SUE LES TRVHBLBMBITS DE TERRE
(Voy. autour du Mande, t. I, p. 170) donne aussi la dato de 1796.
Ce tremblement, l'an des plus considérables dont on se sonyienne à Manille, dura vingt jours (voy, au 16 septembre 1852); je n'en connais aucune relation. MM. de la Gironière et Malte-Brun le signaient aussi sans détails^
1797. — Du 11 février au 7 mars, 1m. de Guignes res sentit à Manille un des plus violents tremblements qu'on y eût éprouvés depuis longtemps. La date n'est pas indiquée.
« n commença vers les deux heures du soir. Dans le premier moment, dit ce voyageur, je crus que quelqu'un tirait ma chaise; toutes les maisons craquèrent, des pans de muraille s'écroulèrent, des clés de voûtes furent déplacées, et Teau sortit des auges et de plusieurs puits. Dans la maison oi\ je demeurais, trois doigts d'eau s'écoulèrent d'une grande cuvette qui était pleine; les lampes balancèrent, et le mouvement de la voiture qui était sous la porte fut celui d'une voiture qui passe dans une rue à moitié dépavée ; quand je fus descendu dans la cour, la terre tremblait sous mes pieds, la maison penchait tantôt d'un côté et tantôt de l'autre, et je m'attendais à chaque instant à la voir s'écrouler. Lorsque les secousses cessèrent, j'étais totalement étourdi et j'éprouvais des douleurs dans les genoux. Rentré dans la maison, je trouvai que le principal pilier qui soutenait le toit était fendu en deux. Les vaisseaux ancrés dans le port ne ressentirent point le tremblement de terre, tandis qu'un navire anglais qui se trouvait en mer à onze lieues de Manille l'éprouva; toutes les parties du vaisseau craquèrent, le grand mât s'enleva et retomba sur la membrure, et l'on fut obligé de le soutenir avec des mâtereaux pour pouvoir ramener le bâtiment dans la baie. Les secousses de ce tremblement durèrent trois minutes et quatorze secondes,
M D0GU1IESTS
et continuèrent pendant plusieurs jours de suite , en se faisant sentir à divers intervalles, et quelquefois avec violence. Le premier jour, le temps était calme, nébuleux et grisâtre, Tair était chaud et lourd, le vent venait par bouffées, et de temps en temps il tombait une petite pluie : ce sont les signes avant-coureurs d'un tremblement de terre.
« On porta en procession et avec une grande pompe limage d'un safait qu'on invoque ordinairement dans ces circonstances » (1).
M. Mallet, tout en citant de Guignes, donne la date d'octobre 1796, sans indication de jour.
1799. — Aux Philippines, secousses très vives (3).
1800. — En octobre, éruption du volcan de Mayon ou d'Albay (3),
1811. — Le 5 octobre, à Luçon, tremblement épouvantable. Les secousses furent ensuite très fréquentes aux environs de l'Albay, jusqu'au 1" février 1814. (Voy. à cette date.)
1813. — Le volcan d'Albay (Luçon) a fait une éruption accompagnée de tremblements de terre ; plusieurs villages furent détruits. Les cendres furent portées jusqu'à Manille, à cent quatre-vingts milles du cratère (4). Il y a évi-
(1) De Guignes, Voy. à Pékin, Manille et file de Frtmce, t. 111 p. 403.
(S) Mùniieur du 9 prairial an VIII on 91 mat ISOO.
(3) Von Hoff, Veraendet-ungen der Erdoberflaeche^ t. II, p. 415, cita Leonhard^s Taschenbtich fiier die gesammte Minéralogie Jhrg. 18, p. 5S7. De Bnch et Landgrebe renvoient à la môme source. M. E. Chevalier, Voy, de la Bonite, Géol. et Min&., p. t36, ne donne non plQ4 aucun renseignement. Voyez au 1*^ février 1S14, la relation du moine Francisco Aragoneses.
(4) Eyriès, Nouv. Ànn. des Voy., t. X^ p. 256, tiov. 18S8.
SUR LES T&SHBLEllElfTS DE TBEBB. 85
demment erreur de date : cette éruption est la même que la suivante.
1844. — Le 31 janvier, dans les villages aux environs du volcan d'Âlbay , légères secousses, suivies le lendemain de l'éruption du volcan.^(Voy. la relation du moine Fr. Aragoneses.)
— Premiers jours de février, éruption désastreuse du Mayon (Luçon). Cinq villes populeuses, les plus beaux villages de la péninsule, et de grandes régions de terres fertiles et cultivées furent désolés et ruinés; douze cents hommes perdirent la vie (i).
Voyez plus loin, au 16 septembre 1852. On donne la date du 2 février. L'éruption de TAlbay est signalée comme une des plus considérables : les cendres furent portées jusqu'à Manille, et, cependant, il n'y eut pas de tremblement de terre l — Suivant de Sonnenburg {TelluSy p. 232 ), le sol fut recouvert d'une couche de cendre et de sable de trente à trente-six pieds d'épaisseur !
Je retrouve dans mes notes, mais sans indication de source :
La même année (1814), éruption du volcan de Taal; elle dura dix jours.
Je lis encore dans Referstein, pour cette année : Grand tremblement aux Philippines et éruption du Mayon. Celleci est aussi mentionnée par M. de la Gironière, mais sans aucun détail.
Cette éruption est du 1«' février. Elle a été longuement décrite par un témoin oculaire, un moine nommé Francisco Aragoneses. La relation intitulée « Suceso espan-
(i) Von Hoir, Veraenderungen der Srdoberflaeehe, U U, p. 4SS, et Landgrebe, 1. c, p. 847, diaprés I^onbard, Taachenb, fïter die ges. Minerai. Jahrg. H, p. 5i7. M. E. GheTalier, Voy. de la Bonite ^ 1. c, douue la date du commeacement de janvier.
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toso y mémorable acaecido en la Proviucia de Gamarlnes el dia primero de febrero de este présente ano de 1814 » parait avoir été imprimée à Manille. Nous n'avons pas encore pu nous la procurer, mais nous avons reçu une copie / du manuscrit préparé pour une seconde édition. Elle nous a été gracieusement envoyée par M. Casiano de Prudo, qui Tavait fait venir de Manille. Nous en extrairons seulement les détaiLs qui peuvent intéresser la science.
