‹ Sur les vices de nos procédés industriels, aperçus démontrant l'urgence d'introduire le procèdè societaire. Par m. Just MuironChapitre 3 sur 5 · III · texte numérisé non relu

III

personnels, etc. Ce couple n° a tiendra donc le fauteuil? de présidence toutes les fois que le comité s'occupera d’ua intérêt corporatif ou d 'ambition.

3“ A titre temporaire d 'amour ou conjugalité , la femme et l'homme élus comme ayant le plus haut caractère, la plus grande capacité en régie d’accords conjugaux, accords non moins importans pour la société, que ceux de famille ou de corporation ambitieuse. Ce couple n* 3 sera, si l’on peut s’exprimer ainsi, l’archétype des amans ou des époux, et tiendra le fauteuil de présidence en toute affaire ayant rapport à l'amour.

4* A litre temporaire d'amitié , le jeune garçon et la jeune fille élus comme ayant fait preuve du plus beau dévouement pour le bien de l’association et des individus. Ce dévouement est plus commun, plus naturel dans la jeunesse : on doit la traiter aussi favorablement que l’âge mûr, ne pas craindre d’élever un couple d'enfans , s’il le faut, au comité délégué, et à la présidence de ce comité, quand il délibère sur des affaires plus appropriées au jeune âge qu’à l’âge avancé.

Les cinq couples de délégués des séries de la classe n 0 » a , seront :

5* L’homme et la femme élus comme ayant les connaissances théoriques et les moyens pratiques les plus étendus en Economie domiciliaire , pour la construction des édifices, des chemins; la confection de tout ce qui, comme les appartsmeus , les habits, les voitures , peut servir de vêtement , ou faciliter les relations matérielles.

6° La femme et l’homme élus de même comme étant les plus experts en Economie alimentaire , pour toutes les préparations gastronomiques et hygiéniques.

7 ° L'homme et la femme les plus experts en Eco-

nomie agricole , pour tous les produits des règnes animal et végétal.

8° L’homme et la femme les plus experts en Economie manufacturière , pour toutes les fabrications du ressort des arts et métiers , autres que ceux des trois articles précédens.

g“ La femme et l’homme les plus habiles en Economie commerciale véridique , pour tous les achats , ventes et échanges.

Les trois couples de délégués de la classe n" 3 , seront :

I o° L’homme et la femme élus comme étant les plus illustres dans les lettres.

n° L’homme et la femme qui excelleront dans les sciences pures.

La femme et l’homme les plus experts dans les beaux arts.

Enfin les quatre couples d’ensemble de toutes les séries , couples que l’on peut nommer pivotaux , seront:

L’homme et la femme doyens d’âge.

L’homme et la femme les plus riches de l’association en capitaux actionnaires.

L’homme et la femme qui fonctionneront et excelleront, de l’aveu de tous les sociétaires, dans le plus * grand nombre de séries des trois classes.

Deux ministres des autels.

II est évident qu’au moyen de l’intervention de ces seize couples, le comité gérant du ménage sociétaire sera incessamment en mesure de pourvoir à tous les besoins. Ses actes ne seront d’abord que de simple» opinions , lorsqu’ils tendront à introduire des dispositions nouvelles. Us ne seront convertis en décisions exécutoires qu’après l’approbation de la grande majorité des sociétaires, quand il s’agit*» dçs intérêts de l’as- .

socialion

sociation entière; et d# la majorité des membres de la série, quand il s'agira des intérèls privés d'une série.

Les actes du comité qui n’auront pour objet que de constater un fait; par exemple, la force actuelle de la population, les naissances, les décès, la quotité des denrées, des capitaux, etc , seront définitifs dès l’instant de leur promulgation, et demeureront tels, tant qu'ils ne seront pas contestés, et rectifiés, s'il est nécessaire.

