ce jour4à, 4 janvier, c'est le bruit épouvantable dont il est parlé dans ces lettres, et qu'on entendit dans Tair entre neuf et dix heures du matin , non seulement à Manille et dans les provinces desllocos et de Gagayan, qui en sont éloignées de cent trente lieues, mais Picore dans tout rarcbipel des Philippines, dans celui des Moluques et jusqu'à la terre ferme d'Asie , dans les royaumes de Cochinchine, de Champan et de Camboge, comme on Fa appris par divers religieux et par d'autres personnes dignes de foi qui de ces différents pays sont venues à Manille. Ce bruit a été entendu sur un espace circulaire d'au moins trois cents lieues de diamètre et de plus de neuf cents lieues de circonférence, et partout, également, à lijmême heure et au même instant; partout il ressemblait à des décharges de grosse artillerie et à des feux soutenus de mousqueterie. Des personnes dignes de foi sgoutent qu'elles distinguaient le son comme celui de boites d'artir fice (casas de guerra); toutes l'ont entendu comme s'il s'était produit à trois lieues de distance : on crut & Ma* niUe qu'il se faisait au port de Cavité, et à Cavité on pensa qu'il avait lieu à Manille ; de Marivelez on le rapporta à Marigondan, et de Marigondan à Marivelez; de diverses localités des courriers furent échangés pour prendre des infcMinations sur ce bruit extraordinaire. L'émotion et l'opinion furent les mômes dans toutes les Iles, toutes les villes et tous les lieux compris dans on cercle de plus de trois cents lieuies de diamètre et neuf cents de circonférence. Chose merveilleuse, qui parait excéder les limites des forces naturdles, et qui répugne aux principes de la philosophie : il est cependant vrai que ces éruptions vol* caniques et ces feux qui étaient enfouis dans les entrailles de la terre et qui ont fait entendre très loin leur fracas proportionnellement à leur véhémence, comme l'impétuosité avec laquelle ils ont jailli, sont des phénomènes natn-

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reiêj qui se sont renouyelés bien des fois ; néanmoins, certaines circonstances prouvent qne toutne s'y est pas passé suivant les règles ordinaires de la natnre » (i).

L'auteur discute ensuite les caractères sumaturela de ce triple phénomène :

4* Les éruptions simultanées, dans des lieux aussi éloignés, de deux volcans de feu et d'un volcan d'eau.

S* L'étendue du bruit, qui paraissait avoir son origine dans des lieux très rapprochés, comme à une ou deux lieues de tous ceux qui l'ont entendu, circonstance qui, dans beaucoup d'endroits, a fait croire à un engagement entre les Portugais et les Hollandais.

3» Enfin, la simultanéité des trois phénomènes à Sangniz» à iolo et ohcE les Igolotes. Partout, d'après un témoignage unanime, on a donné la date du 4 janvier, à neuf heures du matin. Sî les religieux de la Gochinchine ont indiqué le samedi 5 janvier, tandis qu'aux Philqipiaes on donne la date du vendredi 4, c'est une dififérence qui provient de la manière habituelle de compter les jours dans les deux pays. L'auteur en rend raison parfaitement. Dans chaque pays on a suivi les dates des premiers navigateurs, qui n'avaient pas corrigé leurs journaux après qu'ils étaient parvenus dans ces contrées^ les uns par l'est et les autres par l'oueet.

Nous ne suivrons pas l'auteur dans eee discussions; nous laisserons aussi de côté les raisons surnaturelles et TeUgieuses qu'il invoque. Que de son temps on ait vu dans ce triple phénomène simultané un châtiment que Dieu infligeait aux gentils, cela se conçoit. Qu'ils nous suffise de fùre remarquer que les faits, empruntés à des témoins oculaires, et reproduits d'après des rapports offi-

(1) Le P. Jaaii Ewebîo Niertmberg. Offra» f^sojfieo», %. III, f. *»•- 4S4.

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ciels da temps, ne peuvent pas être révoqués en doute; qu'il y a eu une triple éruption simultanée^ mais que l'unet celle du nord de Luçon, parait avoir été semblable à Témptiou aqueuse qui, un siècle auparavant, en 4544, avait détruit la ville de Santiago de Guatemala,

Si l'existence de ces trois éruptions simultanées est par« faitement constatée, les positions des trois volcans qui les ont produites ne sont pas aussi bien reconnues. Nous avons déjà discuté celle du troisième, qui n'a pas laissé de traces ignées, mus qui se trouve, on ne peut en douter, dans le nord de 111e de Luçon, comme le dit expressément le P. Nieremberg. Le caractère de l'éruption ne saurait non plus être douteux.

Le deuxième ; quoique n'étant pas indiqué d'une manière précise, parait ne susciter aucun doute. On s'accorde à le placer dans File de lolo (ou Yolo, ou Solo); dont le nom a été donné par le jésuite espagnol, et qui appartient a Tarchipel des Soulou.

Quant au premier, qu'on a cm être le Sanguil, et qu'on regarde copamunément comme étant situé dans Tile de Mindanao, c'est pour nous le volcan de Tile de Sanguir, que le P. Nieremberg écrit Sanguiz, et qui se trouve entre Mindanao et Temate.

Il suffit, en e£Eet, de lire la relation que nous venons de traduire^ pour se convaincre que le premier volcan dont parle l'auteur ne saurait être situé dans llle de Min* danao, et que l'Ile nommée Sanguiz, dans laquelle U se trouve, doit être placée plus au sud. Cependant, pour ne laisser subsister aucun doute , reprenons les principales circonstances du phénomène et discutons-les brièvement.

Rappelons d'abord les coordonnées géographiques des principaux points dont il est question dans le récit. Nous avons :

Samboangan, lat. 6« 53' 29" N. et long. 409» 48' 32' E. {Conn. des temps).

Cap Saint-Augustin , iat. i^ 50' N. et long. 124» 10' E. ( Forrest).

Sanguil (volcan)', Iat. S» 48' N. et long. 122» 58' E. ( Bergbaus ).

Ile de Sangnir (volcan), Iat. 4"" 25' N. et long. 122° 15' E. (Forrest).

Id., pointe nord, Iat. 3» 42' 20^ N. et long. 123« 8' 0* E.