« Nous avions passé plus de treize ans pendant lesquels le volcan d'Albay, appelé Mayon par les indigènes, avait gardé un silence prolongé et profond, sans donner le moindre signe de vie. Nous le regardions toutefois avec cette défiance et cette horreur qu'inspirent tous les volcans à ceux qui habitent dans leur voisinage immédiat.
Ses dernières éruptions avaient eu lieu en Tannée 1800;
il avait vomi beaucoup de pierres, de sable et de cendres, suivant sa coutume ordinaire , et causé de grands dommages aux mômes villages qu'il a cette fois détruits complètement. Un grand nombre de terres ensemencées avaient alors été couvertes par les matières qu'il avait projetées au loin et rendues arides et stériles. C'est dans les derniers jours d'octobre de cette année 1800 qu'avait eu lieu sa dernière éruption et qu'il avait causé les plus grands dég&ts.
<( Depuis lors, nous n'avions remarqué dans le volcan aucun signe précurseur qui nous fit redouter de nouveaux malheurs, et nous avions fini par oublier insensiUement les craintes qu'il nous inspirait. Gonséquemment, on avait recommencé à cultiver les Ûancs de la montagne, qui s'étaient changés en de vastes et délicieux jardins* Dana les villages de Camalig et Budiao, notamment, on avait refait de nombreuses plantations ; les arbres fruitiers de toute espèce (coxos, cûcao^ abaca) et toutes les plantes légumineuses offraient à la fois un spectacle agréable à l'œil et d'excellentes productions aux nombreuses et industrieuses familles de ces villages.
SUR usa TRSXBLBXEirrS DB TSailE. 87
« Tel était l'état dans leqael se trouvait le volcan le i«r du moig de février dernier. Personne ne pensait pins ans pertes qu'il avait éprouvées et ne songeait aux dangers dont ce perfide voisin pouvait le menacer. A la vue d'un repos (silencio} aussi longtemps prolongé, nous avions fini par nous persuader que le volcan était entièrement apaisé et que tous les canaux souterrains par lesquels se dégageaient les matières combustibles étaient fermés de manière i ne pouvoir plus, comme autrefois, livrer passage à l'incendie et à la mort. Nous n'avions vu, nous n'avions remarqué aucun signe avant-coureur qui pût nous faire prévoir ce qui allait arriver. Dans les éruptions antérieures, on avait entendu, longtemps auparavant, des bruits souterrains qui en étaient des présages certains. Le volcan vomissait continuellement alors une fumée plus épaisse qui en annonçait l'approche; mais dans la circonstance actuelle, nous n'avons rien noté de tout cela.
(( 11 est vrai que le dernier jour de janvier nous avons senti quelques petits tremblements de terre, mais nous y avions fait à peine attention, car ils avaient été très fré^ qumts depuis l'épouvantable tremblement que nous avons éprouvé le 5 octobre 18ii. Ils augmentèrent le lundi pendant la nuit. A deux heures du matin, nous sentîmes le plus fort que nous eussions éprouvé jusqu'alors ; il se renouvela à quatre heures, et les secousses furent ensuite continuelles jusqu'au moment de l'éruption.
<( Le mardi, au point du jour, ciel serein ; je ne crois pas avoir jamais remarqué une plus pure matinée et nn horizon plus beau. Cependant les cimes les plus voisines du volcan étaient couvertes d'une brume légère (neblina), que je pris pour de la fumée provenant de quelque maison qui aurait été incendiée pendant la nuit dans les environs. Mais à huit heures du matin, heure fatale que nous n'oublierons pas, le volcan commença à lancer tout à coup
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une épaisse colonne de pierres, de sable et de cendre qui s'élevèrent avec nne grande rapidité et atteignirent dans un instant les plus hautes régions de l'atmosphère. Surpris à cette vue et remplis de la plus grande frayeur, nous remarquâmes que les flancs du volcan se voilaient et se cachaient à nos yeux. Jamais nous n'avions vu semblable éruption, et dès lors nous eûmes lieu de nous convaincre qu'un grand torrent de feu se précipitait sur nous et menaçait de nous consumer. Le premier soin que je pris, dans mon village , fut de consommer les hosties consacrées (consumir il Divinissimo), et nous primes la fuite en toute hâte. La vitesse avec laquelle cet épouvantable torrejit s'avançait vers nous ne nous laissait le temps ni de réfléchir, ni de discourir; le fracas efifrayant que faisait le volcan causait une grande terreur, même aux cœurs les plus courageux. Terrifiés et en proie à la désolation la plus grande, nous nous sauvions tous, en recherchant les lieux les plus élevés et les plus sûrs où nous pourrions être à couvert contre l'imminence du danger. L'horizon commença à s'obscurcir, et nos angoisses redoublèrent. Le bruit du volcan s'accroissait par instants, les ténèbres augmentaient, et nous autres nous poursuivions constamment notre fuite pour sauver notre vie, en nous éloignant de plus en plus d'un objet aussi épouvantable. Quelque grande que soit la rapidité avec laquelle nous marchions, une immense pluie de pierres énormes nous atteint dans notre malheureuse fuite, et telle est sa violence, que dans un moment un grand nombre d'infortunés sont privés de la vie. Cette circonstance, aussi cruelle qu'imprévue, nous force à nous arrêter dans notre fuite et à nous réfugier dans les maisons; mais les pierres incandescentes qui tombent dessus y mettent le feu et les réduisent en cendres : c'est l'aflfaire d'un moment.
<( Qui serait capable de faire un relation exacte de scènes aussi tristes, et de les présrnter au public dans
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l'ordre saivant lequel elles se sont succédé ? Qui de nous autres pensa ne pas mourir à la vue de ces signes si I manifestes de la divine justice? Pour ce qui me regarde, je me rappelai le malheureux sort des villes de la Pentapole, et je me persuadai que les villages des Camarines allaient soufifrir le même châtiment, terrible mais juste punition de l'immoralité qui , depuis longtemps , se faisait remarquer dans ces villages.