Les membres ducoraité gérant doivent être nombreux, parce que les intérêts qui leur sont confiés sont divers et fort étendus. 11 convient qu'il y ait beaucoup de délégués, parce que c’est l’unique moyen de satisfaire les prétentions différentes et d’assurer la concorde. Nous avons démontré celte vérité ( p. 98), en analysant le groupe sociétaire. Il est nécessaire, pour le contentement du cœur, que chacun puisse se considérer , au moins sous un rapport quelconque , comme étant le premier de son canton, et déployer les marques distinctives de son titre spécial. On n’y parviendra, il est vrai, qu’en daignant descendre à de minutieux détails; mais c’cst précisément en ménageant tels détails à telles personnes, que l’on simplifie les rouages sociaux. Vous chargez un maire de pourvoir à tout dans sa commune, et le plus souvent il n’est pourvu à rien. Vous vous fiez à telle ménagère pour les détails compliqués à l’infini dans ce qu’on appelle une grande maison; et votre linge se perd, vos approvisionnemens de bouche se gâtent; vous êtes pial servi, mal nourri. Ne vaut-il pas cent fois mieux employer exclusivement chacun aux choses de son aptitude, disposer la machine domestique de manière k simplifier le service individuel de ses agens, au lieu df compliquer ce service en faussant le ménage ?

Le comité gérant veille à celte importante simplilication : il tient les bureaux de recensemens, de classement préparatoire des séries ; les bureaux de comptabilité générale , de distribution des logemens, cultures, manufactures , etc. ; il préside les assemblées plénières , les assemblées de bourse où se négocient toutes les séances de travail ou de fête pour chaque heure du jour et pour chaque jour de la semaine. En un mot , il pourvoit à ce que tous les éléraens de l’association domestique se combinent sans froissement, sans la moindre incohérence, de manière h produire les résultats que nous allons exposer, et qui prouveront combien il serait souverainement erroné de ne voir dans tous ces arrangemens que les jeux d’une vaine imagination.

Richesse graduée.

Si les sons ne pouvaient être gradués en échelle , la musique, la parole meme, n’existeraient pas. Un bruissement monotone et confus frapperait notre oreille , sans comporter aucune possibilité d’accords et d'harmonie. Il en est des caractères et des fortunes comme des sons. Pour former une harmonie sociale , il faut pouvoir en graduer les élémens, aussi bien la richesse ou abondance matérielle, que la richesse passionnelle ou abondance des belles et bonnes qualités des âmes.

L’indigence , état de l’homme qui n’atteint pas encore le plus bas degré de l’échelle des fortunes, n’est point, dans le régime sociétaire , cet extrême dénuement, si fréquent et si hideux dans le régime morcelé. Les séries» d'in/irmistes , de médecins, de pharmaciens, administrent gratuitement à l’indigent malade tous les secours désirables. 11 est subvenu à cette nature de dépense par un prélèvement h titre àioblation sacrée, fait, comme

celui des contribution! publiques, sur la masse des produits de l’association, avant tout partage entre les sériés, les groupes et les individus.

Si l’indigent est en santé , l’association lui fournit, à titre d'avance sur le produit de son travail, tout le nécessaire en logemens, vêtemens, subsistances. Il est clair, d’une part, que rien n'est plus facile que cette avance, dans un ménage de i5oo personnes, organisé en mode sériaire ; d'autre part , que le produit du travail passionné de l'indigent est une garantie plus que suffisante du remboursement.

Ainsi pourvu du nécessaire, l'indigent est admis à fonctionner dans toutes les séries d’industrie : on le reçoit de même aux séries de plaisir , dont l’association fait les frais. Seulement, pour stimuler en lui les essors industriels productifs, on observe de le placer au théâtre en 3' loge, cl aux repas en table de 3' classe.

C’est-là le sort de celui qui, né dans l’indigence, n’a pas su encore, faute d’énergie naturelle, s’élever à une plus grande aisance , facile à acquérir dans lec séries de groupes. Or , par une conséquence de son manque d’énergie, un tel être est fort restreint dans ses désirs , s’estime heureux de son minimum social , borne son ambition ultérieure à paraître une ou deux fois par mois aux tables de t r ' classe, aux i"‘ loges du théâtre, faveur que l’association lui accorde volontiers.