Conn. des temps).

A Samboangan Tobscurité s'est manifestée d'abord du côté du sud, vers le milieu de la journée ; à une heure, le jour était changé en nuit; à deux heures, les ténèbres étaient telles qu'on ne voyait pas sa main placée devant les yeux. « A medio dia se vio venir de la parte del Sur una escuridad muy grande , que estendiendose poco a poco por acpiel emisferio, y cerrando todo el Orizonte, à la una del dia estavan ya en verdadera noche ; y à las dos con tantas tinieblas, que la propia mano puesta delante de los ojos no se veia. » D'après ce texte, on pourrait, il est vrai, rapporter le phénomène au SanguU, puisque l'obscurité venait du sud.

Mais notre auteur dit expressément que l'éruption avait lieu dans une lie nommée Sanguiz, que nous devons chercher plus au sud encore, car la flottille de secours, après avoir relâché le 1*' à Samboangan, s'était dirigée vers Temate, en longeant la côte de Mindanao; elle se trouvait au-delà du cap Saint-Augustin, près de File qu'on appelle Sanguiz , où le volcan avait fait éruption , et pour elle l'obscurité commença plus tôt que pour Samboangan, puisque dès les dix heures In ténèbres furent telles qu'on se crut au jugement dernier.

(c Causô esta misma noche confusion en esta hora al so^ corro dicho, que iba à Terrenate, el quai por ir consteando la isla de Mindanao, y estar ya azia la punta de San Agustin, cerca de una isla que llaman Sanguiz, en donde avia rebentado el volcan, les anochecio mas temprano,

6t DOGUmilTS

qae en Samboangan, pues à las diee del dia se vieron en tan espessas tinieblas, y horrible esnridad, qae entendieron era Hegado el dia del Jaizio. »

La flottille se trouvait très près dn volcan; il tomba des pierres, de la terre et de la cendre snr les navires, qui furent mis en danger, tandis qu'à Samboangan il ne tomba que de la cendre. « Gommençô à lloverles tantapiedra, tierra, y ceniza, que se vieron en peligro los baxeles. »

Des navires on distinguait les colonnes de feu, qui s'élevaient jusqu'au ciel, et qui dans leur chute inondaient les montagnes voisines. «Observaron por gran rato desde los baxeles, como de la dicha isla de Sanguiz saUan apriessa plumages y colunas de fuego, que se subian al cielo y tomando à baxar, abrasavan los montes y serranias vezinas. b

D'après ces textes, nous n'hésitons pas à regarder ce volcan comme se trouvant dans une lie différente de Mindanao et située plus au sud^ sur la route de Samboangan à Temate. Dans le nom de Ille Sanguiz nous voyons celui de 111e Sanguir, en vue de laquelle devait passer la flottille espagnole, et près de laquelle elle pouvait facilement se trouver, après deux ou trois jours de marche, en par^. tant de Samboangan, même avec des vents peu favorables.

On ne parle pas, il est vrai, de la direction du vent ; mais notre auteur dit que les cendres tombèrent sur les îles de Mindanao^ de Zebu, de Panay et les autres îles environnantes. U nomme ainsi ces trois lies dans leur ordre de position relative du sud au nord. Cet ordre est41 arbitraire , ou n'indique-t-il pas la progression du phénomène, que tout le récit nous montre comme provenant du sud ? Mais les cendres sont tombées sur la flottille^ qui venaitde Samboangan et qui, s'avançant vers Temate, devait passer en vue de Pile de Sanguir. La flottille a été enveloppée par l'obscurité avant la garnison de Samboangan;

Sim LIS TRmLEMBHTS DE TERRK. 63

elle était pea éloignée dn volcan^ pvisqa'elle voyait les gerbes de fea qui, en retombant, incendiaient les montagnes voisines, et qne des pierres tombaient mêlées i la terre et à la cendre sur les bâtiments.

Tontes les circonstances du récit concourent donc pour nous faire reconnaître dans lUe nonmiée Sanguiz 111e actuelle de Sanguir, où se trouve, d'ailleurs, un volcan, l'Awoe ou Aboe (prononcez Avou ou Abou), dont l'existence est d'ailleurs bien constatée. Il a eu une éruption formidable du il au 16 décembre 1711. Nous l'avons décrite , d'après Yalentyn , dans nos Documents sur les tremblem^its de terre et les éruptions volcaniques aux Molnques (1). Récemment encore, les 3 et 17 mars 1856, il en a eu deux autres non moins terribles que nous avons fait connaître dans les Comptes-rendus , t. 45, p. 659-663.

1644. — Tremblement à llle de Luçon (2).

1645. — 30 novembre (jour de saint André), tremUement qui détruisit le tiers de Manille et de Cagayan. Plus de 600 victimes furent ensevelies sous les ruines (on en a porté le nombre à 3,000; voy. au 16 septembre 1852). Les vieux Indiens assuraient dès lors que les tremblements y étment très fréquents, surtout dans la belle saison^ mais moins l^ependant qu'autrefois , et que de là était venu l'usage de ne bâtir qu'en bois. Les Espagnols ont suivi cet exemple, du moins pour les étages au-dessus du premier. Leurs alarmes, igoute-t-on, sont continuelles à la vue d'un grand nombre de volcans qui vomissent des flammes autour d'eux et qui, remplissant de cendre les lieux voisins, envoient des pierres fort loin avec un bruit semblable à celui du canon (3).

(1) Afmaies de la Société tTEmuiation du département des Vosges,

(2) Voa Hoir, sans indication de sonree.

(8) Coll. Acad.; Le Gentil, 1. c, t. II, p. 360 et 866; Hi*t. des rév.

64 BOeUMENTS

1646. — En mars, à Manille, commencement de se* cousses violentes qni se répétèrent pendant soixante jours. Llle de Luçon fut abîmée. La montagne de 111e de Ma* chian (Moluques) se fendit avec bruit du sommet à la base, n sortit des feux de cette fente, qui subsistait encore en 1685, soiis le nom A'Omière de Machian (1). — Les deux pjiénomènes ont-ils été simultanés?

1648. — Tremblement à llle de Luçon (2). Keferstein mentiomie pour cette année un tremblement aux Philippines et une grande éruption à Manille.