« Dans ces circonstances aussi douloureuses et aussi terribles^ nous adressions à Dieu nos prières les plus ferventes et réclamions sa miséricorde. Le ciel s'obscurcit complètement et nous restâmes plongés dans les ténèbres les plus profondes, dans des ténèbres palpables (palpables), comparables à celles qu'on vit en Egypte du temps de Hoise. A ce moment le découragement est à son comble : les pères abandonnent leurs enfants, les maris oublient leurs femmes ; chacun ne songe plus qu'à sa sûreté personnelle et cherche à éviter la mort qui le menace.
c( Cependant, comme lliomme tient essentiellement à la vie, nous cherchons tous, pai tous les moyens possibles, à la conserver... Mais comment faire pour la sauver dans des circonstances aussi terribles 7 Nous avions cherché un refuge dans les maisons , mais il fallait fuir en toute hâte pour ne pas périr dans l'incendie; se sauver en plein air, c'était s'exposer à un danger non moins grand, parce que les pierres qui tombaient étaient d'une énorme grosseur et formaient une véritable pluie. Il fallut donc chercher à s'en préserver, et chacun le fit comme il le put. Les uns se couvrirent la tète avec des peaux de vache, les autres avec des toiles; ceux-ci avec des chaises, ceux-là avec des tables. Beaucoup se mirent à l'abri sous des troncs d'arbres, d'autres s'enfouirent sous des tas de roseaux et de bruyères, quelques-uns se réfugièrent dans une grotte que leur ofifrit le flanc d'une montagne; mais tous ceux qui se trouvèfent en rase campagne sans rien
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trouver dcmt ils passent se faire un abri» périrent ou reçurent des blessures graves.
tt Cependant le fracas épouvantable du volcan croissait , de plus en plus et atteignait sa plus grande violence. La pluie de pierres et de gros sable augmentait ; les pierres incandescentes et les traits de feu (cometas) qui partaient de la montagne ne cessaient pas de propager l'incendiei et dans un temps très court les plus beaux villages (pueblos) de la province des Camarines furent réduits en cendres. Les animaux de la montagne s'enfuirent et se précipitèrent dans les villages pour y chercher un asile. Us couraient, épouvantés, dans le plus grand désordre, et en poussant les cris les plus lamentables. Mais, dans un pareil moment, rien n'avait pour nous d'autre intérêt que celui de notre conservation...
« Lorsqu'à dix heures du matin la pluie de grosses pierres cessa, chacun s'efforça de rester dans l'état où il se trouvait alors, en attendant que la pluie de gros grains de sable, qui lui succéda, cessât également, ou qu'il survint une nouvelle calamité imprévue qui mettrait fin à nos maux.
« Tel fut l'état où nous restâmes jusqu'à une heure et demie du soir, heure à laquelle le bruit du volcan commença à s'apaiser et l'horizon à s'édaûxir un peu. A cette vue, revint en nous l'espérance de vivre, qui nous avait à peu près complètement abandonnés. A deux heures le ciel s'éclaircit, et nous commençâmes à reconnaître rhorreur épouvantable des fanestes événements que nous avaient cachés les ténèbres. Nous vîmes avec douleur la terre couverte de cadavres ; les uns avaient été tués par les pierres, les autres brûlés par le feu. Deux cents personnes avaient péri dans l'église de Budiao, et trente-cinq dans une seule maison de ce village. La joie que nous éprouvions d'avoir échappé à ce désastre s'est bientôt convertie en une douleur amère, en voyant les
pertes cruelles que nous avions faites parmi nos amis et nos connaissances; c'estnotamment à Budiaoque cespertes • sont immenses. D'un autre côté, on rencontre à chaque pas d'innombrables malheureux gisant sur le sol, les uns sans vie, les autres blessés et mutilés de mille manières : ceux-ci n'ont plus de jambes, ceux-là plus de bras; plusieurs ont la tête coupée, et le plus grand nombre sont couverts de blessures. Tels sont les tristes objets qui frappent nos yeux pendant le reste de la soirée. Un grand nombre de ces victimes mulilées meurent avant la nuit; beaucoup d'autres succombent les jours suivants, privés des secours de l'art et des aliments nécessaires.
« Le triste résultat de la catastrophe de cette journée a été la ruine complète de cinq villages (pueblos), dans la province de Camarines, et de la plus grande partie d'Albay, capitale de la province; douze cents personnes ont perdu la vie, et beaucoup d'autres ont été gravement blessées ; ceux qui survirent à ce désastre ont toiit perdu, maisons, meubles, animaux, provisions de tous genres, oiCa, eic*.*
« L'aspect que nous offre le volcan est des plus tristes et des plus horribles. Ses flancs, si pittoresques, si riches et si bien cultivés auparavant, n'offrent plus qu'une surface couverte de sables et d'une effrayante aridité. L«s pierres, les sables et les cendres forment une couche d'une teinte sombre de plus de dix à douze mètres (varas) d'épaisseur. A l'endroit où s'élevait auparavant le pueblo de Budiao, les produits volcaniques ont enseveli les cocotiers jusqu'à leurs cimes. Dans les autres villages ruinés, et à peu près sur tout le territoire, la couche de sable n'atteint pas moins d'une demi-vara (O^SO) d'épaisseur, et à peine est-il resté un seul arbre encore vivant.
c( La bouche (cuspide) ou cratère du volcan a, autant que j'en puis juger, baissé de plus de vingt brasses, et du côté du sud on découvre une immense et effrayante
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ouverture qu'cm ne peut regarder sans frémir. Il s'est ouvert trois autres bouches nouvelles à quelque distance de la principale ; par ces nouveaux évents il s'échappe encore continuellement de la fumée et de la cendre. Enfin, les plus beaux villages des Camarines et la partie principale de cette province ont été changés en un terrain sablonneux (arenal) complètement aride et stérile. Plus de vingt mille habitants de cette riche et magnifique contrée ont ainsi été, dans un seul jour, privés de tout ce qu'ils possédaient, et réduits à Tindigence. À la vue de semblables malheurs, de misères si navrantes, quel est l'homme qui ne sera touché de compassion et ne voudra venir au secours de tant de malheureux?... »
1824. — En janvier, à Manille, secousses épouvantables, après lesquelles on vit beaucoup de poissons morts à la surface du fleuve qui baigne la ville (1). Le Gentil a déjà cité un phénomène semblable, à 1767.