„ Le minimum social affecté aux sociétaires qui , nés riches ou parvenus à la richesse, viennent à éprouver des revers de ldi tune , diffère du minimum concédé a ceux qui n’ont d’autres habitudes que celles de i’iudigcuce. Telle princesse est très-pauvre avec 5,ooo francs de rente, tandis que ces 5,ooo francs seraient une grande richesse pour telle couturière. Le minimum d’un prince , en cas

de revers de fortune, doit donc être proportionnel à se» besoins relatifs. Les longues habitudes dans lesquelles un homme a vécu, sont toujours considérées, en association ainsi que dans le morcellement, comme une seconde nature, aussi impérieuse, aussi réelle et digne d'être satisfaite, que la nature première ou brute. Il y a en cela rigoureuse justice ; car si la société a trouvé bon et avantageux pour elle, que tels hommes, telles familles, de qui elle a reçu des services, entrassent en jouissance d’une fortune méritée, elle a voulu elle- même qu’ils contractassent des habitudes d’aisance. Dès-lors elle s’est engagée à venir à leur aide, en cas d’infortune, dans une proportion plus grande que pour les autres classes de la société. Un minimum proportionnel est donc acquis à chaque classe; et pour chaque classe, c’est toujours le minimum , le moins qu’on puisse posséder.

Le but principal de la richesse est de satisfaire les besoins des sens. Ainsi que nous l’avons démontré, ces besoins sont les plus impérieux de tous ; on ne saurait mettre trop d’attention à les discerner, les classer et y

pourvoir.

L'association avise d’abord aux dispositions les plus propres à garantir au Tact ses nécessités et son essor. Elle d istribue à ses séries un vaste édifice, n’importe sur quel plan de construction, carré-long ou équilatéral. Le meilleur est celui qui réunit les plus grands avantages pour s’abriter contre les intempéries, maintenir le bon état sanitaire \ se ménager la plus grande facilité de relations entre les individus, les groupes et les séries. Il y aura plusieurs étages, pour rapprocher les appartemens , qui seront de divers prix gradués. Des escaliers, des corridors, des couloirs, permettront aux sociétaires de circuler «ans fatigue, de se rendre aux salles

d’assemblée , au* étables , aux ateliers , sans s'exposer aux injures de l’air, sans avoir à craindre les funestes influences du froid , de la pluie ou de l’excessive chaleur.

Chaque sociétaire , dans les diverses séries , sera pourvu d’un assortiment d'habits et d’objets d’équipement, moyennant lequel il travaillera sans aucun danger de lésion factuelle. 11 aura d’autant moins à craindre cette sorte de lésion, que, par l'exercice seriaire , il se sera dès le bas âge habitué à tout ce qui peut concourir à la propreté , et formé à la plus grande dextérité dans les divers travaux.

L’essor du sens du Tact sera favorisé par les précautions mêmes qui auront été prises pour rendre les logemens, les vêtemens sains et agréables. En plein air, dans les travaux de culture, le Tact devra encore trouver pro*tection et jouissance sous les ombrages artistement ditribués par séries. Les arbres, les baies, les tentes, eu cardant les vents, ne laisseront arriver que les caresses du zéphir.

Les groupes et séries ne tiendront leurs séances qu’au moment où aucune intempérie ne sera à craindre. S’il y a urgence de braver la mauvaise saison , rien ne sera négligé pouraunuller sel effets sur la santédes travailleurs, l’organisme même des séries fournissant tous les moyens de précaution. Ainsi , Antoine qui , dans le morcellement (page i3), souffre et meurt parce qu’il n’a pu se garantir des lésions du Tact , sera pleinement prémuni contre elles , dans le régime sociétaire. Bien plus , la santé d’Antoine, sous ce rapport, deviendra plus sûre, plus énergique, par l’essor auquel il aura pu se livrer pour son propre plaisir. Les sens non exercés sont aussi dépourvus de santé positive , qu’une ame inerte est dépourvue de vertu sociale.

