HISTORIQUE
La première observation positive d'ulcération tuberculeuse fut publiée en 1872 par Paul Coyne(i). Bien que la coexistence d'un érysipèle ait imprimé à la lésion un caractère un peu spécial, la marche clinique et l'examen microscopique qui fut pratiqué établissent suffisamment la nature véritable de cette ulcération.
Pendant les quelques années qui suivirent, jusqu'en 1877, on s'occupa uniquement des ulcérations anales et périanales qu'on voit survenir chez les tuberculeux. La question fut à l'ordre du jour de la Société médicale des hôpitaux de Paris : Martineau, Féréol y présentèrent des malades atteints de cette affection. D'autres observations furent encore publiées par Daniel Mollière, Spillmann, etc.
En 1877, Jarisch et Chiari rapportent les premiers exemples d'ulcérations tuberculeuses siégeant aux lèvres.
(i) On trouvera les indications bibliographiques au chapitre des Observations.
A partir de ce moment, les observations deviennent un peu plus nombreuses. Babinski, Thibierge, Cornil et Babès, en France -, Riehl, Esmarch, en Allemagne, publient de nouveaux faits.
Dans l'intervalle, M. le professeur Renaut e'crit son remarquable article du Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, sur l'anatomie pathologique générale des dermatoses. A côté de la dermite dégénérative et formative du lupus, il étudie la dermite tuberculeuse, qui aboutit à la formation des ulcères tuberculeux de la peau. Cette inflammation spéciale offre d'ailleurs les caractères généraux et typiques des déterminations tuberculeuses (nodules tuberculeux, inflammation tuberculeuse intercalaire).
Ainsi se complète peu à peu l'histoire de l'ulcération tuberculeuse de la peau. On commence à saisir ses allures cliniques, on connaît la nature du processus anatomopathologique qui l'engendre. Aussi est-on quelque peu étonné de la voir indiquée seulement en quelques lignes dans le Traité pratique des Maladies de la peau, de Duhring (i883). On continue dès lors à publier des faits isolés: observations, présentations de malades, communications aux Sociétés savantes et dans les Congrès. Les, documents s'accumulent peu à peu ; mais personne ne s'occupe de les réunir pour les grouper en un faisceau synthétique.
Pendant ces deux dernières années, c'est-à-dire depuis i885, l'ulcération tuberculeuse paraît un peu délaissée en faveur des autres formes de la tuberculose cutanée. Les discussions sur la nature du lupus, les accidents locaux produits par les inoculations tuberculeuses accidentelles, tels sont surtout les sujets des travaux originaux ou des revues critiques: L'ulcération
tuberculeuse tient cependant toujours une place, au moins accessoire, dans ces diverses études. Citons celles de Schachmann, de Laillieret Mathieu, et surtout celle de Hanot, où l'on trouve une analyse anatomo-pathologique intéressante d'un ulcère tuberculeux de l'avantbras.
Dans son Traité pratique et descriptif des Maladies de la peau (1886), Hardy donne aux ulcérations tuberculeuses une place plus innportante que ne l'avait fait Duhring. Partageant les idées de Vidal, qui n'admet pas la nature tuberculeuse du lupus, Hardy ne décrit que cette forme de tuberculose cutanée. Ainsi, parmi les variétés que nous avons signalées dans notre introduction, l'ulcération tuberculeuse, quoique la plus rare, est néanmoins celle dont la nature est le moins contestée, et qui est regardée par tous les auteurs comme le type des lésions tuberculeuses de la peau.
Enfin, tout récemment, M. le D^" Ritzo en a fait le sujet de sa thèse inaugurale. C'est le premier travail d'ensemble qui ait paru sur la question. Il est basé sur 27 observations, dont trois médites, recueillies dans les services de MM. Fournier, Bouchard et Hanot.
Nousavonspu recueillir dans les hôpitaux de Lyon trois nouveaux cas : deux dans le service de M. le professeur Poncet, un dans celui de M. le D"" Clément, médecin des hôpitaux. En les réunissant aux observations que nous avons trouvées ailleurs, nous arrivons à un total de 33 observations publiées jusqu'à ce jour.