1653. — 1*' mai. « Le jour de saint Jacques et saint Philippe, dit Navarrette^ j'étais dans le confessionnal de la chapelle de saint Jacques. Je sentis mon siège remuer, et m^ima^nant qu'il y avait quelque chien sous moi, je priai le pénitent de le chasser. Mais il me répondit : Mon père, ce n'est pas un chien, c'est un tremblement de terre; et à llieure même les secousses augmentèrent si fort, que je fus obligé de quitter mon pénitent. Je crus que la fin du monde était venue, et nous nous mimes à genoux pour implorer la miséricorde de Dieu. J'avais senti plusieurs tremblements de terre, mais jamais de cette force. Lorsqu'il fut passée je dis à mon pénitent : Si les secousses ont été aussi violentes à Manille qu'ici, il n'y est pas resté une pierre sur l'autre. Je sus par la suite que cette ville n'avait pas été beaucoup endommagée; et, en effet, nous en étions à 100 lieues, et il y a beaucoup d'eau entre deux )> (3).

du Globe, p. 286 ; Prévost, l. c, t. X, p. 409 de Tédit. in-4o/et t. XXXIX, p. 95, de fédit. in>8«; de la Girooière, 1. c.^ p. 3?!.

(1) Laplace, Voy, de la Favorite, 1. 1, p. 404; Coll. Acad.; Kraeger, 1. €.;G.-W. Ritter, I. c; Waltber, die Erdbeben, p. 89.

(2) Von Hoff^ sans indication de source; voy.;;à 1641.

(S) Krueger, p. S88, cite les voyages de Navarrette^ Behueii de Chur^ Chili, 1. 1, p. t78. Le P. Navarrette se trouvait probablement dans llle de Célèbes.

SUR LES TREMBLEMXirrS BE TERRS. 6S

"* 4675. — Aux Philippines , tremblement qae M. de la Gironière cite parmi ceux qui font époque dans le pays. Il sépara, dans Tile de Mindanao, une haute montagne. Les eaux de la mer se précipitèrent par cette ouverture et inondèrent une immense étendue de terres cultivées.

a Les tremblements de terre y sont si violents, dît Le Gentil (i), qu^ils engloutissent les plus hautes montagnes ; ce phénomène arriva en 1627 (voy. à cette date) et en 4675 dans 111e de Mîndoro, proche la peuplade de Pola, n y eut en cet endroit un si violent tremblement de terre, qu'il s'ouvrit une bouche effroyable à la pente d'une des montagnes les plus élevées de cette lie, ce qui donna passage à la mer, qui envahit tant de terrain , que d'une belle campagne agréable et fertile qui existait auparavant, il se forma une plaine noyée et inhabitable. Le nombre de pareils exemples conservés par la tradition des gens du pays est très considérable.

c( Il y a aux Philippines une grande quantité de volcans et une infinité de sources d'eaux chaudes, tant sur le haut des montagnes qu'à mi-côte ; les flammes de ces volcans s'échappent quelquefois avec beaucoup de violence, et le bruit qui en provient ressemble à celui d'une nombreuse ai*tillerie fortement chargée. Il se forme, aux environs, des crevasses, de grandes lagunes, des ouvertures, et souvent des lies : la mer se retire quelquefois. Enfin, tout ce qu'on lit dans Pline et d'autres anciens auteurs au sujet des volcans d'Italie se trouve aux Philippines, et on l'a remarqué très souvent aux volcans de Mindoro et de Manille. »

Nous ne connaissons pas de volcans dans l'Ue de Mindoro, et nous en avons signalé trois dans celle de Mindanao. Cependant le nom de Pola se trouve dans l'Ile de Mindoro. Ceci prouve que ce tremblement fut très étendu.

(i) Voy. cité, t. Il, p. 4 et 6.

66 soGuiiEirrs

Cette année est signalée comme ayant élé marquée i Manille par Tan des plus grands tresablements de terre (voyez plus bas, au 16 septembre 4852).

1698. — Le volcan de Taal était en éruption. Voici, dit Le GentU (i), ce que j'ai trouvé au sujet de ce volcan dans V Histoire des Philippines par le P. Gaspard^ religieux augustin (à Manille, 1698) :

« n fonda un couvent dans le village de Taal,

juridiction de Balayan, à quatorze lieues de Cavité, à gaucbe en sortant de la baie de Manille pour entrer en pleine mer, où il y a un golfe qui peut avoir trois lieues de tour, dans lequel dégorge une lagune d'eau salée appelée Bomban, et qui est si profonde qu'on n'a point trouvé de fond à plusieurs endroits. Cette lagune peut avoir quinze lieues de tour; on y pêche d'excellents tons qui ne sont^pas cependant si bons que ceux de la Méditerranée. C'est à cette lagune qu'est le peuple de Taal : l'église et le couvent sont d'une bonne et forte maçonnerie de pierres de taille. Autrefois cette peuplade était très grande et très peuplée, mais elle est allée insensiblement en diminuant; dans cette lagune, il y a une petite île dans laquelle était un volcan de feu qui , de temps en temps, avait coutume de vomir quantité de pierres enflammées, qui détruisaient et ruinaient entièrement tous les champs que les Indiens de Taal avaient au pied de la montagne, dans lesquels ils faisaient venir du coton et quantité d'autres choses propres à l'usage de la vie civile.

« Le P. Alburquerque demanda à Dieu, par une longue prière, qu'il eût pitié de ces pauvres Indiens ; ensuite il alla dans l'île, l'exorcisa et la bénit, en récitant les prières ordinaires de l'Eglise pour ces sortes de choses : il fit fort dévotieusement une procession, et dit la messe avec beau-

(1) Voy. cité, t. Il, p. 17-1».