— 1"' octobre, à Manille, quelques secousses.
Dans le courant du mois, légères secousses.
Le 26, à Manille et Cavité, secousses désastreuses du NNE. au SSO., avec bruit souterrain. La ville fut ruinée; les casernes , les églises et beaucoup de maisons furent renversées. A peu près à quatre milles au-dessus de la ville et tout près de la rivière, la terre s'entr'ouvrit avec une explosion terrible. Beaucoup de poissons morts apparurent à la surface des eaux. Ce fut le plus terrible tremblement depuis 1796.
Le 1*^ novembre, ouragan qui causa de nouveaux désastres ; six bâtiments périrent dans le port (2).
(1) Ann, de Çh. et Phys,, t. XXX, p. 41î.
(«) Bougainville, Voy, autour du Monde^ 1. 1, p. 470, et t.II,p.li3; Fértissac, Bu//, des Se. nat., t. V, p. 323, 1895; Eyriôs, Nauv. Aim. des Voy., t. VIII, p. 106, avril IStS; Bull, de la Soc. de Géogr., n« S9, p. 184, septembre 1825. Von Hoff cite ChronicleofSingapore, i5 novembre 1$S5.
sua LES TAEMBLBMBHTS DE TEHaE. 93
1825. — En novembre 1825, le D' Ernest Hoflbiann, qoi accompagnait Kotzebue dans son seecmd voyage de circumnavigation, fit l'ascension du volcan de Taal; il s'en dégageait alors de la fumée (1).
1827. — En juin, à Manille, un volcan fit éruption dans la province d'Albay. Cette éruption dura jusqu'en février 1828, et plusieurs tremblements de terre furent ressentis dans nie (2).
1828. - Commencement de février. On écrivait de Ma-« niUe, le 16 du mois, que depuis très peu de temps on y éprouvait de légères secousses. L'éruption du volcan d'Aïbay durût encore, et l'opinion des anciens habitants est qu'il y aura des tremblements de terre lorsque ce volcan lancera des flammes (3).
— 9 novembre, six heures trente minutes du soir, tremblement à Manille. Le mouvement semblait venir du sud et était ondulatoire ; il produisait dans les maisons un roulement et un craquement comme celui que l'on éprouve dans un navire en pleine mer, quoiqu'à un degré moins fort. Les lampes suspendues se mouvaient comme des pendules , et à chaque vibration décrivaient des arcs de quatre pieds. Notre correspondant nous mande qu'il allumait son cigare à une lampe qui s'éloigna brusquement de lui; il crut avoir touché la lampe avec son chapeau, mais il fut bientôt détrompé à la prochaine ondulation, lorsque la chaise qui le portait fut renversée avec lui sur le plancher. Aussitôt îl courut à la rue, où il trouva les habitants à genoux, suivant leur usage dans ces occasions.
(1) Berghaos, mém. cité, p. 89. L*anteur renvoie à Karstens ArcMv. fur Miner, y Geol., Bergbau und Huttenkundey \, 812-315. Nous n*avon8 pas consalté ce recaeil, qai maoqne aux bibliothèques de Dijon.
(2) Von Hoff cite Der Freimuethige, 1829, n» 54, p. %\6,
(8) Eyriès, Nouv, Am, des Voy,, t. X, p. 256, nov. 18t8; Von Hoff, même source que pour juin 1827.
Une personne qui traversait la ville dans un bogghé d>serva que l'eau, dans les ruisseaux, coula d'abord d'un côté, puis d'un autre, et comme le mouvement de sa voiture rempêchait de sentir le tremblement de terre, il ne put rien concevoir à cet étrange phénomène que lorsqu'il eut vu tout le monde à genoux et qu'il fut descendu. La secousse fit^mouvoir sur leurs gonds les massifs battants de Puerta-Grande , une des portes de la ville, de sorte qu'une personne qui y passait dans ce moment crut qu'on la poussait derrière elle.
Le tremblement dura trois minutes suivant les uns, et deux minutes seulement suivant les autres ; il fit sonner les cloches des églises. Après le tremblement, la rivière monta à la même hauteur que dans la saison des pluies, et inonda tout le terrain bas dans son voisinage ; le lendemain, elle baissa au-dessous de son niveau ordinaire, dans la même proportion que, la veille, elle s'était élevée au-dessus. Les navires dans le port éprouvèrent fortement la secousse, comme si quelque chose avait choqué leur fond. Cependant les dommages ne furent pas considérables, et personne ne perdit la vie. Les arceaux de deux ou trois églises ont été rompus, et les arcs-boutants d'une autre ont été renversés. La prison des débiteurs a été un peu endommagée, et plusieurs maisons lézardées. Aucun bruit souterrain n'a été entendu; mais deux jours auparavant le temps avait été plus chaud et plus étouffant qu'à l'ordinaire, quoique parfaitement clair. Le 9, un brouillard fut constamment répandu sur l'horizon ; il ressemblait à celui qui précéda le dernier grand tremblement de terre de Valparaiso, d'après un témoin de ce dernier. On n'a pas entendu parler d'éruption volcanique (i).
(1) Eyriès, Notiv. àm. des Voy.^ S« série, t. XUI, sept. 18S9, p. 864, d*aprô8 le Sincapour Chronicle.
SCTR LES TREMBLEinSNTS DE TERRE. W
— Le 9 décembre, à Manille, violentes secousses, maisons renversées et beaucoup d'édifices endommagés. Durée, deux minutes (1).
n y a sans doute erreur de date mensuelle.
