‹ Sur les vices de nos procédés industriels, aperçus démontrant l'urgence d'introduire le procèdè societaire. Par m. Just MuironChapitre 2 sur 5 · II · texte numérisé non relu

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adoucies, ccsse-t-il d’être au fond le même? Le travail du paysan est toujours , comme au ta' siècle, forcé par le besoin; la meilleure part de ses produits est perdue pour lui : voisins , marchands , gens de loi , tous ne s’attachent qu’à le tromper; et la force militaire est là , prêle à agir , s’il tarde à s’exécuter de plein gcé. Le sort de tout industrieux qui n’est pas chef de manufacture, de maison de commerce ou autre établissement , se rapproche plus ou moins du sort du paysan; par fois il est plus misérable. •*

De tout cel* il ne suit pas que la science, la vertu , le bonheur, soient absolument bannis de la terre : leur présence se remarque encore de loin en loin. Partage exclusif d’un nombre presque imperceptible de privilégiés au milieu de la masse des humains, ce n’est toujours que l’exception confirmative, la contre-preuve de la dominance universelle du vice , de l’infortune et de l’erreur.

Indigence.

Les premiers besoins de la vie sont la satisfaction des cinq sens. La lésion forte ou quelque peu prolongée du sens du tact ou du sens du goût , est toujours suivie de la mort. Legrand froid, l’excessive chaleur, un coup violent, le manque de subsistances, ne sont que des lésions sensuelles , et ces lésions nous font infailliblement cesser de vivre. Si la lésion des sens du tact ou du goût est faible, momentanée; si l’on est plus ou moins privé de leur exercice, de leur satisfaction, ou de celle des trois autres sens, vue, ouïe, odorat, alors on conserve la vie ; mais ce n’est qu’une vie plus ou moins incomplète.

En spéculant ainsi sur les sens, nous n'entendons nullement qu'ils soient les uniques élément de la vie ;

ce ne sonl, à proprement parler, que se* élémens matériels. Nous reconnaissons de plus les élémens vitaux , nommés sentimens ou affections, facultés d'aimer, de raisonner , de souvenir , etc. ; mais , à nos yeux , les sens sont les premiers, ou, si l’on veut, les pluspressans besoins de notre existence. Il est toujours plus urgent de s’assurer les choses nécessaires à l’exercice du sena du goût, par exemple, que de s’assurer les occasions d’exercice des facultés affectives ou spirituelles. Pour pouvoir jouir de l’amitié, briller par le raisonnement, il faut, avant tout , ne pas se laisser mourir de faim.

On peut donc poser en fait que la plénitude de la vie est d’abord en raison de la plus grande somme de nos moyens de satisfaire les sens ; qu’éprouver un dénuement plus ou moins grand de ces moyens, c’est être plus ou moins indigent. En d’autres termes , que l’homme, dans son existence matérielle et en état de santé, est d’autant plus heureux qu’il peut disposer de plus de richesses; les moyens de satisfaction des sens ne consistant que dans les richesses. Passant de l’existence matérielle à l’existence animique, ne craignons pas d’avancer que l’une ne peut être heureuse ou malheureuse indépendamment de l’autre ; que les lésions et souffrances du corps entraînent celles de l’ame, et réciproquement; qu’il est bien plus facile et plus fréquent de se rendre utile et agréable aux hommes , c’est-à-dire d’exercer la vertu , lorsqu’on est heureux des seus ou riche, que lorsqu’on est malheureux des sens ou indigent. Présentée ainsi , cette spéculation , l’une des plus importantes qu’on puisse faire, est beaucoup trop abstraite , comme l’est toute spéculation restreinte à l’énoncé d’un principe. Quelques applications la rendront palpable ; exposons-les , et qu’elles nous procurent l’avan-

lage de disserter naturellement sur les maux de l’indigence, sur les causes de ces maux, qui toutes naissent du morcellement industriel.

Antoine, né robuste, régulier dans sa conduite, est ouvrier maçon dès l’âge de i3 ans. Ses besoins sensuels sont fort restreints quant à la bonne chère ; mais le sens du tact est chez lui très-délicat. Depuis que le sort l’a libéré de la conscription , l’unique consolation qu’il envie, après ses longues et journalières fatigues, c’est de devenir époux et père ; d’être logé , vêtu aussi bien que possible, selon sa condition. La femme que son mérite lui a fait obtenir, a de bonnes qualités : c’est là toute leur fortune. Huit années s’écoulent, pendant lesquelles Antoine s’est vu père de cinq enfans : trois sont bien portans, les deux autres sont infirmes. La tendre mère voit tous ses moraens absorbés par les soins qu’elle leur donne. Des intempéries, à la funeste action desquelles Antoine n’a pu se soustraire , faute de vêtemens convenables et de pouvoir à propos quitter l’attelier, lui ont, à deux reprises, causé une maladie grave. Le travail lui a été interdit pendant neuf mois et plus. Nonobstant sa stricte économie , il n’a pu avec scs salaires couvrir entièrement la dépense de sa famille. Sensible et honnête , Antoine s’inquiète des privations qu’éprouvent sa femme, ses enfans; il s’effraie du triste avenir qui les menace. Sa dextérité n’est plus la même ; une chute qui lui ôte l’usage d’un bras, vient aggraver sa position eu augmentant son chagrin ; son inquiétude redouble : il meurt. Dans leur délaissement, sa veuve et ses cinq orphelins sont hors d’état de gagner leur vie , faute d’aptitude , de force et d’ouvrage; loin d’être utiles à la société , ils ne lui sont qu’à charge. Cette famille est certes estimable, intéressante , irréprochable dans sa

conduite et dans ses mœurs; elle n’est pas moins en proie à toutes les horreurs de ]a misère.

Hypolite, doué d’une santé brillante et de beaucoup de talent, se voit, dès sa 25 ° année, chef d’un établissement prospère d’orfèvrerie. Il est peu exigeant pour les besoins du tact , mais vivement passionné pour ceux du goût , dont il fait ses fréquens plaisirs. Il se marie; son épouse est comme lui fort passionnée : chez elle c’est le sens de la vue dont les exigences sont impérieuses; elle veut briller par la parure. Le luxe de la femme, les orgies du mari, ont bientôt dissipé les ressources du ménage. Après s’ètre ruinés l’un l’autre à l’envi , atteints par les embarras , les privations , le chagrin, ils s’accablent de reproches mutuels. L’indigence, en les frappant, frappe les trois enfans nés dans le temps des illusions.

La famille d’Antoine est tombée dans la misère , malgré sa conduite honnête et sage; la famille d’Hypolite est vouée à la misère , par l’inconduite de ses chefs. Ici la stupeur du découragement, là les angoisses du regret, ont atténué l’énergie et le talent. Le mal moral est ainsi la rapide conséquence du mal physique ; l’indigence , en faisant naître les angoisses ou la stupeur, ne lèse pas moins le cœur et l’esprit qu’elle ne lèse les sens.

Ouvrons les yeux sans prévention ; comptons le nombre des familles dont le sort est, du plus au moins, analogue au sort des familles d’Hypolile et d’Antoine. Ajoutons-y les ménages indigens par suite de leur incurie , de leur impéritie native ou volontaire, et n’hésitons pas à reconnaître que , toutes ensemble , ces familles malheureuses qui n'élèvent point les produits de leur industrie au taux de leur absolu nécessaire en consommation , ou qui restent même au-dessous de ce taux,

ne composent pu moins des quatre cinquièmes de U population (i).

L’économie politique prononce que la richesse générale n’est que l’ensemble des richesses particulières. En établissant, ainsi que nous venons de le faire, que les ménages dont se constituent les quatre cinquièmes de la population, loin de créer des richesses particulières, ne font que créer la pauvreté, force est d’avouer que notre procédé industriel producteur est faussé par quelque vice qui l’empêche d’atteindre sou but ; car c’est du degré de perfection ou d’imperfection de ce procédé que dépend la quantité des richesses, tantôt considérable, tantôt exiguë, pour la nation ou la famille.

Le vice du procédé industriel en vigueur de nos jours, est ce que nous avons défini sous le nom de morcellement . Les ménages d’Antoine , d’Hjpolite , tous les ménages qui peuvent leur être assimilés, tombent dans l’indigence, bien moius par la faute personnelle de leurs chefs , que par le defaut de liaison immédiate de leurs intérêts individuels avec les intérêts individuels des autres ménages. Antoine et Hypolite ont fait tout naturellement ce qu’ils étaient capables de faire. La capacité pour l’économie privée manquait chez Hypolite, par suite de la

(l) Pour se convaincre que ce compte n'est point exagère', il suffit de visiter dans ses détails un seul de nos villages ou une seule de nos rues peuplées d'artisans. A sur on trouvera

plus de 4 ménages sur 5 , où l'on sera suffoqué par l'infection de l’air , privé d’un jour suffisant , choqué de la laideur , de la Saleté des murs et de l’ameublement , étourdi par les criailleries des enfans , des chiens , et souvent par les disputes des père et mère entr'eux ou avec les voisins. On verra ces ménages se nourrir d’alimens répugnons, invariables, abreuvés d’eau souvent mal-saine, etc.

véhémence des besoins du sens du goût, comme la capacité pour la santé manquait chez Antoine par suite de la délicatesse du sens du tact , dont il n’a pu satisfaire les besoins. Les ménages pour lesquels Antoine exerçait son industrie , étaient intéressés à ce que sa journée de travail fût bien remplie, n’importe quels dangers l’état de la température pouvait faire courir au laborieux ouvrier. Les ménages chez lesquels Hypolite et sa femme se pourvoyaient, l’un de vins fumeux, l’autre de schals à la mode , étaient intéressés à vendre ces objets chèrement et en grande quantité , quelqu’inconvénient qu’il pût en résulter pour les familles des acheteurs. Les orphelins d’Antoine , les enfans délaissés d’IIypolite , restent privés de secours , parce qu’ils n’ont aucun lien d’intérêts individuels avec les ménages qui ont profité du travail ou des folies de leurs pères.

L’indigence nait donc, en dernière analyse, de la divergence des intérêts individuels, de même que la divergence des intérêts individuels nait du procédé de morcellement. 11 est clair que si les ménages en relations industrielles avec Antoine pour la production , avec Hypolite pour la consommation, au lieu d’être, par la nature même des choses , leurs ennemis de fait , étaient entrés avec eux en combinaison d’intérêts , toute cause de ruine eût disparu. Tous, pour leur avantage réel et bien senti, loin de se nuire, se fussent empressés de s’aider mutuelleücnt dans les circonstances fâcheuses , de partager leurs plaisirs dans les temps heureux.

Objectera-t-on qu’en spéculant de cette sorte c’est chercher bien haut dans le mécanisme social , la source de l’indigence d’un mauvais sujet; qu’il est bien plus simple de la rapporter, ainsi qu’ou l’a toujours fait, à la mauvaise volonté d’uu épicurien de la trempe

d’Hypolite ,

d’Hypolite , et qu’il suffit de lui administrer le remède en usage, prêcher, morigéner l’étourdi, le mettre eu prison , s’il a signé quelque lettre de change au profit du restaurateur, ce qui ne manquera pas de le convaincre qu’il faut savoir se modérer.

On pourrait s’en tenir à ce remède s’il était efficace, et s’il n’avait pas le tort de se trouver en contradiction manifeste avec le vœu de la nature , qui s’est bornée k faire lere/u du goût tel qu’il est, et non tel que nous imaginons arbitrairement qu’il devrait être. Les vingt-cinq siècles dont nous avons l’histoire positive, ne nous laissent malheureusement aucun doute sur l’insuffisance du conseil de modération. L’indigence non plus qu’aucun autre fléau recède point à la vanité d’un beau langage. On ne détruit les causes du mal social que par de bonnes mesures, bien d’accord avec nos impulsions naturelles, garantissant plus de produits que la consommation n’en exige, et servant les intérêts ou les goûts du riche et du pauvre, du sage et de l’étourdi, du savant ét de l’ignorant, sans froisser aucunement en eux les ressorts physiques et moraux de la vie.

Fourberie.

D’après ce qui vient d*êtrc exposé, l’indigence se définit, « un dénuement plus ou moins grand des moj ens de satisfaire les besoins des sens. » On satisfait les besoins des sens avec les richesses : la principale cause de l’indigence git dans le morcellement industriel , parce qu’il tient de fait les quatre cinquièmes de la population hors de participation suffisante à l’usage et à la maintenue des richesses.

Reste un cinquième environ de la population suffisamment pourvu des moyens de subvenir aux besoins

des sens. Ce cinquième se compose des ménages arrivés à la fortune par les voies honnêtes , et de ceux qui , sciemment ou non, y sont parvenus par les voies de la fourberie.

On a vu quelquefois les voies de la fourberie conduire à l’indigence : cela a lieu quand elles s’écartent trop de leur direction naturelle , quand celui qui les suit manque d’adresse à les dissimuler et à s’y soutenir : mais elles sont et doivent être généralement usitées, parce que dans le morcellement elles sont à peu près les seules praticables et lucratives.

Pierre , Jacques et Jean exercent le métier de pêcheur. Ils sont fermiers de la pêche , ou ilf travaillent pour le compte direct du propriétaire ; ils travaillent eusemble ou isolés l’un de l’autre.

Sont-ils fermiers , leurs bénéfices s’élèveront d’autant plus que le prix de ferme se rapprochera moins de la valeur réelle de la pêche. Ils sentent qu’il est de leur intérêt pressant de dissimuler cette valeur ; l’urgence des besoins de leurs ménages ne les laisse point libres d’être véridiques ; ils se livrent à la fourberie sans pouvoir l’éviter, car sans elle ils seraient nécessairement plus indigens , et les voisins ne verraient en eux que des dupes.

Travaillent-ils ensemble ou séparément pour le compte direct du propriétaire, soit moyennant un salaire journalier, soit avec la condition de retirer une part dans les produits? leur intérêt pressant, demeuré le meme au fond , ne fait que se fausser davantage dans son essor : outre la voie de dissimulation , il suit la voie de la fraude ; il porte l’ouvrier à soustraire une partie des produits.

Dans un but louable d’économie , s’étant réunis pour se servir des mêmes ustensiles de pêche, barque , agrès, filets, et afin de partager amicalement les fruits de leurs

faligues , Pierre , Jacques et Jean conviennent-il» que chacun pêchera à son tour? l’isolement des intérêts individuels portera infailliblement chacun à agir envers ses camarades comme ils agissent de concert envers le propriétaire: chacun ne songera qu’à dissimuler et frauder.

Ce qui est vrai de ces pêcheurs , est vrai de tous les industrieux : il n’est aucun genre de travail qui ne se prête à la fraude , aucun travailleur qui ne soit excité à l’exercer. Si l’ouvrier est fortement porté à tromper le maître , celui-ci n’est pas moins porté à tromper l’ouvrier. Un chef de fabrique remet des matières premières à uu tisserand de ses atteliers; elles ont coûté 3o francs. L’étofife est confectionnée en cinq jours; le tisserand reçoit 20 fr. de salaire , à raison de 4 fr. par jour. Le prix de vente a été de 80 fr. Sur ce prix le chef de fabrique ayant payé 5 o fr. , n’avait droit eu outre qu’à 1 5 fr. tant pour le recouvrement de ses avances que pour son honnête bénéfice. Il ravit donc 1 5 francs à celui qui a fait la main-d’œuvre et au producteur des matières premières. Ici la dissimulation et la fraude de la part du maître de fabrique envers son ouvrier , ne sont pas moins caractérisées que la fraude et la dissimulation des pêcheurs envers le propriétaire de l’étang.

Entrer fort avant dans les détails de fourberie dont nous donnons ces légères esquisses , ce ne serait ici que pure superfluité. Tout esprit explorateur observera dans chaque branche d’industrie la marche que nous signalons. Quant aux esprits indifférens ou faibles , importet-il qu’ils la reconnaissent?

De ce que les fourberies , ascendantes des ouvriers aux maîtres et descendantes des maîtres aux ouvriers, sont inévitables dans notre procédé de morcellement industriel , et se légitiment eu quelque sorte par la tolérance

à l’abri de laquelle chacun s’y livre en pleine sécurité de conscience, la pusillanimité seule pourrait iuduire que le fléau est sans remède.

Supposez qu’au lieu de travailler isolément l’un de l’autre , Pierre, Jacques et Jean pêchent ensemble , après avoir assigne leurs tâches respectives et flxé la base de la répartion des produits. Rien alors ne leur sera plus facile qu’une surveillance mutuelle ; ils ne parviendraient pas à s’abuser notablement l’un l’autre sur le poids et la qualité du poisson pêché, sur le prix de vente, etc. ; chacun saura bien calculer ce qui lui revient au juste, et ne point se laisser surfaire.

En combinant ainsi leur travail , les trois pêcheurs n’auront extirpé la fourberie qu’entr’eux ; ils l’exerceront encore envers le proprietaire de l’étang et envers les acheteurs du poisson , à qui ils le feront payer aussi cher que possible, sans égard à ce qu’il leur aura réellement coûté. Pour faire cesser cette seconde sorte de fourberies , il ne s’agit que d’étendre jusqu’à elle le remède appliqué à la première ; combiner les intérêts des pêcheurs avec les intérêts du propriétaire et des consommateurs , comme les intérêts particuliers des pêcheurs auront été combinés entr’eux ; c’est-à-dire , substituer au procédé de morcellement industriel , le procédé sociétaire , dont nous traiterons à la 3* Partie de ces Aperçus.

Ne devant pour le moment que faire ressortir les nécessités et les funestes conséquences de la fourberie dans le morcellement, insistons sur quelques points pris parmi les plus saillans.

L’homme droit et franc qui veut suivre la vérité et la justice, a, de l’aveu de tous les moralistes, une tâche excessivement difficile à remplir , moins encore pour se

maintenir en bonne volonté , que pour bien discerner ce qui est en effet juste et vrai.

Tantôt c'est un riche qui dissimule ses avantages de fortune , de peur de laisser trop de prise au fisc , à des amis, à des païens, lorsque leurs besoins, réels ou simulés, les forcent à recourir à lui ; tantôt c’est ce même riche qui rehausse ses avantages de fortune pour se donner des jouissances d’ambition , ou pour inspirer plus de confiance , soit au gouvernement dont il sollicite un emploi ou des honneurs , soit aux particuliers avec lesquels il traite des affaires d’intérêt. Les mêmes erremens guident le pauvre dans les voies de la dissimulation. S’il exposait à nu sa détresse, il n’inspirerait que la défiance et le dégoût ; s’il laissait entrevoir des réssources à sa portée , il n’inspirerait point la pitié , n’obtiendrait point les secours.

Dans ce conflit d’intérêts , où le même individu est tour à tour porté à nier ses avantages sociaux ou à les présenter plus grands qu’ils ne sont , et y est porté par des motifs toujours très-péremptoires , comment distinguer le vrai et le juste ? C’est trop peu de dire à cet égard la tâche de l’homme droit difficile ; elle est le plus souvent impossible. El retenez bien que le système général de dissimulation ainsi organisé, repose sur l’abandon où chaque individu est laissé pour la conduite arbitraire de ses intérêts privés tels qu’il les entend , soit qu’il se rende compte de lenr gestion , soit qu’il ne l’éclaircisse et ne la justifie pas davantage à ses propres yeux qu’aux yeux du public, dont les intérêts n’ont aucune liaison directe avec les siens.

Nous avons fait voir que l’indigence était due au procédé d’exercice de l’industrie, nommé procédé de morcellement , et surtout à son emploi pour la production

et la consommation des richesses. La fourberie naît plus spécialement de l’application de ce même procédé à la distribution des richesses ou circulation commerciale. Tant qu’un produit industriel passe de mains en mains sans être détruit ou consommé , il est en distribution ou commerce; et tant qu’il est dans le commerce , le conflit des intérêts individuels en fait un objet de supercherie.

Le propriétaire actuel d’un produit en distribution peut seul le bien connaître, parce qu’il en a la possession exclusive , n’est tenu de le soumettre à aucune inspection autre que la sienne propre. S’il en connaît les qualités et les défauts, il a pleine licence de taire ou nier ceux-ci au propriétaire futur , et de ne lui vanter que le beau côté. Personne ne pourra contredire les assertions du vendeur , qui se gardera toujours de se duper lui-même, en se privant d’un profit, pour le plaisir de dire la vérité. L’option entre un écu et un petit mensonge mercantile dont le curé même n’exige pas la confession , ne laisse dans l'embarras que quelque sot, incapable de saisir le bon selon l’opinion commune, de sacrifier un scrupule illusoire à une jouissance positive.

Les qualités et les défauts des produits industriels ne sont pas , dira-t-on , aussi difficiles à reconnaître que nous nous plaisons à le supposer : on ne manque pas d’experts habiles à démasquer la tromperie. Nous en tombons d’accord : mais jusqu’où va ce palliatif du mal ? Combien compte-t-on d’acheteurs ou consommateurs ayant constamment de tels experts auprès d’eux , et ayant la ceititude de leur véracité ? Et quand même on pourrait avoir plus facilement des experts probes , la fourberie aura-t-elle été moins provoquée; aura-t-elle moins fait tout ce qui aura dépendu d’elle pour servir l’intérêt divergent de tel individu ou de tel ménage ?

Antoine est indigent parce qu’il n’a point eu la capacité d’égaler scs productions à ses consommations ; Hypolite devient indigent, faute de capacité de ramener le taux de ses consommations au taux de ses productions. Pierre , Jacques et Jean se tiennent au-dessus de l’indigence , parce qu’en pratiquant la fourberie dans la distribution , troisième mode d’opérer de l’industrie , ils ont su établir une sorte d’équilibre entre leurs productions et leurs consommations. Antoine et Hypolite ont été incapables , Pierre , Jacques et Jean ont été trompeurs, bien moins par suite de leur libre option, que par suite des dispositions du procédé industriel dans lequel ils ont dû fonctionner.