SUE LES TBBMBLSMKSTS BI TKR&B. 61

coup dlnumËlé et de confiance. Pendant toute la oèrémonie on entendit lui fracas épouvantable : c'était le sommet du volcan qui fondit et qui s'enfonça ; la montagne resta avec deux bouches : de l'une, il sort du soufre ; de l'autre, une eau verte qui bouillonne toujours. Il vient acr tuellement beaucoup de sangliers en cet endroit; iU y sont attirés par le soufre qui se trouve autour du lac où est le volcan. La bouche qui regarde le peuple de Lipa a plus d^an quart de lieue de longueur ; l'autre n'est pas si considérable : il n'y a pas longtemps que de cette bouche il commença de sortir tant de fumée, que les naturels ou Indiens, craignant quelque nouveauté fatale, accoururent au P. Bartholomée d'Âlcantara, qui avait alors la charge spirituelle de ce peuple; il fit une procession pareille à celle du P. Alburquerque, et dit la messe. Depuis ce moment, le volcan s'est tenu tranquille et n'a jeté ni flamme, n| fumée ; mais conmie on entendait totyours sortir de ses entrailles des bruits comme des coups sourds de tonnerre, qui faisaient peur aux naturels, le P. Thomas de Âbren, ministre de Taal, fut au volcan, fit monter jusqu'au sommet une très grande croix de bois et la fit planter en ce même endroit. Cette croix était si lourde, ayant été faite d'un bois très pesant, qu'il fallut quatre cents personnes pour la porter à la bouche du volcan. Depuis que cette croix a été plantée , non seulement le volcan n'a fait aucun dommage, mais l'Ile a repris son ancienne fertilité, n

Le P. Gaspard, ajoute Le Gentil, attribue à des miracles opérés en faveur des trois religieux, la cessation absolue des éruptions du volcan de Taal.

Depuis l'année 1698, époque i laquelle écrivait ce père, que llle avait repris sa fertilité ancienne, le volcan est resté tranquille jusqu'en 1749 (1. c, p. 19). — Nous signalons étendant une éruption pour 1716.

En 1699 et 1700, à Manille, nouveaux tremblements qui détruisirent presque entièrement la ville (1).

1716. — Le 24 septembre, violente éruption du volcan de Taal (2).

A Manille, tremblement pendant l'éruption du volcan de Taal (3).

M. Landgrebe donne cette éruption .comme la première connue ( voy. à 1698). — M. de la Gironière cite le trem- Uemeiit du 24 septembre parmi ceux qui font époque dans le pays (4).

1728. — 28 novembre, tremblement aux Philippines, principalement dans l'Ile de Luçon. Manille éprouva de grands dommages (5).

1749. — A Manille, secousses nombreuses.

« Depuis 1700 jusqu'en 1749, dit Le Gentil (voy. cité, t. n, p. 361 ), on n'a cessé de ressentir des tremblements de terre à Manille : on se familiarisa si fort avec eux, pen* dant ce temps, qu'on ne fit aucun état des premiers qu'on essuya en 1749 ; mais ils furent si fréquents, que pendant six semaines à*peine se passa-t-il un jour sans qu'on en ressentit. Le monde se trouva pour lors si effrayé, qu'une grande partie se sauva dans la campagne et eut bien de la peine à revenir de sa frayeur; mais enfin, aujourd'hui, on vit à Manille dans une parfaite sécurité (6). J'y ai vu

(1) Le Gentil, voy. cité, t. II, p. 3t(0.

{%) Homboldt, Cosmos, t. 4, p. 650.

(8) Comp,^rend. de rÀcad.,X, XVI, p. 758 ; deChamisso, dans Byriès, Nottv. Ann. des Voy,, t. XXX, p. SiO, juin 18t6. Suivant Le Gentil, op. cit., l. II, p. 107, la terre tremble souvent autour du volcan.

(4) Aventures d'un Gentilhomme breton^ p. 860.

(6) Von Hoff cite dou Ildefonso de Aragon, Descripcion geografica y topografica de la isla de Luzon; Manila, 4819, t. I, p. 8.

(6) L*auteur a habité Manille du 10 août 1766 an 6 février 1768. Son voyage a paru en 1779 et 1781.

SUR LBS TBEMBIiEaiENTS MB T£RRX. 69

cependant des tremblaments de terre assez forts, et même trop forts pour que je regrette aujourd'hui cette ville, où, d'ailleurs, j'ai joui de quelques agréments, et surtout de celui d'y avoir fait de vrais amis ; mais lorsque je me représente une habitation dans laquelle on peut s'éveiUer pendant la nuit avec toute l'horreur d'une mort instante, inévitable et cruelle, une telle habitation, quelque avantage qu'eQe pût m'offrir d'ailleurs, ne me fera jamais soupirer après elle : or, c'est ce qui peut arriver à Manille. »

En 4749, le volcan de Taal, en repos depuis 1698^ commença à se faire entendre {ibid., p. 19).

i750. — A Manille, tremblement qui a duré trois mois; les mouvements continuels n'ont cessé que par l'éruption d'une montagne située sur ime petite lie au milieu d'un lac dent le fond n'a pas pu être atteint. Le troisième jour après le commencement de l'éruption, il s'éleva dans le lac quatre petites lies qui toutes brûlaient, et à environ un mille de l'une d'elles, il y a un feu qui brûle continuellement et qui sort de l'eau dans un endroit où elle a plus de cent brasses de profondeur. Je l'ai vu moi-même et je m'en suis approclié. Il y a quatre ans que cela est arrivé, et si vous aviez éprouvé quelques-unes des secousses que j'ai senties, vous jugeriez combien elles sont terribles (1).

U s'agit évidemment du volcan de Taal, et peut-être des secousses de 1749. On sait que c'est en cette année seulement que les Anglais ont admis un changement dans leur calendrier.

1754. — Dans les premiers jours d'août, le volcan de

(1) Pkil. Tram.y t. XLIX^ p. 459. Extrait d*uno lettre de W Pye à son frèffe, en date de Manille le i^ octobre 1754. Gomment Tauteur 06 parle-t-il pas de Téruption d*aoùt 1754 ?