4830. — 48 janvier, tremblement à Manille. En voici la description par un témoin oculaire. A cinq heures quinze minutes du soir, lorsque la secousse commença, l'auteur était appuyé sur une fenêtre. Au premier abord, elle fut si légère qu'il put conserver sa position ; mais, la secousse continuant et devenant plus forte, il crut convenable de fermer la fenêtre et de descendre précipitamment Tescalier, ce qu'il ne put faire qu'avec difficulté, parce que tout tremblait sous lui. Etant parvenu de son mieux jusqu'à la rivière, il fut jeté à plat ventre, parce que Teau s'éleva en rugissant à la hauteur de plusieurs pieds , et il se crut destiné à devenir la pâture des poissons ; mais l'eau se retira aussi rapidement; elle alla battre sur le rivage opposé, avec un bruit égal à celui du tonnerre, et elle baissa graduellement. Pendant ce temps , les chevaux , les cochons, les chèvres, les dindons et les autres animaux étaient saisis d'une terreur panique : les premiers tournant, plongeant, hennissant; les autres hurlant, bêlant, poussant des cris étranges et se livrant à des mouvements bizarres : tout cela eut lieu dans l'espace d'une minute. L'écrivain, retourné chez lui, remarqua avec douleur les nombreuses dévastations qui y avaient été faites : le parquet était couvert du plâtre qui était tombé du plafond, et les murailles étaient toutes crevassées; dans sa chambre seule il n'y avait pas moins de vingt-deux lézardes. Cependant la ville n'éprouva pas de grands dommages, et il n'y eut qu'une personne tuée , par la chute d'une
(1) Afm. de Ch. etPhys., t. XUI, p,9Kl ; Constitutionnel, 4 mai 18«9.
pierre tombée d'une maison; mais dans quelques-unes des provinces, où le tremblement déploya plus de violence, plusieurs personnes perdirent la vie, et l'on éprouva beaucoup plus de pertes*
On ressentit la même nuit une autre légère secousse, le lendemain une troisième, et dans la soirée une quatrième, vers neuf heures. L'écrivain ajoute qu'il y eut beaucoup d'autres secousses ; mais, comme il s'était établi dans une barque, il ne sentit aucune des dernières (1).
— 16 septembre, à Manille, quelques fortes secousses pendant un colla, ou ty-foong. La rivière déborda, et une partie du faubourg fut inondée (2).
1831. ~ Le volcan situé à la pointe méridionale de Tile Claro Babuyan (Philippines), entre les lies Bashi et Luçou, par lO^» 27' lat. N. et H9^ 42' long. E., eut une éruption si violente, que, pour échapper à l'embrasement, les habitants de l'Ile furent forcés de s'enfuir avec la plus grande rapidité (3).
Les petites lies Baschi, et les Babuyanes, qui, dit Humboldt(4), suivant le témoignage de Meyen, ont donné encore en 1831 le spectacle d'une violente éruption de flammes, établissent une liaison entre Formose et les lies Philippines, dont les plus petites et les plus profondément échancrées sont les plus riches en volcans.
1833. — Avril, tremblement à Manille (5).
1836. — 3 janvier, à Mindanao ( Philippines), tremble-
(1) Férassac, BtUL des Se. nat., t. XXIll, p. SI, d'après le Singapore Chronkle, 25 mars 1830.
(f ) La place, Voy, de la Favorite^ t. I, p. 490.
(3) Landgrebe, 1. c, p. 848, d'après Meyen, Heise um die Brde, i. W, p. 184. De Bach, 1. c, p. 438, mdflQe sonrce.
(4) Cosmos, t. IV, p. 4«1.
(6) LyeU, 1. c, t. lU, «71.
SUR IiES TRBMBLEMBIfTS DE TEBRK. 97
ment très violent. Plusieurs volcans de Mindanao étaient alors en activité (i).
— En mars, tremblement aux Philippines (2).
1840. — 5 avril, à deux heures du matin, à bord du vaisseau le Niantie, naviguante soixante milles 0. de Mindanao (Philippines), il tomba, par une brise de NE., une pluie de cendres qui recouvrit le pont d'une couche de six à sept millimètres d*épaisseur. Cette pluie, pendant deux jours, se renouvela à plusieurs reprises.
Le 5 avril, un vaisseau anglais avait reçu la même pluie , se trouvant à trois cents milles au NO. du Niantie (3).
184^. — 2 août, entre Luçon et Mindoro, dans la lagune de Bongbong, près du volcan de Taal, on entend des bruits souterrains qui ne sont suivis d'aucun efifet. Ces bruits sont assez fréquents (4).
— 24 octobre, neuf heures trente minutes du matin, près du volcan de Taal, fortes oscillations de l'E. à TO., d'environ deux minutes de durée. Dix minutes après, une secousse moins forte, dont la durée a été estimée de vingthuit secondes.
Le 25, deux heures trente minutes du matin, une troisième secousse moins sensible encore. On les a toutes ressenties sur la route de Taal à Manille et à Manille même, ainsi qu'à Macao. — Le volcan est resté calme : il bouillonne dans le cratère, et ce bouillonnement intérieur se fait entendre de temps à autre ; le bruit passe successivement par tous les degrés de force. Le plus souvent
(1) Anatic Journal t noDV. sér., vol. 20, part. 9, p. 186, cité par M. Rob. Mallet.
(1) Gomm. de M. Pliéninger.
(3) D^Archiac, Bist. des progrès de la Géol., t. I, p. 917.
(4) M. Delamarche, Comp.-Rend.y t. XVI, p. 76S.
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les famées se voient à quarante et soixante kilomètres. Néanmoins, depuis longtemps il n*est question ni de flammes^ ni d'éruption. Pourtant, quelques petits cratères internes semblent baver la lave (i).
Suivant M. de Humboldt, le volcan de Taal était en pleine activité en 1842, lors de l'expédition américaine du capitaine WUkes (2).
1843. — 2 janvier, une heure quinze minutes du matin, à Manille, une secousse légère, en deux vibrations distinctes séparées par un très court intervalle : la première a été instantanée, la seconde a duré neuf secondes (3).
y 1852. — 16 septembre, six heures et demie du soir, à Manille, tremblement désastreux. En voici la description, telle qu'elle a paru dans un rapport publié dans \q Bulletin officiel des Philippines (4) :
a Le 16 septembre 1852 fut un jour de deuil pour toute rile de Luçon en général, et particulièrement pour Manille, sa capitale. Un tremblement de terre d'une force extraordinaire surprit les habitants et laissa des traces assez remarquables pour que nous en fassions une description exacte :
(1) Çamp.'Bend., U XVI, p. 747 et 75S, 1S48. Lettre de M. DeUmarche à M.Arago.
(S) Cosmos, t. IV, p. 650, d*aprô8 U. St. Ezploring Expédition , t. V, p. 817.
(8) Baird Smith, dans le Journal ofthe Asiatic Society of Bengale n«164, p. 604, 1845.