Comme l’indigence déprave les sens en les habituant à l’usage des choses grossières et de mauvais goût , la fourberie déprave le cœur et l’esprit en les façonnant aux choses trompeuses et injustes. Ce sont donc deux fléaux agissant plus particulièrement , l’un pour le malêtre du corps , l’autre pour le mal-être de l’ame. Passons à un troisième fléau , l’oppression , autre conséquence inséparable du morcellement, et agissant à peu près également sur l’ame et sur le corps , pour empirer encore les maux déjà si graves , causés par l’indigence et la fburberic.

Oppression.

La nécessité de l’oppression , dans le morcellement industriel , est peut-être plus encore imminente que la ' nécessité de la fourberie et de l’indigence. Chose bizarre ! l’oppression semble n’exister que pour créer des légions de pauvres , en ravissant aux industrieux la meilleure part de leurs produits ; des légions de fourbes, en excitant les industrieux à la ruse, unique voie de salut pour

l’opprime mis hors d’état de recourir à la force ouverte; et pourtant l’oppression, dans lerégîmedu morcellement, est la condition sans laquelle on ne saurait absolument assurer la production des richesses , atténuer la misère des quatre cinquièmes des producteurs et l’astuce habituelle à l’autre cinquième.

Quand le travail est répugnant , la contrainte seule nous le fait exécuter. Le travail est répugnant dans le morcellement industriel , parce qu’il ne nous offre que monotonie, abjection, excès de fatigues, complication, exiguité, et par fois nullité de récompense. En ce triste état de choses, si un père ou chef de ménage laissait scs enfans , ses ouvriers , ses domestiques dans l’indépendance , loin de les voir produire des richesses , il ne les trouverait jamais ocaupésqu’à dissiper toutes les richesses à leur portée. Le chef de ménage est donc forcé de devenir oppresseur , à peine de tout perdre : peu importe de quelle manière il contraint ses gens à travailler, tantôt en les menaçant du fouet ,' tantôt en les menaçant de les chasser , de ne leur donner ni argent , ni pain , tant que leur tâche n’aura pas été faite.

S’ils n’étaient point ainsi opprimés , les domestiques , ouvriers, enfans, ne se soucieraient pas meme de pourvoir par le travail à leurs propres besoins: ils ne songeraient à les satifaire qu’à la manière des Sauvages de la mer du sud ou des hordes de Tatârs ; ils demeureraient dans l’indigence et dans tous les abus d’une liberté brute et sans garantie.

La hiérarchie de l’oppression est 9i complettement organisée, que personne ne lui échappe. Tel fermier ou artisan n’a dans son ménage que sa femme et deux enfans: le plus âgé opprime le cadet, la mère les opprime tous deux ; le père se fait arbitrairement obéir

par les enfans et leur mère. S’il y a des valets , le garçon de ferme opprime le petit berger, de même que, dans l’hôtel d’un lord, le grand laquais ordonne au jokey, et le valet de chambre au laquais.

Le chef de famille n’est pas moins que ses subordonnes, sous le joug de la contrainte. S’il ne travaillait, ou même s’il n’opprimait pas , le pain et l’argent lui manqueraient comme à eux. I.egarnisaire, le gendarme, le juge, le maire, le curé, sont-lk pour le faire agir. Tente -t- il de se soustraire aux ennuis du travail, quel qu’il soit, fatigue de corps ou d’esprit , occupation honnête ou perfide , et de se livrer à une insouciante oisiveté! 1 aussitôt harcelé par ses proches, par la foule de tyranneaux à qui l’organisation sociale donne autorité sur lui , il se voit réduit à la rigoureuse alternative de l’obéissance ou de la mort.

Sans la contrainte ou oppression exercée tantôt de proche en proche , tantôt immédiatement , par les gouvernans sur les administres, par les maîtres sur les ouvriers , les chefs de ménage sur les femmes , enfans et valets, il ne saurait y avoir ni richesses, ni existence nationale , ni juges contre les fourbes , ni hôpitaux pour les indigens.

C’est donc l’oppression qui , tout en spoliant les uns et les autres, les oblige de fait à opérer la production, et corrige , autant qu’il est possible dans le régime du morcellement , les vices de la distribution des richesses. L’oppression n’introduit pas l’ordre dans ce régime , puisqu’il y est absolument impraticable ; mais elle atténue assez le désordre pour nous retenir sur le bord de I’abyme, surseoir la catastrophe de dissolution dont nous sommes incessamment menacés , et dont les révolutions et contre-révolutions toujours renaissantes, nous donnent un si répugnant ayant-goût.

Digil

Cependant l’oppression , nécessité si absolue , ne fait que froisser le corps en l’accablant de fatigues ; l’ame , en comprimant ses élans , sa volonté , ses affections , et achève ainsi la dégradation de l’homme, déjà si fortement miné pax l’indigence et la fourberie.

Conclusions sur le Morcellement industriel.

Dans notre rapide examen , nous avons vu tous les maux qui affligent l’homme, découler de l’oppression, de la fourberie, de l’indigence. La cause originelle et perpétuante de ces trois fléaux a été rapportée au mode morcelé, pris pour base d’exercice de l’industrie, mode qui organise le conflit général des intérêts individuels, et nécessite l’essor subversif de l’égoïsme.

Ainsi nous avons trouvé la racine du mal dans les fondemens mêmes de l’édifice social , dans la formation, des ménages réduits au plus petit nombre possible de consorts, n'ayant et ne pouvant avoir que des intentions contradictoires; devant agir, pour leurs bénéfices respectifs , en se nuisant les uns aux autres.

La constitution générale de l’état est la naturelle conséquence de la constitution particulière du ménage. Nos gouvernemens , à si juste titre nommés paternels , qu’ils soient confiés à un monarque ou à de simples magistrats amovibles , ne peuvent différer du gouvernement d’un chef de famille , forcé le plus souvent de prendre pour guide l’oppression , la fourberie, l’arbitraire. Vouloir tenter l’extirpation des fléaux en ne s’attachant, comme on l’a toujours fait, qu’à modifier le gouvernement de l’état sans aucunement s’occuper de réforme dans le gouvernement du ménage , c’est purement prétendre corriger les vices de construction d’un bâtiment en se bornant à modifier scs combles. On parviendia sans doute à rendre

les combles moins difformes , moins pesans , moins insuffisans pour abriter la partie supérieure de l’édifice contre les effets de la tempête et de la vétusté : sa chute ne sera pas moins imminente , tant que la construction n’aura pas été reprise en sous-œuvre. Est-ce en remaniant exclusivement les combles , que l’on parera aux vents malfaisans , aux émanations infectes , à toutes les incommodités et immondices qui s’introduisent dans un édifice par son sol fangeux et ses flancs entr’ouverfs ? est-ce en arrangeant un peu plus artistement l’angle du faîte, que l’on remédiera aux vices de la fondation ?

Notre établissement politique actuel n’est-il pas le vrai colosse aux pieds d’argile, uu temple dont la coupole de marbre et de fer s’élève sur un terrain mouvant , et ne se soutient que par une sorte de prestige de pesanteur? Un faible ouragan survient , elle s’écroule.

Comment, après tant de siècles d’expérience, après tant d’évidence, ose-t-on encore se plaindre que le souverain s’entoure de telle classe privilégiée 5 que le ministre du jour déplace toute la clientelle du ministre de la veille ? l’intérêt individuel du ministre et du souverain lui-même n’est-il pas de maintenir leurs ménagés, d’investir du pouvoir , de faire participer aux richesses ceux qu’ils croient leur être le plus dévoués? Agir par égoïsme et exclusion , c’est pour eux , comme pour tous les sujets , agir par prudence. Toute autre marche aboutirait à ne faire d’eux que des dupes , car il est bien notoire que s’ils se confient à des gens dont ils ont à craindre l’opposition d’intérêt ou seulement le grand caractère, ils s’exposent aux chances les plus Critiques. Chaque page de l’histoire établit cette vérité. A force de la méditer, on a imaginé le gouvernement représentatif, effectivement susceptible de pallier quelque peu le*

inconvéniens du conflit des intérêts, quand son système est adopté et suivi de bonne foi.

Et ce peu d’amélioration coûte des flots de sang , des révolutions interminables ! Combien il est plus facile et moins dangereux d’attaquer le mal dans son germe , de redresser d’abord la direction de l’égoïsme dans la base sociale, qui est et ne saurait être que le procédé industriel , le menace domestique! La t:\cheest de combiner cette base de telle sort», qu’elle mette bien positivement l’intérêt de tout individu en bonne coïncidence avec l’intérêt de ses consorts communaux et nationaux.

Une fois cet avènement au bien réalisé dans un seul village, ses fortunés résultats eussent de proche en proche conquis la population entière. Les intérêts des grands entreraient rapidement en combinaison , comme y seraient entrés les intérêts des classes inférieures. Ce serait encore une révolution, mais une révolution tranquille, sans secousse , dirigée par la plus généreuse philantropie , servant tous les hommes sans en froisser aucun. Âifisi une petite cause peut conduire à d’immenses effets , de même que de grands mouvemens imprimés en début, vont se perdre dans d'insignifiantes modifications. Qu’at-on obtenu de la tourmente de l’Europe, si fortement ébranlée depuis la fiu du 18' siècle ‘f Perçoit-on aujourd’hui moins d’impôts qu’en 1789; a-t-on plus de liberté de penser et d’écrire ; est-on moins exposé à l’emprisonnement , à perdre sa profession , ses emplois ; en un mot, est-on plus assuré de parvenir, plus riche, plus heureux;' Hélas! non. Jeunes et vieux regrettent presque tous le temps où il y avait plus d’abus peut-être, mais aussi plus de stabilité, de secours et de voies d’avancement. L’indigence, la fourberie, l’oppression, n’ont fait que changer de formes. Il est bien douteux si , en

18 ^ 4 , elle» nous accablent moins qu’elles n’accablaient nos pères au moment où, nous qui méditons , avons reçu le jour.

L’extirpation de l’indigence , de l’oppression , de la fourberie, ne doit point être espérée tant que dure le morcellement industriel, parce que ce sont, dans le morcellement, les grands moyens de cohésion sociale. Ils excitent au travail par la contrainte, et deviennent en ce sens les producteurs et distributeurs des richesses, comme nous l’avons fait voir. Ils restent tels, jusqu’à ce que l’accroissement simultané des souffrances et des lumières des industrieux amène le moment d’une irrésistible conversion.

Cette époque est la nôtre : on ne se dissimule plus ni les souffrances , ni les lumières. Chacun réclame des mesures enfin efficaces pour découvrir l’issue de nos misères et nous la faire franchir ; car chacun se pénètre de la nécessité de celle issue , quand il s’arrête à l’austère examen des tableaux que nous allons résumer sur les disgrâces de l’industrieux, les vices de l’action individuelle , le nombre excessif des improductifs, toutes calamités créées par notre système de morcellement.

» L’industrieux, dans le régime morcelé, est accablé par le malheur idéal , par l’aspect de quelques-uns de sa caste, qui, favorisés d’un héritage imprévu, d’un gain de loterie , etc. , ont échappé au mal-être : ces exceptions de fortune viennent périodiquement aigrir les privations de la niasse, dépourvue du nécessaire. L’aspect des favoris de la fortune, que le hasard , l’intrigue ou le crime élève chaque jour au bien être , a cette triste propriété de désespérer l’honuête industrieux que la proLilé engouffre de plus en plus dans l’indigence.

» Il supporte seul les corvées , dont le riche est exempt ;

et par contre , il est seul privé des droits naturels , chasse , pêche, etc. , doat le riche est en possession. C’est sur le pauvre que pèsent les impôts. C’est surtout à lui que les poursuites des agens du fisc viennent arracher les deniers amassés avec tant de peines pour le soutien d’une malheureuse famille.

$ Il est sujet aux mutations d’emploi , transporté à des fonctions dont il n’a aucune habitude, et qui sont pour lui un redoublement d’ennui.

» Il est forcé d’exposer , dans des travaux outrés , insalubres, sa santé , d’où dépend la subsistance de ses enfans et la sienne.

» Dénué de tout dans le cas de maladie , il n’a pour asyle que le triste hôpital , que la compagnie des moribonds , où souvent encore on refuse de l’admetLre.

» Il voit son fils , l’appui de son industrie , enlevé par les milices , dont le riche est exempt de droit ou de fait.

» II voit sa femme et sa fille , si elles sont belles , engagées presqu’inévitablement dans la prostitution , par les pièges du riche voisin , pourvu de la clef d’or.

» Une flétrissure injuste , l’opprobre et la diffamation, s’attachent à l’homme pauvre , en raison de son dénuement, et l’exposent d’autant plus au mépris , qu’il est plus pressé de besoin.

» Il est privé de la protection des tribunaux : point de justice pour le pauvre; il n’a pas même de quoi consulter et reclamer; et quand il le tenterait, il échouera contre un riche adversaire qui le traiuera d’instance en instance.

s La progression du luxe , qui crée chaque jour aux riches de nouveaux moyens de jouissance , accroît eu même rapport la déchéauce , les soutl'rau^es de la mut-

titude privée du nécessaire, et stimulée par l’étalage de cet accroissement de luxe que ne voit pas le Sauvage.

> Le fruit des peines de l’industrieux est le plus souvent pour un maître , et non pour lui , qui n’a aucune participation au produit de son labeur.

> Enfin , il est incessamment tourmenté de retour sur le passé, ou souvenir des nombreuses misères déjà endurées et encore à craindre , et de souffrance anticipée au futur, ou faculté d’entrevoir pour sa vieillesse, dans un avenir lointain, un accroissement de misères, sans aucun moyen d’y échapper. »

Cette kyrielle de disgrâces pourrait s’étendre beaucoup plus : elle est ici suffisante ; car elle prouve sans réplique que le sort de l'industrieux n’offre aucune garantie de contentement, et par conséquent aucune de bonne volonté pour le maintien de l'ordre établi, ordre dont il est en tous sens porté à désirer la fin.

Dans cet ordre ou régime de morcellement, l’exercice de l’industrie, confié à l’action individuelle, est essentiellement vicieux , parce qu’il est exposé à une foule d’accidens subversifs et inévitables, sur la présence desquels on ne saurait trop insister. Résumons les principaux : Chacun agissant isolément, s'attache à ne travailler que pour soi, à se réserver tous les avantages qu’il peut avoir acquis , en sd gardant bien de les communiquer : quiconque aurait l’aptitude de les partager et propager, n’est plus qu’un dangereux rival : comment s’y fier ? Ces avantages industriels sont donc perdus pour la société, du moment où celui qui les possède vient à mourir. Souvent ils sont perdus pour sa propre famille, comme pour l’art ou la science qui s’y rattachait. C’est là le premier vice, « la mort irréparée du fonction* naire. *

Lq deuxieme vice est « l'inconstance personnelle , » aussi naturelle à l’homme que l’enthousiasme et la réflexion. L’on quitte avec dégoût tel jour ce que la veille on faisait avec charme. Et si , selon l’usage du morcellement, on a travaillé seul, sans collaborateurs zélés, l’ouvrage est, par inconstance, abandonne, annihilé , au préjudice réel du public ou au moins au préjudice des personnes qui y avaient un intérêt immédiat.

Le fils ne succède pas aux goûts du père, à ses talens , comme il hérite de son sang et de ses biens. Le système du morcellement ne peut cependant admettre d’autre principe que celui de la légitimité , ou hérédité complète. Toute déviation est désordre , ne tendant qu’à augmenter les chances du conflit et de la collision. Nous avons ainsi, pour la justification de ce système, des magistrats , des officiers , des chefs de manufactures, des artisans , investis de fonctions légitimes , pour lesquelles peut-être ils avaient le plus d’inhabileté. On peut nommer ce troisième vice de l’action morcelée ou individuelle, < contraste de caractère du père au fils. »

Le quatrième vice est le « défaut d’économie mécanique. v II est trop notoire pour qu’il soit besoin de le circonstancier.

Il en est de même du cinquième vice, « défaut de matériaux et de moyens. » D’ordinaire l’industrieux le mieux pourvu de connaissance théorique , de dextérité pratique, est le plus dénué d’emploi convenable, de capitaux ; il est le plus mal apprécié, souvent parce qu’il a plus de modestie et moins de charlatanisme.

Le sixième grand vice de l’industrie individuelle opposée à l’industrie sociétaire * est « le conflit d’entreprises. » Chacun élève fabrique contre fabrique, magasin contre magasin , sans aucune combinaison d’utilité générale.

nérale, en substituant partout une ruineuse rivalité à la sage émulation commandée par le besoin du perfectionnement. Chacun ne songe qu’à écraser son voisin, parce que chacun ne connaît que celte voie de servie ses intérêts privés.

» La fraude et le larcin , » septième vice , ont été suffisamment analysés dans notre article sur la fourberie.

Tous ces vices de l’action morcelée pivotent sur la contrariété de l’intérêt individuel avec le collectif, sur l’absence d’unité dans les plans et l’exécution. Leur correctif exclusivement usité, la contrainte, venant compliquer encore les effets subversifs du morcellement, il s’ensuit une telle réduction des individus productifs , qu’on peut l’évaluer aux deux tiers au moins de la population. C’est un fait qu’on ne saurait trop constater pour inspirer contre ce désastreux système toute l’aniniadversion qu'il mérite.

Les improductifs (fonctionnaires nuis ou négatifs de nos sociétés), peuvent être classés en parasites domes tiques , parasites sociaux cl parasites accessoires.

» Dans la première classe figurent, i° les trois quarts' des Femmes de la ville et moitié de celles de la campagne, par absorption aux travaux de ménage et à la complication domestique. Aussi l’économie politique n’estime-t-elle leur journée qu’au quint de celle de l’homme.

» 1 ° Les trois quarts des Ekfans , pleinement inutiles dans les villes et peu utiles dans les campagnes, vu leur mal-adresse et leur mal-faisance.

» 3° Les trois quarts des Domestiques de ménage,’, non cultivateurs , dont le travail n’est qu’effet de complication, surtout en cuisine et aux écuries.

Dans la classe des parasites sociaux,

» 4® Le* Armées de terre et de mer , qui distraient du

travail la plus robuste jeunesse et la plus forte somme d'impôts.

» 5° Les légions de Regie. La seule douane absorbe «n France a4,ooo familles. Ajoutez-y les droits réunis et au tres armées de commis, gardes champêtres, espions, etc.

» 6° La franche moitié des Manufacturiers réputés utiles, mais qui sont improductifs relativement , par la mauvaise qualité des objets fabriqués.

» 7° Les 9/10*’ des Marchands et ageus commerciaux, le commerce sociétaire devant, comme nous l'indiquerons, effectuer ce service avec le îo* des agens qu’emploie la complication actuelle.

v 8° Les deux tiers des agens du Transport de terre et de mer, qui, au vice de transport compliqué, joignent celui de transport aventureux, notamment sur mer, où l’impéritie et l’imprudence décuplent les naufrages.

Dans la classe des parasites accessoires ,

» 9 * Les Chômeurs légaux, accidentels et secrets ; les gens inertes , soit par manque d’ouvrage, soit par récréation.

» io° Les Sophistes , et d'abord les controversistes , ceux qui les lisent et s’entremettent à leur instigation en affaires de parti, en cabales improductives. 11 faut ajouter au travail de controverse qui embrouille chaque sujet, les commotions politiques et distractions industrielles dont il est la source.

» ii° Les Oisifs, gens dits comme il faut , passant leur vie à ne rien faire ; les prisonniers et nombre de malades qui travailleraient sans inconvénient dans un ordre sociétaire tel que nous le décrirons.

» 12 ° Les Scissionn aires , gens en rébellion ouverte contre l’industrie, les lois, les mœurs et usages. Tels sont les chevaliers d’industrie, joueurs, femmes publiques, gens sans aveu, mendians, filous, brigands, etc. » Ajoutez à ces douze divisions d’improductifs , les agens

de destruction qui ne travaillent qu’à organiser la famine et la peste , ou ne font que concourir à la guerre) ajoutez encore ceux dont les travaux sont eux-raême* improductifs, tels que certains murs de clôture; ou illusoires, par mal-entendu et mal-adresse, comme édifice* qui s’écroulent, ponts et chemins qu’il faut déplacer et refaire : ensuite voyez si ce n’est pas évaluer beaucoup trop haut le nombre des individus réellement occupés à donner des produits agricoles , manufacturés ou commerciaux, que de le porter au tiers de la population.

A l’aspect de ces tableaux, où le sort intolérable des industrieux, les vices de l’action individuelle non combinée, le nombre excessif des improductifs, sont présentés avec. tant de vérité, quel est le philantrope, quel est le chrétien , qui ne se sente pas porté à la plus forte indignation contre le système ou procédé de morcellement , fauteur de tant de maux , et ne conçoive pas la plus ferme volonté de rechercher, pour l’introduire, un régime industriel et domestique moins calamiteux ?

Certes il est pénible d’aborder aussi franchement nos misères , de les exposer avec une si grande sévérité ; mais doit-on craindre de souder douloureusement la plaie , pour reconnaître sa gravité, raisonner avec science sur sa nature et le remède applicable;' Pœnitentiam agite : tel est le premier conseil évangélique ; suivons-le d’abord en confessant amèrement tant d’iniquités. Et quelle douce consolation n’olfrous-nous pas au lecteur, en nous attachant à prouver combien il est plus exact de déduire nos malheurs d’un faux mécanisme industriel et social, que de les attribuer à la perversion volontaire du cœur humain ! Le cœur et l’esprit se dépravent dans un faux mouvement social , comme les meilleurs produits de nos cultures s’altèrent dans une atmosphère corrompue.

igle

Du MODE d’exercice DE ï. ’ U» D U S T R I E , nomme procédé mixtb.