70 OÛGUIIKHTS

.T«al, qù était en repos depuis 1716 (on retirait da soufre du cratère, qui paraissait éteint), commença de nouveau à fumer; le 7, les flammes parurent et la terre trembla. La frayeur augmenta toujours du 3 novembre au 12 décembre; le cratère vomit des cendres, du sable, de la boue, du feu et de Teau. L'obscurité, les ouragans» les éclairs, le tonnerre, les bruits souterrains, les commotions violentes et de longue durée se succédaient alternativement. Taal , situé sur le bord de la lagune , et plusieurs autres lieux, furent entièrement bouleversés et détruits. La bouche du volcan était trop étroite pour l'éruption; elle s'élargit beaucoup dans cette circonstance, et il s'en ouvrit une seconde qui vomit également de la boue et des flammes. Le feu s'échappa aussi de plusieurs endroits très profonds de la lagune^ et Teau bouillonna. La terre se fendit en plusieurs endroits, et notamment U se forma une crevasse profonde qui se prolongea très loin du côté de Galonbong. La montagne continua longtemps à fumer. Depuis cette époque il y a eu quelques éruptions, mais leur violence a toujours été en diminuant. Le 13 août (1), secousses violentes i Amboine. De ce jour au 22 septembre, on compta 85 secousses ; la terre s'entr'ouvrit en plusieurs endroits ; beaucoup d'édifices furent renversés. Suivant Le Gentil, la plus grande éruption fut en octobre et en novembre. « On m'a assuré à Manille, dit-il, que ce fut une chose effrayante; ces différentes éruptions ressemblaient à des décharges des plus grosses pièces d'artillerie : chaque coup communiquait à l'air une si forte commotion, qu'on la ressentait dans les maisons. Ce volcan est environné de montagnes qui surmontent de beaucoup son sommet, en sorte qu'il est comme au milieu d'une grande cavité ; la fumée qui en

(1) Le Mêrcwre de FroM Çaoûtl7S5,p. SM) dit da IS aoAl au SO septembre.

sua m TRsnLnuiras de ts&bs. 71

sortait s'éleratt comme mie coloone au-dessus d'une BQontagne, et là, trouvant le vent, elle était emportée en forme de tourbillons rempUs de cendres qui se répandirent jusqu'à Manille et jusqu'à Yloeos, proviuce la plus septentrionale de llle de Luçon, A Manille, on ramassait la cendre dans les rues; à Cavité, qui est beaucoup-plus proobe du volcan, ils ftirent obUgés d'allumer les bougies à deux heures après midi, tant l'air était obscurci ; à Manille ce ne fut pas tout à fait la même chose. Depuis 1754 ce volcan s'est tenu tranquille » <1).

1756. — Tremblement et éruption volcanique à llle de Luçon (â).

1764. -^ Éruption d'un volcan de Mindanao (Referatein). N'est-ce pas la même que la suivante!

1765. — Éruption du volcan de la baie dlllano {vide 9uprà l'Introduction à llle de Mindanao). Bylandt (Théorie des Volcans, tome I, page 245), signale aussi Tannée

1766. -*^ Le âO jniUet, éruption du Mayon. En voici la description extraite d'une lettre que l'alcade de la province écrivit en 1767 au fiscal de Manille, et qu'a traduite Le Gentil (3) :

<t Le W juillet, îl s'enflamma et il brûla pendant six jours; la flamme qui sortait de sa bouche ressemblait à une pyramide conique, dont l'axe paraissait n'avoir pas moins de huit brasses; -^liButte la pyramide dinûnua

(1) De Chamiflso dAiu les Nauv, àrm. des Vay,, t. XXX, p. 8t0; Le Gentil, vo^f. cité^ t. II, p. 19 ; de Buch, iies Canaries^ p. 4S7 ; Comp,rend,, t. XVI, p. T8S ; «os. de />., S juillet iVBfe ; /oMm. kkL, août 1751^ p. 148.

(2) Von Hoff cite les Phil. Trans., 1766, p. 458. H y a erreur, le fait estdei760i

(8) V07. cité, t. il, p. 14-17.

72 DOCDHBIITS

peu à peu et le sommet parut enflammé : c'est i cela que se réduisent ordinairement les efifets de ce volcan. De son sommet la lave prit son cours vers l'est, en creusant^ sur une largeur qui nous a paru, à orai et à un père récollet qui l'avait observée deux mois de suite du village ou de la peuplade d'Albay, qui nous a paru, dii»-je, avoir jusqu'à vingt brasses; les mouvements de cette rivière de feu ou de matière fondue étaient semblables à ceux de tout autre torrent qui se précipite du haut d'une montagne en bas, de rochers en rochers^

(( La même année 1766, le 23 octobre, comme le crépuscule allait faire voir ses premiers rayons^ un vent d'ouest fort commença à se [faire sentir; à huit heures il fraîchit, et il continua à souffler avec la même force jusqu'à quatre heures après midi, et il tombait de temps en temps un peu de pluie. Il parut dans la partie supérieure de l'atmosphère un vent d'est, pendant que dans la partie inférieure le veut soufflait toujours de l'ouest avec la même force, ce qui dura jusqu'à sept heures, qu'il redoubla, en passant à l'ONO. ; U acquit tant de force à ce riiumb, qu'U semblait qu'il voulait tout détruire et tout renverser; je crus cpxe le village allait être emporté. Cet effort dura jusqu'à trois heures du matin, qu'il y eut une saute subite et violente au sud, qui ruina tontes les cases du village qu'il n'avait fait qu'ébranler ; la pluie fut alors beaucoup moins considérable.

« A deux heures du matin, le volcan cqihmença à vomir tant d'eau, qu'il m'est impossible d'en apprécier la quantité; je n'ai rien vu de comparable^ et ce n'est qu'en vous rapportant quelques-uns des dégâts qu'elle a faits, que l'on peut s'en former quelque idée. Du village de Tibog à celui d'Albay, il s'est formé quelques 'rivières de trente vares (1) de largeiu*, qui coulaient à la mer avec

(1) La vare contient deux pieds deux ponces six lignes.

SUR LES TREtfBLBMSirrS DE TERRE. 78

nue abondance et une impétuosité considérables ; ces livières ne peuvent se passer de mer haute : auparavant, il n'y avait que trois rivières et de petits ruisseaux, que Ton passait facilement à quelque heure que ce pouvait être. De la peuplade de Bacacay à celle de Malinao, la largeur des rivières passe quatre-vingts vares ; de la peuplade de Cemalig, en avançant dans l'intérieur de Jayaraa, province de Noya, le terrain est changé à ne pouvoir reconnaître les chemins.

