DANS I*ÂRCH1PEI HAWAÏEN
d*autres il reste encore des crevasses dangereuses, surtout quand on voyage dans l'obscurité. Partout les chemins et les routes sont détériorés.
« Pendant que le Kona Pocket passait devant la pointe sud de l'ile, à trois milles environ de la côte, une île conique, haute de quatre cents pieds, s'éleva de la mer , à moitié chemin entre la terre et le bateau ; elle vomissait de la vapeur et de la fumée. La coulée de lave qui se jetait dans la mer s'étendit jusqu'à cette lie , située à un mille au moins du rivage et la réunit momentanément à la côte. Le bateau se trouvait si près de cette ile lorsqu'elle surgit qu'il eut ses voiles et ses mâts couverts de boue. Outre les vapeurs et la fumée qui s'échappaient de l'endroit où la lave entrait dans la mer, il s'en élevait des flammes bleuâtres à dix ou vingt pieds de hauteur.
« Rien de plus triste que la scène de l'éruption. Des centaines de superbes troupeaux paissaient autour des fermes, lorsque les courants de lave les environnèrent et les dévorèrent. Les pauvres animaux semblaient s'apercevoir du danger, sans voir aucun moyen d'y échapper. La lave incandescente avançait, s'approchait de plus en plus, jusqu'à ce que la chaleur les força de fuir ; mais ils ne pouvaient plus courir. Alors, ils regardaient bravement l'ennemi en face, attendaient de pied ferme qu'il les atteignit et tombaient dans le courant, — tout à coup ils disparaissaient enveloppés dans un nuage, de fumée ; c'en était fait d'eux, il n'en restait plus de traces C'est ainsi que l'une après l'autre furent brûlées plus de deux cents tètes de bétail.
a Un incident qui ne doit pas être omis, c'est une averse de cendres qui précéda l'éruption de Rahuku. Dans la nuit du lundi (du 6 au 7) qui précéda cette éruption, le sol, dans tout le district, fut recouvert d'une couche de sable fin et de légères pierres ponces d'une teinte légèrement jaunâtre. D'où provenait cette averse de sable et de pierres ponces ? C'est ce qu'on ne sait pas encore ; mais c'est probablement de quel-
24 LES TREMBLBMENTS DE TBRRg
que évent volcanique situé dans le voisinage du cratère du sommet.
« La grande vague a été beaucoup plus considérable qu'on ne Tavait dit d'abord. Elle a passé par-dessus les arbres, probablement à 60 pieds de haut, et a entraîné avec elle les bois et tout ce qui se trouvait sur son chemin, jusqu'à un quart de mille dans les terres ; au retour, elle a emporté dans la mer les maisons et leurs malheureux habitants, sans rien laisser de ce qui pouvait céder au mouvement. Les villages de Punaluu, Ninole, Rawae et Honuapo sont détruits de fond en comble. »> (Amef\ joum. L. c, p. 113.)
§ Hm Rapport da docteur W. Hlllebrond sar le cratère dti lUaiiea
et lee érap^lono da Snd-Otteot.
« A peine de retour de mon excursion sur le théAtre des récentes convulsions volcaniques au sud de Tile de Hawaî, je m'empresse de vous faire parvenir les observations que j'y ai recueillies.
(( Et d'abord , laissez-moi vous dire brièvement que je partis de Hilo avec quelques amis pour le volcan de Kilauea le 17 avril, descendis dans le cratère le 18, examinai les immenses fissures près de la route de Puna le 20, le soi-disant torrent de boue le 21 et la rivière de lave à Kahuku le 23. La 24, nous traversâmes la coulée de lave sur la route de Kona et arrivâmes à la baie de Kealakekua le 26 avril.
(( De Hilo je n'ai que peu de chose à dire, vos correspondants vous ayant communiqué les événements les plus remarquables de cet endroit même. Près de la rivière de Wahiawa j'ai vu plusieurs fissures dans la terre d'une largeur de huit pouces à un pied, qui ont été causées par le tremblement du 2 et qui courent toutes dans la direction de la montagne Mauna Loa. Les ondes souterraines ont toutes marché du SO au NE et ont renversé les objets mobiles placés à angle droit avec celle ligne. Une lourde bibliothèque, chargée de livres dans le cabinet du Rév. Titus Coan, et qui occupait cette position
BANS l'archipu hawaiih 25
ptt rapport aux ondes» a été renversée, tandis que d'autres aussi pesantes et remplies de coquillages et de minéraux, mais occupant une position parallèle au mouvement, sont restées en place.
c( Kilauea. — Le sol autour du cratère , surtout sur les côtés est et ouest, est déchiré par un grand nombre de fissures» une entre autres, près de la route de Puna, ayant plus de douze pipds de largeur et une grande profondeur ; d'autres, de moindres dimensions, courent paralèllement à cette route ou la traversent de telle sorte qu'il est très-dangereux de voyager dans ces environs. La guérite d'observation {lookout-hùmé) est détachée du bord du volcan par une crevasse très-i^ofonde et se trouve maintenant perchée sur un roc isolé, surplombant le cratère et qui doit , au premier choc violent, s'effondrer dans l'abîme. Beaucoup de fissures plus petites sont cachées sous le gazon et les broussailles et forment autant de pièges pour ceux qui marcheraient sans précaution. Cependant la maison du Volcan n'a pas souffert et le terrain environnant n'offre aucune déchirure. Des parois du KJlauea d'énormes masses de roc ont été détachées et précipitées dans le cratère. Sur les côtés ouest et nordouest où le feu avait été le plus actif avant le grand tremblement du 2 avril, les éboulis ont été probablement réduits en un instant à l'état de fusion par la lave et entraînés dans son courant, car les parois sont aussi verticales qu'elles l'étaient auparavant ; mais elles ont perdu une partie de leur masse, c'est ce qui est démontré par les crevasses profondes le long du bord occidental dont il a été question et par les vides partiels que, en plusieurs endroits, ont laissés de grands prismes de rocs éboulés. Mais c'est surtout sur les parois est et nord -est que l'aspect du cratère s'est modifié. Le long de la descente vers le second étage ou plan du cratère, des masses considérables de rochers, dont beaucoup sont d'un poids supérieur à cent tonnes, obstruent le passage et, en s*arc-boutant contre les piliers de pierre, forment des contre-
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forts semblables à ces petites collines que l'on peut yoir de* vantle haut mur de basalte dé Roolau, dans l'île d'Oahu. De même aussi, le profond cratère lui-même a beaucoup perdu de son aplomb vertical et forme saillie en beaucoup d'endroits.
(( Dans le cratère, absence complète de lave liquide, aucune partie incandescente ; la plus profonde obscurité régnait sur l'abimc pendant la première nuit. Je dis la première nuit (du 18 au 19), car pendant la seconde de notre séjour, entre minuit et une heure, des détonations se firent entendre de nouveau et la lumière apparut pendant quelques instants dans le lac du Sud. Des vapeurs blanches s'élevèrent de la surface en cent endroits différents, mais on ne pouvait distinguer çà et là que quelques très-légères traces des gaz sulfureux, naguère si abondants dans le voisinage des lacs et des crevasses. La chaleur n'était pas assez forte pour nous empêcher de rester une minute et plus à la même place, bien que en beaucoup d'endroits elle nous empêchât de toucher le sol avec la main.
(( Le grand lac du Sud est transformé en un vaste trou de plus de 500 pieds de profondeur, dont la paroi orientale fait une très-grande saillie, tandis que les autres côtés présentent une pente très-raide et se composent d'une masse confuse d'aa (mot indigène signifiant lave brisée en morceaux, scories). Plus des deux tiers de l'ancien plan inférieur du Kilauea se sont effondrés et enfoncés de 100 à 300 pieds audessous du niveau de la partie qui subsiste encore. La dépression comprend toute la moitié occidentale et décrit un arc de cercle en empiétant sur l'autre moitié. EUe atteint son maximum dans la partie septentrionale ; elle est un peu plus douce et graduelle vers le sud. Lorsque du lac nous parvînmes sur cette surface déprimée, nous fûmes quelque temps sans nous apercevoir de l'existence de cette pente. Ce ne fut qu'à notre retour de l'angle NO ou elle est le plus profonde que, à travers le brouillard qui nous enveloppait,
DANS l'arghipbl hawaiin 27
noos vîmes se dresser devant nous un mur de 300 pieds aux contours bizarres et fantastiques* D*abord, nous imaginant que c'était le grand mur extérieur du cratère, nous ne pou* vions en croire nos yeux, mais nous nous assurâmes bientôt, en nous avançant plus près de cette muraille étrange, qu'elle représentait la ligne de démarcation de la grande dépression de la croûte supérieure du cratère, fait qui nous surprit d'autant plus qu'une inspection d'en haut, à vol d'oiseau, ne nous avait nullement révélé son existence.
(I Comme nous avions été informés que la principale activité du cratère , avant le grand tremblement de terre, avait eu lien vers l'angle NO, nous nous y dirigeâmes, en quittant le lac du Sud. Vers le milieu de la dépression, une élévation considérable se présenta à notre gauche vers l'ouest. Quand nous fûmes parvenus au sommet, nous nous trouvâmes sur le bord d'un effroyable gouffre dont la paroi, de notre côté, surplombait, à une profondeur de plusieurs centaines de pieds sur une étendue d'environ un demi-mille du N au S; de l'air très-chaud s'en échappait. Tout autour et vers l'extrémité nord la lave est entassée dans une confusion indescriptible ; les amoncellements de scories forment tour autour des creux et des sommets.
ic L'effondrement de la croûte superflcielle du cratère semblait être encore en voie de progression, car, dans le cours de notre exploration, notre système nerveux fut mis à l'épreuve par un bruit prolongé, lourd, discordant et vibrant comme celui d'un feu de peloton provenant de l'angle NO.
a Dans l'après-midi, je visitai Rilauea-iki (Kilauea le petit), petit cratère situé à un demi-mille environ à l'est du grand Kilauea. Je l'avais vu en 1862, alors que le fond et les côtés étaient couverts de buissons et d'arbustes. Aujourd'hui le fond est revêtu d'un couche noire de lave brillante , et les taches noires le long de ses parois montrent évidemment que les herbes et les buissons ont été brûlés. Je suis porté à croire que sa profondeur est égale à celle du grand cratère.