Le procédé industriel que nous nommons mixte , participe , ainsi qu’il a été dit , du mode de morcelle— meut , amalgamé avec quelques dispositions du mode sociétaire. En créant des garanties contre les divers fléaux, non pour les prévenir , mais pour atténuer leurs effets, le procédé mixte n’a d’autre but que de corriger plus ou moins les vices du morcellement. Ainsi une société d’assurance mutuelle bien organisée, contre la grêle, par exemple, peut avoir de fort heureux effets atlénuans.

Mais quelle immense entreprise, pour réduire quelque peu le mal , sans y substituer le tien ! Que de difficultés à vaincre, pour amener les individus vivant dans le morcellement, à se garantir par l’emploi du procédé mixte ? À quelles énormes dépenses improductives ne doivent-ils pas se résoudre, pour organiser contre les divers accidens auxquels ils sont en butte, des rnojens quelque peu efficaces , tels que peuvent l’être une représentation nationale, et cent sortes d’administrations particulières, hypothèques, hôtels de monnaies, directions d’assurances , caisses d’épargnes, monts-de-piété, etc. etc. , toutes choses qui ne sont qu’autant de germes du procédé mixte.

On est si loin encore de tendre à une efficacité suffisante , qu’on n’a pas même songé jusqu’ici à classer les fléaux contre lesquels il importe de créer des assurances en faveur de l’intérêt individuel et de l’intérêt collectif. L’incendie , la grêle , les naufrages , sont de pures et très-faibles ramifications du fléau de l’indigence : certes, si toutes les familles courent le risqua de ces désastres , U

nombre de celles qui en souffrent est infiniment moins grand que le nombre des familles qui n’en sont pas atteintes. Mais est-il une seule famille qui n’ait point à déplorer, dans les maladies accidentelles, la privation de travail , la répugnance industrielle , les revers de fortune, ou seulement dans l’inconduite de l’un ou de plusieurs de ses membres, des causes d’indigence bien autrement fréquentes et ruineuses que la grêle et l’incendie? Pourquoi ne trouvent-elles pas, ces familles, à s'assurer contre les chances de banqueroutes , de stagnation , d’avaries de denrées , etc. etc., comme elles trouvent à s’assurer contre les chances d’une longue navigation ? Il ne saurait y avoir plus d’impossibilité à créer les assurances qui n’existent pas , qu’il n’y en a eu à fonder celles qui existent : il suffit que telle cause d’indigence soit connue et peu rare, pour qu’on doive ne la point négliger.

La première de toutes est, sans contredit, le manque de travail ou d’emploi que subit chaque jour la classe industrieuse. Marc a passé sa vie à s’instruire dans l’art de fabriquer des chapeaux , à perfectionner tel genre de feutrage, telles formes de coiffures. Les consommateurs ont profité de son talent, et Marc a profité de leurs achats. Un contrat s’est tacitement établi entre eux , moyennant lequel Marc est responsable de ses fabrications et le public responsable de leur emploi. Il n’y aurait point lien social et équitable sans celte réciprocité. Survient-il une découverte nouvelle, une perturbation commerciale ou un simple changement de mode, qui fasse perdre à Marc l’exercice lucratif de sa profession ? U société est alors dans l’étroite obligation de l’indemniser jusqu’à ce qu’elle lui ait ouvert les voies d’utiliser avantageusement ses habitudes industrielles légalement

acqnises. La constitution de l’état déclare Marc admissible aux emplois civils et militaires : c’est ce qu’on appelle un droit public. Il en est plusieurs autres ; mais tous supposent toujours un droit anterieur, celui de subvenir par son travail à sa subsistance. Qu’a- t — on l’ait pour garantir ce Dkoit au travail, le premier des droits de l'homme*!* On ne l’a jamais seulement mis en question. Avouons-le; nos garanties contre l’indigence, le plus terrible des fléaux , sont à peu près nulles, et nos garanties contre la fourberie et l’oppression sont plus insignifiantes encore.

Cependant les tentatives qui se multiplient pour l’introduction partielle du procédé mixte ne sont pas moins très-louables. Après un ou deux siècles d’application persévérante, elles amèneraient des améliorations bien susceptibles de balancer leur inconvénient de coûter excessivement. Mais il est trop amer de penser qu’entr’autres administrations , telle assurance , dont les sinistres t’élèvent à 1 00,000 fr. en une année , ne peut s’administrer avec moins du quart de cette somme. Le procédé mixte , pour généraliser ses bienfaits , ne pourrait donc éviter de doubler peut-être la masse des dépenses improductives, portées déjà, par les gouvernexnens, au quart ou au tiers du revenu net des nations.

Parmi les très-nombreuses opérations introductives du procédé mixte , la meilleure et la plus facile paraît être l’établissement nommé Comptoir communal. Des statuts pour ce genre d’assurance ayant été demandés par une Société d’agriculture , je les ai rédigés à part , et je crois devoir les insérer ici avec le programme qui a provoqué leur rédaction. Ils sont le complément naturel de ce court chapitre sur un mode industriel qui n’est plus le morcellement absolu , et n’est pas encore le mode sociétaire.

Program me

Du PRIX proposé pour la rédaction des statuts d'un Comptoir communal assurant le placement des produits agricoles et offrant la possibilité défaire des avances au cultivateur.

L’homme n'exerce son travail , dans tous les arts , que sur des matières premières qu'il ne peut se procurer sans l'emploi de capitaux plus ou moins considérablos ; et son travail est toujours rendu plus facile, par l'emploi des instrumens qui le rendent en même temps plus productif.

La terre est la matière première sur laquelle opère l'agriculteur.

Les instrumens aratoires, les animaux de trait, les amendernens , les engrais, tels sont les instrumens avec lesquels il travaille, ou plutôt avec lesquels il devrait travailler , et sans lesquels son industrie et ses efforts ne peuvent rien produire.

Une population agricole de 60,000 individus compose l’arrondissement de Besançon. On en compte aux environs de 10,000 ayant à peu près le strict necessaire en moyens de culture, et pouvant garder leurs récoltes jusqu'aux époques avantageuses pour la vente ou la consommation. 5 o,ooo habitans sont donc réduits à s’exténuer de fatigues en cherchant à suppléer avec leurs bras au défaut d’attelages et de machines. Le peu de bétail qu'ils tiennent, est chétif, abâtardi , par défaut d'argent pour se procurer de belles races; infirme, par excès de travail et par défaut de nourriture : leurs terres sans fumiers restent sans produits, mais non pas sans impôts.

Toujours harcelés par le besoin, ces 5 o,ooo individus moissonnent avant la maturité, pour se nourrir ; ils battent le grain aussitôt après la moisson , pour payer

un percepteur , un propriétaire , des marchands , un usurier peut-être , toujours pressés d’en absorber le* produits. C'est eu meme temps et en foule qu’ils portent leurs denrées au marché : dès-lors la concurrence des vendeurs l’emportant de beaucoup sur celle des consommateurs , réduit au minimum le prix de la vente , au seul bénéfice du marchand et de l’agioteur , toujours empressés de spéculer sur la détresse des producteurs, et d’augmeuter encore par leurs machinations , la baisse favorable au trafic.

Tel est donc l’état des agriculteurs , que , lorsque les produits de leur travail ont échappé à l’action destructive des causes qui si souvent le rendent stérile, ils ne servent, le plus ordinairement, qu’à enrichir les parasites de l’état social.

Excédé de lassitude, d’ennui et de misère, le cultivateur tombe dans le découragement; la force des choses le porte à considérer l’ordre social comme ligué contre lui. Loin de voir dans le gouvernement la protection à laquelle il doit son indépendance et ses récoltes, il s’accoutume à ne voir en lui que la puissance qui lui enlève son argent et ses enfans : son cœur aigri , enveloppe dans un sentiment d’animadversion le genre humain tout entier. Loin de se rapprocher de ses compagnons d’infortune, il les prend en haine. S’il sort de son apathie, ce n’est que pour se procurer, à leur détriment, ce qu’il n’a pu se procurer par son industrie. Si ses travaux lui laissent quelque loisir , il ne l’emploie qu’à étudier les moyens presque toujours illicites de satisfaire des besoins auxquels l’ingratitude de son travail opiniâtre ne peut suffire ; et, comme entraîné par le malheur de sa condition , il tombe de l’activité dans le besoin, dan* le découragement, dans l’inertie, puis enfin dans tous les écarts de la misère et de la dépravation.

Un tel mal ne peut rester isolé : la misère du cultivateur rejaillit encore sur elle-même , et s’étend au loin : la stérilité de ses récoltes en est encore augmentée ; la valeur de la propriété foncière en est diminuée. Le propriétaire, forcé de réduire à chaque bail le taux de son amodiation , voit son aisance diminuer chaque jour, avec «la valeur de son capital. Plusieurs, découragés, profitent des appâts offerts par les gouvernemens pour le placement des fonds : un plus grand nombre les consacrent aux .spéculations lucratives de l’agiotage , si en honneur de nos jours , et dont les bénéfices toujours croissans ne peuvent avoir lieu qu’aux dépens du producteur. La fortune publique se détériore, et la prospérité de l’état, qui, en France plus encore que dans tout autre pays , repose sur celle de l’agriculture et s’équilibre avec elle, périclite et s’anéantit.

L’institution nouvelle , apte à remédier à de telles calamités et à les prévenir, est encore à créer. Ici donc toute tentative est louable , et c’est sous ce point de vue que la Société d’agriculture de Besançon propose pour sujet de concours , le plan d'organisation d’une Association ou Comptoir communal à établir sur chaque point où l’avantage des cultivateurs pourrait le réclamer.

Voici quelles seraient les principales bases de cet établissement.

Le Comptoir communal serait fondé par une compagnie d’actionnaires.

Il serait pourvu de ressources suffisantes pour recevoir et conserver les denrées produites dans son arrondissement , ainsi que des moyens nécessaires pour faciliter les travaux de l’agriculture, et pour assurer en toute saison des fonctions lucratives à la classe indigente.

Il recevrait en dépôt ou conseing , moyennant une provision convenue, les récoltes ou partie des récoltes des

habitans qui ne peuvent ni les vendre avec profit, ni le* soigner convenablement. Les consignateurs recevraient au besoin jusqu'aux deux tiers de la valeur présumée des denrées versées au Comptoir , et le surplus après la vente.

Il avancerait des fonds au taux le plus bas , à tous les cultivateurs dont les domaines ou les récoltes -présenteraient garantie.

Il procurerait à chaque individu les denrées indigènes ou exotiques au plus bas prix possible, en s’approvisionnant de tous les objets de consommation assurée : en les tirant des sources , il affranchirait le cultivateur des bénéfices intermédiaires que font les marchands , à défaut du Comptoir communal.

La manutention des denrées se ferait par les consignateurs qui voudraient y prendre part, et qui , moyennant le prix de leur travail, auraient bientôt recouvré la provision de dépôt.

Le Comptoir donnerait toujours à ses agens , même les plus pauvres , une portion d’intérêt sur quelques produits spéciaux, comme laines, fruits, légumes, etc. , afin d’éveiller en eux cette activité , cette sollicitude qui naissent de la participation sociétaire, et de les préserver de l’insouciance qui d’ordinaire caractérise les salariés à prix fixe.

. Les actionnaires opineraient sur les ventes et achats ; les consignateurs non actionnaires auraient voix consultative sur les chances de vente.

Cette institution devant être destinée à associer les intérêts des capitalistes, des cultivateurs et des simples ouvriers, pour le plus grand avantage de tous, devrait présenter à chacun les garanties les plus sûres du bénéfice proportionnel auquel il pourrait avoir droit par l'avance de ses fonds, par le dépôt de ses denrées, et

par son travail. Le cultivateur y trouverait en tout temps les instructions nécessaires pour perfectionner son art et le rendre plus productif.

Enfin , ce projet d'association agricole , tout en assurant de grands avantages aux propriétaires , aux fermiers et à la classe industrieuse des campagnes, devrait offrir au gouvernement toutes les garanties que commande l’intérêt général de la société, pour prévenir les accaparemens qui pourraient influer comme l’agiotage sur la hausse ou la baisse trop considérable des denrées.

Quoique fort restreints , ces aperçus indiquent une nouvelle carrière à parcourir pour satisfaire aux besoins signalés plus haut.

Au moyen du Comptoir communal , le cultivateup aurait à sa disposition la matière première et les instrumens de son travail , par location ou vente payable au moment le plus favorable pour lui.

Il ne serait plus obligé d’aller perdre son temprs , son argent et souvent ses mœurs, à la ville, pour s’y procurer à des prix ruineux autant qu’arbitraires , les objets qu'il aurait sous la main, à une juste valeur, ou pour y vendre un veau , une paire de poulets , quelques coupes de lentilles.

Il ne courrait plus le risque de se défaire de ses denrées à perte, ou de les voir périr entre ses mains, faute de conservation.

L’ouvrier trouverait constamment au Comptoir communal l’utile emploi de son travail et de son temps.

Le propriétaire-capitaliste y trouverait dans le placement de ses fonds, un intérêt composé, dont la rente annuelle , bien assurée et honnête , ne représenterait qu’une partie , et dont le grand bénéfice se retrouverait encore dans l’augmentation croissante de la valeur du capital foncier.

Si de tels voeux se réalisaient, les hommes qui ne •vivent entr’eux dans un état d’indifférence et d’opposition , que par l'isolement ou l’opposition dans lesquels leurs intérêts les placent , seraient portés par ces intérêts mêmes à concourir avec tous leurs efforts à l’avantage commun *, devenu la mesure et la règle de tous leurs avantages personnels. Ainsi s’anéantirait la cause principale et première des inimitiés , des contestations , des malheurs de l’état actuel des choses.

Ce n’est pas à l’époque actuelle qu’une entreprise de ce genre peut paraître insolite, impraticable. Elle n’est pas plus difficile à réaliser par des compagnies d’actionnaires , que n’ont pu l’être les comptoirs de commerce , de commission ou de banque.

Elle ne serait pas plus compliquée dans ses différens détails , que l’organisation des établissemens connus sous le nom de Monts -de- pieté , et dont on peut consulter l’organisation dans l’ordonnance royale en date du a3 novembre t8aa, en faveur d’un de ces établissemens à Boulogne-sur-Mer.

Ce serait une société anonyme , à l’instar de tant d’autres qui se multiplient de jour en jour, et dont les statuts remplissent la moitié du bulletin des lois. Il s'est formé des compagnies d'actionnaires pour toutes sortes d’opérations de finance ou d’industrie •, pour les assurances maritimes, assurances contre l’incendie, la grêle; pour la construction des ponts et canaux , l’éclairage par le gaz , l’exploitation des mines de houille , des minerais de fer. Jusqu’à ce jour, les spéculations purement agricoles semblent avoir été seules exceptées, car on ne peut en rien leur assimiler la caisse hypothécaire, fondation purement financière.

Le projet d’Association-agricole proposé dans ce prospectus , différerait au reste de toutes les sociétés d’assu-

rances déjà réalisées , en ce que celles-ci ne sont que de» entreprises dans lesquelles les bénéfices , quels qu’ils, soient, ne se partagent qu’entre les seuls actionnaires, qui n’ont fait l’avance de leurs capitaux que dans cette seule vue -, tandis que dans la première , les bénéfices y quels qu’ils soient , appartiendront à l’ensemble, des consignateurs, des employés et des actionnaires, en proportion de la valeur de leurs capitaux , de leur travail et de leurs denrées.

L’association usitée depuis un temps immémorial dans nos montagnes, connue sous le nom de fruitières ou fromageries, est celle qui se rapproche peut-être davantage du Comptoir communal indiqué. C’est à cette association d’intérêts , restreinte cependant à un seul point d’industrie, que nos montagnards doivent les avantages dont ils jouissent. Que ne serait-on pas en droit d’espérer d’une association qui embrasserait de la même manière tous les intérêts des cultivateurs?

Ceux qui ont eu connaissance des positos ou entrepôts de grains établis en Espagne , et dont l’exécution vient d’être proposée à la Société d’agriculture du département du Gers (1), comme susceptible de produire de grands avantages en France, retrouveront dans le nouveau projet, la même pensée appliquée à des indications plus étendues et dont les grands bénéfices ne tourneraient qu’au profit de l’agriculture.

C’est d’après ces graves considérations que la Société d’agriculture de Besançon propose un prix de 3 oo fr. , qui sera décerné dans sa séance publique de 1824, à

( 1 ) Voyez le mémoire présenté à la Société d’agriculture du département du Gers , sur la possibilité d’établir des positos ou entrepôts de grains , par M. Amade , propriétaire , ancien commissaire des guerres , inséré dans le mémorial d'agriculture pour le département du Gers, tome 5, u° la.

l’auteur des meilleurs statuts pour une Association ou Comptoir communal réunissant les avantages sommairement indiqués dans ce programme.

Fait et arrêté en séance, à Besançon , le 22 février

Signé, Girod-de-Chantrans , Président, et A. Laurens , Secrétaire.

Projet de Statuts pour uk Comptoir communal ,

assurant

1* Le placement des produits agricoles;

2* Des avances de Jvnds aux cultivateurs ;

3 ° Du travail permanent à la classe indigente; 4 ° L’ amélioration des cultures et des terres ; Par M. Just Muiron, de Besançon (1).

i> L’incrédulité aux choses grandes et belles , c’est— y, à-dire d’une utilité universelle, est le plus souvent ri leur seule impossibilité. On commence par dire : „ cela est impossible ! pour se dispenser de le tenter ; j> et cela devient impossible en effet , puisqu’on ne le

„ tente pas... Le peu de bien qu’on espère des hommes,

I, est communément l’unique cause du peu qu on en

n obtient, n . . .

G. , El. de Kl. et Des.

L’urgence de l’établissement des Comptoirs communaux est rendue si palpable dans le programme de la Société d’agriculture de Besançon, que tout ce qui

(1) Ce projet de Statuts a été inséré par ordre de la Société d’agriculture , dans le recueil de scs mémoires pour l’année i8a3-i8a4-

pourrait encore être dit sur ce point, n'ajouterait rien aux preuves.

Quand ces Comptoihs existeront , le gouvernement n’aura plus de poursuites onéreuses à faire exercer, surtout contre les pauvres , pour le recouvrement des impôts. Le propriétaire foncier aura enfin des garanties suffisantes de son revenu : obtenant une juste part dans le produit de ses biens, il ne sera plus exposé à voir la mauvaise foi ou l’impéritie des fermiers annuller en quelque sorte la valeur des fonds , après avoir éludé le paiement de leur rente annuelle.

Les avantages que les Comptoirs communaux acquerront à la classe indigente , seront plus précieux encore. Elle y trouvera d’efficaces moyens d'amélioration physique et d'amélioration morale. Des travaux variés, jamais exténuans ; une nourriture plus saine et plus abondante; la facilité de se soustraire aux funestes effets des intempéries, seront autant de garanties de santé actuellement inconnues aux pauvres.

La participation sociétaire, les connaissances théoriques des gérans du Comptoir, les habitudes d’ordre dont l’exemple sera incessamment offert, les conférences où l’on discutera sur la convenance des cultures , des achats , des ventes, et sur tous autres intérêts analogues, concourront puissamment à développer l’intelligence de la classe inférieure; à former son jugement, en l’exerçant sur des choses positives, d’une importance immédiate pour elle, et non plus sur ces abstractions politiques et métaphysiques avec lesquelles le siècle a prétendu l’éclairer , et qui ont abouti à de si tristes égaremens.

Rien de plus pressant que de mettre les individus à l’abri de la misère, et de les faire jouir d’une aisance relative à leur condition daus la société. C’est le grand

moyen de prévenir la plupart des délits, des crimes, et les fermens révolutionnaires. Ouvrez les annales judiciaires et historiques : elles prouvent à chaque page que les temps où les jugemens criminels ont dû être le plus nombreux , où les troubles ont été le plus fréquens , sont constamment les temps de disette , de cherté, de plus grand dénuement du bas peuple. «

Les agitateurs se montrent alors avec plus d’audace et ont plus de chances de succès. Nous avons vu Manchester en 1820, l’Irlande en 1822, et ce que produisit en France la famine de 1793-1794. Qui ne sait combien l’administration d’une commune remplie d’indigens est plus difficile que l’administration d’une commune dont tous les habilans ont de l’aisance ? Pour le mal comme pour le bien, l’homme ne connaît d’autre mobile que ses besoins : il ne songe point à mal faire quand ses besoins sont satisfaits. Le démagogue devenu riche ne veut plus de troubles, mais la stabilité. Quelle résistance l’action légale ou même arbitraire d’un gouvernement pourrait-elle éprouver de la part de gens heureux que rien n’engage à convoiter les emplois publics salariés ?

Le Comptoir communal ne remédiera pas seulement à la principale cause de démoralisation , née de l’indigence il tendra à atténuer l’oisiveté , l’isolement , la contradiction des intérêts individuels , et par là préviendra aussi les essors de l’astuce et de la haine.

Je me hâte de signaler de si brillans résultats pour les deux classes , riche et pauvre , et pour la société en général , parce qu’ils m’ont paru devoir intéresser à l’examen attentif du but et des formes de l’établissement qui seul peut les donucr , et que l’on a nommé Comptoir communal.

Ne seront-ils qu’un rêve , une vaine utopie , aux

yeux

yeux des gens frivoles qui , offusqués par l’indifférence ou la prévention , ne veulent ni croire à la providence, ni rechercher ardemment ses voies ? peu importe. Le suffrage que j’ambitionne est celui du philantrope réfléchi , toujours soigneux de tenir compte des faits mathématiques. Qu’il daigne vérifier ceux dont me* démonstrations seront étayées; il aura bientôt la conviction intime que tant de biens sont le vœu du dispensateur de nos destins.