Les nécessités et l'essor du sens du Goût n'ont pas moins d'empire que les besoins du sens du tact. L'association met à l'approvisionnement de ses manutentions alimentaires, le même empressement qu’à la construction des iogemens et à la confection des vêtement. Tout ce qui peut satisfaire le Goût , sera , par les séries de groupes, méthodiquement soigné dans des celliers, caves, greniers, cuisines. Un ordre parfait, sous ce rapport, ne saurait exister hors des séries. Elles seules peuvent, avec un succès constant , effectuer les économies inhéreutes à une grande gestion qui utilise tout, ne laisse aucune denrée se gâter ou se perdre, entretient la plus prodigue abondance. Alors chaque homme, femme , enfant, ayantla certitude de manger et boire à son appétit, et, s'il lui plait , à cinq repas par jour, évitera fort bien les excès. Ce n'est point l'abondance habituelle , c’est la disette qui porte irrésistiblement aux excès. Le potentat, comme le rustre, s’il a passé deux jours dans un désert, sans vivres et sans eau, se livre à une gloutonnerie délirante, aussitôt qu'il peut atteindre à uu festin. La trop grande rareté de la bonne chère , la crainte de laisser échapper l'occasion qui peut-être ne reviendra pas, de jouir pleinement des plaisirs J u Goût, telles sont, da ns le morcellement, les grandes causes de la commune intempérance , et de tous les maux qu’elle entraîne.

La loi de graduation est observée , dans le ménage sociétaire , eu servant d'abord les tables de première classe ou des riches ; elles ont les mets recherchés. Les tables de deuxième classe viennent ensuite ; puis celles de troisième. La deuxième classe profite de ce qui est resté du buffet de la première : la troisième classe ajoute aux mets spécialement préparés pour elle , tous les bons morceaux que les précédentes ont laissés. De celle

sorte , il y a vraie et délicate profusion ; et les convives du troisième repas n’ont rien à envier à leurs prédécesseurs des deuxième et première tables. Dans chaque classe , surtout aux repas où l'on disserte sur les convenances hygiéniques des divers mets, les tables des hommes, des femmes , des enfans , sont distinctes. On sait que les goûts des sexes different beaucoup en choix alimentaires; que tels mets qui conviennent aux hommes, déplaisent aux femmes et aux enfans ; il faut donc les assortir selon leurs besoins , si l'on veut ne pas les léser dans l’exercice du sens du Goût. On trouve fort sage, aujourd’hui , tout ce qui tend à prévenir la lésion en fait de liberté individuelle; il est beaucoup d’individus qui préféreraient la garantie de bonne chère. Et qu’on ne dise pas que ce sont des sots , des êtres méprisables , car ils sont aussi fondés qu’uu fier Romain , à soutenir qu’ils obéissent à la noble impulsion de la nature. Elle leur crie qu’il faut jouir des bons morceaux, comme elle crie à Fabius qu’il faut jouir des bonnes places municipales ou militaires. Le gastronome et l’ambitieux suivent l’un et l’autre la loi du même mobile, d’une passion , sensuelle chez celui-ci, animique chez celui-là. Tous deux sont honorables dans leur passion , quand elle tend au bien : la tendance au mal est seule vicieuse.

Nous avons vu l’oisiveté d’Hypolite naître de la graude énergie qu’a en lui la passion sensuelle du Goût : l’oisiveté porte plus encore aux excès, parce que c’est dans les excès que se noie le souci , que s’oublient les torts dont un homme oisif ne peut effacer le sentiment dans sa conscience intime. Dans le régime sociétaire , Hypolile ne saurait nourrir un tel vice. Outre la honte qu’il eu éprouverait et dont il n’a point à s’inquiéter parmi nous , il ne parviendrait pas à s’affranchir de la coutume géné-

raie d’abréger les séances de table comme on abrège lé* séances de travail.