« Telles sont Jusqu'ici, les observations qnenons avons pu faire de visu. Maintenant permettez-moi de vous raconter ce que je tiens de Kaina, qui a résidé près du volcan, sans interruption, pendant les cinq derniers mois, et dont le sang-froid imperturbable ne s'est pas démenti pendant la terrible catastrophe causée par le tremblement du 2 avril. Il fut la seule personne qui, avec le Chinois auquel est confiée la garde de sa maison, demeura à Kilauea. Il dit que, pendant les deux mois qui précédèrent le premier choc, c'est- à-dire du 20 janvier au 27 mars, le cratère avait été extraordinairement actif, huit lacs de feu étaient en constante ébuUition et débordaient souvent. Pendant tout ce temps (la date de sa première apparition n'a pu être fixée aVec exactitude), il y eut dans l'angle NO , un évent d'où, à des intervalles réguliers d'une minute au moins, des masses énormes de vapeurs s'élançaient avec un fracas terrible comme de la cheminée d'une locomotive. Vers le 17 mars, cette émission avait disparu. A la même époque, l'activité des lacs augmenta consi«* dérablement, et Kaina prévit des malheurs.
(( Le 27 mars, la première secousse se fit sentir. Deux jours plus tard, le surintendant des Écoles, M. Fomander, trouva le fond du cratère inondé de lave nouvelle et incandescent.
<( Le jeudi 2 avril, à 4 heures et quelques minutes do soir, le grand tremblement eut lieu, et le sol autour de Kjlauea s'agita comme un navire sur l'Océan. A ce moment commencèrent des détonations effroyables dans le cratère, des quantités considérables de lave furent lancées à de grandes hauteurs et des portions des parois s'écroulèrent. Cette commotion extraordinaire , accompagnée de bruits étranges et d'inces santés ondulations du sol, continua depuis ce jour jusqu'au dimanche soir, 5 avril; mais dès le commencement le feu corn-mença à reculer. Le jeudi soir, 2 avril, il était déjà circonscrit aux lacs habituels ; le samedi 4, il n'y en avait plus que dans le grand lac du sud, et le dimanche 5, dans la
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nuit, il n*y en ayait plus du tout ; Pelé avait abandonné Kilauea. (Pelé, suivant les superstitions traditionnelles, est la déesse du feu et des volcans). Les bruits devinrent déplus en plus faibles et furent séparés par de plus longs intervalles. Le mardi 7, la tranquillité régnait à Kilauea et dans l'aprèsmidi de ce même jour, la lave s'ouvrit un passage à 40 milles au sud,* à Kahuku.
(( Le 2 avril, de 6 h. à 10 h. du soir, Kaina vit du feu dans la direction de Puna, ce qui lui fit supposer que la lave avait trouvé une issue dans cette direction comme en 1840, mais il s'assura que ce n'était que le reflet de la lave dans Kilaueaiki. Il n'en remarqua plus dans la suite.
« Il est inutile de faire des commentaires sur l'important caractère des faits relatés, d'après une analyse rationnelle des phénomènes qui ont constitué la récente catastrophe. Comme mon digne ami Kaina, propriétaire de la maison du Volcan, semblait très-désappointé de la disparation soudaine de dame Pelé et qu'il désirait que, à mon retour dans la capitale, j'exprimasse l'opinion que la dite dame n'était partie qu'en congé temporaire, je m'acquitte avec d'autant plus de plaisir de la dette de gratitude que j'ai contractée eftvers lui pour ses précieux renseignements, que je pense pouvoir le faire en toute conscience. Kilauea a été à sec une fois déjà, après la grande éruption de 1840. Je tiens ce renseignement du fidèle historien des volcans hawaïens, le Rév. Titus Coan de Hilo, ainsi qu'un autre très-important, à savoir que cette présente éruption a été le seul exemple d'activité simultanée au Kilauea et dans le cratère de Makuaweoweo, sur le sommet du Mauna Loa. Un grand nombre de témoins, dans le district de Kau, ont corroboré lerapport que la lave descendit du sommet de la montagne, le 28 mars, en trois branches distinctes.
« La grande fissure près de la route de Puna. *— A Kapapala on nous dit que l'on avait vu du feu pendant plusieurs nuits dans la direction du sud-est et que des indigènes avaient déclaré qu'il y avait un courant de lave. Nous montâmes à
cheval, le 20 avril de bonne heure, pour nous en assurer. A cinq milles de distance de la maison de M. Reed, à Tendroit où la route de Puna se sépare de celle de Rilauea, nous aperçûmes d'épais nuages de vapeurs blanches s'élevant des quelques buissons qui couvrent à regret le pahoehoe (lave brillante et sans solution de continuité, par opposition à la lave aa) près de la route du côté de la mer. Une demi-heare plus tard nous y arrivâmes, après avoir laissé nos chevaux à quelque distance à cause des crevasses. Après en avoir traversé un certain nombre, en nous dirigeant vers le nuage le plus épais, nous parvînmes enfin à une crevasse profonde dans le pahoehoe, ayant au moins 24 pieds de largeur et dont nous ne pûmes voir le fond. Elle s'élargissait et se rétrécissait par places, mais ne présentait nulle part moins de huit pieds de largeur. Nous estimâmes sa longueur à 400 pieds. Parallèlement à cette grande crevasse et formant une ceinture d'environ 600 pieds de largeur, s'en trouvaient un grand nombre de moindres dimensions dont l'importance diminuait en raison directe de leur distance à la grande crevasse, depuis six pieds jusqu'à quelques pouces de largeur. Des plus larges ouvertures de la grande fissure, s'élançaient de hautes colonnes de vapeur blanche, imprégnée d'une odeur franchement alcaline. Des jets plus petits de vapeur, au nombre de 30, s'élevaient des fissures plus petites. Nous ne pûmes découvrir de feu dans aucune d'elles, mais il est très-probable que, dans les nuits obscures, le reflet de la lave sans-jacente se laisse voir, car la vapeur ne présentant aucune trace de matière combustible, il est invraisemblable que la lumière aperçue en provint. La direction moyenne de toutes les fissures était NE Q"" N à SO 9^ S. ou à peu près la direction d'une ligne joignant Kilauea à Waiohinu et Kahuku. La distance de ces fissures auRilauea est de 13 milles.
(( Kapapala. — Comme, dans ce district, le tremblement du 2 avril atteignit sa plus grande intensité au point de déchirer en deux toute l'ossature d'un côté de la montagne et de précipiter
DANS l'archipel HAWAÏEN 3l
dansia plaine unepartie de sesflancs, il estnécessaire de donner une courte description du pays pour faire mieux comprendre la catastrophe. La localité en question est comprise entre les bergeries de la ferme de MM. Reed et Richardson à Tests ^t la demeure de M. F. Lyman à l'ouest, dont la distance est de cinq milles. La route du gouvernement qui relie ces deux points court à travers une belle plaine gazonnée descendant doucement vers la mer; son altitude est d'environ deux mille pieds. Dans cette plaine s'avancent, des flancs du MaunaLoa, trois collines ou éperons parallèles d'un mille de longueur et variant en hauteur entre huit cents et un millier de pieds. Elles comprennent entre elles deux larges vallées dont les parties supérieures se dirigent en pente rapide vers une crête qui forme un angle droit avec les collines et qui est couverte d'une épaisse forêt de fougères arborescentes , s'étendant le long des pentes douces du dôme du Mauna Loa. C'est dans la seconde de ces vallées , celle qui est la plus rapprochée de M. Lyman, que le courant de boue {the so-called mud flow) exerça sa fureur, tandis que, dans les autres, de grands éboulements, composés uniquement de terre et de conglomérats pierreux, avaient lieu simultanément.
« Le sol autour de la station de M. Richardson est déchiré en un grand nombre de cassures et de fissures courant dans toutes les directions. Quelques-unes sont assez larges pour engouffrer un cheval et son cavalier, ce qui arriva en effet quelques jours après le tremblement. Une grande citerne, bâtie en maçonnerie, solide et recouverte d'un toit voûté en pierres, fut déchirée en morceaux et le toit entièrement brisé. Tous les murs d'enceinte, construits en pierre, sont à terre, leur place est indiquée par une ceinture de pierre étalée sur le sol. La maison solidement charpentée offre une déchirure sur le toit de telle sorte que les gouttières se déchargent dans le salon; la cuisine est déplacée de ses fondations, d'autres bâtiments de dépendances sont renversés, et parmi les maisons de chaume, quelques-unes sont aplaties sur le
sol et d'autres penchées dans un équilibre instable. Hais tous ces signes de destruction ne sont rien en comparaison de la force immense qui secoua et précipita les flancs du Pidi (versant abrupte de colline, précipice), enterrant, en une minute, trente et une personnes, plusieurs centaines debestiaux et des troupeaux entiers de chèvres, et se terminant à quatre milles du point de départ par un puissant torrent de boue. De la maison de M. Reed, avant d'arriver à ce torrent de boue, nous eûmes à traverser deux courants considérables d'eau bourbeuse, de couleur jaune-rougeàtre, ayant une forte odeur d*argile comme les poteries neuves. Ces deux cours d'eau doivent leur origine aux éboulements produits dans la première vallée. Quand nous revînmes, deux jours plus tard, ils avaient presque disparu, et étaient évidemment une conséquence du drainage des masses tombées.
« Le courant de boue se rencontre à trois milles de la maison de M. Reed. Il sort des éperons des collines à deux milles dans la plaine, commence avec une épaisseur de six pieds, laquelle, vers le milieu, atteint trente pieds, en formant une petite éminence ; il mesure environ trois quarts de mille de largeur et se rétrécit vers son extrémité. A partir de cette extrémité, une longue file de rochers témoigne de l'action violente d'un torrent qui s'échappa de la boue, après qu'elle se fut déposée et qui, depuis lors, s'est continué en un cours d'eau assez important, tout à fait bourbeux et exhalant la susdite odeur de poterie quand nous le vîmes d'abord le 20 avril, mais parfaitement clair et inodore quand nous le repassâmes trois jours après.