De quoi s’agit-il, en effet? Simplement d’organiser au profit de tous, et spécialement en faveur du paysan, les voies de fortune qu’organise chaque jour, à nos côtés, tout capitaliste, négociant ou manufacturier, au profit unique de sa famille. Il n’est qu’un seul moyen d’atteindre à la richesse : c’est de fonder et bien régir de grandes exploitations. Tout particulier dépourvu d’avances, de talent économique, et borné au seul produit de sa pensée et de ses bras, soit qu’il agisse ou non loyalement, ne sortira jamais de l’indigence, s’il demeure sans aucun aide , aucune intervention d’autrui. Un fabricant n’est rien s’il n’a ni ouvriers, ni consommateurs. Un Michel-Ange n’obtient le prix de ses chefs-d’œuvre, qu’mutant que de riches et nombreux connaisseurs sont là pour les payer. Un Rothschild n’amasse sept ou huit ceut millions de francs , qu’autant qu’il étend et multiplie ses spéculations de commerce et de banque.

On accumule donc de grandes richesses en raison de la consistance des masses dans lesquelles on peut puiser. Et puisqu’il est avéré qu’en remédiant à l’indigence et à ses causes , en répandant une aisance graduée parmi le peuple, on tarit l’une des grandes sources de désordres sociaux , comme on fait cesser la principale cause du mal-être corporel des individus , ne nous exposons

pas à la honte d'avoir omis ce qui pouvait dépendre de nous, pour faire jouir tout homme, femme, enfant, de sa participation aux richesses , aussi proportionnelle que possible à sjt légitime, à ses mérites, à ses services rendus.

Le Comptoir communal est le plus sûr acheminement vers un but si désirable. Sa fondation a évidemment des chances de succès au moins égales aux chances de la fondation d’une forge, d’une maison de commerce ou d’une compagnie d’assurance. On ne doit pas opérer au Comptoir communal autrement que dans les comptoirs prospères des particuliers. La seule différence consiste en ce que le nouvel établissement doit réunir de plus nombreuses branches d’opérations , de plus fortes sûretés, et en ce qu'au lieu de partager ses profits entre les actionnaires fondateurs et régisseurs, à l’exclusiou de ses agens , consignatcurs et ouvriers, il appellera au partage tous ceux qui auront concouru à la production.

Aucun danger d’innover n’est à craindre. Le mode sociétaire est depuis longtemps usité, plus ou moins complctteraent, dans une foule d’entreprises et de fabrications. On le retrouve dans les hospices , les pensionnats , les chambrées militaires; partout où il y a unité d’action. Les Jruitières du Jura en font depuis des siècles l’heureuse expérience. Mais jusqu’ici ses avantages n’ont été que partiels et fort restreints , parce que ses emplois ont eux-mêmes été trop peu fréquens et trop peu étendus. Pour rendre le mode sociétaire cotapleltement efficace , il faut l’appliquer en tous sens à l’industrie et au cours ordinaire de la vie humaine.

Où est l’impossibilité de cette application ? L’égoïsme, la cupidité personnelle sont des obstacles, sans do\H.e , alors que le conflit inhérent à l’isolement des intérêts individuels , force ces passions de suivre une direction sub-

versive. Elles deviennent des moyens , quand on sait combiner ces mêmes intérêts entr’eux. J’ai quelque espoir de le prouver clairement : dans une suffisante combinaison d’intérêts, chacun fournit et retire d'autant plus qu’il a été plus cupide, plus désireux d’un fort dividende.

Les énormes bénéfices du Comptoir communal , et par conséquent la forte quotité du dividende , seront surtout l’objet de mes rigoureux calculs Ils découleront des dispositions d’ensemble, essentiellement économiques, par lesquelles se réglera une gestion cumulant les profits du commerce, de la culture et des fabrications manufacturières.

Le commerce, redit-on sans cesse, n’est plus qu’un kurre , par suite de la trop grande multiplicité de ses agens. Si l’assertion est vraie, pourquoi ne voit-on pas leur nombre se réduire ? Il ne fait qu’augmenter chaqua jour ; et il semble que le mouvement progressif doiva ne connaître d’autre terme que le moment où tout homme, toute femme, déploiera le titre et les talens de Marchand- Veut-on supposer qu’en cela il y ait avantage réel pour la société et pour les individus , il faut hâter le moment où personne ne sera étranger au négoce. Veut-on , au contraire, ramener k nombre des agens du commerce au strict nécessaire, il faut sans délai limiter leur intervention aux seules choses pour lesquelles leur intervention est inévitable. Le Comptoir communal atteint à la fois ces deux buts : il familiarise rapidement chacun à la pratique et à la théorie mercantiles ; il n’emploie au soin des magasins et au débit des marchandises, que le plus petit nombre possible de coopérateurs.

L’affluence extrême d’agens commerciaux naît en général de la désertion des agens de l’agricnlture. Tout métayer amasse pour payer, s’il le peut, la pension de

scs enfans dans les comptoirs et boutiques des villes. Tout richard de campagne ne songe qu’à devenir croupier de négoce, à faire valoir son argent dans l’agiotage (1). Tout manouvrier de ferme ne cherche qu’à devenir garçon de magasin ou colporteur de marchandises. Cette tendance générale des campagnards attire trop peu les méditations des agronomes et des politiques. Elle ne permet pas de douter du désordre. On la verra durer tant que l’état agricole n’offrira pas à toutes les classes , aux pauvres et aux riches, les moyens d’aisance qu’ils vont chercher dans les splendides cités. Les Comptoirs communaux , s’ils sont ce qu’ils doivent être, mettront ce bien-être à la portée de tout le monde.

En rétablissant ainsi l’équilibre entre l’agriculture et lè commerce, les Comptoirs communaux doivent également intervenir en faveur de l’industrie manufacturière. Exploitations de mines, filatures, verreries, forges, tisscranderies, chapelleries, horlogeries, toute fabrication industrielle n’offre présentement à ses ouvriers que monotonie et exténuation. La durée de la vie, dans nos manufactures, est toujours de moitié ou d’un tiers plus courte que la durée de la vie des champs. L’habitude contractée dès le bas âge peut seule soutenir une aussi pénible existence : elle est un supplice insupportable pour toute personne qui n’y a pas été longuement façonnée. Les nouveaux Comptoirs offrent à tout industrieux la facilité de varier ses travaux, d’alterner de la forge au verger, de l’atelier de lissage au jardin, aux magasins et débits de marchandises, et de recevoir son dividende

(i) Il u’est pas une des fréquentes banqueroutes d’agens de change , banquiers , courtiers , etc. , où l’on ne puisse vérifier «etle mauic déplorable.

proportionnel aux produits de ces diverses branches de travail. Dès -lors les Comptoirs communaux devront rendre toute fabrication industrielle aussi attrayante que la culture, aussi productive que le commerce. En un mot, leur effet devra être d’assurer aux cultivateurs, aux manufacturiers et aux commerçai», les avantages dont ils font aujourd’hui l’objet de leur réciproque envie.

Tel est le but vers lequel doit se diriger tout article des statuts demandés par la Société d’agriculture pour l’établissement d’un Comptoir communal. L’entreprise est grande; ses moyens se compliquent naturellement. Quoique bien notoirement analogue à ce qui existe , et ne devant être qu’une extension sociétaire des voies où tous les riches de notre époque ont trouvé la fortune , cette entreprise ne sera-t-elle accueillie qu’avec la prévention ou la défiance qui s’attache à toute idée nouvelle, et la fait si souvent rejeter avant tout examen ?

J’ai vu devant moi cette chance de défaveur , et elle ne m’a point retenu. Ici, plus qu’ailleurs, peut-être, pour réussir il suffit de vouloir. J’ai osé entrer dans la lice, tenter une rédaction de statuts, parce que tous les matériaux dout l’assemblage est provoqué , m’ont paru disséminés dans le bulletin des lois de la France , et dans les propres mémoires de la Société d’agriculture qui a ouvert le concours. Il n’était donc question que de classer des choses bien connues, les coordonner sur un plan convenable. Je ne me flatte nullement d’avoir rempli la tâche désirée; mais je ne puis m’interdire l’espoir que mon travail ne sera pas sans quelque utilité, si l’on vient à s’occuper sérieusement de la création des Comptoirs communaux.

L’idée en est si belle ! devenue efficace , elle accom-, plirait si bien le voeu, à jamais célèbre, du bon Roi

Henri ! Honneur à la philantropique corporation qui l’a publiée et veut la voir fructifier.

Projet de Statuts.

Titre I. Fondation et but du Comptoir communal.

Article t er . Il y aura entre les soussignés et les personnes qui adhéreront aux présens statuts , société ( en nom collectif, anonyme ou en commandite} , pour l’établissement d’un Comptoir communal , à. ....... .

arrondissement d département dg

Le genre de la société sera fixe’ par les fondateurs. La Société en nom collectif semble devoir être préférée, parce qu’offrant plus de garauties , elle inspirera plus de confiance. C’est un peint important à méditer , car les succès du Comptoir seront la conséquence nécessaire de la confiance qu’il inspirera.

Le lieu où l’établissement du premier Comptoir communal réunirait le plus de chances avantageuses , parait devoir être un point à peu prés central entre trois villes à marché. Un vallon assez fertile pour qu’il y ait beaucoup de denrées à vendre, et assez éloigné des marchés ponr qu’il y ait profit à les vendre sur place , au lieu de les conduire au loin à grands frais , avec la perspective de n’en point obtenir la valeur réelle, ou d’en être pour des avances de transport en pure perte. A supposer qu’il existât des bàtimens à prendre en location vers Rigncy , Jallcrange, Liesle, arrondissement de Besançon; Vercel , Belvoir, Rang , arrondissement de Baume ; la Charité , arrondissement de Gray ; ce serait probablement des points fort convenables. Prés de Rigney se trouve le château de la Roche , où l’on avait fcit beaucoup de constructions, en 181a , pour une manufacture de sucre de betterave- Cet édifice est vacant ; un vaste territoire en dépend. On pourrait tirer du tout le plus grand parti.

Art. 2. Le Comptoir communal fera des avances de fonds aux cultivateurs sur le dépôt de leurs denrées : il prendra en régie ou à ferme les biens ruraux qui lui

seraient conûtis dans un rayon de cinq kilomètres de son emplacement. Il entretiendra des fabrications industrielles , aura des magasins et boutiques pour le débit des marchandises les plus nécessaires dans les campagnes ; enfin il se livrera à toute opération d'industrie et de commerce que l’assemblée générale de ses fondateurs et sociétaires aura autorisée.

Art. 3. La durée de la société sera de trente années. Elle pourra être prolongée , selon que ses membres en

exprimeront le vœu.

Art. 4- Le fonds social est fixé à francs.

Ce capital sera fourni par le produit de actions.

de francs chacune, non remboursables tant que

durera la société.

Les articles a et 3 n’ont pas besoin de commentaire : ainsi que l'art. 4, ils sont calqués sur les dispositions réglementaires de l'exploitation des Transports accélérés par eau sur la Seine des Fonderies et forges de la Loire et de l'Isère , etc. , pages 190, 63 1 du tome i5, 7' série du bulletin des lois. 11 est évident qu’on peut exploiter les branches d’opérations indiquées pour le Comptoir communal , comme on exploite des forges et des transports par eau. La quotité du fonds social du Comptoir communal doit dépendre de la consistance à donner à cct établissement. S'il fallait bâtir des magasins , étables , etc. , rien ne serait plus facile que d’en dresser le devis. Il paraîtrait mieux , pour les débuts , de prendre à bail des bâtimeus déjà existans , sauf à se charger de leur appropriation. Supposons cette dépense d’appropriation devoir s’élever au taux moyen de 3o,ooo fr.

Le fonds pour 1rs avances aux consignaleurs , à 4°i 000

Valeur des bestiaux, ustensiles et autres articles mobiliers , pour l'exploitation seulement , chaque employé et domestique devant avoir scs meubles mcublans 8,000

78,000 fir.

Ci-contre. '

A compte aux fournisseurs , sur le premier achat de marchandises : on traitera avec eux à terme , ainsi qu’il est d’usage dans le commerce. . . . 8,000

A valoir pour les autres dépenses non spéciali— se'es de premier établissement. ...... 14,000

Si , lors de la discussion des statuts , les fondateurs adoptaient une telle fixation , au total de 100,000 fr. , on pourrait arrêter à 100 le nombre des actions , et elles seraient de 1,000 francs chacune. Le fonds social des Transports par eau est de 400,000 francs. Celui des Fonderies et forges s’élève à 4,000,000. Il ne peut y avoir eu plus de difficulté pour trouver ces deux crédits, qu’il n’y en aura pour trouver celui du Comptoir communal , dont les bénéfices seront attrayans aussi, comme on le verra ci-après.

Art. 5. Ces actions seront transférables à volonté. Le transport s'en opérera conformément à l'art. 36 du code de commerce.

Art. 6 . la somme totale des actions sera représentée par la valeur des objets à l'achat ou à l'établissement desquels elle aura subvenu. L’entretien on le renouvellement annuel de ces objets devra maintenir constamment ladite valeur au même taux.

Art. 7 . Les actions portent intérêt au taux annuel de cinq pour cent, payable sans retenue, tous les six mois, avec la chance de bénéfice prévue à l’article 55 des présens statuts.

Titre IL Du Gouvernement de la Société.

Art. 8 . Les affaires de la société seront administrées par un directeur placé sous la surveillance immédiate d'un comité de syndics.

Art. g. Le comité des syndics sera composé de cinq membres , nommés en assemblée générale à la majorité

absolue des voix , et de trois suppléans , nommés de la même manière. Les uns et les autres ne peuvent être pris que parmi les actionnaires.

L'actionnaire qui , étant nommé syndic ou suppléant, ne pourra en accepter les fonctions , fera connaître son refus séance tenante, pour qu'il soit procédé de suite à son remplacement.

Art. 10. Le directeur sera pris également parmi les actionnaires , et nommé en assemblée générale à la majorité absolue des voix.

Art. 11. Il sera placé un Caissier au bureau central, et des Régisseurs dans chaque ferme , grand magasin et grand atelier de fabrication. Ces officiers seront nommés en assemblée générale , à la majorité des voix , sur une liste de deux candidats présentés pour chaque office par le Directeur , qui sera tenu d’en présenter de nouveaux si les premiers n'étaient pas agréés.

Titre III. Assemblées générales.

Art. 12. Les actionnaires se réuniront en assemblée générale une fois chaque année, dans le courant du trimestre qui suivra celui d'octobre. Nul fondé de pouvoir ne pourra représenter un actionnaire , s'il n'est luimême actionnaire.

Art. i 3 . Chaque actionnaire en assemblée générale aura autant de voix qu'il possède d'actions , soit par lui-même, soit par ceux dont il est le fondé de pouvoir.

Néanmoins nul ne pourra avoir dans l’assemblée générale plus de dix voix, lors même qu'il représenterait par lui ou par ses mandans , un plus grand nombre d’actions.

Art. 14. L’assemblée ne pourra délibérer qu’autant que les membres préseiis offriraient une réunion des deux tiers des actions pour lors en circulation.

Les arrêtés y seront pris à la majorité des voix, excepté ie cas où il serait question de dissoudre la société avant son terme. Cet arrêté ne pourra être pris qu’à la majorité des trois quarts des voix représentées dans l’assemblée. ,

Art. t 5 . Le Directeur présente à l’assemblée générale l’inventaire annuel des opérations du Comptoir communal , de ses magasins , ateliers et cultures , et un tableau de situation de chaque branche d’exploitation.

Il soumet à son approbation les projets dont l’exécution doit avoir lieu dans le courant de l’année , le budget des dépenses à faire pour les accroissemens à donner à l’entreprise , les spéculations importantes et d’un intérêt majeur.

Art. 16. Le comité des syndics a le droit de convoquer des assemblées générales extraordinaires. Le Directeur a la même droit; mais il est tenu, pour cette convocation, de s’adresser au comité des syndics, qui, dans tous les cas , doit déférer à sa demande.

Art. 1 7. L’assemblée générale est présidée par le président du comité des syndics. Le syndic le plus jeune remplit les fonctions de secrétaire.

.Les procès-verbaux des assemblées générales seront signés par le comité des syndics et le Directeur , et transcrits sur deux registres , dont l’un restera au pouvoir du comité , et l’autre en celui du Directeur.

Art. 18. L’assemblée générale fixe le dividende de» bénéfices à répartir.

Pendant les premières années, il sera fait une retenue d’un huitième sur les bénéfices, pour accroître les établissemens du Comptoir communal , garnir les silos ou les greniers à farine, et subveuir aux dépenses facultatives à régler en assemblée générale. Lorsqu’il sera

juge convenable, cette retenue pourra être réduite d’après une délibération de cette assemblée. Toutefois son minimum sera le douzième des bénéfices.

Titbe IV. Du Sjndicat.

Art. 19. Les fonctions des syndics dureront cinq ans; celles de suppléant, trois ans.

Les syndics seront renouvelés tontes les années par cinquième, et les suppléans également toutes les années par tiers.

' Durant les premières années , les syndics et les suppléans à remplacer seront désignés par la voie du sort ; les uns et les autres pourront être réélus.

Art. 20. Le comité des syndics choisit dans son sein un président et un vice-président.

Art. ai. Les syndics suppléans ont le droit d’assister aux réunions du comité; mais ils n’y ont voix délibérative que lorsqu’ils sont appelés à remplacer un syndic absent.

Pendant les deux premières années, le suppléant le plus âgé remplacera le syndic absent; pendant les années suivantes , ce sera le plus ancien en fonctions.

En cas de mort ou de démission d’un des syndics , le remplacement aura lieu de la même manière jusqu’à la première assemblée générale.

Art. 22. Le comité ne peut délibérer qu’au nombre de trois membres au moins , non compris le président ; savoir: trois syndics, ou deux syndics et un suppléant. Les résolutions y sont prises à la majorité des voix. Chaque syndic ou suppléant n’a qu’une voix , quel que soit le nombre de ses actions. En cas de partage égal , la voix du président emporte la balance.

Art. 23 . Les syndics, les suppléans et le Directeur ont seuls le droit d’assister aux réunions du comité.

Art. 24. Le comité est spécialement chargé de la surveillance des opérations du Comptoir communal ; il convoque les assemblées générales, pour lesquelles il prévient les actionnaires quinre jours d’avance.

Art. 25 . Le comité se réunit régulièrement une fois par mois 5 chaque syndic présent reçoit un jeton.

Art. 26. Les frais de voyage et autres, faits par MM. les syndics pour le compte du Comptoir communal , seront remboursés sur la présentation d’une note sommaire remise au Directeur, qui leur en fera délivrer de suite le montant.

Art. 27. Le Directeur est tenu de soumettre au comité les affaires importantes , et de se conformer à ses arrêtés ; il lui soumet les plans et les projets d’accroissemens industriels et de spéculations majeures , avant de les présenter à l’assemblée générale.

Art. 28. Les syndics exercent la surveillance de la manière suivante : un d’eux se rend , une fois par mois au moins, dans le bureau de la direction, se fait ouvrir les livres et journaux, la caisse et le porte - feuille ; il visite ensuite les exploitations diverses et les ateliers ; enfin il inspecte toutes les opérations. Les employés seront tenus de lui donner toutes les explications qu’il leur demandera, et de soumettre les livres à son examen.

Art. 29. Les syndics inspecteurs sont désignés par le comité ; leurs fonctions durent quatre mois : le comité , s’ils y consentent, peut prolonger leur mission.

Art. 3 o. S’il paraissait démontré au comité que le Directeur se rend coupable de malversation , de faute grave dans l’exercice de ses fonctions , ou d’une négligence capable de compromettre les intérêts du Comptoir communal , il pourra prononcer sa suspension et pourvoir à son remplacement.

Dans ce cas, le comité convoquèra sans delai une assemblée générale extraordinaire , pour lui soumettre le fait ; le Directeur y sera entendu. 11 ne pourra résulter de celte mesure aucune espèce d’action de la part de l’inculpé contre les membres du comité, lors même que l’arrêté ne serait pas approuvé par l’assemblée générale.

Art. 3i. Si la destitution est prononcée, l’assemblée procède au remplacement.

Dans ce cas , comme dans celui de la simple suspension , le comité ou l’assemblée générale avise aux moyens les plus convenables pour rendre publique la mesure adoptée.

Art. 3a. Les délibérations du comité sont signées par les syndics présens, et transcrites sur deux registres, dont l’un reste au comité, et l’autre au Directeur.

Titre V. Fondions des Officiers et Préposés.

Art. 3. Le Directeur aura seul la signature de la compagnie. Néanmoins toute lettre de change ou billet à ordre devra être contre-signé par le Caissier.

Art. 34. Le Directeur a sous ses ordres les Régisseurs et tous les employés; ces derniers sont à sa nomination : il peut suspendre les Régisseurs et les remplacer jusqu’à la convocation de l’assemblée générale. Sa résidence habituelle sera au Comptoir.

Il visitera journellement, s’il le peut, toutes les parties de l’établissement.

Il est chargé de toutes les dépenses relatives à l’entretien des bâtimens, des ustensiles et du mobilier; aux fournitures, aux traitemens d’employés et salaires d’ouvriers* aux mesures de sûreté , et généralement de tous les frais quelconques de régie : il y pourvoit par des états et mandats que le caissier est tenu d’acquitter.

Il tiendra tous les registres utiles à sa gestion. Il remettra

ou fera parvenir , au moins tous les trois mois , au comité des syndics , un rapport sommaire sur la situation des diverses brandies d'opérations , et lui donnera tous les renseignemens qui pourront lui être demandés.

Il est chargé de faire dresser l'inventaire annuel et de le .présenter au comité des syndics , un mois avant de le soumettre à l'assemblée générale.

Il ne pourra s’occuper d'aucun autre commerce, ni être intéressé dans d’autres établissemens de la même nature que ceux du Comptoir communal. II devra toujours être propriétaire de trois actions au moihs.

Les honoraires de ce Directeur seront fixés dans l’assemblée générale, avant sa nomination , et seront payables par trimestre.

En cas d’absence, de maladie prolongée ou de décès, le comité pourvoira à son remplacement provisoire jusqu’à l'assemblée générale , qui , dans ce cas , sera convoquée immédiatement.