Eu toutes réunions , les membres d’un groupe ne s’oublient jamais : d’autres séances les attirent puissamment. Comment ne céderaient-ils pas à un nouveau charme , au moment où , dans un repas ou dans toute autre occupation, l’enthousiasme se refroidit, s’use et tombe ? Est-il un brave qui, sur la fin de son dîner, veuille encore tenir table quand le tambour bat? au premier coup de baguette, il se lève et s’élance. Tel, et plus rapide peut-être, sera le généreux mouvement de tout sectaire dans les séries industrielles et politiques : elles sont, comme les séries militaires, stimulées par l’honneur et l’ambition , la gloire et l’intérêt.

Les sens de la Vue et de I’Odorat trouvent en grande partie leur satisfaction et leur essor dans les dispositions faites en garantie du Tact et du Goût. L’association introduit partout la plus gracieuse combinaison des formes et des couleurs, des purifications et des parfums. Tout grand Menace sociétaire a sa salle de spectacle, ses fêtes et scs pompes , où il étale tout son luxe. Chacun y participe, au rang et avec les attributs de son mérite rigoureusement constaté. Chaque série, chaque groupe, apporte le même soin à faire ressortir toutes scs beautés, en déployant le plus grand luxe, parce que plus il s’acquiert ainsi de moyens d’attraction, plus il enrôle de sectaires dans ses intérêts , excite l’anthousiasme et l’émulation productives.

L'association ménage les nécessités du sens de I’OuÏe , en reléguant loin des logemens , aux extrémités de ses édifices, les ateliers et magasins bruyans, dont le voisinage , à-peu-près inévitable dans nos villes , est un vrai supplice. L’essor et les plaisirs de l’Ouïfi sont assurés

par le grand soin avec lequel les séries exercent , dè* le bas âge, chaque individu à bien parler, bien chanter, bien jouer des instrumens de musique. En toute occupation industrielle, les mouvemens et les bruits qu’elle nécessité sont mesurés, à l’instar des exercices militaires et des jeux de l’enclume. Les chanteurs faux ne sont tolérés dans aucun lieu public. Lorsqu’ils veulent contenter leur fantaisie, ce dont ils sont laissés entièrement libres, ils doivent se retirer à l’écart avec leurs adhérens.

Toute série de groupes industriels entretient un atelier minime pour l’éducation des enfans. On leur réserve et on leur fait exécuter tous les travaux utiles à leur portée» Le régime sériaire ne permet point à des athlètes de trente ans, d’employer leurs bras nerveux et velus au transport d'une tasse de café, au plumage d’un bec-figue, au triage d’un carteron de pois. L’âge mûr aurait honte de vaquer à de telles minuties ; il les laissera à la basse enfance. Des hommes n’envahiront plus la coupe et la coulufe d’habiilemens dont la confection est l’apanage exchhfcies femmes. Ce n’est qu’en affectant aux divers âges et*sSxes les ouvrages productifs que le créateur même leur^piénagés , qu’il est possible d’arriver à la justice distribmive , et de garantir à chacun les voies d’avènement à la richesse graduée.

Chaque homme, femme, enfant, a son compte-ouvert dans chaque série , et au grand-livre de l’association domestique. Les hoiries échues aux pupilles y sont inscrites et administrées à leur profit exclusif. La régence de comptabilité ne confond jamais ce qui revient à deux époux , à deux sœurs , à un père et à ses fils. Libre à eux de mettre leurs biens en commun , les registres sociétaires doivent invariablement les supposer séparés et distincts , ce qui ne gêne en rien les donations. Par-

là on met fin à la coutume si choquante et si générale parmi nous, d'obliger tantôt le père, tantôt le fils, ou la mère , ou la fille , de pourvoir aux besoins de toute une famille. Il est vertueux , sans nul doute , de venir au secours de sa femme, de ses enfans ou autres’parens, mais i{. est d'une injustice frappante d'imposer à tel individu , parce qu'il a peut-être un peu moins de dissipation , une charge purement personnelle au sujet eu santé, et légalement réversible à la société entière, quand ce sujet est infirme, hors d'état de travailler.