« Un peu plus haut, un taillis de bois de Koa (Acacia koa) montre plus évidemment encore l'énergie de la force de propulsion. Les premiers arbres saisis sont arrachés et couchés à terre, bien que la boue en cet endroit n'ait que quelques pieds d'épaisseur ou de profondeur. La masse elle-même n'est autre chose que le sol rouge et sans cohésion du flanc de la montagne avec une grande quantité de pierres ronde«s, et.
DANS l'akchipel hawaibn 33
çà et là, des troncs d'arbres, de fougères, happuu, amaumau (Sadleria pallida), lehua (Metrosideros polymorpha)^ etc. Vers rextrémité inférieure, une vigoureuse plante de taro (Co/oc(ma esculenta) se tient droite dans la boue comme si elle y avait était plantée. Sur les côtés se montrent à découvert des portions de corps de chèvres et de bestiaux saisis dans leur fuite impuissante. Une seconde pouvait les sauver ! La surface de la boue, à l'extrémité inférieure, est unie comme si elle avait été nivelée par l'action de l'eau, et elle était encore si molle que les pieds s'y enfonçaient.
a Après avoir côtoyé le courant pendant quelque temps en suivant le flanc de la colline, nous trouvâmes la boue assez solide pour nous porter, et nous nous dirigeâmes vers le sommet du pâli, ba surface devint graduellement plus rugueuse, les rochers plus nombreux, et des fragments détachés de terre et de pierre se trouvaient dispersés çà et là, au delà des bords qui s'affaissaient aussi graduellement. La montée devint bientôt rapide et là nous vîmes, sur une petite éminence en éperon, au milieu de la boue, une hutte canaque reposant sur une ile de verdure et de taro et flanquée de deux arbres. Une pauvre femme, qui par bonheur se trouvait chez elle au moment de désastre, échappa au terrible destin qui frappa tous les autres membres de sa famille. Elle fut retirée de sa position périlleuse quelques jours après quand la croûte fut assez solide pour porter le poids d'un homme.
« A mesure que nous avancions, la masse devenait plus dure et plus encombrée, les troncs d'arbres , les rochers plus fréquents. Enfin la boue cessa et fut remplacée par un chaos de rochers énormes, aux surfaces anguleuses et présentant des fractures récentes, d'énormes troncs d'arbres écrasés par les pierres, des ruisseaux d'eau fraîche aux méandres capricieux. Cet aspect continua pendant les trois cents derniers pieds de la montée, et nous nous trouvâmes alors en face d'un mur vertical de roc vif de vingt pieds de hauteur. Après l'avoir escaladé, nous eûmes la satisfaction de nous reposer sous l'ombrage
3i IBS TREMBIEMEMTS DE TERRE
bienfaisant des grandes fougères arborescentes; nous étions sur la lisière de la grande forêt de pulu (Cibotium glaucum). Assis sur le tronc d'un arbre renversé, nous pûmes embrasser des yeux tout le champ- de dévastation que nous venions de traverser. Immédiatement à nos pieds^ la structure de pierre du pali était déchirée, et ses fragments épars çà et là dans une horrible confusion. La paroi rocheuse que nous venions de gravir se continuait jusqu'à sa rencontre avec les deux collines latérales. Une coupure verticale dans les flancs de ces dernières laissait voir une quarantaine de pieds de terre rougeâtre et de conglomérats pierreux. En regardant derrière nous, nous vimes que le roc sur lequel nous nous reposions était séparé de la montagne par une crevasse profonde, parallèle au mur et visible seulement en partie, car elle s'étendait sous l'épaisseur des arbres. A notre gauche, un clair et brillant, ruisseau sautait en cascade bondissante sur les graviers, et, après avoir perdu son cours dans le labyrinthe des rochers, se rassemblait de nouveau et coulait sur le roc vif dans un canal profond creusé dans la boue. Ce ruisseau avait déjà existé antérieurement, mais, avant d'atteindre le milieu du pali, il se perdait dans le sol. On peut aisément simagincr quelle énorme quantité d'eau souterraine a dû s'accumuler dans cet endroit. Eu égard à cette donnée et aussi à la grande profondeur du sol et des conglomérats pierreux sur ce versant, indiquée par les crevasses sur les flancs de la colline, il semble assez facile de s'expliquer comment des masses aussi énormes de terre, d'abord lancées horizontalement dans l'espace, s'engouffrèrent dans la vallée en obéissant à la force effrayante qui déchira le flanc de la montagne et furent saisies par la force impulsive de l'éau souterraine mise en liberté et entraînées dans son courant puissant bien loin de l'endroit où elles avaient été d'abord transportées.
a En revenant nous nous déterminâmes à atteindre et à suivre la crête de la colline formant le côté gauche de la vallée où coulait le torrent. De là nous pûmes nous rendre
BA19S l'ARCHIPBL HAWAÏEN 35
compte des éboulements considérables survenus de Tautre côté. De cet endroit notre guide nous indiqua dans le lointain une silhouette humaine se traînant lentement sur ce champ de désolation. C'était un malheureux canaque en quête du cadarre de sa feçime. Notre guide lui-même, pauvre garçon, déplorait la perte de sa femme, de ses deux petits garçons, de son père et de sa mère. Tous dormaient leur long sommeil sur cette terre dévastée.
a En suivant la crête de la colline , couverte encore de gazon et de taillis, notre étonnement fut grandement excité par le nombre prodigieux des fissures et des crevasses qui la coupaient dans toutes les directions. 11 y avait des endroits où Ton aurait été tenté de dire qu'elles occupaient plus d'espace que la croûte solide elle-même.
n La direction du mur de roc solide et de la crevasse dans la forêt est du NNE au SSO , presque parallèle à une ligne joignant Kilauea à l'éruption de lave à Kabuku. Le ruisseau qui doit son origine au torrent de boue est vraisemblement destiné à être permanent, car il n'est que la continuation dtf ruisseau d'en haut et coule maintenant sur un lit de roche vive mise à nu.
a Toute cette destruction fut l'œuvre de la grande secousse du 2 avril. Pendant les cinq jours qui l'ont précédée, on a compté plus de mille chocs successifs. Dans l'après-midi de ce jour mémorable, M. Harbottle, de la ferme de M. Reed^ conduisait avec ses hommes du bétail à travers la colline vers Hilo, quand tout à coup la terre trembla violemment et une grande détonation se fit entendre derrière eux. Chevaux et bétail se retournèrent instinctivement. L'atmosphère devant eux était, tout entière, rouge etnoire. En quelques instants, cet effet disparut, quelques-uns disent après une minute, d'autres prétendent après cinq minutes, mais tous s'accordent à dire qu'un nuage noir s'étendit pendant quelque temps sur le théâtre de ces phénomènes. Un indigène qui demeurait à moins d'un demi-mille de là et dont les parents habitaient sur
la colline eut le courage d'y courir une demi-heure après révénement. 11 mit la main dans la boue et la trouva froide. (( Depuis ce jeudi 2 jusqu'au dimanche 5, la terre trembla et oscilla continuellement; les collines semblaient se rapprocher, puis s'écrouler. Beaucoup de personnes eurent des nausées et comme un vrai mal de nier« Des sons étranges, des rumeurs d'intensité variable mugissaient sous terre. L'oreille appliquée à la surface du sol percevait distinctement l'impression que pourrait produire une vague souterraine se brisant contre la croûte terrestre. La direction principale des ondes séismiques fut, dit-on, du NE au SO.
(( Pendant les 24 heures du 21 avril , nous ressentîmes 20 secousses à Kapapala. De la route supérieure de Kapapala à Waiohinu (la route inférieure était impraticable à cause des empiétements de la mer) nous observâmes le long des collines plusieurs éboulements moins importants ; la plupart des maisons avaient plus ou moins souffert , aucun mur de pierre n'était resté debout. Tous les habitants du bord de la mer avaient cherché un refuge sur les hauteurs près de la route supérieure. Un grand nombre de personnes, victimes des vagues océaniennes dues au tremblement, eurent recours à mes services professionnels. La grande vague s'éleva à une hauteur de 25 pieds, et, suivant des rapports dignes de foi, la côte s'est abaissée considérMement en beaucoup d'endroits. Des cocotiers, qui naguère se trouvaient hors de l'eau, sont maintenant baignés par la mer à un pied de hauteur. Tous les villages, le long de la côte de Kau et dans une grande partie de celle de Puna, ont été balayés par la vague. Je trouvai toute la population de Waiohinu campée sur une haute colline à l'Est au milieu des fougères. Deux ou trois cents personnes ont vécu de la sorte pendant quinze jours à l'abri précaire de huttes construites en nattes, en fougères et en feuilles de ki {Cordylone Escholtzi). Ils ne pouvaient se résoudre à retourner dans leurs maisons et à leurs champs. Leur récolte, qui avait déjà souffert d'une longue sécheresse,
DANS Ii'aRGHIPEI HAWAÏEN 37
était envahie par les bestiaux, toutes les cloisons protectrices ayant été renversées, Il est à craindre que, à toutes les calamités dont ce malheureux district vient d'être frappé, viennent se joindre encore les horreurs de la famine.