Art. 35. Le Caissier est chargé de faire toutes les recettes et d'acquitter toutes les dépenses de l'établissement.

Il ne peut faire aucun paiement sans ordonnance du Directeur pour les dépenses autres que les avances journalières aux consignateurs de denrées.

Il ne peut recevoir de fonds autres que ceux provenant des remboursemens et ventes , que d'après un bordereau signé par le Directeur.

Le Caissier lient tous les registres de comptabilité , dont le nombre et la forme lui seront prescrits , soit par le comité des syndics , soit par le Directeur.

A l'expiration de chaque année , il remet au Directeur le compte de ses recettes et de ses dépenses , -appuyé de pièces justificatives, pour être joint à celui que le Directeur doit rendre lui-même au comité des syndics et à l’assemblée générale.

Art. 36. Les fonctions desRégisseurs sontde trois sortes: Comme gardes-magasins , ils ont la manutention des magasins , et sont tenus de veiller soigneusement à la garde et à la conservation des denrées et effets qui y sont déposés. Ils seront responsables de leur disparition , de leur dépérissement ou détérioration , toutes les fois qu’ils ne pourront prouver que ces accidens ne proviennent point de leur faute.

Comme appréciateurs , ces officiers sont chargés spécialement de l’estimation des denrées et autres objets présentés en dépôt ou en vente. Chaque appréciateur est garant, envers le Comptoir communal, des évaluations faites par lui. En conséquence, s’il était vérifié par arbitrage que ces évaluations n’ont point été fixées d’après les règles prescrites , l’appréciateur serait tenu de rembourser au Comptoir la différence reconnue entre la valeur réelle et vénale, et la valeur appréciée.

Comme Régisseurs, ils sont chargés de la direction du travail, de la comptabilité particulière, des approvi— sionnemens, et de toutes les mains-d’œuvre des ateliers, magasins, cultures et fabrications qui leur sont confiés.

Chaque Régisseur , tous les mois , remettra au Directeur un tableau général des opérations de son magasin , atelier ou exploitation rurale.

Les Régisseurs ne pourront s’occuper d’aucun commerce , quel qu’il soit, ni prendre intérêt dans aucune entreprise de la nature de celles du Comptoir communal.

Art. 37 . Le Caissier et les Régisseurs fournissent chacun un cautionnement dont le taux, ainsi que les honoraires attachés à leurs fonctions , seront fixés par le comité des syndics , et approuvés par l’assemblée générale.

Les trente-deux articles , 5 à 3? , ont e'tc copies à peu prés mot à mot sur le bulletin des lois du royaume ( ut suprà ) ,

Diçjit

pages 63 a à 6.37, 71a à 714* Lear convcnaice est d'ailleurs évidente à la simple lecture- On serait dès - lors mal reçu à les taxer d'arbitraire , de jeu d'imagination , leur authenticité et l’expcriencc qui en a été faite ne laissant rien à désirer. On ne serait pas mieux fondé à leur reprocher un caractère de pur plagiat , puisqu’ici l'invention ne consiste qu’à coordonner des choses déjà usitées- Autant vaudrait reprocher aux principaux articles du code civil d'être littéralement traduits du code Justinicn-

Titre VI. Opérations du Comptoir communal.

Art. 38. Tout cultivateur est admis à livrer au Comptoir communal les denrées de sa récolte , pour en obtenir la conservation ou la vente à son profit, et recevoir des avances de fonds sur leur valeur.

Art. 39 . Les denrées, au moment de leur dépôt, seront classées par le Régisseur, selon leur qualité, bonne , médiocre , mauvaise : leur valeur sera fixée, d’accord avec le consiguateur, au taux moyen des dernières mercuriales des marchés de . déduction faite d’un

représentant les frais de transport depuis

le Comptoir auxdits marchés.

On désignera les trois villes à marché les plus voisines. Par exemple , si le Comptoir était fondé à Oiselay , les marchés seraient Besançon , Gray et Vesoul.

Le taux de cette déduction doit être fixé modérément , en raison de la distance où se trouvent les marchés. Elle sera d'environ i/jo', ou i/i 5 % ou 1/1 2 e , et facile à régler.

Art. 4®. Nul n’est admis à déposer des denrées au Comptoir communal, s’il n’est connu, domicilié dans un rayon d’un myriamètre , ou assisté d’un répondant connu et domicilié dans le même rayon.

Art. 4 l - Tout consignateur est tenu de signer l’acte du dépôt qu’il fait. Si le consignateur est illettré , l’acte

de

de dépôt est signé par son répondant. Sont exceptés de la formalité prescrite par le présent article, les actes de dépôt d'objets estimés au-dessous de 5o francs.

Art. 4 2 * S’il s’élève doute contre le consignateur , sur sa légitime possession ou son droit de disposition des objets par lui offerts , leur conseing sera provisoirement suspendu jusqu’à décision de l’autorité publique.

Art. 43. Les avances du Comptoir communal peuvent s’élever jusqu’à concurrence des quatre cinquièmes de la valeur du dépôt. Il est délivré au consignateur une reconnaissance au porteur , dûment signée , extraite d’un registre à souche ; elle est numérotée , et contient la dé^ signation précise des objets consignes , la date du dépôt, le montant de l’avance et ses conditions.

Art. 44* Tant que l’inventaire annuel n’aura pas été dressé, les consigngteurs pourront retirer les denrées en nature, cinq jours après celui où ils auront déclaré cette intention. Dans ce cas ils rembourseront les avancez qn’ils auront reçues, et, de plus, ils acquitteront la provision de dépôt , dont le taux , fixé par l’assemblée générale , leur aura été notifié lors du conseing.

Après l’inventaire , et par réciprocité , le Comptoir aura la libre option de payer en argent ou' en nature le dernier cinquième de la valeur du dépôt; de telle sorte qu’il s’acquittera en rendant dix mesures au consignateur qui eu aurait versé cinquante ; le tout sans préjudice des avantages acquis au consignateur et réglés au titre VII.

Le type des articles 38 à Ifi se retrouve encore an bulletin des lois, volume cité, p. 716-717. Objectera-t-on que tout ceci n’est qu’uhe sorte de prêt sur nantissement , et qu’on ne peut l’exercer sans l’autorisation spéciale du gouvernement ? Je répond* que cette observation manque doublement d’exactitude.

D'abord, le conseing, tel qu’il doit s’entendre ici, est une véritable vente avec faculté dé rachat, comme celles qui se font à la caisse hypothécaire. Eu second lieu , toute maison de prêt sur nantissement est tolérée partout oé il n'existe point de mont-de-piété , et encore lors même que cette maison , tenue par un seul particulier, n’a point de réglement connu. Certes, un réglement rédigé dans l’esprit et la forme de ces projets de statuts , ne peut acquérir au Comptoir communal , dans l’opinion publique , moins de faveur que n’en ont obtenu les maisons de prêt et monts-de-piété. Le Comptoir ne se fait point payer des intérêts portés jusqu’à i5 pour cent au montde-piété de Boulogne— sur-Mar.

Art. ^5. Si le consignatcur perd la reconnaissance , il en fait aussitôt la déclaration au directeur, gui la note sur les registres , en marge de l’article dont la reconnaissance est adirée.

Art. 46" Le consignateur qui, n’ayant point usé dp la faculté de retirer les denrées en nature, aura laissé son dépôt à 1 entière disposition du Comptoir, participera aux bénéfices de vente et à tous les avantages réglés au titre VII des présens statuts.

Art. 4 7 . Les travaux des cultures, des manutentions diverses, des fabrications industrielles, seront exécutés , sous la direction immédiate des régisseurs et la. surveillance du directeur, par les ouvriers, hommes, femmes et enfans qui se seront fait inscrire à cet effet et résideront a portée de l’établissement.

Art. 48 . Des règlemens intérieurs fixeront le mode d exécution des travaux, leur police, les devoirs et privilèges des ouvriers, et le taux des salaires pour chaque branche d’exploitation. Ces règlemens seront proposés pai les régisseurs, discutés par le directeur, et soumis par le comité des syndics à l’approbation de l’assemblée générale.

J'introduis ici des deuils qui ne figurent point aux statuts de Compagnie des fonderies et forges de la Loire. Sûrement en pourrait fort bien , sans cette insertion , faire marcher les operations du Comptoir communal , comme on fait marcher sans elle les opérations de ladite compagnie. Mais il ne s'agit plus ici de garantir uniquement les intérêts des chefs de l’établissement ; il faut veiller aussi aux intérêts de tout individu qui entrera en relations d’utilité avec le Comptoir, et surtout stimuler autant que possible les habitans à former ces relations» Si le consignateur n'avait à espérer que le prix vénal de ses denrées , au taux prévu dans les articles 39 et 43 , il trouverait souvent plus profitable de s'en défaire comme cela a lieu aujourd'hui, sans l'intervention du Comptoir communal. A. coup-sur le consignateur ne prendra pas ce parti, quand il aura la certitude de l’exécution des articles 46 et 55 à uns époque peu éloignée, que l’avance reçue lui permettra d’attendre sans aucune gêne. La chance pour les employés et ouvriers sera la même que pour les consignateurs. Leur salaire, pay é de suite , ne devra pas s’élever au-delà des 7/8" du salaire de leurs égaux occupés ailleurs qu’au Comptoir communal. Le but de ces perspectives sera d’éveiller l’émulation, la cupidité même , et de toujours soutenir l’espérance chez tous ceux qui auront affaire avec le Comptoir. Les rêglemens intérieurs , prévus à l’article 48 , ne feront que tracer méthodiquement la marche déjà suivie dans les meilleures gestions existantes.

Art. 49- Tout bailleur des fonds de terre exploités et autres immeubles affermés à la compagnie, tout consignâtes, employé, ouvrier du Comptoir communal, y aura son compte-ouvert, sur lequel seront portés,

1 ° Au crédit , ses locations, conseings, journées de travail et bénéfices;

a° Au débit y ce qu’il aura reçu en numéraire de la caisse , en subsistances et marchandises, dans les diverses manutentions et magasins.

Art. 5o. Toute personne qui, ayant un compte-ouvert

au Comptoir communal , sera inscrite aux rôles des contributions directes de la situation des biens qu'il exploite, s’engage, par lefailmêmede ce compte-ouvert, à admettre légalement à son débit les sommas que le Comptoir aura payées pour l’acquittement desdites contributions.

Titre VII. Des Bénéfices et de leur partage.

Art. 5i . Les bénéfices du Comptoir communal consistent dans tous les profits qu’il aura pu faire sur ses manutentions , ventes de denrées et de marchandises , sur ses cultures et fabrications.

Art. 5a. Chaque année , au 3o novembre , il sera procédé à l’inventaire général , afin d’établir, dans chaque branche d’opérations et dans leur ensemble , la balance de toutes les recettes et dépenses , et de constater le produit brut du Comptoir communal. Cet inventaire devra être terminé au plus tard le i5 décembre.

Art. 53. On imputera d’abord sur le produit brut, i* L’intérêt 5 pour cent du fonds social , les fermages des terres et loyers de bàtimens ;

a” Le solde du prix des denrées consignées. (Art. 44)- 3° Le solde de ce qui sera dû pour traitemens d’employés , journées d’ouvriers , marchandises vendues, matières premières consommées , entretien des immeubles , meubles et ustensiles.

Art. 54. Immédiatement après ces divers prélèvemens de droit, il sera donné cours à la répartition du bénéfice net, de telle sorte que chaque ayant-droit touche, du a5 au 3i décembre, sa juste quote-part.

Art. 55. Le bénéfice net sera divisé en quatre parts : La première, de huit quarante-huitièmes (8y48"), se distribuera entre tous les consignateurs , proporiionnément aux valeurs que chacun d’eux aura déposées.

La seconde, de vingt-cinq quarante-huitièmes (25/48"), reviendra à tous les officiers, employés et ouvriers, et sera répartie entr’eux ; savoir :

' ai/48" au prorata du montant des salaires ou traitemens que chacun aura reçus dans le courant de l'exercice (du i or décembre au 3 o novembre).

4/48'’ seront divisés en 45 primes-, une de i/io*, trois de i/ao*, seize de i/ 4 °* i seize de i/ 5 o* , et neuf de i/ 3 oo' desdits 4 / 48 ", à distribuer entre ceux des employés et ouvriers qui se seront distingués par leur zèle et leurs talens. Les règlemens intérieurs mentionnés à l'art. 48 ci-dessus , détermineront le mode de désignation des ayant-droit aux primes.

La troisième part du bénéfice net , neuf quarantehuitièmes (9/48°*), viendra en addition à l’intérêt 5 pour cent du capital actionnaire , et aux arrérages stipulés daus les baux à ferme et à loyer. 4/ +8°* appartiendront aux actions ; 5 / 48 " aux terres et bàtimens tenus par le Comptoir communal. La portion qui eu reviendra aux biens-fonds appartenant au Comptoir sera réunie à la réserve, et recevra la destination prévue à l’art. 18.

Enfin la quatrième part, six quarante- huitièmes (6/48"), sera mise en réserve, conformément audit art. 18 , et sauf la réduction y spécifiée. L’assemblée générale décidera , en temps opportun , l’emploi à faire du boni à provenir de cette réduction.

Si l’expérience ou le raisonnement fait reconnaître des modifications nécessaires à cette répartition , elles seront arrêtées en assemblée générale ; mais on s'astreindra toujours à prendre pour base de calcul les produits respectifs des diverses branches d’exploitation.

Les titres VI et VII sont, à proprement parler, les seuls

originaux et le grand but de ccs statuts. Si je parviens à bieu

démontrer les facilités de leur application , et l’attrait décisif qu’ils doivent avoir pour tout habitant des campagnes et tout propriétaire de biens ruraux , j’aurai fait un grand pas vers la tâche que j’essaie. C’est pourquoi je vais sans crainte entrer dans une dissertation , un peu longue peut-être, sur le régime intérieur et sur les produits d’un Comptoir communal.

Les officiers dénommés au titre 5 paraissent en nombre suffisant. Si cela n’était pas , on leur adjoindrait des auxiliaires. 11 suffit aussi, en résidence fixe au Comptoir, de dix garçon» d’écurie et magasins. Si l’on a des logemens disponibles , il sera tris-bien d y casaner le plus possible d’ouvriers commensaux, parce que se surveillant l’un l’autre, il y aura plus de garantie contre le larcin. Il n’est besoin que d'un régisseur et un garçon de ferme dans chaque métairie, parce que les cultures y seront faites avec le train de l’établissement central.

e ti avail que ces divers employés ne pourront exécuter , sera fait par les habitans du lieu qui s’offriront librement. Ces ouvriers externes pourront s’employer par quart , demi , trois quarts de journée et journée entière; de telle sorte qu 'après avoir vaqué le matin au travail de la terre, à la culture, ou aux etables , ateliers, magasins, ils puissent, au quart de la journée ( après déjeuner ) , alterner à un travail différent , et alterner encore deux fois dans l’aprés-midi. Cette variété de travaux est un besoin impérieux do l’homme ; c’est le plus puissant «noyen de le récréer, de lui éviter la fatigue et le dégoût. La division de la journée par quarts permettra à plusieurs ouvriers, et particuliérement aux femmes , de ne venir travailler qu’avant ou après les soins à donner à leur ménage. On ne les assnjetUra qu’a s’inscrire dés la veille ou avant-veille , assez tôt pour que les régisseurs puissent organiser les ouvrages et ateliers selon le nombre et la force des travailleurs, comme cela se pratique dans tous les travaux publics exécutés par régie. Les régisseurs pourront ainsi faire faire dans une matinée cinquante journées de charrue , et cinquante journées de transport dans la soirce , en n’occupant que pendant une demi-journée l’ouvrier qui , s il cul dû travailler seul, se serait harassé cinquante jours de suite à la meme besogne. Tous les ouvrages à la portée des enfaus leur seront exclusivement réservés.

Les {tailles de régie porteront la fraction de journée ou la journée entière , telle qu’elle aura eu lieu. Le taux du salaire sera réglé en raison du sexe , do l’âge et de la nature du travail, le plus répugnant devant toujours être le plus rétribué. On fixera ce taux à la somme nécessaire pour la sustentation journalière des individus , ou peu au-dessus de cette somme , afin de leur ménager une plus forte part en réserve dans les bénéfices annuels.

Les ouvriers inscrits seront classés en autant d’ateliers ou compagnies qu’il y aura de genres difFérens d’ouvrages à exécuter. Ils désigneront eux-mêmes les genres qui leur plairont le plus. On organisera donc une compagnie pour le labour , une pour la culture du pavot oléagineux , une pour la pornmede terre , une pour la boulangerie , une pour la préparation du potage à la viande , une pour l’apprêt de tels légumes , une pour la ribe de l'huilerie , une pour la clarification de l'huile , une pour le soin de la cave , une pour le grenier à blé , une pour les meules de fourrages , une pour le magasin des étoffes , une pour la comptabilité , etc. etc. La force de chaque compagnie sera proportionnelle à l’exigence de ses travaux. Le nombre des ouvriers présens au travail déterminera le temps de sa durée. Si l’on ne peut employer au même moment loi^ les inscrits , et si aucuns ne se retirent volontairement , le sort désignera ceux qui vaqueront de suite ; les autres tiendront la première séance à venir.

La compagnie aura ses chef, sous-chef et fourrier. Ce seront les plus experts, de l’aveu de leurs camarades. Le régisseur dirigera et devra confirmer leur élection. Le fourrier tiendra le contrôle journalier ou feuille de régie à remettre chaque soir au régisseur. Les chef et sous-chef dirigeront le travail , tout en exéoutant, ainsi que le fourrier , leurs propres tâches.

Au moyen de ces dispositions, tout homme, femme, enfant, pourra être enrôle daus ta ou ao compagnies différentes. Dans l’une , il ne tiendra peut-être que le dernier rang ; dans une autre , un rang moyen ; dans une autre encore , il sera le chef. Ce sont autant de chances ambitieuses fort stimulantes , et qui convergeront trés-biqp pour la plus grande régularité de l’ensemble.

Supposons que le Comptoir exploite,

1° 83 o journaux de champs de diverses qualités , et 3^0 faux de prés. Leur culture sera mise spontanément et sans obstacle, sur le même pied que la culture de M. Marin de Malherez, à Champagney ; car rien ne sera plus facile que cette amélioration , avec les moyens à la disposition du Comptoir communal. Or il est bien positivement établi, dans les mémoires de la Société d'agriculture de Besançon, 1831-1833, p. 304, que le produit brut , année moyenne , du domaine de Champagney , contenant 83 journaux de champs et 3 ^ faux de prés , s’élève à 9,061 francs (1). Le produit brut de l’exploitation du Comptoir en céréales et fourrages sera donc de 90,610 fir. Abonnons pour les 5 / 6 " seulement, afin de n'étre pas taxé d'aller trop vite. Ce sera fr. 75,5oo

(1) La valeur vénale et rentuelle de ces terres peut s'e calculer ainsi :

90 journaux de labours , 1 ”

qualité , «

600 fr.

54 ,ooo

id. à

ato d°.

id. à

3 oo

63 ,ooo

ato d°.

id. à

id. à

3 o faux de prés ,

i re

qualité , à

36 ,ooo

id. à

id. à

8oo

id. à

id. à

3 oo

A valoir pour frais

d'acte ,

etc.

1 5 , 8 oo

Total.

•fr.

5 a6,ooo

Je dois dire, pour ceux qui n'ont pas les mémoires de la Société de Besançon , que le domaine de Champagney est cultivé en assolement continu , avec prairies artijicielles , racines fourragères , etc. ; on y emploie des instrumens aratoires perfectionnés ; on y fait des labours en défonce ment, [ etc. ; en un mot , on y a substitué les bonnes méthodes à lit stérile routine.

75,5oo

Report.

a 6 Une manutention de denrées reçues en dépôt ,

Tendues , etc. , en valeur du double du fonds fait pour les avances ( art. 4 des statuts ) , et supposé que le Comptoir ne vende qu’après 6 mois de conseing, 80,000

3 ° Des troupeaux de bétail à cornes et à laiue , et de porcs. 11 est inutile que je m'arrête à énumérer ce qu’il conviendra de tenir en chaque espèce au Comptoir communal. Si, au moyen des dépôts qui lui seront faits, des avances dont il pourra disposer, et de son crédit , le Comptoir a , dés la première année , des troupeaux en valeur de 3 o,ooo fr. , ils rapporteront brut au moins le aS p. de ce capital, croissance , progénitures , lait , toisons et fumiers compris. Si sur ce produit brut ( 7 , 5 oo fr. ) , en déduit le 6 a /3 p. pour frais d'entretien , ainsi que je le porterai en dépense , à coup sur l’approximation sera très-faible. D’ailleurs elle suffit dans ces calculs , ci 7,500

4 ° Une manutention alimentaire, qui probablement fournira la presque totalité de la nourriture des officiers , employés et ouvriers du Comptoir. Si , les saisons compensées, le nombre moyen des journées revenait à 7a hommes, 5 o femmes et tao enfans , abonnés à 1 5 , ta et 6 sols par jour, le produit brut de la manutention serait de 43 ,ooô fr. On cherchera moins sur cet objet que sur aucun autre à faire des bénéfices pécuniaires. Les comestibles', moyennant les nécessaires et considérables économies résultant d’un grand mouvement culinaire et d’une forte massa d’approvisionnemens , devront infailliblement être de meilleure qualité et plus aboadans au Comptoir , que ceux que les consommateurs se procureraient chez eux ou au cabaret , aux mêmes prix. C’est ce dont il faudra parvenir à convaincre tout le monde. J’alloue en conséquence 4°,ooo fr. pour frais d’achats et de

i63,ooo

A reporter.