(4) Soas te titre : « Reseua historica de tos temblores esperimentado8 en estas islas desde el 16 de setiembre hasta el If del actual, y noticlas estadisticas acerca de los acarridos desde el ano 1645. ManiialS de octubre ISSV. Imprenta del Boletin officiai de Filipinas, S pag. in-fnl.» Ten dois la connaissance à M. de la Gironière, auteur de Vingt années aux Philippines, lequel a eu la complaisance de m*envoyer ce document avec la traduction qu*il en a faite et que je transcris. Ce rapport a été reproduit dans la Espana des 96 et S8 décembre i85f , que M. Casiano de Prado, inspecteur général des mines en Espagne, a eu la bonté de m'envoyer.
SUR LES TRKnLKMBirrS DE TERRE. 99
« Il était six heures et demie du soir ^ le ciel était couvert d'un voile sinistre ; il régnait un calme profond, une chaleur accablante. Il tombait une petite pluie fine, chose qui ne se voit jamais dans cette saison. L'on commença alors à sentir des mouvements rapides d'oscillation du nord au sud, qui alternèrent avec d'autres aussi violents de trépidation. Les premiers firent marquer au pendule la considérable graduation de 31*. Ce désastre s'annonça par un bruit souterrain qui , joint aux craquements de^ édifices, aux clameurs des habitants, inspira la terreur aux cœurs les plus courageux. Chacun se précipita dans les rues. Bientôt le calme se rétablit, mais ce calme ne devait pas être de longue durée : dans la même soirée, à huit heures dix minutes, à neuf heures, à dix heures un quart et à onze heures, des oscillations moins fortes se succédèrent. Elles reprirent à quatre heures du matin^ le 17 ; au 19, elles étaient moins fréquentes; puis elles con« tinuèrent sans beaucoup de force, mais très répétées, jusqu'au 90. A dater de ce jour, le calme, on peut le dire, fut rétabh ; la viUe reprit son état m)rmal , malgré des mouvements de peu de force qui se firent sentir les 10, 11 et 12 d'octobre.
u La première secousse du 16, à six heures et demie, dura à peu près trois minutes; le pendule marquait la direction du nord au sud, et une inclinaison de 11 A 12*. A cette secousse succédèrent des mouvements de trépidation qui arrêtèrent le pendule après lui avoir fait décrire des cercles; ensuite se succédèrent de grandes oscillations de l'ENE. à l'OSO. , et le pendule marqua alors l'épouvantable graduation de 43<* ; tous les autres mouvements qui suivirent furent beaucoup moins forts^ et ne firent marquer au pendule que 4<^ 1/2.
ce Les observations que nous avons faites sont les suivantes : le thermomètre' marquait 23*^ et le baromètre 39" 82.
iOO BOGIMBIITS
« La chaleur était suffocante, la mer très grosse et très phosphorescente, le rent très failde et Taritdde : il souffla pendant le jour du SO. , et se fixa au N.
c( L'eau des puits avait considérablement monté au* dessus du niveau ordinaire.
tt Le brick espagnol le Rcmano, qui revenait de Chine, sentit la première commotion par 17* 30' lat. et 118* 50' long. E. de Greenwich.
« La frégate française la Ft7/6^{fe-7bnn^'ns éprouva trois jours de calme avec des chaleurs suffocantes » (1).
L'auteur fait ensuite une longue description de tous les édifices qui, dans la capitale et dans la province, ont été détruits ou ont souffert. Je crois inutile d'en donner le détaU ; je me borne seulement à quelques observations qui peuvent intéresser la science.
Dans la province de Bataan, dans le quartier de la Mar (vers la mer), la terre s'est ouverte sur une longueur de six à sept cents mètres et sur une largeur d'un mètre.
Celles de Bulacan et Cavité ont aussi considérablement souffert.
Celle de Pampanga a ressenti A peine ces tremblements.
Dans la province de Taal, où se trouve le volcan du même nom, le mouvement s'est fait sentir du N. au S., et cependant la terre s'est ouverte en plusieurs endroits de F£. à l'O. (2). De ces ouvertures il sortait une grande quantité d'eau, de sable, et une vase qui répandait une odeur infecte. Ces ouvertures avaient quarante à cinquante centimètres de large, et une profondeur incalculable.
Dans celle de Mindoro, dommages considérables.
(i) Les journaux français signalent le 17, buit henres du soir, nne seeoosse; le iS, hait heures du matin, une secousse Tigoureuse; le 19, midi, une légère secousse ; le 90, dix heures un quart du soir, nne dernière. Le 16, on en aurait compté 19.
(1) Cette direction se conçoit facilement.
SUR LB8 TUlOiLBlIBlITS DK TKBRS. 101
Dans celle de Nueva Eqja, les cloches sonnèrent par le seol mouvement qne lear imprimait l'oscillation.
A Zambales, la seule chose remarquable qu'ait produite ce tremblement, c'est que la montagne d'Ubauba, située dans la baie de Subie, a été complètement engloutie et qu'elle ne laisse plus aucune trace.
Enfin, si l'on jette un coup d'œil sur la carte, on verra que toute Tile de Luçon a éprouvé les efifets de ce dernier désastre.
L'auteur termine par des réflexions que je reproduis :
c( Les lies Philippines sont, par leur position tropicale et leur constitution volcanique, une partie du globe sur laquelle pèse particulièrement le fléau des tremblements de terre; elles renferment plusieurs volcans, dont les prhicipaux sont ceux de Dabao, dans llle de Mindanao , et ceux d'Âlbay et de Taal , dans l'Ile de Luçon. Les derniers, les plus forts, sont en activité continuelle, n est très probable que leurs éruptions ont une correspondance certaine avec les bouleversements que les tremblements de terre font éprouver à notre sol. La force et la durée de leurs éruptions présagent presque toujours la proximité ou l'éloignement de ces tremblements. L'expérience prouve (1) que lorsqu'ils ont tardé à lancer des masses de matières au dehors de leur cratère, il se passe peu de temps sans de violents tremblements de terre, et tout au contraire, lorsque leurs éruptions ont été très fortes, nie Luçon s'est vue délivrée pendant plusieurs années de ce fléau. Ceci se prouve par ce qui est arrivé en 1754 (le volcan de Taal fit la plus grande éruption dont* on a conservé le souvenir) et le 2 février i814 ; à ces deux dates, il n'y eut pas de tremblement de terre, bien que
(i) Le tredttctear a passé ici l«8 mots : ademas de la thewia eieetriea.