(( D'autres témoins nous ont donné d'amples renseignements sur les désastres du village de Waiohinu. La colline formant Ic^ côté ouest de l'amphithéâtre sur lequel le village est assis a éprouvé un éboulement considérable. Â cinq minutes de marche de Waiohinu, une cassure de huit pieds de large a disloqué la route de Kona dans toute sa longueur. Celte cassure s'étend presque nord-sud et se dirige vers le sommet du Mauna Loa. Elle est remplie de pierres qui s'en étaient dégagées pendant le mouvement. La dislocation semble avoir été due à un déroulement ou un enroulement du sol d'un côté, car la fissure ne s'étend pas loin dans aucune direction. '^
« Kahuku. — C'est ici que la lave eut une issue, le 7 avril, à travers une énorme fissure de près de trois milles de longueur et parcourut en quelques heures (3 h. 1/4, vide suprà) une distance de douze milles, depuis une altitude de 3,800 pieds (le plus haut point de la fissure) jusqu'à la mer, où elle produisit un promontoire de plus d'un demi-mille. La portion supérieure de la coulée est continue, mais dans le milieu de son cours, là où elle s'avance sur un terrain plat parsemé de petits monticules, autour de l'endroit où s'élevait la maison du capitaine Brown et aussi un peu plus bas, elle se divise en phisieurs branches comprenant entre elles des ilôts de verdure. Ces branches, ou bien se réunissent à la grande coulée de pahoehoe qui se jette dans la mer, ou bien se terminent brusquement, généralement en aa (scories). En suivant l'ancienne route de Kona , le voyageur est obligé de contourner d'abord l'extrémité d'une coulée d'aa , puis d'en traverser deux autres de même nature, et enfin le pahoehoe. Du haut d'une colline élevée, non loin de la maison du capitaine Brown, on peut dominer toute la scène. Sur les lies
circonscrites par les différentes coulées, un grand nombre de bestiaux et de chevaux trouvèrent asile et furent sauvés quand le courant s'arrêta. Sur la colline s'élève une maison qui renfermait trois pauvres indigènes malades. Quand ils s'aperçurent de l'approche de la lave, ils essayèrent de fuir, mais trahis par leurs forces, ils revinrent chez eux attendant la mort. La lave cependant ne fit que les entourer, et, comme ils avaient quelques provisions et de l'eau, ils se conservèrent en vie jusqu'à ce que, la lave s'étant refroidie, on put leur porter secours.
« L'éruption a dû cesser le samedi 11 ou le dimanche 12 avril dans la nuit. Les renseignements ne sont pas d'accord sur ce point ni sur la date précise du commencement de l'éruption. La grande fissure s'étant, selon toute probabilité, formée le 2 avril, la sortie de la lave a dû se produire presque sans bruit. Le capitaine Brown ne s'en aperçut qu'à la vue du feu qui s'avançait vers sa maison à la nuit tombante, et il n'eut que juste le temps de se sauver avec sa famille, car la lave qui les poursuivait remplit la dernière gorge dix minutes après qu'ils l'eurent traversée. J'apprends deM. Whitney, qui s'était approché de la coulée du côté de Kona, qu'un berger lui assura avoir été dans l'impossibilité de retourner à Waiohinu, à cause de la lave, dès le 7 avril au matin.
« Le point le plus intéressant pour nous étant de découvrir la principale source de la coulée, nous nous dirigeâmes d'abord vers l'endroit où, suivant l'opinion la plus accréditée, la lave s'était frayé une ouverture. Bien avant d'arriver à la lave nous trouvâmes éparses des pierres ponces brillantes et d'un noir léger tirant sur le brun. Près de la coulée la couche devenait si épaisse que les pieds des chevaux s'y enfonçaient profondément à chaque pas. Nous atteignîmes bientôt la crête d'une colline d'où nous pouvions, au dire de notre guide, voir l'endroit où la source de la lave avait été aperçue. Cette partie supérieure de la coulée remplit une large vallée ou dépression s'étendant entre deux collines basses» parallèles, d'une
DANS L'aRCHIPBL HAWAÏEN 39
hauteur qui ne dépasse pas 300 pieds et toutes deux se dirigeant du nord au sud. De la colline de l'ouest, M. Whitney avait assisté à l'éruption. De celle de Test, nous cherchâmes en vain à découvrir un cratère ou un cône II ne nous fut possible d'apercevoir quelque indice de la source de l'éruption qu'après avoir traversé les trois quarts de la coulée qui, en cet endroit, a bien un mille de largeur. Alors notre attention fut éveillée par une accumulation de scories. En nous en approchant, un courant d'air chaud nous frappa au visage, et un peu plus loin, nous nous trouvâmes sur le bord d'une ouverture profondément creusée dans la lave, et large d'environ vingt pieds, mais se rétrécissant en se continuant vers le nord. Nous contournâmes l'extrémité sud de ce trou et nous le suivîmes à l'ouest ou sous le vent. Peu après nous arrivâmes â une autre expansion de la fissure dégageant, comme la première, de l'air chaud chargé de gaz acides qui nous forcèrent à reculer. Cependant, continuant notre marche sur le bord ouest de la fissure aussi près que les gaz chauds nous le permettaient, nous aperçûmes enfin un joli cône en miniature, construit très -régulièrement de scories détachées, haut de douze pieds et placé juste sur la fissure. 11 renferme une cheminée d'environ douze pieds de diamètre, à parois verticales, dont je n'ai pas pu mesurer la profondeur. Des gaz chauds s'en échappaient avec abondance. Â cause de ces exhalaisons, nous fûmes obligés de traverser le gouffre sur le pont formé par le côté du cône, pour nous rendre sur le bord oriental que nous suivîmes sans le quitter.
(c Cette rupture ou fissure s'étend du S 6^ 0 au N e"" E et se trouve sur le versant de la colline qui forme la limite ouest de la coulée. La croûte de lave est donc très-mince en beaucoup d'endroits, de telle sorte que l'on peut voir comment elle s'est enfoncée dans le sol primitif de la colline. Nulle part on ne peut s'assurer de sa profondeur. Plus des quatre cinquièmes delà lave se sont écoulés vers le côté est en suivant la pente du versant de la colline pour remplir le fond de la vallée, où
40 LES TREMBLBMBNTS D£ TXRRE
elle prend un cours descendant. C'est de la longueur tout entière de cette fissure que la lave a débordé simultanément. Les ondes de lave Jusqu'à quelque distance de cette ouverture, sont parallèles à sa direction, tandis que, vers le milieu du courant, elles font un angle droit avec elle. Les bords sont un peu plus élevés que les autres parties de la coulée* et les scorieë la couvrent en beaucoup d'endroits, formant même des couches très-épaisses, là où se trouvent des évents. Des plaques isolées de lave très-friable, ressemblant à de la bouse de vache et probablement rejetées à la fin de l'éruption avec des jets de vapeurs et de gaz, se rencontrent tout le long de son cours. En approchant de l'extrémité supérieure de la vallée où je m'attendais à trouver la fin de la fissure, je fus saisi d'étonnement en apercevant tout à coup une véritable cataracte de lave descendant du flanc escarpé de la colline de l'est, d'une hauteur d'au moins 300 pieds. L'ayant escaladée à grande peine je me trouvai de nouveau au bord de la grande crevasse qui, en passant à travers la vallée, s'était détournée de sa direction première et avait une direction NE en ligne droite vers le sommet du Mauna Loa.
<c De là, l'inclinaison devenant plus abrupte, la lave commença à se montrer rugueuse et brisée. Comme en cet endroit elle avait traversé et détruit une épaisse forêt, un certain nombre de formes bizarres se présentèrent à mes yeux. Partout où la lave avait rencontré un arbre de quelque taille, elle l'avait entouré d'un moule parfait qui retenait encore les débris fumants du tronc ou bien avait formé des cylindres creux portant sur leur surface intérieure les empreintes de l'écorce de l'arbre. Les empreintes des membrures des feuilles de fougères arborescentes sont presque parfaites. Quelquesuns des moules contenaient encore des troncs entiers avec leurs branches non consumées. Dans leurs bifurcations, de lourdes masses de lave s'étaient accumulées et retombaient en s'effilant comme autant de stalactites. Partout où se dressait un tronçon de fougère, il était recouvert d'un bonnet de lave.
DANS It'AEGHIYKL HAWAîBN 41
Tout indiquait que la masse liquide avait été lancée en haut par la violente expansion des gaz. et des vapeurs. Gomme je Tai déjà dit, cette partie de la coulée était bordée par une épaisse forêt. Il devint bientôt apparent que les côtés de la forêt se rapprochaient, et, du haut d'une éminenoe située le long de la fissure, je pus m'assurer que la coulée se rétrécissait à quelque distance plus loin au sommet d'un triangle isoscèle. Cette partie de la crevasse, qui se continuait en ligne droite vers le sommet, était plus large que plus bas et dégageait en grande abondance des gaz sulfureux et autres gaz acides. Ses bords, qui étaient d'abord couleur de brique rouge, étaient maintenant couverts d'efflorescences salines et de soufre, et, en quelques endroits, avaient l'apparence de solfatares. La cjialeur de la lave devenait plus intense et quelquefois insupportable. Des cendres et des scories couvraient chaque ci;eux. de la surface et la lisière des bois à quelque distance.
<c Arrivé au sommet du triangle, je trouvai que la crevasse, au-dessus de laquelle les arbres se rejoignaient presque, s'étendait à quelques centaines de mètres plus haut dans les bois comme l'indiquait une ligne continue de fumée blanche et jaune. La nûture suffocante de ces vapeurs m'empêcha de marcher le long du bord de la fissure, tandis que le fourré impénétrable et que le sol couvert d'une épaisse couche de cendres formaient un autre obstacle a une exploration plus prolongée. Par le fait, pendant que je me dépéchais de sortir d'une nuée accablante de fumée, je me pris la jambe (dans une fissure latérale paehée sous les cendres et j'y éprouvai une si vive impression de chaleur que je me hâtai de fuir ce dangereux voisinage. À ce moment j'entendis un son pro*fond, creux, vibrant et prolongé, tandis que l'air et la terre restaient parfaitement immobiles. Plus tard j'appris qu'il avait été causé par l'effondrement de grandes, masses de pierres ponces du haut de la montagne vers le bas de la coulée; mais, quand il parvint à mes oreilles, craignant une autre
42 l'Es TREMBI.EMBICTS DB TERRE
catastrophe, je revins sur mes pas aussi vite que possible et me sentis heureux de retrouver mes amis qui étaient restés à la partie inférieure de la coulée.
<c De la hauteur qui dominait la cataracte , je vis deux autres lignes de fiimée se prolongeant à travers les bois, commençant à la vallée de lave située plus bas et indiquant deux autres fissures. Ainsi il parait que, au haut de la vallée, la fissure principale s'est divisée en trois branches : la pre* mière et la plus grande se dirigeant au nord-est, celle du milieu au nord et la troisième au nord-nord-ouest. Les deux dernières ne semblent pas avoir émis beaucoup de lave, car il ne paraissait pas qu'il y eût de grandes solutions de continuité dans les bois le long de leurs cours.