Report.

préparations , ce qui lie supposera que le 7 p. °f 0 en bénéfice , ci

5 ° Diverses fabrications industrielles. En première ligne doivent figurer celles dont les produits ruraux offriront les matières premières , et auxquelles le grand bétail pourra être utilisé comme force motrice. Citons , entr'autres fabriques , les huiles clarifiées , les viandes sèches , selon le procédé de M. Desfosses ( mémoires de la Société d'agriculture de Besançon, utsuprà i p. 3 g ) , les fruits conservés par le procédé Appert , les fruits secs , légumes et fruits confits au sucre , au vinaigre , à l'alcool , ou simplement par la cuisson. Une bonne gestion peut tirer grand parti de ces divers articles , surtout de celui des fruits et légumes. Aucun particulier ne s’est encore avisé d'essayer en grand l'emploi du procédé Appert , parce qu’il est peu répandu , et exige des ustensiles qui ne peuvent appartenir qu’à un grand établissement. Si le Comptoir communal se procurait à peu de frais des vases en fonte, en fer-blanc , ou seulement en terre bien émaillée , et s'il parvenait à conserver même des melons , ses ventes , au cœur de l'hiver et au printemps , produiraient quatre à cinq fois le prix coûtant. Le produit brut des fabrications est ici évalué à 160,000 francs. Comme on doit les livrer au consommateur à un rabais sensible sur les prix du commerçant , qui trés-surcment y gagne plus du 30 p. °/„ , cumulativement avec le manufacturier , nous n’élèverons pas le bénéfice du Comptoir au-delà du 17 l/a p. °f„. Lés frais de matières premières , édifices , outils et journées d’ouvriers , figureront donc ci— après pour 1 36 , 000 fr.

6° Un débit de marchandises les plus demandées à la campagne. Le vin , la bière , l’eau-de-vie , font partie de cet article , qui comprend tous les objets de consommation habituelle , étoffes communes , mer-

43 ,ooo

A reporter

3 fi 6 ,ooo

Report. 366,000

ceries, etc. etc. On ne vendra pas de toutes ces choses pour moins de 100,000 fr. , si on les offre à un prix inférieur au cours et en aussi bonne qualité.

Les marchands ordinaires y gagneraient au moins le 16 p. °/o ; nous nous contenterons de ne porter en compte que le l3. 100,000

Total du produit brut des exploitations du Comptoir 466,000

Dépense nécessaire pour obtenir ce produit brut :

1° Intérêt 5 p. °f 0 de l'avance des fondateurs ( art. 4 de» statuts ), 5,ooo '

a° Fermages, impôts, loyers de bàtimens et frais d'exploitation rurale. Le fermage , d’après le taux moyen ordinaire , si peu garanti par les métayers actuels , ne s’élèvera guères qu’au 4 p, °/ 0 de la valeur des terres. Or cette valeur, d’après le détail ci-dessus, représentant un capital de 5a6, 000 fr. , on doit porter pour fermage, a 1,000

Toute terre s’afferme avec ses bàtimens d’exploitation pour lesquels il n’est payé aucun loyer. On ne porte donc rien ici à Ce titre , vu surtout les dépenses d’appropriation faites par le Comptoir et prévues à 1 ait. 4 des statuts. mémoire .

Impôts , semences , cultures et frais de tous genres , tels qu’ils sont calculés par M. de Malherez (ut suprà ), 40,000

3° Paiemens aux consignateurs et vendeurs de denrées agricoles. Moyennant l’accomplissement de toutes les conditions prévues dans ces statuts , ces paiemens ne sauraient dépasser les g/10* 1 de la valeur réalisée, telle qu’elle figure ci-dessus , n° a (80,000). Il est bien constant que les grains sont toujours plus chers de février en juillet, que d’août en janvier. Ils abondent et se vendent désavantageusement dans cette

A reporter.

Report.

seconde période semestrielle : les cultivateurs et rentiers en sout embarrassés , et c’est alors qu'ils feront le plus de conseings. Tous les conseings reçus avant le 3 o novembre étant devenus ce jour-là la propriété du Comptoir , il ne fera ses ventes qu'an bon moment , et gagnera ce qu’aujourd’hui gagnent les gros marchands de blé- Il y a lieu de croire que parmi ses manutentions se trouvera un moulin à eau ou à la va'peur , approprié pour la mouture dite à Pan— glaise. Dans ce cas , le Comptoir ( qui au reste ne pourra être soupçonné de falsifications de ses produits ) , débitera plus de farines que de grains , et fera plus de bénéfices qu’aucun concurrent du pays. N’est-ce pas descendre à un minimum bien exigu que restreindre la quotité de ce gain au 10 pour cent des valeurs consignées ? La commission de dépôt ellemême devra approcher beaucoup de ce taux d’un dixiéme par an , si elle ne l’absorbe pas en entier.

4 ° Entretien des troupeaux. (Voy. n“ 3 des produits).

5 ° Dépense de la manutention alimentaire , ainsi qu’elle est établie au n° 4 des produits.

6° Fabrications manufacturières ; idem n° 5 .

7 0 Prix d’achat des marchandises vendues

; id. n°

8° A valoir pour traitemens d’officiers,

régisseurs

et domestiques :

Un directeur ,

Un caissier ,

Cinq régisseurs à 1,200 fr. ,

Ciuq domestiques à joo fr. ,

Cinq idem , enfans , à 200 fr. ,

Frais d'inspections , de bureau , jetons

de présence , et cas imprévus ,

Ces tra temens seraient bien faibles , sans doute , si le sort des employés ne différait pas de celui qu’ils auraient dans tout autre établissement actuellement

1 5 ,ooo

A reporter.

4 1 4 i<>oo

Report. 4 1 4,000

existant- Au Comptoir communal on a plusieurs chances , inconnues ailleurs : d'abord, une part dans le dividende des bénéfices ; ensuite , des occupations lucratives pour sa femme , ses enfans. Tel officier se ménagera pour lui — même un travail agréable , en s'enrôlant par goût autant que par zèle , dans quelques compagnies où il vaquera aux heures que n'exigera point la caisse ou le bureau. 11 y aura aussi beaucoup à économiser en s'approvisionnant aux diverses manutentions.

Total des dépenses , 4 1 4 >° 00

Rapport des recettes , 466,000

Partant , la balance donnerait en bénéfice , 5 a,ooo

Mais, comme on a dû s’en convaincre dans. les détails où je suis entré sur les diverses opérations du Comptoir , tous çes aperçus sont cavés au plus bas. A l'article de la culture, par exemple , je ne me contente pas de réduire d'un sixième ce qui sûrement sera obtenu selon les positives expériences de M. de Malherez ; je maintiens encore à la dépense les journée* d’ouvriers , d’attelages , le fumage , etc. , au taux qu’indique ce soigneux agronome. Ces frais , au Comptoir , seront considérablement diminués , puisqu’on emploiera des animaux dont le travail n’est point compris parmi les produits énoncés. Les grands soins de la gestion , les grandes économies résultant des mesures d'ensemble , de l'attention qui sera mise à ne rien perdre de ce qui pourra être utilisé ; vingt menus articles que je néglige de porter en ligne de compte, tels entr 'autres la volaille, les fruits, les légumes, etc., et encore les valeur s de crédit , dont le Comptoir pourra profiter tout aussi bien que les banques , à qui ces valeurs assurent seules de si énormes bénéfices ; tout cela ne peut manquer de tiercer peut-être le boni évalué à 5 a,ooo fr. Je me bornerai pourtant à ne pas le supposer élevé au-delà de 60,000 fr.

D'après l’article 55 du projet de statuts , ces 60,000 fr. se répartiraient comme il suit :

8/48'* aux consignatcurs, soit 10,000 fr. , qui assureront une

prime de loo fr. an propriétaire de tout dépôt ayant 600 (r. de valeur , ci

ai/48” aux officiers , employés et Ouvriers, de telle sorte que si les registres de compte portent à 109,375 t. la somme des traitemens et salaires , chaque homme , femme ou enfant qui aura déjà reçu 5 oo fr: , touchera 1 10 fr. à titre de dividende. Sur ce profit de fin d’année doit reposer le plus grand avantage du Comptoir communal. A lui seul il doit avoir plus d'efficacité que n’en ont tons les moyens actuellement usités pour rendre les individus laborieux , et les mettre à l’abri du besoin , triste fruit de la commune imprévoyance. L’employé ou l’ouvrier verra que , s’il ne se recommande pas par son zèle , sa probité ; s'il se fait éliminer des contrôles comme ayant nne mauvaise volonté persistante, il se prive non-seulement d’un travail moins pénible qu'ailleurs, d’un salaire exactement payé, mais encore d’un dividende qu'il ne retrouvera nulle part. Quoi de plus déterminant pour le retenir dans le devoir ?

4/48” aux mêmes , en 45 primes à distribuer en raison du mérite et des talens , ou services rendus :

I prime de i/io*, 5 oo

3 id. de 1/30' ou i 5 of. , y 5 o

16 id, de i/ 4 o‘ ou ia 5 f. ; 3,000

16 id. de i/ 5 o* ou 100 fr., 1,600

9 id. de t/ 3 oo* ou 16 66 a/ 3 , i 5 o

Les candidats pour ces 45 primes , dont les 9 dernières arriveront nécessairement aux enfans, seront iuscrits sur une liste formée par les régisseurs et chefs d’ateliers , et approuvée , s’il y a lieu , ainsi que je l’expliquerai tou t-à-1’ heure.

4/48'’ aux actionnaires , qui de cette sorte recevront effectivement le to pour cent de leurs actions, ci 5 / 48 “ aux propriétaires des terres et bàlimcns tenus à bail , ce qui leur fera toucher au-delà du 5 i|a,

A reporter.

5 ,ooo

5 ,ooo

Report.

et non plus seulement le 3 1 /a, le 4 pour cent en maximum de leurs capitaux, ci ç ^ 5 o

6/48" pour la reserve, art. t8 des statuts, 7 ,5oo

Somme égale au bénéfice total, 60,000

Objectera-t-on que tous ces calculs paraissent purement arbitraires ; qu’il n’est point prouvé qu’en assignant telle quotepart à tels coopérateurs, od observe une juste proportion ? Cela n’importe en aucune manière. Pour l’équité et pour prévenir tout motif plausible de plainte , ne suffit-il pas que chacun ait eu connaissance de ces règles du Comptoir cohmural , avant de s’intéresser à sa fondation ou de travailler ponr lui ? Et si le raisonnement ou l’expérienoe, ou tous deux ensemble, font découvrir des rectifications convenables , qui empêchera de les effectuer et annoncer à l’ouverture de chaque exercice ?

Sans doute il est à présumer qu’entr’autres défauts d'équilibre , on reconnaîtra la trop faible quotité du revenu des terres au profit de leurs propriétaires , comparativement an revenu des autres capitaux et à la somme donnée à la maind œuvre. Ce sera l’une des premières modifications à examiner. Si l’on s’en tient au tiers-fruit , selon la coutume, le revenu foncier atteindra souvent le 6 et le 7 pour cent.

Si le Comptoir communal fait moins d’affaires que je n’en suppose , il y aura diminution dans les masses de produits • mais la proportion , quant aux bénéfices, différera assez peu!

Au reste, le lot à assigner à chaque branche d’opération doit

re en rapport avec le produit pour lequel cette brancha figure dans le bénéfice général du Comptoir. La proportion devra toujours s’établir en raison de l’état des choses, ainsi quon la vu dans les calculs dont j’ai supposé les bases.

Les candidats a mserire pour 1 „ 45 primes, seront: i° Sans distinction de sexe ni d’âge, les ouvriers et employés dont les comptes-ouverts prouveront la plus grande assiduité au travail journalier, tant de l’année expirée que des années antérieures , le plus de régularité économique aux diverses manutentions et au* magasins de marchandises eu débit.

On consultera ainsi le soin avec lequel , soit par sagesse de conduite, soit même par cupidité', chacun aura le mieux employé son temps , aura le mieux combine scs besoins avec ses ressources-

a 0 Les ouvriers et employés qui se seront signalés par un talent distingué , soit pour la meilleure conception , soit pour la meilleure exécution des opérations agricoles , manufacturières , culinaires ou commerciales-

La désignation de ces candidats sera faite au scrutin , dans chaque compagnie de travailleurs- Les régisseurs en feront rappoit au directeur , et un conseil des primes , composé des syndics et du directeur, arrêtera la liste définitive.

Sur les six quarante-huitièmes ( 6/48” ) montant de la réserve, il conviendra que l’assemblée générale impute quelques légères gratifications au directeur et autres officiers qui les auraient méritées, d’après le compte rendu des syndics- Elle accorderait aussi des secours aux familles malheureuses- Ces générosités ne pourraient en aucun cas absorber plus de deux quarante-huitièmes ( a/48'* ). Les quatre rrstans subviendront aux autres objets prévus à l’art- 18 des statuts, de telle manière qu’ils se cumuleront successivement , et qu’à l’expiration des trente années que doit durer la société fondatrice, son capital sera porté au triple de sa première mise- Tous les objets représentant cette première mise ne diminueront jamais de valeur , car leur entretien est compris dans la dépense de 4 i 4 ,ooo fr- dont j’ai donné le détail- Chaque dimanche , après les offices divins, et encore le jeudi, lorsqu’il y aura lieu ,. la bourse du Comptoir communal se tiendra en plein air ou dans la grande salle, selon la saison - Le Directeur ou un régisseur présidera cette séance : les autres régisseurs et le caissier formeront le bureau- Le président publiera les prix cotés des denrées , d’après les mercuriales des marchés voisins , et d’après le bulletin des lois : il fera connaître l’avis du bureau sur la chance qu’il y aurait pour le Comptoir, et conséquemment pour tous ses intéressés, de faire actuellement des ventes ou achats- Tout assistant inscrit sur les registres de l’établissement, soit comme consignait ur ou bailleur de biens-fonds , soit à tout autre titre de coopé-

pératcur ,

pérateur, pourra émettre son opinion. Néanmoins, on n'anra voix délibérative que pour les affaires auxquelles on sera directement intéressé. On votera par assis et levé , et au scrutin, s’il en est besoin.

L’assolement annuel de tout le territoire cultivé par le Comptoir communal , et généralement toute affaire d’intérêt collectif, serout réglés de la même manière.

On ne pourra s’occuper à la bourse d'aucun objet qui ne concernerait pas exclusivement les intérêts commerciaux , agricoles ou industriels du Comptoir communal.

C'est dans ces réunions de bourse , qui déjà se tiennent à l'issue de la grand’messe sur la place du village , confusément et souvent pour ne s’occuper que de vétilles; c'est dans ces réunions que chacun s'instruira dans l’art mercantile , dont il aura recueilli les premières notions dans les boutiques du Comptoir, où les comptes lui seront communiqués, et où sera perpétuellement affiché le tarif général des articles en vente , avec indication de ce qu'ils ont coûté pour achat sur le lieu de leur production, et pour frais de transport.

Après avoir ainsi traité des dispositions d'ensemble du Comptoir communal , et démontré les avantages généraux qu’elles garantissent à ses fondateurs et à la société , observons un moment leurs effets pour l’amélioration du sort des individus.

Le patrimoine d’Isidore consiste en cinq journaux de terre de diverses qualités , formant , selon l’usage , plus de cinq parcelles éloignées l’une de l’autre ; six ouvrées de vignes en trois parcelles, et une faux de pré, encore en trois parcelles. Ces biens-fonds ne produisant pas suffisamment pour la sustentation du ménage d'Isidore , composé de sa femme et de quatre enfans vivant avec lui, et leur culture ne pouvant l’occuper toute l’année , il prend à ferme sept autres journaux de labours et deux faux de pré , toujours disséminés en nombreuses parcelles. 11 suit , comme de coutume , l’assolement triennal. Ses douze journaux , un tiers en froment, un tiers en seigle , avoine et menues graines , un tiers en jachères , rapportent brut , année moyenne , 70 mesures de blé , et 60 mesures d’autres céréales.

Pour obtenir ce produit , il a fallu ;

i" Seize mesures de blé et seize mesures de grains divers employés en semence.

a" Toutes les journées de labourage , semailles , sarclage , moissons, battage, vannage, etc. , que la famille entière d'Isidore a su et pu faire avec scs deux bœufs , et concurremment avec la culture de la vigne et des prés -,

3 ° Payer un rentaire de ao mesures de blé pour les champs, de 60 fr. argent pour les prés , et les contributions ;

4 ° Pourvoir au logement , à la nourriture et à l'entretien de six personnes , de deux bœufs et d’une vache.

Evaluons approximativement toutes ces choses :

Produit brut,

70 mesures de blé â 3 fr. 5 o , et 60 mesures de menues

graines à a fr. , ci 365

33 côtes de vendanges à 4 fr. a 3 a

60 quintaux de foin à a fr. lao

a 5 d°. de regains à t fr. 5 o 3 7

4o d°. de paille à 1 fr. 4°

Jardinage, légumes, fruits, lait, etc. 66

Total.

Dépense nécessaire , imputable sur ce produit brut. Semences : seize mesures de blé à 3 fr. 5 o , et seize mesures d’autres céréales à a fr. 88

Impôts , par aperçu , 3 a fr. ; rentaire des champs , ao mesures â 3 fr. 5 o, 70 fr. ; rentaire des prés 60 fr. ; en tout 16a

Logement , nourriture et entretien de tout le ménage , 1 fr. 35 par jour : c’est trop peu , sans doute ; mais il faut bien que le ménage s’y restreigne par nécessité ; et d’ailleurs nous ne tenons point compte des produits communaux en bois , en pâturages , et des cas éventuels , 4 3 9

Appoint ou boni 18

Somme égale.

La balance n’établit pas ao francs de bojti ; et pour l'obtenir ,

le ménage a dû vivre avec une rigoureuse parcimonie , être mal nourri , mal logé , mal vêtu. Il a dû s'accabler de travaux ré— pugnans , car il y a vaqué sans diversion , sans compagnie v souvent sans pouvoir s'aider d'insirumens convenables pour alléger ses fatigues : enfin il n'a connu que les privations , les ennuis de la vie , et aucune de ses douceurs.

L'année d'Isidore s'est répartie en ,

80 journées de labours et cultures des céréales;

4 o id. pour transport de récoltes, battage et vannage;

40 id. pour culture et récoltes des vignes et des prés;

i 5 id. pour conduire les rentaircs, et pour les foires , ventes et achats ;

i 5 journées pour le jardin, les légumes, fruits, etc.;

60 id. pour entretien des clôtures, bitimeus, iustrumens aratoires et ustensiles , coupes du bois , travail à la cave , au grenier , corvées communales , etc. ;

60 jours fériés ;

55 jours perdus faute d’occupations qui aient pu s’y remettre, jours de maladie, etc.

Les memes objets ont exigé cent journées de la femme d'Isidore : elle a vu le surplus de son temps absorbé par le travail du ménage et le soin des enfans- Ceux-ci n'ont pas été utilisés pendant plus de deux cent de lçurs journées , car chez Isidore comme partout ailleurs , on ne sait point tirer parti des enfans ; on les laisse muser tant que le jour dure.

Cette famille a donc vécu toute l'année aussi pauvrement que possible. Elle a dû souffrir du chaud et du froid ; s'alimenter de ce qui se trouvait sous sa main , pain noir , brouets grossiers , presque jamais de viande ; n'importe quelle lésion sanitaire a dû résulter de cet état de choses. Isidore a travaillé seul, livré à tout l'ennui de l'isolement, à tous les écarts de jugement et d’imagination qui ont pu lui survenir. Si ses voisins sont venus l’aider pour le battage , le vannage , etc. , ça été par compensation de ses propres journées faites en échange. Il lui a fallu tenir un nombreux attirail de voiture , harnais , celliers , sacs , tonneaux , etc. , qu’il lui était bien impossible de mettre et conserver en bon état. En un mot , il a été excédé de soins, de soucis , de dégoûts ; il a souffert une extrême exiguité de

moyens de satisfaire les plus impérieux besoins de sa famille» Et qu’on ne dise pas que mes calculs sont faits à plaisir ; que je sacrifie l'exactitude pour arriver aux conséquences qui entrent dans mes vues» Je soumets ces calculs à des juges trop exercés pour n'en pas reconnaître la trop grande justesse : quiconque voudra passer un jour d'investigation au village , les aura bientôt vérifiés. Quand même j’aurais erré jusqu’à faire mécompte d’un tiers, en serait-il moins vrai que l'existence actuelle d’Isidore , et celle de l’immense majorité des cultivateurs , est intolérable aux yeux de tout riche ayant quelque sentiment humain !

Supposons maintenant le Comptoir communal en activité, et tel que noos l’avons décrit : Isidore aura l’option de continuer ou non sa culture isolée.

S’il la continue , il consignera ses gerbes et vendanges , au moment de leur récolte» II n’aura plus de frais à faire en voitures , ustensiles et soins de conservation. Il travaillera au Comptoir pendant les nombreuses journées que ces soins eussent exigées, et encore pendant les journées qui présentement sont perdues pour lui , dans ce qu'on appelle la morte-saison • Sa femme et ses enfans travailleront et gagneront de la même manière.

Si, comme tout concourra à l’y engager, Isidore préfère cesser sa culture isolée et afièrmer ses biens au Comptoir communal , il s’assurera un bien-être dont il convient de détailler le tableau.