Tout ce qu'un sociétaire fournit à l'association dômes- ' tique , en numéraire , en mobilier de ménage, de fabrique , de culture , en édifices , denrées , bestiaux et fonds de terre, est capitalisé par un inventaire estimatif, dressé » — de gré à gré. Ce capital est représenté par une ou plusieurs actions, un ou plusieurs coupons d'action hypothéqués sur la masse des biens meubles et immeubles de l’association. De cette sorte la mobilité des capitaux est absolue, le crédit certain pour leurs propriétaires.

, Ces nombreuses dispositions de richesse graduée doivent en tous points satisfaire les besoins de l’existence corporelle. L'admirable tendance du régime sériaire vers ce grand but, est, comme on le voit, d’une évidence frappante. Nous y reviendrons plus loin : quant à cet article , il convient de le terminer par une réponse à quelques objections que reproduisent sans cesse les gens trop imbus de préjugés pour concevoir mieux que ce qui se passe dans le morcellement.

» Là où il n’y a point de pauvres, redit-on, il ne ■» peut y avoir des riches. La pauvreté, la misère même,

» est indispensable, pour obtenir certains travaux qu'un » riche ne voudra jamais exécuter. Si vous garantissez » aux indigens un sort aussi heureux que doit l’être votre

> minimun d'aisance , iis refuseront au même instant » tout ouvrage qui ne leur agréera point.— Où prend rc*- » vous l'immensité de richesses que vous promettez? —

» Que servira à un Rotschild de posséder des centaines s de millions, si le pauvre , par vos dispositions sériaires ,

> obtient autant de bonheur que le riche peut s'en pro-

> curer? »

Peut-être serais je autorisé à ne voir dans ces discours que la défiance de l'égoïsme aveugle, l'aberration ordinaire des esprits qui ne veulent point tenir compte de ce qui leur est dit et répété. N’avons-nous pas posé en principe que, dans un ordre social quelconque, à base morcelée ou à base sociétaire , la graduation , et par conséquent l’inégalité des fortunes, est de nécessité absolue ? Nous avons clone reconnu l’impossibilité de l'existence d'une société où il n'y aurait pas des pauvres et des riches. Mais serait-il moins injuste , moins inhumain de maintenir les pauvres dans l’abjection de nos mendians de bonne foi , qu'il serait criminel de vouloir qu'une moitié du genre humain restât malade afin que l'autre moitié jouît d’une bonne santé , ou de vouloir que la population des champs ne sût ni lire, ni écrire, sous le prétexte que le lustre des savans en aurait plus d’éclat? Un athée, un détracteur impudent de la providence divine, est seul capable de croire qu'il a pu entrer dans les plans du créateur de ne donner à l'industrie d'autre véhicule que la peur de la famine ou du knout, ainsi qu'on le voit dans le morcellement.

Le minimum concédé dans les séries suppose toujours que les séries rendent le travail assez attrayant pour dissiper toute crainte de voir aucun homme, femme, enfant , refuser d’y prendre part. Et s'il était dans !a nature quelques individus absolument dénués de goût

pour l’exercice attrayant d’une industrie quelconque , leur nombre serait si réduit , si insignifiant, que l’association pourrait, sans s’en soucier beaucoup , les joindre à la classe des infirmes , et les traiter comme tels , par acte de charité religieuse.

Pour renforcer les attraits industriels qui lui sont propres et que nous avons déjà décrits , l’association aura recours à un levier très-puissant, même dans le morcellement. Plus un genre de travail sera répugnant , plus elle y attachera de récompenses honorifiques. Quoi de plus répugnant que la mort? Le souverain , la nation , offrent la couronne civique , et à l’instant les guerriers se présentent en foute pour affronter la mort. Chaque série , de même que l’association entière , élèvera aux premières dignités ceux qui auront fait preuve du zèle le plus généreux pour l’enlèvement des ordures , le curage des fosses, le travail des boucheries, des tanneries, des forges. Ges sortes d'ouvrages seront confiés surtout à la jeunesse impubère de 10 à i 5 ans, qui notoirement se fait un jeu de se vautrer dans la fange. Son ardente inclination à la saleté ne lui est-elle pas donnée par la nature, pour que la société en tire toute l’utilité possible? Partout les séries industrielles vouées aux travaux immondes, doivent être révérées comme ces corporations religieuses de pères de la rédemption , de chevaliers de Rhodes , qui , pour le soutien de la chrétienté , font vœu de se rendre chez les Turcs ou de les combattre, en s’exposant à toutes les chances de l’esclavage et des supplices. Les membres du groupe de la triperie, par exemple, seront, aux yeux de tout sociétaire, autant d'amis dignes de vénération pour leur généreux dévouement, de reconnaissance pour avoir affranchi leurs consorts de la nécessité de passer quelques heures dans les angoisses du dégoût.