<( Je me réserve de vous communiquer la semaine prochaine quelques remarques et d'importantes déductions suggérées par les observations que je; viens de faire et que le manque de temps seul m'empêche de vous faire connaître. — Honolulu, 4 mai 1868. Signé : W. Hillebrand. )> (Gomm. de M. Martin.)
§ 8« ■««!«• et leree ûem ••«»■••«■ obaerréefl par le Béw. C. G. WlUamMMi, * Chitetehnrek, ëUstrict ële Kmm.
Avant de transcrire ce journal extrêmement intéressant, je ferai remarquer que le New- York Herald^ du 25 mai, en a publié la première moitié (jusqu'au mercredi , 8 avril) et donne ces observations comme ayant été faites à Kealakeakua. Je ne trouve sur les cartes qu'une baie de ce nom, sur la côte ouest, dans le disti^ict de Kona. Il y a sans doute un village do même nom et Christchurch doit se trouver près de cette baie. J'ajouterai à ce journal quelques indications empruntées aux § précédents et je les mettrai entre des crochets [ ] . Je commence ainsi pour le vendredi» 27 mars, dont ne parle pas M. Williamsoti.
[Le 27, 9 h. du matin, à Kau et dans tout le district, commencent des secousses qui deviennent très-fréquentes, sur
BAKS I^BGHIPU HAWAIBN 43
tout la nuit, § H. et III. Le même jour, première secousse au Rilauea. S Vil.]
(f Samedi, 28 mars, 10 h. 15 m. du matin, à Christchureb, première secousse, notée par M. Williamson ; elle fut modérée ainsi que la suivante à 1 h. 15 m. du soir. A 1 h. 22 m., une secousse très -forte et une autre plus violente à 1 h. 2S m. ; celle-ci dura quelque temps et agita tous les objets mobiles.
« A 1 h. 51 m., secousse modérée; puis à 2 b. 15, 2 b. 17, 2 b. 32 et 2 b. 50 m., une secousse légère. Depuis 2 b. 50 m. jusqu^à 4 b. la terre trembla d'une manière incessante. De temps à autre, une secousse plus marquée. i « A 2 b. 57, 3 b. 4, 3 b. 16, 3 b. 18, 3b. 20, 3 b. 26, et 3 b. 27 m., une secousse légère.
a A 3 b. 30 m., une forte secousse.
(c A 3 b. 36 et 3 b. 50 m., une secousse légère.
(( A 4 b. précises, une forte secousse. A 4 b. 2 et à 4 b. 10 m., une secousse légère.
« A 4 b. 15 m., une secousse très-forte et à 4 b. âO m., une légère secousse.
« A 4 b. 35, 4 b. 37, 4 b. 39, 4 b. 50, 5 b. et 5 b. 5 m., une secousse modérée.
« A 5 b. 8 m., une forte secousse; à 5 b. 40 m., une secousse modérée et à 6 b., une autre forte secousse.
« A 6 b. 37, 6 b. 40, 6 b. 48, 7 b. 5 et 7 b. 20, une secousse modérée.
« A 7b. 48 m., une légère secousse, et à 8 b. 7 m., une très*légère.
a A 8 b. 45 m., une légère secousse, mais différente de toutes les précédentes qui présentaient le caractère de vibrations borizontales. Celle-ci avait un mouvement vertical comme si Ton cbercbait à soulever la maison. On ressentait comme des crampes dans le bas de la jambe.
« A 9 b. 4 m., une secousse assez forte; 9 b. 14 m., une très-légère; 9 b. 27, une légère.
44 LBS TaSMBUlfSlITS BE TBBAE
« A 9 h. 35, une secousse assez forte; à 9 h. 39, 9 h. 50 et 10 h. 2 m., une secousse légère.
H A 10 h. 17 m., une secousse forte, pois à 10 h. 22 et 10 h. 27 m., une légère secousse. »
[Le même jour 28, 10 h. 15 du matin, à Kona, une forte secousse. De 2 h. 50 m. à 4 h., elles deviennent incessantes. A Kau, elles deviennent plus fortes après le lever du soleil ; vers 1 h. ou 2 h., fort tremblement qui dura une minute ; les secousses continuent la nuit suivante et le lendemain ; on y en compte trois cents en 48 heures. — On en ressent à Hilo, à Kealakeakua (sur les côtés opposés) e|t probablement sur rile entière. — Le 28 encore, au Kilauea, secousses très-fréquentes, lacs actifs. — Le même jour, ruines à Rabuku. — De ce jour au l^** avril, à Kapapala, plus de mille secousses. §1,111, IV, VII.]
Je reprends le journal de M. WiUiamsoii,
« Dormi jusqu'à 1 h. 10 du matin. Éveillé par une secousse très-forte qui donna un tremblement continuel terminé par un choc modéré à 1 h. 11 m. Dormi de nouveau et réveillé à 3 h. 24 m. du matin.
« Dimanche 29, 3 h. 24 du maliQ, une forte secousBe; une légère à 3 h. 31 m.
(( A4 h. et 5 h. deux fortes secousses ; à 5 h. 2 m., une légère.
« A 5 h. 36, une forte secousse de 3D secondes de durée.
« A 5 h. 45, 6 h. 8 et 6 h. 31, une secousse légère.
« A 6 h. 45, 6 h. 57 et 7 h. 3 m., une secousse modérée; la dernière longue.
u A 7 h. 30 m., une secousse légère.
« A 7 h. 32, 7 h. 33, 7 h. 35 et 7 h. 40 m., une secousse modérée.
c( A 7 h. 53, 8 h. 3 et 8 h. 6 m., une légère secousse; à 8 h. 10, une très-légère :
a A 8 h. 30 et 8 h. 39, une secousse légère.
<( A 8 h. 48, 9 h. 2 et 9 h. 15, une secousse modérée.
, BAHS l'ABCBIPBL HAWAIEIi 45
I a A9 h. 22, 9 h. 58, 10 h^ 13 1/2, 11 h. 23, 11 h. 37 et 11 h. 44, une légère secousse.
« A midi 12 et midi 22 m., une secousse modérée; à midi ( 25, une secousse légère.
(c A 1 h. 9 m. du soir, une forte secoiusse; 1 h. 21 m. une légère et 1 b. 30 une secousse modérée.
«Al h. 40, 1 h. 46, 3 h., 3 h. 9 et 3 b. 11 m., une se- \ oousse légère.
« A 4 b. 32 m. 1/2, une très-légère ; à 4 h. 52 et 7 h. 8 m., une légère secousse.
« A 7 h. 51 m., une secousse modérée.
(( A 8 h. 45 et 9 h. 0 m., une secousse très-légère. »
[Le 29, à Kealakeakua, secousses très-fréquentes ; à Kau, elles sont plus faibles que la veille et continuent la nuit suivante. AuKilauea, les secousses et les lacs sont comme la veille. Du 29 mara au 10 avril, on a compté plus de 2,000 secousses à Waiohinu ; leur nombre s'est élevé à 300 et même 400, certains jours. § II, III, IV et VI.]
« Lundi 30, 1 h. du matin, à Cbristcburcb, une secousse
très-forte.
(( A 1 b. 1/2, une légère secousse ; à 6 b. 11 m. et 7 b. 18, une secousse modérée.
« A 2 b. 20 m. du soir, une secousse très-légère.
« A 7 b. 12, 8 b. 18 1/2 et à 8 h. 45, une secousse modérée.
a A 8 b. 56 et 9 b. 1 m., une secousse très-légère.
u A9 b. 28, une légère et à 11 b. 35 une forte secousse.
[Le 30, à Kealakeakua, comme les deux jours précédents ; à Kau, elles sont plus faibles, mais continuent encore la nuit. Elles sont fréquentes à Hilo, en sorte que l'est, le sud et Touest de llle sont fréquemment ébranlés pendant toute cette journée. § II, III et IV.]
u Mardi 31, 1 b. 58 m. du matin, à Cbristcburcb, une secousse très--forte.
u A 3 b. 30, une seeousse modérée; à 3 b. 43, 3 b. 50, 4 b. 20 et 5 b. 7, une secousse légère.
46 LES TRBMBUMfiNTS DB TBRRfi
(( A 5 h. 22 m. 1/2, une forte secousse et à 9 h. 20 ^ une légère.
(( A 4 h. 43 m. du soir, une secousse modérée. »
[Le 31, 10 h. du matin et 5 h. du soir, à Kau, deux secousses très-fortes ; beaucoup d'autres faibles dans le jour ; la nuit suivante, elles sont très-fréquentes et plus fortes de 10 h. du soir à 2 h. du matin. Le 31 encore, secousses trèsfréquentes à Hilo ainsi qu'à Kealakeakua, où, depuis le 28, on ne s'est pas déshabillé pour dormir. $ II, III et IV.]
u Mercredi l*^*" avril, 1 h. 45 m. du matin, à Ghristchurch, une forte secousse.
(( A 5 h. 40, une forte encore, et à 6 h. une faible.
(( A 8 h. 15 m. du soir et à 8 h. 30, une secousse modérée.
(( A 9 h. 21, une assez forte secousse et à 10 h. 25, une forte.
« A 10 h. 53, une secousse modérée, accompagnée d'un bruit d'explosion.
({ A 11 h., une forte secousse, et à 11 h. 8, une assez forte, accompagnées, toutes les deux, d'un bruit d'explosion. A 11 h. 10, une secousse modérée.
« A 11 h. 12 et à 11 h. 14, une forte secousse; à 1 1 h. 16, une légère.
« A 11 h. 18, 11 h. 19, 11 h. 26, 11 h. 29 et 11 h. 30, une secousse modérée.
(( A 11 h. 31, une forte secousse. De ce moment à 11 h. 50, explosions continuelles, suivies de chocs modérés.