Son patrimoine représentant un capital de 3 ,ioofr. (les champs 1700, les vignes 600, les prés 800), il lui reviendra pour rente annuelle , en minimum de 5 pour cent , ci i 55 f- Qu’il ne fasse au Comptoir communal que a 80 journées à ao sols seulement , ce sera , avec la chance de dividende final , au moins 36 o

aoo journées de sa femme, à l 5 sols, idem , 31S

S60 id. de ses deux enfans de toet ta ans , à 1 o sols, id. 35 o Gain présumé hors du Comptoir, 70

„ Total du produit, i,i 5 o

Dépense d’Isidore et sa famille an Comptoir : fr.

a8o journées de nourriture d'homme, à i5 sols ato

aoo

de femmes , à ta sols

d’enfans de îo et u ans, à 6 sols

d’enfans de 5 et y ans , à 5 sols

IOO

Hors du Comptoir : complément des journées de nourriture de toute la famille -, ( on le calcule sur le même pied que pour le me'nage vivant dans l’isolement, ci aao

Reste pour legement , vê terriens, contribution personnelle , seule restée à la charge d’Isidore , et pour boni , 33a

Somme égale i,i5o

A coup-sûr rien ne sera plus fecile à la famille d’Isidore que d’atteindre à cette situation. Elle acquerra ainsi une aisance bien effective , qui d’annce en année deviendra plus agréable , à mesure que les enfans grandiront et permettront aux père et mère de vaquer plus longtemps au travail. Alors, si elle le veut, cette famille , qui disposera pour elle-même de 1,100 fr. au lieu de 5oo fr. dont elle peut à peine disposer aujourd’hui, économisera chaque année la valeur d’un ou deux dixiémes d’action du Comptoir. Elle aurait une action entière après 6 ou 7 ans d’exercice de son industrie , et Isidore et sa femme ne mourraieut pas sans léguer à leurs héritiers une valeur triple de leur patrimoine primitif.

Une famille d’absolus prolétaires , se gardant bien de perdre nne seule journée de travail , n’économisera guéres moins qu’un petit propriétaire comme Isidore. Elle y parviendra d’autant plus facilement , que sans doute les fondateurs du Comptoir seront assez bienfaisans pour admettre sans frais de nourriture, tout enfant au-dessous de 5 ans d’âge , dont les père et jnère ne quitteront pas les ateliers.

Tel sera le sort des pauvres. Les riches de tous les degrés se feront des rentes et des occupations relatives. Il est aisé de déterminer Us unes et les autres, d’après Us données que j’ai établies. *

Titre VIII. Des Actions.

Art. 56. Les titres des actions du Comptoir communal sont extraits d'un registre à souche : ils portent la signature du Directeur et celles des Syndics , et de plus un numéro d’ordre, et ils sont frappes du timbre sec de l’établissement.

Ces titres sont stipules à ordre, et sont aliénables par la voie de l’endossement sur le titre lui-inême ; mais cet endossement ne confère à l’acquéreur la qualité d’actionnaire qu’autant qu’il est revêtu de la signature des Syndics et de celle du Directeur, s’ils jugent convenable de donner leur approbation à la vente. Cette approbation sera constatée par une délibération prise dans le comité et rappelée à la suite de l’endossement.

Quant aux actions qui sont ou seront à la disposition de la compagnie, elles ne pourront être aliénées qu’en vertu d'une délibération du comité, qui sera mentionnée à la suite de l’endossement. Le transfert des actions s’opérera sur le grand-livre , sur lequel sera inscrit le nom du nouvel actionnaire.

Art. 5}. En cas de mort de l’un des actionnaires « sa personne se continue en celle de scs héritiers; néanmoins , comme les actions des fondateurs sont indivisibles, les héritiers sont tenus de se faire représenter par un seul d’entr’eux, lequel n’aura la qualité d’actionnaire et le droit de suffrage qu’autant qu’il aura été admis par le comité des syndics.

Il en sera de même en cas de faillite d’un des actionnaires , à l’égard de ses créanciers.

Dans tous les cas , les ayant-droits du défunt ou du failli, toujours représentés par un seul individu, n’eu toucheront pas moins les intérêts des actions appartenant à ce dernier , et leur dividende des bénéfices.

Ciçjitked hy C'.ooglc

Titbe IX. Dispositions générales.

Art. 58. La dissolution de la Société avant son terme ne pourra être proposée que par le comité des syndics, et résolue en assemblée générale, à la majorité des trois quarts des actions présentes à l’assemblée,

Art. 5g. Dans le cas où, par suite de pertes successi— renient éprouvées , le fonds capital du Comptoir com-

munal, s’élevant à se trouverait réduit à la

somme de (le cinquième), la Société serait

dissoute de plein droit, sans qu’il fût nécessaire d’en faire ordonner la dissolution , et il serait procédé à sa liquidation.

Art. 60 . A l’expiration de la Société , si elle est renouvelée, ou en cas de dissolution avant le terme fixé pour sa durée , la liquidation sera faite par le directeur ou l’un des régisseurs, au choix de l’assemblée générale.

Cette liquidation aura lieu sous la surveillance du comité des syndics , qui arrêtera le mode à suivre pour la vente des meubles et immeubles, la quotité des répartitions , et les époques auxquelles elles auront lieu.

11 est expressément convenu que les ventes, finales seront effectuées sans formalités judiciaires , lors même que les héritiers des actionnaires décédés se trouveraient en minorité.

Art. 6 i. Toutes les difficultés qui pourraient survenir entre la compagnie, d’une part, et les actionnaires ou leurs ayant-droits, les consignateurs, employés et ouvriers, d’autre part, relativement aux intérêts du Comptoir communal , seront soumises à deux arbitres nommés par les parties respectives.

A défaut par l’une des parties de nommer son arbitre dans les tr&is jours de la sommation qui lui aura été faite , il 3era nommé d’office par le juge de paix du canton.

En cas de partage d’avis , les arbitres sont autorisés à choisir eux-mêmes un tiers-arbitre pour faire cesser le partage d’opinions. Lesdits arbitres seront même dispensés de l’observation des formalités judiciaires.

Les parties seront tenues de s’en rapporter à la décision des arbitres , et en cas d’intervention du tiersarbitre, à la décision de celui-ci, comme à un jugement en dernier ressort , sans pouvoir en appeler ni se pourvoir en cassation.

Art. 6a. Tout actionnaire , consignateur , employé et ouvrier du Comptoir communal souscrira une adhésion formelle aux présens statuts , avant d’être admis à aucune coopération.

Art. 63. Sur la proposition du comité des syndics, les présens statuts pourront être modifiés en assemblée générale , à la majorité des trois quarts des actions représentées à l’assemblée.

Néanmoins , la majorité simple des mêmes actions , représentées dans l’assemblée , suffira pour l’adoption des modifications ou changemens qui seraient proposés par le gouvernement.

Les titres VIII et IX ne sont encore qu’une copie du bulletin des lois cité , pages 638 et 639 . Il n’est pas besoin d’un commentaire pour faire ressortir leur utilité.

Peut-être remarquera-t-on dans ce projet de statuts que certaines conditions du programme de la Société d’agriculture n’ont pas été complètement remplies : je dois à cet égard quelques brèves observations.

i° L’objet principal et à peu près exclusif du Comptoir communal dont les statuts sont demandés, devait être l’entrepôt des denrées, avec prêt sur leur valeur. J’ai beaucoup agrandi le plan de ce nouvel établissement :

l’entrepôtn’yserait plusqu’une de* branche» d’opération», et encore l’une des moins considérables. En dépassant ainsi les bornes qui semblaient êtse posées, j’écrivsûa dans la pensée , devenue proverbiale, que ce qui abonde ne nuit pas. Si, en effet, on ne trouvait pas à affermer des terres, on se restreindrait facilement à l’entrepôt et aux manufactures ; et si l’on ne pouvait ni cultiver , ni manufacturer , il ne serait pas mojns facile de se borner à l’entrepôt seul. Les changemens à faire aux statuts, dans l’un ou l’autre cas, sont trop simples pour qu’il y ait Heu de les détailler. De tels statuts seront toujours susceptibles d’être modifiés de bien des manières, selon les localités. Ce sera naturellement l’affaire des fondateurs.

a® Une des conditions imposées par le programme, était le moyen de prévenir les accaparement qui pourraient influer sur la hausse ou la baisse trop considérable des denrées. Je n’ai pointabordé explicitement cette question, parce qu’il m’a paru que je pouvais m’en dispenser. Un Comptoir communal existant seul, sans établissemens vicinaux de la même espèce, ne devra gucres pourvoir qu’à son propre approvisionnement. Il se le ménagera de fait par l’usage de ne vendre qu’après plusieurs mois de dépôt, les denrées reçues en conseing. Quant aux grandes mesures de précautions contre les disettes générales , elles ne pourront être prises que par un certain nombre de Comptoirs en activité. On conçoit aisément qu’organisé ainsi que je l’ai décrit, ce genre d’établissemens ne laisserait rien à désirer pour la formation et la maintenue des greniers d’abondance.

Ici se terminent mes essais sur le sujet proposé par la Société d’agriculture et arts de Besançon. Il peut y avoir, je ne me le dissimule pas, beaucoup b ajouter «

corriger et même retrancher dan» ces projets de statuts. Ce sera la tâche des agronomes zélés qui ne craindront pas d’approfondir la question , et de vouloir avancer un ou deux centièmes de leur fortune pour devenir fondateurs. Tout projet de statuts se discute et se perfectionne ainsi. Si l’on daigne m’appeler aux conférences, je m’empresserai de répondre à la critique, aux diverses objections qui s’élèveraient et que je n’aurai pu prévoir.

Jusque»- là ne suis-je pas quelque peu fondé à croire à la justesse de mes démonstrations et aux preuves arithmétiques qui les appuient? Ne suis-je pas autorisé à penser qu’un Comptoir communal réunissant de si nombreuses chances de bénéfice et d’attrait, aura bientôt entraîné dans son mouvement tout ce que circonscrira sa sphère d’activité? Aux riches il offrira de se charger de tous les soucis que leur cause le mode actnel de culture , de conservation des denrées , et la nécessité où ils sont de s’assujettir pour ces choses à des domestiques parasites , fainéans , inhabiles et si souvent voleurs , ou d’entrer en relations avec des fermiers cauteleux, grossiers et insolvables. Il offrira aux pauvres, du travail productif, stable, varié et très-peu fatigant. Il sera le point de contact le plus avantageux entre le gouvernement et les sujets , secondant l’un dans son action , lui fournissant des données enfin exactes sur le produit réel des terres., de l’industrie et du commerce, prémunissant les autres contre l’arbitraire , et contre leurs propres impulsions de licence et d’anarchie.

Quand le respectable Président de la Société d’agriculture, M. Girod de Chantrans , contemple les progrès que chaque jour et depuis ses jeunes années il fait fiiire au premier de tous les arts, soit qu’il crée de nouvelle* variétés de plantes céréales ou légumineuses , soit qu’il

invente de nouveaux engrais et constate à grands frais leur action fécondante, peut-il sans mélange goûter la douce satisfaction d’offrir à son pays ses heureuses découvertes ? Hélas ! n’a-t-il pas toujours quelque amertume, le regret de voir que de tels bienfaits ne se propageront point ; qu’ils seront perdus pour la masse des cultivateurs; que nulle part ne se trouvent des moyens positifs de réaliser en grand , ce que les savans naturalistes ne peuvent effectuer qu’en infiniment petit?

Désirer l’emploi général des bonnes méthodes en agriculture , c’est vouloir l’existence des Comptoirs communaux. Eux seuls peuvent , de plein droit et sans froissement, abolir de fait la vaine pâture. Eux seuls peuvent entreprendre la fondation des greniers de réserve pour les années stériles , le reboisement des monts , l’irrigation des plaines; en un mot, toutes les grandes améliorations qui , en triplant peut-être le produit des terres , comme à Champagney dans le domaine de M. Marin , doivent aussi , s’étendant de proche en proche sur une vaste contrée , opérer et garantir à la fois la restauration de notre climature , si viciée , si décevante , et la prospérité agricole de notre noble patrie.

Les Statuts d’un Comptoir communal sont insérés ici , au risque d’une sorte de disparate daus la distribution de ce petit Traité des Procèdes Industriels. La disparate tient à la forme, à l’inconvénient de rompre le ton du début, d’intercaler cinquante pages dont la rédaction s’écarte assez du genre de ce qui les précède et les suit. Ce défaut de forme a paru obligé. Il fallait prouver que déjà nombre de mëditateurs recommandables , de

praticien i exercé» , «'étaient occupé* sérieusement des nouvelles questions proposées ; que les vues auxquelles conduisait Pexamen de ces questions , avaient été goûtées. J'ai cru devoir sacrifier à ces considérations l'avantage d'une forme plus rigoureusement méthodique.

Quant au fond des idées , celles que développe le projet de Statuts, sont, je le répète, le plus naturel acheminement vers l’issue du régime morcelé , dont j’ai fait voir l'excessive mal-faisance. Il faut des garanties contre tous les fléaux : les plus pressantes sont celles qui sauront le mieux prémunir toutes les classes de la société contre l’indigence , la fourberie , l'oppression ; assurer à toutes les classes l'exercice de leurs facultés industrielles, et d'abord mettre effectivement tout individu en jouissance du Dboit au travail.

Tout propriétaire d’un domaine considérable, toute réunion de petits propriétaires , peut tenter , avec chance certaine de succès , l’introduction de ces garanties , par la seule organisation des travaux agricoles , selon la méthode décrite dans les Statuts qu’on vient de lire. Avec de tels moyens , une volonté forte et persistante suffira toujours pour la réussite. On se restreindra, dans le premier moment, aux dispositions les plus rapprochées des habitudes actuelles ; on suivra en cela le précepte de la sagesse , pauci , sed boni , et en peu de temps l'on sera eu mesure de passer au mode complettement sociétaire , mode dont nous allons traiter.

Digilizediay.G'

Du MODE d’iIEICICE DE l’iKDDSTRII,

nommé Procédé sociétaire.

Nou* avons vu, en traitant du morcellement, que U racine du mal , l’égoïsme subversif, gisait dans la contradiction des intérêts individuels. Cette incohérence s’observe même parmi les membres d’une famille , d’un petit ménage domestique et industriel de quatre à dix personnes.

Dans nos ménages , en effet , le père , la mère , les enfans , les valets , individuellement , ne possèdent et ne consomment pas en raison de ce qu’ils produisent. Le père seul est censé producteur. La femme, les enfans, les valets, n’ont que ce qu’il plait au père de leur laisser, à moins qu’ils ne recourent à des voies quelconques, le plus souvent illicites , pour se procurer ce qu’ils n’obtiennent point de sa libre volonté. A ce conflit d’intérêts, inséparable du morcellement, est due la presque totalité des discordres intestines et des malheurs des familles.

C’est donc dans le ménage qu’il s’agit avant tout de substituer au mode incohérent, pour la production et la consommation , le mode que nous avons nommé socie'taire ; procédé moyennant lequel, ainsi que nous nous attacherons à le prouver , le père ou tout autre chef de ménage actuel , se débarrasse du faix sous lequel nous le voyons courbé; et la femme, les enfans, les valets , recouvrent l’indépendance , la faculté de produire pour eux-mêmes , de se livrer à la libre impulsion de leurs goûts naturels , sans qu’il puisse y avoir inconvénient pour eux-mêmes ou pour autrui.

L’homme a été créé avec des passions très- ardentes :

il est soumis à l’indéfectible besoin de varier sans cesse ses affections et ses travaux , d’étendre sa sphère d’activité autant qu’elle peut être étendue. Dans l’absence d’un tel essor , le moral et l’intelligence de l’homme éprouvent la même lésion que subissent ses organes visuels ou auditifs, alors qu’au lieu d’errer sur une suffisante diversité de nuances, ils demeurent fixés sur une couleur, un degré de lumière invariable, ou frappés de l’émission d’un son constamment le même.

Par une conséquence nécessaire de ces besoins de diversion dont il nous a incontestablement doués , le créateur a dû nous ménager des sympathies, des accords d'identité et de contraste , dans une grande masse de nos semblables. Il l’a dû pour multiplier les rapports des humains entr’eux , augmenter les forces, l’efficacité de ces rapports , agrandir le cercle des chances sociales qui doit envelopper la terre entière (1).

Dès-lors il y a pour l’homme impossibilité absolue de vivre heureux dans un cercle industriel et domestique , circonscrit aux huit ou douze individus dont se compose le ménage familial.

Pour mettre un terme aux discordances de ce ménage , il faut donc , de toute nécessité , le supprimer

(i) Le lecteur peinera-t-il que, pour être fortement établi, ce point de fait aurait besoin de développemcns étendus ? Leur place n'est point ici : on les trouvera dans un autre écrit que je publierai peut-être un jour , et dans lequel mes preuves seront déduites autant des traditions religieuses que des sciences naturelles. Qu'il me suffise pour le moment de rappeler qu'en toute chose comme eu musique , si les individus manquent , il n y a pas de combinaison possible. Si les sons n'étaient pas individualisés , espacés sur l'échelle musicale, on ne produirait aucun effet d'harmonie.

loi-même; le remplacer par une autre base sociale, ayant autant d'affinité avec les besoins essentiels de l'homme, que la base actuelle a d'incompatibilité avec ces mêmes besoins.

Hicliesse et santé; essors passionnels; justice et liberté: tels sont les besoins essentiels, les élémens du bienêtre et les vœux de tout homme, femme, enfant.

L’industbie est le grand moyen de satisfaire ces besoins.

Elle doit s’exercer, et sur les choses matérielles, et sur les choses spirituelles. Elle est répugnante ou attrayante , selon son mode d’exercice.

Pour l’homme de toutes les conditions , depuis le docte le plus cminent jusqu'au plus misérable terrassier, l'industrie est répugnante dans le morcellement , parce qu’alors elle opère ,

» Par les plus petites réunions en travaux de culture , ménage ou autres , » d'où naît le défaut d'aide, d'émulation et de gaité.

» Par séances de la plus longue durée, de la plus grande monotonie , » et conséquemment très-fatigantes.

» Par complication la plus grande , affectant à un seul individu toutes les nuances d'une fonction , » l'empêchant de perfectionner telle nuance qui lui plaît exclusivement.

» Par la contrainte, le besoin, » et avec la perspective de n'obtenir dans les produits qu’une part sans proportion avec la fatigue endurée, la valeur réelle du travail exécuté.

L'industrie deviendra attrayante dans l’état sociétaire , parce qu'elle y opérera en contre-partie ; c’est- *

à-dire , i

» Par les plus grandes réunions possibles dans chaque fonction.

> Par séances de la plus courte durée et de la plus grande variété.

» Par subdivision la plus détaillée, affectant un groupe de sectaires à chaque nuance de fonction.

» Par l'attraction , le charme , » et avec sûreté pour chaque individu , d'obtenir dans les produits une juste part, proportionnée à son intervention.

Tel est le but, tel doit être l’effet du mode sociétaire.

On y atteint si l’on sait remplir les conditions suivantes :

s i. Appliquer le lien sociétaire aux trois fonctions industrielles primordiales , dont deux productives , Pexploitation , dite culture et fabrique ; la consommation ou travail de ménage : puis à la fonction improductive ou distribution , dite commerce, en la subordonnant aux intérêts des deux autres, et lui laissant le moindre bénéfice possible.

» 2 . Étendre le lien aux plus grandes masses locales, afin d’obtenir les plus grandes économies et de ménager les plus nombreux essors caractériels.

> 3. Assembler des familles inégales en fortune et en tous sens , pour assurer la variété des travaux et la coopération de chacun à divers détails.

» 4* Associer lesdites masses dans leurs trois facultés industrielles , capital ( si l’on en a versé ) , travail et talent.

» 5. Associer , quant au capital , dans les sept branches de fourniture , qui sont : i. terres, a. bestiaux, 3. denrées, 4 - édifices, 5. mobilier de culture, 6 . mobilier de fabrique, 7 . mobilier de ménage, et — représentatif ou numéraire.

» 6 . Trouver un moyen de répartition proportionnelle aux trois facultés , de manière à satisfaire chaque

individu,

individu, homme, femme ou enfant, dans l’allocation des trois sortes de dividendes.

» 7. Opérer l’association en passionnel comme en matériel, concilier les classes antipathiques en les rendant nécessaires les unes aux autres. 2

Telles sont les conditions qu’il faut remplir pour introduire le procédé sociétaire. Nous les précisons dès le début de ce chapitre, comme étant la thèse à démontrer : après avoir suffisamment développé l’exposition du mécanisme qui seul y satisfait, nous prouverons son efficacité, en faisant voir comment il garantit achacun la richesse, la vérité, la liberté et la justice.

La base du mécanisme sociétaire consiste dans une seule opération moyennant laquelle on parvient à unir les individus entr’eux, de telle manière qu'ils forment autant de Groupes qu’il y a de nuances, et autant de Sériés de Groupes qu’il y a de sortes de fonctions dans toutes les exigences, les occupations et modifications de la vie humaine.

Un groupe est l’assemblage spontané de plusieurs personnes ayant les mêmes goûts, sympathisant pour la même occupation. En industrie agricole, par exemple, neuf individus, plus cm moins, se plaisent à la culture de la poire crassane ; ils se rapprocheront , s’entendront volontiers ensemble pour se partager les détails de cette culture, y vaquer en s’aidant et se stimulant mutuellement. Les neuf sectaires n’auront pas tous également l’inclination ou l’aptitude à remplir le même emploi dans leur petite ligue industrielle. Les uns, comptant de longues années d’exercice, posséderont des connaissances théoriques plus approfondies; d’autres, dans la force de l’âge, seront plus habiles en pratique; d’autres encore tiendront le haut rang pour certaines gestions , telles que

la comptabilité, la correspondance du groupe, etc.; ceuxci préféreront s’occuper de la plantation , ceux-là de la taille, de la greffe, de la conservation des fruits , ou de tout autre soin. Le groupe entier reconnaîtra donc que chacun de ses membres doit être chef d’emploi, présider à sou tour, quand s’exerce la nuance de fonction dans laquelle il excelle; et chaque membre ainsi satisfait dans •on amour-propre, s’accommodera fort bien den’agirqu’au second rang dans les séances où il trouvera plus agréable de recevoir l’impulsion que de la donner.

Nos sociétés actuelles n'olfrant aucun indice de ces groupes industriels agricoles , il convient , pour en donner une idée facile à saisir, de mettre en scèue la chambrée militaire.