102 DOGUMEim
k volcan d'Albay, à la dernière date, eût une si fbrte éruption que les cendres arrivèrent jusqu'à Manille.
(( Les plus grands tremblements de terre aux îles PUlippines ont eu lieu en 4627, 1645, 1675, 1796, 1834, 1838 et le 16 septembre 1853. Tous ont laissé de tristes souvenirs : dans celui de 1645, il pérît trois mille personnes; celui de 1796 causa la ruine de tous les édifices, et dura vingt jours; enfin, ceux de cette année, qui ont duré quatorze jours, ont été les plus terribles. Heureusement, depuis 1645, la Providence a préservé la vie des habitants, et seulement les édifices ont été détruits par leurs terribles effets.
0 Un de nos souscripteurs nous a suggéré une réflexion tout à fait curieuse, qui est de fixer par des faits acquis le temps moyen qui s'est écoulé entre les grands tremblements dont on se souvient; la science a intérêt i connaître une solution qui fixerait le terme moyen nécessaire à la nature pour former les matières explosives qui produisent les tremblements de terre ou les éruptions volcaniques,
(( Ainsi, nous voyons qu'entre
1637 et 1645, il s'est écoulé. . 18 ans.
1645 et 1675 30
1675 et 1796 131
1796 et 1824 36
1834 et i853 38
c( De ce rapprochement nous déduisons, moins le temps écoulé entre 1675 et 1796, que les causes qui produisent les tremblements de terre aux Philippines ont mis pour se former, en moyenne, vingt-cinq années et demie, et qu'en recherchant les motifs pour lesquels l'espace de temps écoulé entre 1675 et 1796 a été d'une plus longue durée, nous trouvons qu'ils doivent être attribués à la grande éruption du volcan de Taal, qui eut lieu en 1754; s'il en est ainsi , en prenant cette éruption comme conséquence
SUR LES TRUBLBlOSirrS DE TEARE. 103
alternative des bouleversements intérieurs qui se manifestent soit par des éruptions volcaniques, soit par des tremblements de terre, la table nous donnera trente-deux ans comme intervalle moyen entre deux de ces grands phénomènes. Il faut remarquer que, dans Tintervalle que nous déduisons des grandes éruptions volcaniques, il y a sans doute beaucoup de tremblements de terre qui n'ont pas été assez forts pour être remarqués. « Voici cette table :
Entre le tremblement de 1637 et celui de 1645, nous trouvons 18 ans.
Entre le tremblement de 1645 et celui de 1675. . 30
Entre le tremblement de 1675 et l'éruption du volcan de Taal en 1754 79
Entre l'éruption du volcan de Taal en 1754 et le tremblement de 1796 42
Entre le tremblement de 1796 et l'éruption du volcan d'Albay en 1814 18
Entre l'éruption de 1 814 et le tremblement de 1824. 10
Entre le tremblement de 1824 et celui de 1852. . 28
a II résulte de ce rapprochement une moyenne de trente-deux ans (1), moyenne qui n'a rien d'alarmant pour celui qui s'est rendu compte de la formation de nos îles essentiellement volcaniques (et où l'on voit peu de province qui n'ait quelque ancien cratère) ; ainsi j en rapprochant la grande affinité qui existe entre les volcans et les tremblements de terre, il est évident que ces nombreux volcans éteints indiquent que les feux souterrains n'ont plus la force de s'ouvrir d'autres issues que celles des volcans actuellement en activité.
c( L'éruption récente du volcan de Taal, qui a eu Ueu '
(1) Cette moyenne ne nous semble pas très rigoureuse. — A. P»
après le grand tremblement du 16, nous fournit une preuve de la grande affinité des deux phénomènes. Immédiatement après cette commotion, Taal ouvrit son vaste cratère, et, à défaut de laves, lança des masses de fumée compactes, de Teau et du sable en grande quantité ; à la suite de cette éruption, les secousses diminuèrent considérablement de force.
« Cependant, il est à remarquer que le phénomène inverse s'est produit au volcan d'Albay, volcan beaucoup plus considérable que celui de Taal, et qui est en activité continuelle ; peu de jours après la première commotion, il ferma son cratère, sans avoir eu aucune éruption antérieure et sans que la province du même nom ressentit les tremblements aussi fortement que la capitale.
« Nous disons aussi fortement que la capitale : cependant nous apprenons par des lettres de la province des Gamarines du Sud, province contiguë à celle d'Albay, que le 25, c'est-à-dire neuf jours après la catastrophe du 16, on y a ressenti une commotion très forte qui a été à peine remarquée à Manille , suivant le jonmal que nous tenons des secousses. »
Ainsi les secousses ont été quotidiennes du 16*àu 30; le 25 a été marqué par un fort tremblement dans les Gamarines du Sud , probablement peu après que le volcan d'Albay eut cessé de fumer, tandis que celui de Taal eut une éruption après la grande commotion dft 16. Il est bien regrettable que l'auteur de cet article n'ait pas donné le journal qu'il dit avoir tenu de ces divers phénomènes. Peut-être eût-il fourni quelque rapprochement précieux.
/ — Le 25, dans les Gamarines du Sud. (Vide supra.)
— 10, 11 et 12 octobre, à Manille, nouvelles secousses. {Vide supra, 16 septembre). La plus forte parait avoir eu lieu le 12, à cinq heures et demie du matin, et dura plu-
sieurs minutes. Elles y sont très fréquentes le reste du moi8(i).
— 24 décembre , à Manille , nouvelles secousses encore (2).
1855. — 22 mars, aux Philippines, fort tremblement qui dura quatre minutes et renversa ou endommagea beaucoup d'édifices. Il fut accompagné d'une violente éruption du volcan d'Albay (3).
— Le 9 novembre, à deux heures cinquante minutes du matin, à Manille, deux secousses (4},
Malgré tous les efforts que j'ai pu faire pour rassembler les documents qui précèdent, les faits que j'ai recueillis sont trop peu nombreux pour pouvoir soumettre le phénomène à une discussion générale et approfondie. Cependant, ils sufBsent déjà pour en déduire quelques conséquences qui, je Tespère, ne manqueront pas d'un certain intérêt.