(( A 11 h. 50, une forte secousse, et de 11 h. 51 m. à minuit, comme de 11 h. 31 m. à 11 h. 50. »
[Le même jour, au lever du soleil et 5 h. du soir, àRau, tremblements violents, la nuit suivante, mouvements trèsviolents, avec bruit sourd, provenant du sud. Le l^*" encore, secousses à Hilo. § IV et V.]
« Jeudi 2 avril, minuit 6 m. ou 0 h. 6 m. du matin et 0 h. 18, à Ghristchurch, une secousse légère ; à 0 h. 20, une secousse modérée et à 0 h. 35, une forte.
DANS l'aRCHIPKI HAWAÏEN 47
« A 0 h. 37 et 0 h. 40, une légère; à 0 h. 43 et 0 h. 53, une secousse modérée.
« A 9 h. 40 du matin, et 2 h. 45 m. du soir, une secousse légère. [M.Williamson signale une pluie abondante à 1 h. du matin et pas d'autres secousses jusqu'à 9 h. 40.]
« A 4 h. du soir, choc terrible. {JUi grande secousse signalée et décrite dans les § précédents).
«A 4 h. 15 et à 4 h. 25, une secousse modérée.
(c A 5 h. 9, 5 h. 45 et 5 h. 48, une secousse légère.
« A 5 h. 50, 5 h. 57 et 6 h 27, une secousse modérée.
c< A 6 h. 32, une légère; 6 h. 40, une médiocre, et à 8 h. 7, une assez forte.
« A 9 h. 45, une médiocre ; à 10 h. 5, une légère , et à 11 h. 3, une assez forte encore. »
[Dans la nuit du 2 au 3, la terre trembla constamment à Hilo et constamment encore du 2 au 5 à Kapapala. §§ I et VU.]
n Vendredi 3, minuit 24 m., à Christchurch, une secousse assez forte ; à 1 h. 5 m. du matin, une légère et à 1 h. 25, une secousse modérée.
(( A 1 h. 45, une secousse très-forte ; à2 h. 33 et 5 h. 45, une forte secousse.
« A 6 h. 5, une légère secousse et à 7 h. 44, une secousse modérée.
(( A 8 h. 32 et 11 h. 2 m. 1/2 du matin, puis 4h. 20, 5 h. 43, 6 h. 2, 6 h. 15 et 7 h. 6 m. du soir, une secousse légère.
a A 7 h. 35 et 7 h. 47, explosions sans chocs.
a A 7 h. 53, une légère secousse verticale.
(( A 8 h. 25 et 8 h. 33, une secousse modérée.
« A9 h. 25 et 11 h. 53, une forte secousse. »
[Le 3, le vieux Kiiauea est de nouveau en feu, secousses très-violentes de ce côté. § IV. Le même jour, petite éruption de terre au bord de la forêt, au-dessus de Rau. § V. La uit suivante, minuit et demi, à Honolulu (Ile d'Oahu) une secousse assez forte. La vibration fut très-sensible , les fenêtres et les portes vibrèrent ; beaucoup de personnes
farent réveillées. Une secousse latérale eut encore lieu vers 1 h. du matin et deux autres avant 3 h. Les mêmes secousses furent remarquées à Kaneohe, mais sans dégâts. Il est probable qu'elles se sont étendues dans Ttle entière {Amer, jotum. l. c, p. 122), ou même dans tout l'archipel. La même nuit, à Kawaihae, plusieurs secousses. § I.]
« Samedi 4, minuit 7 et 12 m., à Ghristchurcb, nne trèsforte secousse et à minuit 29, une très-violente; puis une autre forte à minuit trois quarts.
« A 4 b. 40 et 5 b. 55 m. du matin, une légère secousse.
« A 6 b. 33, une secousse modérée ; à 7 b. 14, une légère, et à 10 b. 15, une autre modérée.
« A 2 b. 1, 2 b. 9, 5 b. 55 et 8 b. 51 m. du soir, une secousse modérée. La nuit suivante, trois aptres secousses dont l'beure n'a pas été notée. » [Du 4 au 10, à Hilo, secousses peu fréquentes et très-légères, § V.]
« Dimancbe 5, 3 b. 35 et 3 b. 55 m. du soir, à Christcburch, une légère secousse.
« A 6 b. 44 et 7 h. 25, une secousse modérée; à 7 h. 30, une légère età 8 b. 11, une très-légère. »
[Le 5, à peine trace de feu dans le cratère du Rilauea; pas de secousses pendant quelques beures. §IV. Avaient-elles cessé dans la matinée de ce jour, puis dans celle du lendemain?
« Lundi 6, 9 b. 45 m. du matin, à Cbristcburch, une secousse légère.
(( A 1 b. 59 m. du soir, une autre légère ; à 2 h. 34, une modérée et à 2 b. 53, une forte.
« A 4 b. 9, 4 b. 10, 4 b. 15, 4 b. 17, 4 b. 18, 4 h. 21 et 4 b. 24, une légère secousse.
u A 4 b. 33 et 6 b., une secousse très-légère et à 6 b. 10, une secousse modérée.
« A7 b* 29, explosion sans cboc et à 7 b. 54, une secousse très-légère.
« A 8 b. 50 et à 8 b. 54, une explosion avec cboc ; puis à 9 h. 47 et à 9 h. 58, une secousse légère. »
DANS l'ARCHIPBL HAWAÏEN i9
[Dans la nuit do 6 au 7, averse de sable et de pierres ponces snrtout le district de Waiohinu. $ VI.]
(( Mardi?, 1 h. et 1 h. 15 m. du matin, à Ghristchurcb, une secousse légère.
« A 2 h. 10, une forte secousse ; à 3 h. 55, 4 h. et 4 h. 8, une secousse modérée.
« A 4 fa. 20, une légère ; à 4 h. 40, une modérée, et à 5 h. une forte.
« A 5 h. 45, 6 h., et 11 h. 16, une légère secousse; à 11 h. 33 m. 1/2, une secousse modérée.
c( A midi, midi 6 et midi 9 m., une secousse assez forte.
a A midi 13, 20 et 55 m., puis 1 h. 2 et 1 h. 50 m. du soir, une légère secousse.
(t Al h. 57, une assez forte; à 2 h., une légère, et à 2 h. 18, une forte.
<( A 2 b. 54, 3 h. 8 et 3 b. 11, trois légères secousses, la première avec explosion.
a A 3 h. 12, 3 h. 17 et 3 h. 20 , une secousse modérée ; à 3 b. 32, une légère.
c( A 3 h. 41 et 4 b., une secousse modérée, à 4b. 7 et 4 b. 8, une légère ; à 4 b. 20, une assez forte, et à 4 b. 32, une légère.
« A 6 b. 30 m. (beure de l'éruption), pas de secousse, ni de bruit.
a A 7 b. 26, une secousse forte ; à 8 b. 21, une modérée ; à 10 b. 33, une légère et à 11 b. 5, une forte. »
[Le 7, dans la matinée, première éruption près de Kabuku, puis à 6 b. 1/4 du soir (5 b. suivant M. Wbitney) , grande éruption qui cessa complètement dans la nuit du 11 au 12. §§ I9 IV, VI et VII. Le 7, à Hilo et à Kau, les secousses, quotidiennes depuis le commencement, se renouvelaient encore jour et nuit, mais moins fréquentes et moins fortes. A Kapapala, elles sont fortes et fréquentes. § III et V.]
« Mercredi 8$ 5 b. 30 m. du matin, à Gbristchurcb, une secousse assez forte.
« A 8 h. 25, une légère, accompagnée de bruit.
« A midi 12 et à 5 h. 41 m. du soir, secousse longue, mouvement distinct; à 9 h. 3 m., nouveau mouvement distinct de la terre.
« Jeudi 9, quelques légères ondulations, mais pas de choc distinct.
<c Vendredi 10, à 6 h. 2 m. du matin, une forte secousse et, à 6 h. 40 m. du matin, une légère. » Â cette date, les secousses continuaient à Hilo, mais peu fréquentes et très légères. § V.
it Samedi 11, 5 h. 40 m. du matin, à Christchurch , choc assez vif.
<( Dimanche 12, 6 h. 57 m. du matin, deux secousses consécutives. A 9 h. 55 m. du soir, choc modéré.
« Lundi 13, 9 h. 53 m. du soir, grondement souterrain distinct.
« Mardi 14, 6 h. 44 m. du matin et 5 h. 14 m. du soir, une secousse modérée. »
Ce jour-là, M. Williamson écrit de Kona la lettre suivante :
« ....... Je vous envoie mes observations de la semaine
dernière. Je puis dire d'abord que la période des tremblements de terre parait être finie, à notre connaissance. Il est vrai que nous avons continuellement des indications qui nous rappellent qu'il y a encore des secousses dans le sol, mais c'est bien peu de chose en comparaison de ce que nous avons éprouvé. Notre plus grande inquiétude est venue de l'immense volume de fumée qui est restée suspendue sur nous pendant plusieurs jours et qui non-seulement nous cachait le lieu de l'activité volcanique, mais encore menaçait de détruire toute végétation et de mettre en péril notre vie même.
« C'est le mercredi 8 de ce mois que cette fumée se montra pour la première fois et augmenta de densité au point de cacher entièrement le soleil. L'aspect des choses était si alarmant que, le 9, je trouvai prudent de faire mes préparatifs en vue d'un départ précipité, dans le cas où l'on verrait subitement la lave couler vers nous. Le dimanche 12, il y eut une
DAIVS L'AaCHIPBL HAWA1K^ 51
amélioration marquée, ce qui, avecla nouvelle qu'un nouveau cratère s'était formé près de Waohinu et était en pleine activité, rassura les habitants qui étaient restés à Kona ; beaucoup de gens s'étaient, sagement à mon avis, éloignés du voisinage immédiat du danger. Les rapports, reçus jour par jour, sont assez contradictoires pour faire douter de la vérité d'aucun d'eux. Tantôt nous entendons dire que cinq cratères se sont ouverts, tantôt on parle de quatre ; ils sont tantôt dans une direction et tantôt dans une autre. M. Whitney a examiné le nouveau cratère à Kahuku qui est tout près de la maison du capitaine Brown, dont les habitants se sont échappés presque miraculeusement, et son rapport est suffisamment alarmant. Une chose est très-remarquable, c*est que, de ma maison, qui n'en est guère éloignée que de trente milles, on n'a pas vu d'indication de l'éruption. Au commencement, il n'y avait rien d'étonnant à cela à cause de l'épaisseur de la fumée ; celle-ci s'est dissipée maintenant et pourtant on ne voit pas de feu.