« La peuplade de Malinao a été entièrement détruite : presque toutes les cases ont été enlevées; les campagnes et les champs sont couverts de monceaux de sable ; le tiers du village de Cagsava a été pareillement détruit; le reste forme actuellement une ile, ou plus exactement une montagne entourée de larges et profondes ravines par où est passé le torrent d'eau et de sable. Ce torrent a fait plus de ravages encore à Cemalig, Guinobatam, Liga et Bolangui.

c( Il parvint à la peuplade d'AIbay, au travers de la campagne qu'il ravagea, entraînant avec lui cinquante cases qui étaient au pied du volcan; dans la partie du SO., les palmiers et les autres arbres ont été enterrés dans le sable jusqu'à la cîme. Les cases qui purent résister furent à moitié enterrées dans le sable, et les personnes qui restèrent dans ces cases échappèrent à la mort ; celles qui sortirent pour se soustraire au danger périrent toutes dans le sable. On a trouvé au village d'Albay dix-huit corps morts, de différents sexes; on en trouva plus de trente au village de Malinao ; beaucoup ont échappé on ne sait par quel hasard. Un enfant de deux ans fut trouvé enterré dans le sable; il ne lui sortait exactement que la tète et le bras droit, qu'il avait devant ses yeux; on n'a eu aucune nouvelle de la mère. Ce tourbillon ou torrent a parcouru un espace d'environ deux lieues. Tant de dégât n'a pu venir de l'eau qui tomba ce jour-là, parce qu'elle ne fut

74 BOQDMBSfB

pas assez abcmdaiite ; U y a tonte apparence qae ce volume immense d'eau est sorti des entrailles du volcan; il eat actneUament dans le mtaie état qu'il étût avant cet événement^ les sables le rendent inaAcessible et empêchent qu'on n'y aille faire des remarques.

« Dans la province de Taal , proche TooMiiim, il n<y a pas longtemps qu'une montagne disparut, et qu'une lagune prit sa place ; il resta dans le milieu une Ue qui jette continuellement des flammes, et les eaux de œtte lagune sont quelquefois n chaudes quaucim poisson n'y peut vivre, n

M. de la Gironière donne la date du 23 octobre comme l'une des plus territdes éruptions du volcan ( 1. c.)«

1766. — Le 19 août, six heures du soir, à Manille, premier tremblement ressenti par Le Gentil, arrivé depuis quatre jours seylement aux Philippines. Il était dans le faubourg de Sainte-Croix, en visite chez un Espagnol, au premier étage; une espèce de lustre suspendu à environ six pieds du plafond lui parut parcourir des arcs de huit à neuf pouces (1).

V. — > 7 décembre, neuf heures du matin , i Manille, légère secousse. A dix heures quarante-cinq minutes du matin, autre tremblement beaucoup plus vif; il dura dans sa force près de deux minutes : nous sentîmes d'à* bord de vives secousses répétées pendant une demi-minute de bas en haut. Ensuite vinrent les balancements, qui furent très précipités et durèrent près de trois quarts de minute; ils allèrent en diminuant insensiblement pendant environ une demi-minute. Nous crûmes que nous en étions quittes , lorsque les balancements reprirent avec de nouvelles forces et durèrent près de demi-minute; ils commencèrent enfin à devenir moins forts et finirent

(i)Voy.cité,t. II,p.

SUR LIS TRnBLBMKNTS DE TERRE. 78

insensîUement, ce qai dnin encore une xninnte : de sorte que la durée entière du tremblement fat de plus de trois minutes. La charpente de la maison dans laquelle nous étions faisait un bruit à effrayer, et je voyais par la fenêtre les cases des Indiens de Tautre côté de la me, fort large cependant en cet endroit, avoir un mouvement de vibration fort sensible. Tout le monde se sauva des maisons dans les rues.

J'avais alors, ajoute Le Gentil, deux pendules en mouvement; une des deux fut arrêtée, celle dont les oscillations étaient dirigées du SE. au NO.

Le 9^ cinq heures du soir, une secousse subite de bas en haut, qui ne dura pas une seconde : elle nous fit sauter en faisant en même temps craquer la charpente de la maison; cette secousse fut suivie de balancements légers qui durèrent plus d'une minute.

Ces balancements me donnèrent le mal de mer, comme avaient fait ceux du 7; je ressentis donc une espèce de faiblesse dans les jambes et de défaiUance, comme lorsque, étant dans un vaisseau, le mal de mer veut prendre (1).

1767. — 6 et 7 janvier, à Manille, tremblements légers observés par Le Gentil pendant qu'il prenait des hauteurs correspondantes du soleil.

u J'observerai, dit-il, que pendant quelques-unes des hauteurs correspondantes du 6 et du 7 (onze heures quarante-deux minutes et onze heures quarante-trois minutes à peu près), le soleil me paraissait, dans des moments, avoir un tremblement d'autant plus singulier, que mon quart de cercle posait sur un mur très solide, et qu'il faisait calme ou presque calme. Ce tremblement, qui a dû

(1) ïbid., p. 86i.

76 DOCDIIBIITS

influer un peu sur mes hauteurs, quoique d'ailleurs asses exactes pourTol^et actuel, ne peut provenir que d'un léger tremblement de terre, trop faible pour se faire sentir autrement» (i).

£t plus loin, à la date du 34 avril {ibid., p. 329) :

« La brise était devenue si forte dans l'après-midi, que son grand bruit, joint à celui de la mer, ont fait que j'ai eu beaucoup de peine à entendre battre ma pendule à la première hauteur, et que je ne l'ai point entendue, dans la seconde^ étant survenue une rafale ou bouSée de vent qui a duré environ dix secondes...