Peut-être seraît-il aujourd'hui très-difficile de donner cette noble impulsion à l'opinion publique. Le morcellement rend les plus sages améliorations à peu près impraticables , surtout quaod il s'agit de sortir du cercle des habitudes contractées. Mais dans la convergence sériaire , il suffira d'un jour pour introduire une opinion saiue » féconde en utiles résultats, comme le sera l’opinion du haut mérite des séries vouées aux travaux ré— pugnans.

Alors , riche ou pauvre , tout enfant , tout sociétaire élevé dans les séries , voudra par honneur vaquer à ces travaux : il y sera d’autant mieux porté , qu’on s’y rendra librement et pour de très-courtes séances.

On a vu ( page 35 ) , que les deux tiers au moins de la population du globe sont actuellement improductifs. Le globe ne possède donc pas un ti> rs des richesses que créera la seule chance du retour des improductifs au travail. Si à cette chance on ajoute celles qui , dans le régime sociétaire, naissent de l’esprit de propriété (i), des dispositions de stricte économie, de l’extension des procédés mécaniques , de l’accroissement de la santé et de la force corporelle, par l'emploi d’une bonne gymnastique et d’une savante gastronomie hygiénique , on concevra aisément que l’association aura une masse de richesse décuple de celle aujourd'hui existante. Alors

(1) Chaque sociétaire est, en participation, propriétaire du eanlon entier où il a placé son capital , où il exerce son travail et son talent- Il dit avec une noble fierté : Nos palais, Nos cultures. Par celte setde émulation , nous le verrons métamorphosé comme l'ouvrier qui faisait peu et mal quand il était à gage, et qui devient un prodige d’habileté et de diligence quand il travaille en maître. C’est toujours là , du plus au moins , l’effet de l’esprit de propriété.

rien ne sera plus facile que la garantie d’un minimum d'aisance à la classe pauvre.

Avec ce minimum, la vie de l’indigent sera certainement plus agréable que ne peut l'être la vie de nos riches , éprouvant cent sortes de privations et d'ennuis , inséparables du régime morcelé. Mais toutes les proportions resteront les mêmes : autant les jouissances actuelles du riche sont préférables aux bribes du pauvre, autant ces mêmes jouissances, dans le régime sociétaire, seront au-dessus du minimum. Aux riches appartiendra toujours le privilège exclusif de se livrer à toutes les illusions du faste , de donner des fêtes brillantes , de posséder les plus précieux produits de la nature et de l’art. De ce qu’un prince savoure les mets et les vins les plus renommés , s’ensuit-il qu'il satisfasse son appétit mieux que ne le fait tel mal tôlier dont le repas est moins coûteux, parce que le cuisinier est moins célèbre ? Certainement non. Dans le régime sériaire, le minimum n’atténuera pas plus les avantages acquis au riche, qu'aujourd’hui l'extrême misère du pauvre n’atténue ces mêmes avantages.

Loin de là , le riche devra à ce minimum la cessation de la plus grande entrave qui le prive aujourd'hui d'une foule de jouissances. En effet , c’est par suite de la misère et de l’abandon où elle vit , que la grande masse du peuple doit demeurer sans éducation , et par conséquent être impolie, brutale, répugnante au physique et au moral. Dans cet état de choses on voit, d’une part, la société du riche, c’est-à-dire le cercle de ses affections amicales , se restreindre à un si petit nombre de personnes, que le plus souvent il ne trouve parmi elles aucun caractère sympathisant avec le sien. D’autre part, le riche est forcé d’étouffer en lui tous ses goûts indus-

triels , de se résoudre à une nullité aussi fatigante que honteuse, par l'impossibilité où il se trouve d'entrer en relations de travail avec des ouvriers grossiers, malpropres , astucieux ou stupides , qui seuls exercent l'industrie.