« On dit que le vieux cratère de Makuaweoweo est de non* veau en activité. J'ai cherché à en découvrir quelques signes, mais je n'ai rien pu apercevoir. J'ai l'intention de faire une excursion du côté de l'éruption. Ma liste des secousses de la dernière semaine est courte et vous pouvez croire que je n'en suis pas fâché. >k.
Je reprends la suite du journal qui s'arrête au 21 . a Mercredi 15 avril, 8 h. 5 m. du soir, une secousse assez forte. »
[Au 15, ces secousses continuaient encoreàHilo. § I.] a Samedi 18, 10 h. 50 m. du soir, une secousse modérée, n [Le 16 et le 17 ne sont pas mentionnés par M. Williamson. Le 18, absence totale de lave liquide dans leKilauea; la nuit suivante, le cratère n'offre pas la moindre trace de feu ni de lumière. § VIL] (t Dimanche 19, minuit (sic)^ une secousse modérée. » [Dans la nuit du 19 au 20, entre minuit et 1 heure, au
52 LBS TREMBtBMENTS DE TERRE
Kilauea, détonations et émanations volcaniques avec lumière. § VIL]
« Lundi 2O9 8 h, 45 m. du soir, une secousse légère. »
[Ce jour-là de grandes colonnes de vapeur blanche s'échappaient encore de la grande fissure près de Puna et exhalaient une odeur franchement alcaline. Pas d'apparence de feu. S VIL]
u Mardi 21, 6 h. 30 m. du matin, une légère secousse et à 7 h. 58 m. du matin, une assez forte. Vous voyez donc que nous avons eu deux secousses aujourd'huL »
A renvoi de cette dernière partie de son journal, Tauteur ajoute la lettre suivante, datée du 21 avril : « L'épaisse fumée nous a donné un peu de répit, mais hier une nouvelle fumée s'est montrée, elle est très«désagréable. J'ai fait une excursion au lieu de la dernière éruption, mais tout était tranquille ; la lave ne coulait plus et tout était calme. C'était le vendredi 17 et le samedi 18. La surface de la lave s'était assez refroidie pour me permettre de m'aventurer sur la nouvelle coulée avec mon cheval. Là, où cette coulée a traversé la route, je ne crois pas qu'elle ait plus de 200 pieds de largeur; elle peut en avoir 500 à l'endroit le plus large. Rien n'indiquait un écoulement, quoiqu'il fut facile de voir, à travers quelques crevasses, la lave brûlante à 1 pied au-dessous de la surface. La nouvelle coulée s'est jetée dans la mer et a formé une petite colline à quelque distance de la terre. Elle se compose de deux branches, Tune de pahoehoe (lave unie) et l'autre d'aa (lave rugueuse), qui couraient parallèlement. Quand je l'ai visitée, de la fumée s'élevait de quelques orifices sur diverses parties de la coulée qui se refroidissait. J'en ai compté sept. D'après quelques témoins l'activité n'a duré que peu de temps. Il n'y a pas de raison pour supposer que l'intérieur a déversé la totalité de l'élément destructeur.
« Nous avons, chaque jour ^ une secousse de plus ou moins grande intensité. Pendant mon absence, je n'ai pas pu noter
DANS l'archipel HAWAÏEN 53
l'heure des ehocs, mais j'en ai marqué quelques*-uns. » (Communication de M. W. Martin.)
Le 21 encore, à Kapapala, \ingt secousses dans les vingtquatre heures. Vide suprà, % VU. Ainsi, à cette date, les secousses étaient loin d'avoir cessé dans Pile Hawaî. Malheureusement, on n'en a pas tenu, on du moins ou n'en a pas publié le journal. Cependant la Gazette hawaïenne a continué à donner des renseignements qui ne sont pas sans intérêt et dont, avec une obligeance aussi gracieuse que soutenue, M. W. Martin a lui-même continué à me transmettre la traduction.
Au 21 avril, jour où le paquebot le Kilama a quitté Kealualu, il restait encore une épaisse fumée sur File d'Hawaï et les tremblements de terre n'avaient pas entièrement cessé. a Les habitants ne sont nullement sûrs que l'activité volcanique soit complètement apaisée et craignent de nouvelles éruptions. On croit que l'action manifestée jusqu'ici par le Mauna Loa ne suffit pas pour expliquer cette fumée qui a été rencontrée à près de 500 milles dans l'ouest et à 1000 dans Test par le D. C. Murray, juste dans la direction du NE. Quelques personnes pensent quenous entendrons parler d'action sous-marine loin dans l'est et peut-être de quelque nou • velleile.
(t L'éruption de boue à Keiwa est tout aussi curieuse que celle de lave à Kahuku. Nous savons que la boue fut projetée avec une grande violence, et parcourut la distance de trois milles dans un temps incroyablement court, on pourrait dire instantanément... Nous apprenons maintenant qu'elle a dû être lancée de la montagne comme un boulet de canon et qu'elle passa par-dessus un espace considérable sans le toucher et le couvrir (?)...
H Le fond du cratère de Kilauea s*est enfoncé d'environ 500 pieds et on n'y voit pas de feu. » {Gaz. Haw. du 29 avril.)
Le 22 avril au soir, fausse alerte. On supposait générale-
54 L£S TRBMBLBMBHTS DE TKRBE
ment, à Rona, qu'un nouveau eratère s'était ouvert k quelque» milles au delà de Kailua. Des gens qui allèrent à cheval du côté du feu reconnurent que des enfants avaient allumé Therbe. Ce petit incendie brûla toute la nuit avec assez de clarté pour faire croire aux témoins qu'il y avait là quelque action volcanique> {Gaz.Haw. du 20 mai.)
Le 29, dans le distrit de Kohala (au nord de Hawaî), un choc brusque, et à Honolulu (Oahu), une légère vibration. A cette date les secousses avaient diminué de force et de fréquence, mais toute Tile d*Hawaï était encore agitée par de légères vibrations du sol.
On parlait aussi d'une nouvelle éruption de laveà kapapala, mais ce fait demandait confirmation. (M. Martin, d'après des nouvelles de Honolulu, en date du 6 mai). — Le fait ne s'est pas confirmé.
Ajoutons, en terminant les manifestations sétsauques de ce mois, que la graode vague du 2 avril a été transmise jusqu'à la côte américaine en cinq heures et constatée par les maregraphes enregistreurs de la Californie à San-Diego, à San- Francisco et Astoria, c'est-à-dire à une <ystance de deux à cinq mille milles anglais. Ce phénomène a été obswvé sur une longueur de côtes de plus de 13 degrés géographiques. (Gaz. Haw. du 29 juillet).
Le 3 mai, à Kapapala (dtstricl de Kau), 18 secousses. (V. plus bas la lettre du shérif Coney de Hilo.)
Le 9, à Hilo, une vive secousse. Les gens se sauvaient des maisons et les meubles se choquaient. Les secousses sont fréquentes sur toute l'iie de Hawaï, mais elles sont ordinairement très-légères. On n'a pas revu de feu. Les habitants ne sont pas encore tout à fait remis de leurs impressions du mois d'avril. Une lettre de Kona dit :
« Nous reprenons graduellement notre condition normale. Il n'y a pas eu de nouvelle lave sur la scène du désastre ; la fissure derrière la maison du capitaine Brown parait s'être complètement vidée. A l'exception de quelques frémissements
DANS l'abghwbl hawaim 55
de la surface du aol de temps à autre, rien ne vient nous rappeler les violentes secousses que nous avons éprouvées diaiiièreinent. » (Gaz. Hmo. du 20 mai. )
Le IB mai, le shérif Coney écrit de Hilo :
« Le volcan est endormi, mais assez peu tranquille pour montrer qu'une nouvelle éruption pourrait bien avoir lieu avant que la montagne ait repris son calme. M. Richardson est un observateur soigneux et nous pouvons nousen rapporter
à ce qu'il dit.
« M. Richardson de Kapapala, dans le district de Kau, est
arrivé ici samedi soir. Il rapporte que ce district tremble toujours et dit que Ton peut, à n'importe quel moment, ressentir un ohoc en s'asseyant par terre. Le sol est continuellement en mouvement, mais en marchant on ne s'en aperçoit pas.
a Le dimanche, 3 mai, il compta 18 secousses très-perceptibles ; elles paraissaient venir de la même direction que la secousse si désastreuse du 2 avril. A rAamoku, entre sa malson et le cratère de Kilaoea, la lave s'est ouvert un passage et a coulé à une distance d'environ un demi-mille, et elle conle maintenant, ou plutôt elle sourd lentement d'une Assure (il n'y a pas de cratère). Kîlauea n'est pas actif, mais, la nuit, on peut voir du feu au haut du cratère. Les habitants d'Olaa lui ont dit que la lave coulait au-dessus des bois, derrière Hilo, mais ils pensent que c'est un conte et n'y croient pas. Quelques gens d'Hiloont cru voir du feu là, mais il a fait tant de brouillard et de pluie que nous n'en pouvons rien dire. M. Richardson pense que le siège du mal est du côté de la montagne au-dessus de Hilo et que nous aurons une autre grande secousse avant que la lave ait pu trouver une issue.
« Nous avo^is des secousses ici chaque jour et chaque nuit ; eileffne sont pas très-fortes, mais quelques-unes d'entre elles nous font courir aux portes. » (Gaz. Haw. du 27 mai.)
Le mercredi matin, 27 mai, à Kona, une forte secousse. Elle fut si violente à Kealakeakua que beaucoup de gens la
56 LBS TB£af6I.BllBMn HJB 1KAEB
troufvèreiit égale à celle du 2 awil qui causa tant de malheun à Kau. On attendait avec anxiété des nouvelles de ses effets dans ce dernier district. (Gaz. Haw. du 3 juin.) Les numéros suivants de la Gazette n'en font plus mention. Je ne trouve rien pour le mois de juin (1).