(( Je remarque ici que, malgré la force du vent, mon quart de cercle était si stable, qu'on ne s'apercevait nullement de la force du vent au soleil vu dans la lunette; ainsi, le vent n'agitait point mon observatoire : autrement je m'en serais aperçu , et le soleil aurait essuyé, en apparence , des mouvements continuels lorsque je l'aurais regardé dans la lunette ; par conséquent, les différents sauts que je lui ai vu faire quelquefois dans la lunette, dont j'ai fait mention dans les observations sur la longitude, ces différents sauts, dis-je, se faisant remarquer malgré le calme plat^ étaient certainement l'effet, comme je l'ai déjà remarqué, de quelques tremblements de terre. »

Nous citerons ici quelques observations du même genre. M. Francesco Pistolesi, l'un de mes premiers et de mes plus zélés correspondants, m'envoyait, à la date du 21 avril 1856, la note suivante, sur les oscillations du sol observées à Milan par l'astronome Bamaba Oriani, pendant les secousses de Calabre en 1783 : a Ces oscUlations parurent dans le soleil, dont on observait le passage au méridien. Elles ont en lieu du mois de janvier au mois

(1) V05. cité, t. II, p. W6.

d'août 1783 ; les mouvements extraordinaires et les oscillations que présenta le soleil correspondirent aux trem^ blements delaCalabre » (i).

Ces observations d'Oriano sont extrêmement curieuses; elles prouvent jusqu'à quelle distance se propagent les commotions terrestres, par simples vibrations insensibles à la surface du sol. Celles-ci offirent même une circonstance particulière : c'est que les oscillations ont eu lieu à Milan dès le mois de janvier, et que les tremblements désastreux des Calabres n'ont commencé que le 5 février suivant. Se faisait- il déjà dans l'intérieur du globe un travail dont la population des Calabres n'a pas eu connaissance, mais qui s'est manifesté jusque dans le nord de ntalie ?

Voici une autre note que je dois à mon ami M. Fournet, professeur à la Faculté des sciences de Lyon. Elle est du commandant Delcros, l'un de nos officiers les plus distingués qui ont travaillé à la carte de France.

Le premier complémentaire an XIII (le 17 septembre 1805), M* Delcros s'occupait d'opérations géodésiques au BaUon d*i GuebwUler, dans les Vosges, a J'ai voulu , ditil, commencer à observer des azimuths vers trois heures trente minutes du soir ; mais le grand niveau du grand cercle, de 16 pouces de diamètre, de Lenoir, a oscillé continuellement d'environ 18 à 20 de se ^ divisions, de part et d'autre de la verticale, et cela par un calme parfait et un beau soleil. — La bulle oscillait très régulièrement à droite et à gauche de la division, et les oscillations pouvaient durer environ une demi -minute. Le

(1) Le oscillazioni apparvero nel sole che ai osseryava nel sao passaggio al meridiano. Ebbero luogo dal Genns^o aU' Agosto 1783, e i mo- Timenti straordinarj e le oscillazioDi vedate nel sole corrisposero ai Ter • reœoti délia Galabria. (Osservasioni snlle oscillaxioni délia terra in oocasione di Terremoto; di Barnaba Oriano. Opuêcoti scelti di Milano, i78S, tome VI, p. Vil,)

78 DOGiniBirrs

cercle était porté sur un pied en maçonnerie très solide, le cercle et l'observateur reposaient sur le sol de roche, et étaient parfaitement indépendants l'un de l'autre. »

M. Delcros fut obligé de s'occuper d'autre chose et d'abandonner ses observations. Pendant le cours de trente années géodésiques, M. Delcros a été témoin du même phénomène, une seconde fois seulement, A Narbonne, en 1832.

— Le 8 février, à une heure du matin, à Manille^ tremblement violent, plus fort, suivant quelques personnes, que celui du 7 décembre ; il s'annonça de même par deux vives secousses qui furent suivies de balancements considérables : J'étais alors dans mon premier sommeil, dit Le Gentil, et je ne m'aperçus de rien ; ma pendule fut arrêtée lorsqu'elle marquait une heure cinq minutes. Toute la ville avait été réveillée (1).

L'auteur avait déjà signalé ce tremblement dans les termes suivants, qui prouvent un fait établi depuis longtemps, que dans un pays sujet aux tremblements de terre ^ les habitants y sont beaucoup plus sensibles que les étrangers :

« Un dimanche matin, vers les six heures, j'envoyai, selon ma coutume, mon nègre à mon observatoire, pour monter ma pendule ; il revint me dire qu'elle était arrêtée, et qu'il n'avait pas voulu y toucher, ne sachant d'où pouvait être venu cet événement; je fus moi-même, vers les dix heures, à mon observatoire, et je fus témoin du fait sans pouvoir en deviner la cause. J'allai de là chez don Andrès Roxo, selon l'habitude que j'avais contractée d'y entrer tous les matins, vers les onze heures. Mme Roxo me demanda, d'un air encore tout efifrayé, des nouvelles du tremblement de terre qui était passé vers une heure

(1) Ouv. cité, t. II, p. S68.

du matin, et qui avait été des plus violents ; elle fut on ne peut pas plus étonnée qu'un événement qui avait réveillé peut* être tonte la ville, se fût passé sans que j'eusse été témoin de la moindre chose » (i).

-- Le 13 novembre , trois heures vingt-cinq minutes \ du soir, à Manille, «tremblement qui dura à peine une ' f minute en deux reprises, mais qui fut plus vif, dit encore Le Gentil, que tous ceux que j'avais ressentis; il commença], sans secousses, par un balancement général de toute la maison, dont je ne m'aperçus d'abord que par le brait que fit la charpente. Les balancements furent plus faibles et se succédèrent pendant environ trente secondes sans augmenter de force ; ils semblaient, au contraire» diminuer insensiblement, et ils cessèrent subitement. Mais le repos ne dura pas plus d'une seconde, lorsque je ressentis une subite et vive secousse; elle fut suivie de balancements très forts et très précipités ; ils allaient toujours en augmentant par degrés, et bientôt ils furent si vi<dents et si forts, que je voyais les murs de ma chambre, le plancher sur lequel j'étais et la charpente, avoir un mouvement très sensible ; le mal de cœur me prit alors comme si j'eusse été sur un vaisseau. Ces balancements durèrent à peine une demi-minute et cessèrent presque subitement. Il me prît aussi , avec l'envie de vomir, une si grande faiblesse dans les jambes, que je serais infailliblement tombé sur le plandier si le tremblement eût duré plus longtemps. Le tremblement passé , le mal de mer et l'envie de vomir me quittèrent sur-le-champ ; à la place, il me vint peu à peu un mal de tête qui fut toujours en augmentant, en sorte qu'à dix heures du soir je pouvais à peine ouvrir les yeux et soutenir ma tête. Je me couchai à onze heures avec le même mal, qui se passa pendant la nuit.