Sans rappeler l'essai de classification des volcans de Luçon, que j'ai exposé dans la première partie de ce travail et dont la traduction, déjà faite, doit paraître dans un recueil scientifique en Espagne, je signalerai les éruptions multiples de 1641 et celle de 1814, comme à peu près complètement inconnues aux savants, et sur lesquelles je présente des détails fournis par des témoins oculaires. Nous voyons là une de ces terribles éruptions aqueuses ou boueuses qu'on a vu plus d'une fois se renouveler dans les deux Amériques , et dont le Vésuve,
(1) jyublin-Evening Mail, 2t décembre, comm. de M. W. Mallet.
{%) Elles ont ea Heu eu même temps que des secousses ressenties aux Bloluqaes. Nous avons indiqué les sources dans nos documents relatifs à cet archipel.
(9) Communication de MM. Meister et Elnge.
(4) Echo du Pacifiquey 5 février 185S.
106 DOGinDurrs
non plus qne l'Etna, ne sont pas tout à fait exempts. Ces bruits formidables qui ont accompagné quelques éruptions volcaniques^ et dont la vaste étendue est sinon inexplicable, au moins inexpliquée, constituent un phénomène assez rare, constaté au commencement de ce siècle, non seulement en Amérique, mais encore dans l'archipel de la Sonde. Ce travail en offre un exemple plus ancien et non moins sûrement établi, d'après des sources originales.
Les dates mensuelles sont malheureusement peu nombreuses. Cependant, suivant des témoignages presque unanimes, les tremblements de terre sont très fréquents aux Philippines. Mais que signifient ces mots ? Quelle est la valeur de cette fréquence T En France , nous éprouvons en moyenne une dizaine de tremblements de terre par an, et nous disons avec raison qu'ils y sont très rares. La France, je le sens, n'est pas un terme convenable de comparaison, puisque les données pour les Philippines se rapportent presque toutes à une seule localité, à Manille, capitale de l'archipel. Mais on dit aussi que les tremblements de terre sont très fréquents à Quito, et dans certaines années on n'y éprouve que trois ou quatre secousses. Ainsi, dans des observations météorologiques faites dans cette ville, d'avril 1845 à avril 1846, on ne trouve que quatre secousses mentionnées, et M. Boussingault, à qui j'en dois la connaissance, me les a signalées comme étant les seules qu'on y ait ressenties dans cet espace de temps.
La fréquence absolue ou relative de ce phénomène, exprimée par une simple phrase de ce genre, n'est donc nullement déterminée, et nous restons dans un vague indéfini, d'où peuvent seules nous tirer des observations suivies pendant plusieurs années consécutives.
Cependant, les navigateurs qui ont relâché pendant quelque temps à Manille y ont la plupart éprouvé quel* que secousse. D'après cela, je suis tenté de regarder les
SUR LES TRBXfiyUElUNTS DB TXHRE. 107
tremUements de terre comme à peu près aussi fréquents dans cet archipel que dans celui des Moluques. Or, diaprés des observations continuées depuis quelques années, il se passe rarement un mois ou deux sans qu'on éprouve quelques secousses dans les îles de Temate et de Célëbes; plusieurs jours y sont même en général signalés chaque mois par des secousses plus ou moins vives, mais non désastreuses. Il en est probablement de même à Luçon; mais, je le répète, ce n'est qu'après dés observations suivies pendant vingt ou trente ans, par exemple, qu'il sera possible de donner avec une précision convenable les rapports de fréquence du phénomène dans ces divers archipels.
Les commotions désastreuses, celles dont la population conserve le triste souvenir, me sembleraient même devoir être plus fréquentes à Manille qu'en aucune autre contrée du globe, à l'exception du Chili. Deux ou trois fois par siècle les tremblements de terre répandent la consternation et la mort dans cette capitale des possessions espagnoles, où, cependant, les constructions sont faites en prévision de ce terrible fléau.
Suivant quelques témoignages cités dans le cours de ce mémoire, les tremblements de terre aux Philippines seraient plus fréquents au printemps et en automne que dans les autres saisons de l'année. C'est là une opinion populaire dans Tarchipel qui nous occupe ; elle n'est pas moins commune dans le grand archipel des Moluques. Emise et généralisée il y a des siècles par Aristote, cette opinion a dominé pendant tout le moyen-âge, durant lequel, comme on le sait, on jurait par la parole du maître. Elle a été reprbe et constamment soutenue par de Humboldt dans ses divers et nombreux écrits. Rationnelle au point de vue théorique qui guidait Aristote, elle se prête également aux idées que de Humboldt a développées sur la volcanicitéy qu'il définit « la réaction de l'intérieur du globe
*^ DOCTTHBHTS
contre la croûte extérieure. » Envisagée ainsi , cette ommon ne me pardt pas sans fondement, et je me g«lê^i bien, tant s'en faut, de repoasser ni même é'JJ^Z témoignages qui l'appuient. Jusqu'ici eUe a au TZZ vraisemblance théorique en sa faveur.
Cependant, avouons-le, les tremblements de ter«. n»« nombreux, U est vrai, donnés avec dates mensnlCdîL
Itlf- " r ''**'°* ^ '"'^"^ **«» f-t« d'une r. mère décisive. Je trouve en eflfet :
*^if r' 7 tremblements.
lévner 3
mars 3
avril I
mai I
août 2
septembre. • . . 4
octobre 5
novembre .... 5
décembre .... 4
Et un autre qui a eu Ueu en février ou en mars T^. • de id. e. d. J^e. .. .. ^„^ ^ ^:^J^ ■«» Ce serait donc :
En hiver (de janvier à mars). . . u ♦..„ t.i
Au printemps (d'avril à juin). . . . ." ." ***'"""«'»''»*«•
En été (de juillet à septembre). .... g
Et en automne (d'octobre à décembre). 14
2;automne et 1 W au««ent seuls une prépondérance
Quant aux éruptions volcaniques, nous ne trouvons one sep mois de 1 amiée qui soient mentionnés. Ce son" ce« de janvier, jum, juiUet, août, octobre «„:7 "***"