A la fin de juillet, les secousses continuent encore^ comme le prouve l'extrait suivant de la Gazette Haumenne du 5 août : u Dans le district de Kona, de fréqu^Ates secousses se sont fait sentir la semaine dernière. L'une d'elles, qui arriva la nuit, fut si prolongée que tout le monde futréveillé. La grande activité de Kilauea donne de bonnes raisons de croire que les feux volcaniques dépenseront leur force dans ce cratère et que .ces légers tremblements de terre sur toute l'ile n'augmenteront pas de violence. »
Il y a encore, ajoute M. Martin, des détails sur le^ effets du tremblement de terre dans le district de Kau ; mais rien de saillant.
Au commencement d'août, activité du Kilauea. Continuation des secousses sur l'ile de Havaï.
Le vendredi 7 août, 9 h. 45 m. du soir, à l'ile Oahu, une
(1) Sous le tilre : Ckographieal. Oa the reeent toleanie «vpliraa, hy Uie Bishop
of Honolulo, YÀthenœum da S7 Juin, n» 2122, contient l'article sulyant : « Il est remarquable que les forces souterraines ont marché lentement du NO à rextrémité SE de Tarctaipel, les lies occidentales étant les plus anciennes, et les récents étents volcaniques se tronvant dans le SE. Dans quelques-unes des Itet, on trouve des Kks de coraux k i,000 pieds au-dessus du niveau de k mer. Depuis longtemps les lies du centre n*ont plus de volcans actifs, quoiqu'on y éprouve de légers tremblements de terre. La même direction des forces volcaniques est représentée dans nie de Hawaî elle-même. Les anciens cratères se trouvent dans la partie septentrionale (un d'eux, le Mauna Kea, de 13,000 pieds de haut, est couvert déneiges perpétnellee),ils soat étdals depuis longtemps. L'auteur raconte sa visite au cratère du Kilauea, situé sur le flanc du Mauna Loa, foyer de la dernière grande éruption et décrit les échantillons de lave vitreuse et vésiculaire qu'il en a rapportés. Le cratère a neuf milles de circonférence; sa vaste étendue et sa profondeur ont généralement suffi pour empéeher le déftl%tme9t de la lave au dehors. La grande éruption a commencé le 27 mars... De ce Jour an 2 avril on avait déjà compté 200 secousses... Le volume de la vapeur qui sortait du Kilauea était visible k une distance de 120 milles ; on en a évalué la hauteur à huit milles. (Gomm. de M* Antoine d'Abbadie).
DANS t'AHCRIYBI. HAWAtBN 57
légère secousse, observée à HoBolulu et de l'autre e6té ée 111e. Ces secousses, à une si grande distance du volcan, indiquent qu'il y a là de grandes forces en jeu... (Gaz. Haw. du 12 août).
Des nouvelles de Hilo jusqu'au 14 août et de Kealakeakua jusqu'au 15, portent : <( Aucune éruption ne s'est encore montrée dans le district de Kau, quoique, jeudi soir (le 6 ou le 13?), on ait vu au sommet du Mauna Loa, une lueur qui disparut le vendredi. A Kapapala et Waiohinu, la terre parait être continuellement en mouvement et Ton entend des bruits comme si la lave, en mouvement dans l'intérieur des coulées, venait frapper la croûte mince de la surface. Tous les phénomènes ressemblent à ceux qui précédèrent l'éruption du 7 avril à Kahuku, et il est probable que la montagne va s'ouvrir de nouveau, cette fois, peut-être, dans le voisinage de Kapapala, et qu'une autre coulée de lave va se jeter dans la mer. Ce qui le fait supposer, c'est que le feu a de nouveau disparu dans le cratère de Kilauea. Le lac du Sud, après s'être rempli, s'est refroidi: au point qu'on peut le traverser à pied. Les habitants de Kau, effrayés et fatigués par le mouvement continu de la terre, quittent le district pour des endroits plus sûrs jusqu'à ce que le volcan se soit vidé ou qu'il ait repris un calme rassurant. » (Gaz. Haw. du 19 août.)
Dans ce numéro et dans le suivant se trouve la description de marées extraordinaires qui, du 13 au 16 se sont produites sur les côtes de toutes les Iles de l'archipel Hawaïen. Mais ces grandes oscillations des eaux de l'Océan, observées sur les côtes de l'Amérique méridionale à la suite des tremblements de terre qui ont ravagé le Pérou et l'Equateur, me paraissent être les mêmes qu'on a remarqués sur les côtes de la Californie, sur celles du Japon, de l'Australie, de la Nouvelle- Zélande, de la Tasmanie et jusqu'à l'ile Chatam. Plus tard, on apprendra sans doute encore qu'il y en a eu, à la même époque, sur d'autres points de l'Océanie, comme en 1837, après le tremblement qui détruisit Valdivia, au Chili. (Voir la
58 LES TRBMBLBMBMTS DB TBBAE
note de M. Dumoulin, C. R., t. X, p.S35; 25 mai 1840.) C'est ainsi qu'après le fameux tremblement qui ruina Simoda au Japon, le 23 décembre 1854, l'onde soulevée fut transmise ou propagée jusqu'à San-Francisco, en Californie. (Voir mon catalogue des tremblements de terre en 1854, p. 48.) Les Quctuations anormales de la mer, constatées dans l'archipel Hawaïen, ne constituent donc pas un fait qui lui soit particulier ; aussi en renverrai-je la description à la notice que je me propose de publier sur les tremblements qui, du 13 au 16 août 1868, ont ravagé les républiques du Pérou et de l'Equateur. Je n'en citerai ici que les deux extraits suivants, relatifs, le premier à Hcmolulu et le second àLahaina sur l'ile deMaui.
a Le tremblement de terre (celui auquel, dans la description, on rapporte ces marées anormales) doit avoir atteint Honolulu, car vendredi (le 14), M. Flitner et le capitaine Dan. Smith trouvèrent leurs lunettes méridiennes hors d'aplomb. Celle de M. Flitner est posée sur un bloc de granit du poids de plusieurs tonnes planté sur le corail qui forme le sous-sol de la ville. Rien autre n'aurait pu faire mouvoir ce bloc solide, qu'un tremblement de terre. L'inclinaison, légère il est vrai, des deux instruments était dirigée vers l'Est... » Et à la fin : a La vague séisraique n'a causé de grands dégâts sur aucune des iles, et n'a été précédée d'aucune secousse appréciable. » {Gaz. Haw. du 19 août). A Lahaina (Ile de Maui), la grande vague a été observée le 14 août, un peu avant 5 fa. du matin. Le mouvement de la mer n'y fut précédé d'aucune secousse de tremblement de terre. (/6/J., 26 août.)
Le 22 août, M. Titus. Coan a écrit la lettre suivante, au sujet de sa récente excursion dans les districts de Puna et de Kau : « Le rivage méridional d'Hawaï s'est abaissé depuis Kapoho (cap Est), dans le district de Puna, jusqu'à Kalae (cap Sud), dans le district de Kau. L'affaissement est de trois à quatre oieds dans quelques endroits, et de six à sept dans d'autres. U est prouvé par des arbres dont la base est maintenant dans la mer et par des îlots rocheux entourés naguère de cinq pieds
1>ANS l'aRGHIPSI. HAWAlElf 59
d*eau et actoellement submergés. Ces marques sont si distinctes qu'il n^eat nuliement difficile d'obtenir une mesure exacte de raffaissement. J'ai trouvé le dégorgement de lave à Nukupili. Il est très-étendu, il y en a en cinq endroits sur une ligne de fissures allongées. La lave s'est répandue sur le pahoehoe voisin.
« J'ai exploré le torrent de boue à Keaiwa. Ce n'est pas une éruption boueuse, mais un énorme glissement de terrain déterminé par la gi'onde secousse du 2 avril. Il a trois railles de long, environ un mille de large à la tète et deux milles et demi au centre. J'ai trouvé, par des mesures précises à Punaluu etHonoapo que la grande vague du même jour avait eu vingt pieds de hauteur.
(( J'ai traversé les quatre branches latérales de l'éruption ignée à Kahuku, à l'endroit où elles se terminent à Kauliké, et j'ai suivi le bord de la grande coulée jusqu'à sa source dans les collines boisées. J'estime qu'elle a de neuf à dix milles de long sur un mille et demi dans sa plus grande largeur. Plusieurs de mes guides étant tombés dans une grande fissure, je n'ai pas pu prendre de mesures exactes.
« Ily abeaucoup de fumée dans le Kilauea, mais on y voit peu de feu.
« Dans les districts de Hilo, Puna et Kau,fl y a encore par jour de une à cinq secousses, pas très-fortes, mais suffisantes pour nous empêcher d'oublier les forces volcaniques et pour nous tenir en éveil. L'oscillation de la mer à Hilo, les 14, 15 et 16 courant, a été remarquable. Pendant trois jours la mer s'éleva et se retira une fois en dix minutes. L'élévation ne fut que de trois à quatre pieds et il n'y eut pas de dommages causés par les eaux. » {Gaz. Haw. du 2 septembre et New- York Hei^ald du 23 octobre 1868.)
Depuis cet extrait de la Gazette Imwaienne, je n'ai rien reçu de M. W. Martin, qui, en me faisant ce dernier envoi, me renouvelait encore la promesse de me tenir au courant. Les
60 LES TEBMSLSMBIITS DB TBAE£
secousses auraient -elles enfin cessé en septembre ? Cepen* dant, on lit encore dans VAUèenœum^ numéro 2141, du 7 novembre :
<( Les nouvelles de la mer du Sud nous apprennent
que la côte SE de Hawai s'abaisse lentement. Le total de cet affaissement est, quant à présent de 8 pouces à 8 pieds En outre, il y a quatre ou cinq tremblements de terre tous Us jourSi avec des oscillations violentes de la mer et des éruptions venant des montagnes. » (Gomm. de M. Antoine d'Abbadie.) .
horient, 19 décembre 1868.