(1) Oay. cité, t. II, p. S61.

(( Ce tremblement ouvrit beaucoup de murs et fit tomber dans les rues beaucoup de tuiles de dessus les toits : il donna presque à toutes les personnes auxquelles j'en ai entendu parler un grand mal de tête.

u Le 16, deux heures quarante-cinq minutes du matin, on ressentit une assez vive secousse et des balancements, mais qui durèrent peu; ma pendule ne fut point arrêtée, et je dormais assez pour n'avoir rien ressenti.

(( Je passe sous silence plusieurs autres faibles tremblements dont j'ai ressenti quelques-uns ; à Tégard de quelques mouvements singuliers du soleil vus dans la lunette de mon quart de cercle, voir aux 6etl janvier,: en sorte que ce petit coin de terre serait dans des convulsions presque continuelles. (Ibid,, p. 365 et 366.)

(( Selon mes observations à Manille , il paraîtrait aussi que cette ville serait un peu plus sujette aux tremblements de terre dans les derniers mois de Tannée. C'est ce que Bouguer a remsirqué pareillement pour le Pérou. (Voy. au Pérou y relation abrégée, p. lxxiv). Bouguer soupçonne encore les grandes marées de septembre et d'octobre d'y pouvoir contribuer avec le retour de la chaleur (i). Cependant^ ajoute Le Gentil, les derniers mois de Tannée à ManiUe ne sont pas, comme au Pérou, le retour de la chaleur, puisque les mois les plus frais sont, en cette ville, janvier et février : il faut donc que les physiciens assignent une autre cause du phénomène que le retour de la chaleur. » (Ibid,, p. 364-366.)

Relativement à la fréquence du phénomène à Manille^ l'auteur dit ailleurs : a Lorsque je me représente une habitation dans laquelle on peut se réveiller pendant la nuit

(1) J*ai aussi trouvé un maiimum dans le degré de fréquence du phénomène correspondant aux mois de septembre et d*octpbre, relativement aux tremblements de terre ressentis aux Antilles. Voir les Mém. de VAcad, de Dijon^ années 1846-47, et les Comp.-rend, de VAcad. det Se, t. XVI, 1848.

avec toute l'horreur d'une mort instante, inévitable et cruelle , une telle habitation , quelque avantage qu'elle m'oflire d'ailleurs, ne me fera jamais soupirer après elle : or, c'est ce qui peut arriver à Manille. » {Ibid,, p. 361.)

— 22 et 23 novembre, secousses violentes à Macao. A Manille, il y eut de grands désastres. {Der Naturforscher, t. VII, p. 268; Philo$, Tram,, t. LIX, p. 74.) Le Gentil ne parle pas de ce dernier phénomi^ne : y aurait-il erreur de date?

M. de la Gironière ne cite dans cette année que le 20 juin, comme ayant été marqué par l'un des plus grands tremblements connus.

1770. •— Dans le mois de décembre, à Manille, deux tremblements ressentis par Sonnerat. u Le premier,' dit ce voyageur, fut violent et renversa beaucoup de maisons ; il s'annonça à neuf heures du soir par un vent du sud très fort, qui agita la mer; l'atmosphère était chargée d'une vapeur rouge&tre ; et sur les deux heures, je sentis trois secousses réitérées, qui me causèrent un soulèvement de cœur. Les vaisseaux qui étaient en rade sentirent les mêmes mouvements et crurent avoir touché. Les Espagnols se mirent alors à chanter le Rosaire.

« n y a plusieurs volcans dans l'île de Luçon, ce qui peut bien être la cause des tremblements de terre fréquents auxquels cette lie est sujette ; t7 n'y a pas d^année ou on nen ressente deux, trois ou quatre.

« Les Espagnols, à Manille, battissent leurs maisons en conséquence : le premier étage est en bois, et toute la charpente est soutenue par des piliers de bois. Ils ont aussi pour ces cas-là une petite cabane de bambou dans leur cour ou leur jardin. Toute la famille y couche lorsque le temps semble annoncer un tremblement de terre.

<c II parait, comme le dit fort bien M. Le Gentil, que les

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tremblements de terre arrivent plus fréquemment à la fin de Tannée, et le plus souvent la nuit » (1).

Le même auteur dit plus loin : « n y a dans la partie sud de Mindanao un volcan qui brûle continuellement et sert de renseignement aux vûsseauz qui fréquentent

cé!k parages Celui de Siao est ,1e plus considérable de

ces volcans ^.qui ne sont probablement ^pië les bouches d'un même foyer; dans ses éruptions vives» il couvre de cendres toutes les lies voisines » (2).

177i. — !«' février, à Tile de Luçon, tremblement avec ruines, principalement au lieu dit Hermita, près Manille (3).

1773. — Au mois d'octobre, en mer, entre 436« et 140» de long, comptée de Tlle de Fer, et entre 14'' et 20* de lat. N., dans les environs de l'île de Luçon, secousses très fortes accompagnées de bruits très intenses. On vit des flammes s'élever sur plusieurs points du sein des eaux, pendant vingt-quatre heures, et on remarqua une grande quantité de pierres ponces (4).

1796. — Aux Philippines, tremblement dont la ville de Manille soufifrit beaucoup (Keferstein).

Von Hoff signale aussi un tremblement à Tile de Luçon, en 1795 ou 1796; mais comme il cite Keferstein seulement, je ne mentionne pas l'année 1795. BougainviUe

(1) Foy. aux Indes orientales et à la Chine^ t. Il, p. 11 1-1! î. Paris, 178«;« vol. in 40.

(S) lbid.y p. lis et ISS. Nous arons dé{jà cité le premier en parlant de Mindanao.

(S) Von Hoff cite Aragon*^ Descripcion geogr, y topog. de la isla de Luçon. llanila, 1819, t. II, p. 19. «

(4) Neue Manmgfaltigkeiten^ t. III, p 894, Berlin, 1776; Boegner, T>as Brdbehen, p. 81; Keferstein, Verzeichniss der jezt thaetigen Vuikane und ihrer bekannten Ausbrueche,

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