Supposons une escouade de douze lanciers : Maurice , maréchal-des-logis ; Eugène et Stanislas , brigadiers; Ludwic , trompette ; Frédéric, Charles , Georges , Iwan , Philippe , Gustave, Alexandre et Casimir, soldats.

Maurice doit son grade de maréchal-des-logis à l’ancienneté; il connaît bien la théorie et la pratique; mais Casimir soutient et prouve à l’évidence qu’il est meilleur écuyer, qu’à cheval il a plus de solidité et de grâce que Maurice; Alexandre a constamment montré plus de résolution dans la mêlée; Gustave manie la lance avec beaucoup plus d’adresse et de force; Philippe est supérieur dans l’escrime; Iwan, dans l'hippiatrique : Georges a plus de goût et de discernement pour la bonne tenue de l’habillement, et Charles pour l’équipement; Frédéric entend mieux les détails économiques de la chambrée ; Ludwic distingue mieux les qualités du fourrage; Stanislas est plus exemplaire dans son assiduité, plus régulier et plus attentif à l’ordre ; enfin Eugène entend bien mieux l’art du commandement, la bonne direction des exercices et des évolutions.

Chaque lancier peut donc à juste titre se plaindre qu’ont lui donne son inférieur pour chef ; qu’cn déléguant à Maurice avec son grade de maréchal - des - logis, onze aortes de fonctions dans chacune desquelles il reconnaît un maître parmi ses subordonnés, on nécessite l’incohérence, la subversion; l’un fait sciemment manquer les effets les plus brillans et les plus utiles; effets qui auraient été infaillibles si chaque lancier eut pris la présidence à aon tour, au moment opportun.

Rien n’eût été plus facile qu’une telle disposition: l’escouade ne saurait être en même temps à l’écurie et à la parade, à la revue et à la salle d’armes, à la chambrée et au combat, au magasin et au champ de manœuvre , au manège et au marché. Formez les douze lanciers eu douze, vingt, trente hiérarchies différentes , déterminées par les différens besoins auxquels vous devez pourvoir; que chaque lancier soit raarà*lial-des-Iogis, revêtu de ses insignes distinctifs, dans la séance où tout autre ne pourrait présider avec autant d’utilité que lui ; que dans cette séance le rang de chacun soit fixé par le degré de sa capacité, et vous aurez avec justice et efficacité pourvu à tous les besoins.

Ainsi se forme un groupe sociétaire : aucun de ses membres n’j convoite le grade que chacun envie aujourd’hui , parce que tout sectaire y est révêtu de ce grade, en déploie les prérogative* et les insignes, dans l’instant même où il doit vivement le désirer , et acquérir le plus d’éclat et de mérite aux yeux d’autrui , comme à scs propres yeux.

JW membre d’un groupe est admis à se déclarer luimême candidat pour l’emploi auquel il se croit apte, et soutient ses prétentions en faisant ses preuves. Le plus souvent, par une suite nécessaire de la grande multiplicité

et de la distribution naturelle des caractères, le candidat ne rencontrera dans son groupe aucun rival. Si par hasard il y avait des concurrens, la lice serait ouverte : les intéressés choisiraient leurs juges; le scrutin déciderait; et ai le vaincu aime mieux ne point fonctionner du tout que de briller au second rang , il se retirera de ce fâcheux groupe. Cent autres lui sont accessibles et sauront bien le consoler.

La folle jalousie qui, dans le morcellement, nous fait trouver une sorte de déshonneur à échouer devant un homme plus habile ou plus favorisé que nous, tient sur-tout à notre éducation, à la longue habitude de voir le caprice ou l’arbitraire dicter presque tous les choix. Quand, dans les groupes sociétaires, nous aurons dès le bas âge vu la vérité, la stricte équité, présider à toutes les élections, nous nous sentirons autant portés à rendre hommage à nos vainqueurs* qu’aujourd'hui nous sommes enclins à les haïr.

Le groupe sociétaire n’admet dans son sein aucune égalité; mais aussi il ne reconnaît d’autres supériorités parmi ses membres, que celles de l'utilité réelle. Chaque grade représente le degré de cette utilité, et chaque membre du groupe a lui-même consenti la distinction des grades, parce qu’elle sert son intérêt personnel; parce qu’il y trouve la sûreté de ne faire que ce qui lui plaît, d’atteindre au rang qu’il ambitionne, de participer, comme il sera dit, à la distribution des produits, en raison de son concours à la production.

Chaque espèce, chaque variété de poiriers ou de toute autre plante , a son groupe organisé comme le groupe de la crassane.

De pareils groupes industriels se partagent les diverses branches de l’agriculture , des manufactures , des arts et

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des sciences. Il se forme donc des groupes pour l'étude et l’utilisation de chaque fluide, électrique, lumineux, magnétique , aroniai , aqueux , etc. , et tous ces groupes composent la série des physiciens. D'autres forment pareillement les séries de grammairiens, de rhéteurs, de chimistes, de peintres, de musiciens, de drapiers, d’horlogers, enfln de toute fonction commandée par les besoins de la vie.

Tout homme, femme, enfant, que son inclination porte à prendre parti dans un de ces groupes, quel qu’il soit, y est aussitôt admis. On l’y reçoit d’aboi d comme élève ou postulant. Il obtient rapidement scs grades, et devient chef d’emploi dès le moment où ses collaborateurs , d’accord avec lui , jugent qu’il a plus d’aptitude et rendra plus de service qu'aucun autre dans la direction de tels détails dont il fait sa passion.

Chacun s’enrôlera donc facilement dans tel nombre de groupes qu’il lui plaira. Il n’aura à consulter que la trempe de son caractère, pour fixer ce uombre. Si elle est faible, il se restreindra à 10 ou 20 séries. Si elle est forte, il en fréquentera plusieurs centaines.

Il sera ainsi pourvu à toutes les exigences caractérielles. La constance et l’inconstance pourront également se satisfaire. Toutes deux perdront leurs inconvéniens et feront ressortir leurs avantages. Ignace sera libre , tous les jours et dans tout le cours de sa vie, de s’appliquer, par dessus tout, à telle fonction où il prétendra n’anroir que des rivaux , et pas un maître. Que ce soit la greffe ou toute autre opération , il trouvera à chaque instant des groupes qui s’empresseront de mettre son talent à profit, rendront grâce à sa constance, l’exciteront à se surpasser encore. Ignace aujourd'hui n’a aucun de ces avantages : sa constance n’a guères que l’inconvénient de

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le fatiguer beaucoup lui-même , et , le plus souvent, de fatiguer au même degré les personnes qui l’entourent.

Le caractère de Paul est l’opposé de celui d’Ignace. Paul ne peut deux jours de suite s’occuper de la même chose. Ignace est plus porté à perfectionner, sauf à exécuter peu ; Paul veut exécuter beaucoup en peu de temps , et craint la constance qu’exige le perfectionnement. Parmi nous, Paul est insupportable par sa versatilité , plus encore qu’Iguace ne l’est par sa ténacité prétentieuse. Dans les groupes sériaires, Paul ne sera pas moins recherché qu’Ignace , car s’il importe beaucoup à un groupe de perfectionner ses produits , il lui importe beaucoup aussi d’accélcrcr son travail. Il lui sera donc très-avantageux de posséder à la fois les caractères de Paul et d’Ignace : et comme un groupe se perpétue , se recrute sans cesse, n'est point, ainsi que l’individu, sujet à l’inconstance et à la mort , il n’aura pas plus à craindre la désertion de Paul que l’ennui de la manie exclusive d’Ignace.

II j a accord d'identité entre les sectaires d’un groupe industriel , en ce que , de la coïncidence de goûts qui les réunit , naît une commune passion d'enthousiasme ou fougue aveugle , stimulant mutuel , semblable à celui dont l’énergique essor subversif s’observe aujourd’hui dans un groupe do combattans qui s’excitent à se surpasser l’un l’autre.

Il y a accord de contraste pour les sectaires du groupe industriel , en ce que , de la division entr’eux des diverses fonctions auxquelles il faut vaquer , naît une rivalité, une fougue réfléchie, non moins stimulante que l’enthousiasme ou fougue aveugle, pour exciter au perfectionnement et à l’accélération des travaux.

. Mais l’enthousiasme ne peut se soutenir plus d’une

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heure ou deux sans fatigue, sans satiété. La rivalité se change en aigreur, si la discussion se prolonge au-delà, d’un certain temps. Un contre-poids est nécessaire, et il se trouve dans la dispersion opportune du groupe ,. dont les séances doivent commencer et finir à l’instant fixe par le besoin naturel d’alternat. C’est un véritable troisième accord ; accord de transition et de contraire , qui fait à propos quitter le travail devenu pénible ou dangereux, pour reprendre un travail différent et même opposé autant que possible. Il convient, par exemple, qu’après pne séance de charrue où l’on a travaillé de force, on passe à la serre, pour vaquer par délassement aux menus soins des fleurs.

Moyennant ces trois sortes d’accords, tout homme, femme, enfant, s’évertue à créer les plus beaux,' les plus nombreux , les meilleurs produits industriels , et par-là concourt puissamment à la santé et à la richesse tant publiques que privées.

Le groupe réunissant d’ordinaire les trois sexes ( masculin , féminin et neutre ou enfans impubères ) , ses sectaires ne se livrent pas moins à l’essor des affections du cœur qu’à l’es-or des goûts industriels. Us sont ami# par affinité de penchans industriels et de penchans caractériels ; ils sont en ligue ambitieuse pour la gloire et pour l’intérêt; ils jouissent de la justice, en se répartissant le produit par voie de scrutin , selon les bases de la stricte équité, ainsi que nous l’exposerons. Les sociétaires sont donc tous satisfaits dans les relations internes du groupe, sous le double rapport des sens et de l’ame.

Les relations externes des groupes se règlent entr’eux dans les mêmes vues que les relations internes d’un groupe se règlent entre ses sectaires. 11 ne s’agit loujous»

que de faire naître le* plus nombreux accords possibles, eu identité , en contraste , en contraire.

Pour y parvenir , la série classe ses groupes en raison du genre et de l’espèce de chacun d’eux. Elle adopte pour ce classement l’échelle musicale, qui est applicable a toutes les harmonies de l’univers. Si l’échelle est bién établie , chaque groupe , comme chaque son dans la gamme , est en scission avec ses contigus , et devient sympathique à la tierce, à la quarte, à la quinte, etc. C’est ainsi que , dans une série régulière , se forment tous les accords désirables. ,

Isolément formée dans le régime du morcellement , une série de groupes ne saurait avoir aucune efficacité pour le bien-être général , et tendrait le plus souvent à aggraver quelque mal-faisance. Pour que la série de groupes ait la tendance que nous lui attribuons, il est de nécessité qu’elle puisse coïncider, pour toutes les choses industrielles et sociales, avec autant d’autres séries qu’il y a de choses differentes.

Ce qui ce passe sous nos yeux depuis quelques années, rend cette vérité bien palpable : la corporation fondée par St. Ignace de Loyola , en tant que série religieuse ( qu’on me passe l’expression ) , manifeste évidemment en elle-même de grands principes de vie , de force, d'utilité. Et pourtant , parmi les esprits éclairés , parmi les élèves mêmes des Jésuites , la majorité peut-être conteste qu’il y ait dans leur rétablissement plus d’avantages que d’inconVéniens. Il est aisé d’accorder à chaque opinion ce qu’elle a de juste : la société de Jésus est et sera toujours une excellente institution pour atteindre le but qu’elle se propose ou se proposera : elle méritera la louange, toutes les fois que son but sera réellement le bien de l’humanité, sans erreur ni fraude. La société

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de Jésus aura toujours plus de chances pour le mal que pour le bien , tant que les intérêts privés seront en conflit avec les intérêts généraux ; tant qu'elle fonctionnera sans contre-poids ; tant que d’autres corporations, semblables à ce qu’étaient les anciens parlemens , n’existeront point pour contre-balancer son action, lutter, s’il le faut, contre ses entreprises.

Les séries sont donc autant de rouages de la mécanique sociétaire, indispensables les uns aux autres. Leur ensemble se constitue par analogie à l’ensemble d’un groupe ; car tout doit se lier , tendre à l’unité , dans une telle mécanique ; et l’unité ne saurait exister si les parties constitutives n’étaient point homogènes , combinées entr’elles par de nombreux rapports. De même que les individus forment les parties constitutives d’un groupe, les groupes forment les parties constitutives de la série dont ils sont les individus , et chaque série est un individu du ménage sociétaire. S’il est admis en axiome que le mouvement est constamment image et répétition de lui-même , on doit pouvoir le dire de la mécanique sociale comme de toute autre ; comme on le dit d’une horloge , d’une usine , de l’organisme d’un insecte. Les séries se classent dans l’ensemble de l’organisation sociétaire, ainsi que les individus se classent dans le groupe c’est-à dire, en raison des fonctions qu’elles remplissent. Nous ferons de ce classement, quant aux applications et aux preuves, l’objet spécial d’un autre article. Pour le moment , nous devons nous bornet' à décrire les rouages et leur ensemble, puisque nous n en sommes qu’à l’exposition , et nous attacher à faire ressortir , autant que cela est possible dans une * notice descriptive, leurs avantages, leur but, la facilité de les creer et combiner.

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Le ménage domestique et industriel du régime morcelé a été reconnu essentiellement vicieux, en ce qu’il «e restreint au plus petit nombre de consorts. Le ménage domestique et industriel sociétaire approchera d’autant plus de la perfection , que le nombre de ses consorts sera plus exactement proportionné aux exigences sociales. Or celles-ci , dans un ménage , sont toujours de deux sortes., i* le succès des entreprises d'industrie , a* l’essor des passions (t). Apprécions ces exigences.

Tout homme , femme, enfant , ne pouvant vivre sans les produits que donne l’agriculture , se sent , du plus au moins, une forte attraction pourcegeure d’industrie, qui s'étend a tous les règnes de la création , s’exerce sur les plantes, les animaux et les terres. De plus, l’agriculture est, de tous les genres d’industrie, celui qui offre la plus graude variété de travaux, les plus grands charmes pour les sens , les plus agréables occasions de rapprochemens des groupes , quand on cultive d’ensemble. C’est donc une nécessité inhérente à l’organisation humaine, que de comprendre une exploitation rurale parmi les entreprises du ménage sociétaire.

(l) Dans le langage usuel, c* mot passions , employé ici à défaut de tout autre susceptible de lu. remplacer, se prend plu* souvent en mauvaise part qu'en bonne part. On ne peut cependant refuser d'admettre qu'il y a des passious sublimes , comme il y en a d'odieuses. Celles-ci sont mouvement de l’ame vers le mal ; celles-là , mouvement de l'amc vers le bien- Britannicus est céleste dans l'essor de son amour, qui le porte à tout ce qu’il y a de beau , de grand , de généreux : Néron est infernal dans le sien. L’un et l’autre ne font pourtant que se livrer à l’impulsion de la même passion. J’en conclus que l’acception de ce mot doit varier selon l’emploi qu’on en fait , et que je puis m’en servir en bonne part comme en mauvaise part , selon le sens que lui dopne la phrase où il figure.

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■ Si le terrain de cette exploitation était peu étendu , la restriction des cultures s'opposerait aux grandes économies , n’effrirait que de faibles chances de bénéfices , ne comporterait pas une variété suffisante de sites , d'expositions , etc. , pour diversifier les travaux et les produits. Si, au contraire, le terrain était trop étendu, les cultures exigeraient de longues courses, de grandes fatigues, un concours si nombreux de travailleurs, que la tendauce à la confusion serait naturelle et difficile à maîtriser parmi eux. Toutes ces considérations semblent établir que la lieue carrée de 5 kilomètres de côté ( a,5oo hectares), tient un juste milieu entre la trop grande et la trop faible étendue d’une exploitation rurale sociétaire.

La population ordinaire d’une lieue carrée, dans ks pays en pleine culture, est de 12 à i5 cents âmes. On calcule en effet qu’une famille agricole de dix individus, hommes , femmes , enfans , y compris les ouvriers de renfort pour les semailles et les récoltes, peut cultiver, selon la capacité de ses membres , de 20 à 3o hectares , dont un tiers en labours et potagers, un sixième en prairies naturelles, un douzième en vignes, et le surplus en pâtures et forêts. Dès-lors on est autorisé à induire que, sous le rapport des exigences industrielles , le ménage domestique sociétaire doit être porté aux environs de quinze cents âmes.

Sous le rapport des exigences passionnelles, il faut, nous devons le répéter, tenir compte que, pour chaque sociétaire, l’un des premiers besoins consiste dans une grande diversité de travaux , permettant libre option entre plusieurs groupes adonnés à des occupations différentes. Tout individu se sent plus ou moins entraîné ,à multiplier scs connaissances , à agrandir le cercle de son industrie et de ses affections. Si le plus grand nombre

peut se contenter de prendre parti dans une dixaine de aérie 9 , il est beaucoup de caractères de haut titre à qui soixante séries ne suffisent pas.

Supposons , en moyen terme , que chaque sociétaire veuille s’enrôler dans 16 séries : il devra pouvoir les choisir dans un nombre plus que vingtuple, soit 4°o séries , faute de quoi l’essor de ses goûts naturels serait gêué. Pour déterminer quelle population peut former 4oo séries, il faut dire: si les grandes séries, à vingt groupes au moins, comptent plusieurs centaines de sectaires , d’autres séries n’ont que le plus faible nombre de groupes et une vingtaine de membres. Prenant encore ici le terme moyen , posons qu’en compte général toute série peut être censée de 60 sectaires. 60 multiplié par 4oo, produit 24,000; mais jamais les 4»o séries ne sont en activité au même moment ; cela ne se pourrait, puisque chaque sociétaire appartient à 16 séries; la population ne doit donc être que du seizième de 24 mille, c’est-à-dire de J 5 cents âmes. Ainsi, les exigences passionnelles coïncident avec les exigences industrielles; les unes et les autres veulent que l’association domestique se compose d’environ quinze cents individus.

Admettons provisoirement ces appréciations, sauf à les rectifier quand le raisonnement et l’expérience prouveront la nécessité de le faire. Qu’il y ait 5 o ou 5 oo séries, leur mécanisme d’ensemble devra toujours se constituer de la même manière. On combine 5 o séries entr’elles comme on en combine 5 oo ; la seule différence est dans les résultats: nous démontrerons ailleurs, que plus le nombre des séries est restreint , plus il y a de difficultés k les harmonieret à satisfaire les prétentions individuelles.

Dans l’ordonnance générale du mécanisme sociétaire , les séries, sous le rapport de leurs fonctions, se distinguent naturellement en trois classes.

La première classe comprend les séries des groupes sociaux proprement dits , et déjà bien connus dans notre régime morcelé , où malheureusement ils ne tendentguères qu'à la subversion. Ce sont les groupes d'amis , d'aman* ou époux, de parens , de citoyens ou compatriotes. Il n'y en a pas d'autres dans l'état politique, et c'est pourquoi toutes les qualités qui font l'homme accompli , s'énumèrent dans ces seuls mots: « II. est bon ami, bon epoux, ion père , bon citoyen (i). p Ces quatre groupes ne sont que l’essor efficient des grandes passions affectives de l’ame, passions nommées amitié, amour , famillisme , ambition. Les séries de la première classe peuvent donc être plus spécialement qualifiées du nom de séries affectives, ayant pour but direct et immédiat la satisfaction des besoins du cœur.

La seconde classe se forme des séries de groupes plu* particulièrement nommés industriels , constituant l'état économique de la société, comme les séries affectives en constituent l’état politique. Le but direct et immédiat des séries de la seconde classe est la satisfaction des

besoins des sens.

La troisième classe comprend les séries des groupes dont les fonctions sont mixtes ou ambiguës . Sers an t de lien ou transition, ces séries unissent les groupes sociaux aux groupes industriels, et constituent, à pioprement parler, l’état scientifique de la société Leur but direct et immédiat est de pourvoir aux besoins cumulatifs

(l) Au lieu de bon citoyen ou peut dire bon sujet du Roi , Ion noble , bon bourgeois , etc., selon le goût ou l'opinion du lecteur. Toutes ces dénominations castiqucs sont syu^py ms, car elles expriment toujours que celui à qui on les donne est membre zélé de la corporation politique , quelle qu’elle soit.

de l’ame et des sens. Telles sont les séries d’instituteurs , de médecins, du musiciens, etc.

Chaque groupe élit, selon le mode que nous avpn» indiqué, ses représentans des déni sexes à l’assemblée générale de la série. Les représentaus des groupes élisent à leur tour, selon le meme mode, les députés de série à l’assemblée générale de classe, et ceux-ci instituent les délégués ou gouvernans du Ménage sociétaire.

Le comité des délégués se composera de 16 couples ou 3 î membres , dont 8 représenteront les séries de la classe n° i ; 10 les séries de la classe b" 2; 6 la classe n° 3, et 8 l’ensemble de toutes les séries. Ces nombres de délégués ne sont point arbitraires ; ils sont nécessairement déterminés par les diiférens intérêts généraux dont se constitue l’association domestique, et qui doivent être représentés dans le comité gérant. On s’en convaincra sans doute si l’on examine avec attention la nomenclature suivante :

Les quatre couples de délégués des séries de i'* classe son t :

i* A titre légitime héréditaire, ou de famillisme , la femme et l’homme issus de la famille la plus ancienne, la plus considérable; tranchons le mot, de la famille seigneuriale, féodale ou autre, en possession de diriger la population en affaires de légitimité, de droits héréditaires, etc. : ainsi le couple de Jamillisme siégera au fauteuil de présidence en toute séance du comité où il s’agira de délibérer sur un intérêt familial.

a* A titre temporaire à' ambition ou d’ honneur , les délégués seront l’homme et la femme élus comme ayant la plus glande aptitude constatée en régie d’alfaires intéressant le lustre de l’association, sa gloire , sa fortune, et le lustre particulier de chaque sociétaire, ses mérites

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