La seule introduction du minimum fera disparaître ces causes de privations , de froissement même , qu'éprouve le riche dans l'essor de ses inclinations du coeur , de l’esprit et des sens. Avec le minimum, tout pauvre se défera de sa crasse en un instant ; il se fera aussitôt un mérite de l'urbanité , un honneur de plaire à tous ses co-sociétaires , riches ou pauvres , et ceux-ci n'auront plus envers lui de raison de dédain ou de repoussement: le riche pourra dès-lors se livrer à mille penchans, goûter mille plaisirs que, sans le minimum, il ne peut se procurer à aucun prix.

Vérité pratique.

Il y aurait possibilité de dire avec assez d’exactitude, que la vérité est pour l’ame ce que la richesse est pour le corps. Quand les affections morales , les conceptions intellectuelles sont vraies en nous et autour de nous, nous sommes heureux ; tout le charme d’une satisfaction parfaite sa répand dans notre ame. Quand , au contraire , le mensonge, l’astuce, l’ingratitude, c’est-à-dire l’assemblage des impulsions les plus opposées au vrai, vient à se manifester; alors l’ennui, le remords, la misanthropie, abreuvent l’homme. Ce sont autant de tourmcns en analogie complète avec les souffrances de la misère. L’aspect de la richesse offense l’indigent , redouble le sentiment de ses privations : ainsi l’aspect de la vérité blesse le fourbe. Bien plus, elle déplaît meme à l’homm: dont le cœur et l’esprit se sont involontairement faussés,

par l'habitude de ne rien voir qu’à travers le prisme des préjugés; par l’habitude de vivre au sein de cette commune injustice , si énergiquement caractérisée dans l’exclamation du Roi - Prophète : non est qui faciat bonum ; non est usquè ad unum ! (Il n’y en a pas qui fasse le bien , il n’y en a pas un seul ! Ps. 53).

L’affection amicale ou ambitieuse, la conception industrielle, en un mot tout mouvement moral ou intellectuel de l’ame est vrai, quand, loin d’aucun effet nuisible, il tend directement au bien individuel et collectif. Cette tendance se montre dans l’enthousiasme qui nous fait élever au plus haut degré le perfectionnement ou la quantité d’un produit. Le fameux Ed anch' io.... de Michel-Ange, est le cri d’un enthousiasme qui perfectionne avec toute la passion du vrai. L’énorme déblaiement opéré en vingt-quatre heures, dans la fosse Beaujon, par les mineurs de Liège, n’est aussi que l’acte d’un enthousiasme vrai, ardent, que rien n'étonne, qui se joue des obstacles, n’y réfléchit point, ne sent que le plaisir et la gloire de ravir d’infortunés amis au plus pressant danger.

Dans le morcellement, une telle direction de l’enthousiasme est très-rare, très-difficile à se manifester, parce que, nous ne saurions trop le répéter, le travail honnête est alors répugnant , sa récompense incertaine ou nulle; et sur-tout parce qu’alors la fortune et méâie la gloire ne se trouvent guères que sur les voies de la fourberie. La sorte de véhémence industrielle que cet état de choses comporte , n’est plus le noble et véridique essor de Michel-Ange ou des mineurs liégeois; c’est la manie de l’usurier, le délire du spoliateur.

Dans l’ordre sociétaire, la vérité doit être, comme la fourberie dans le morcellement, un naturel essor de

l’intérêt

l'intérêt individuel. Ici l’on est fourbe dans des vues de gain et de fortune, p. 8-i5. C’est dans les mêmes vues de fortune que là on doit être vrai. Les séries de groupes arrivent par double voie à la vérité pratique. D’une part elles mettent toutes les actions à découvert, constatent la juste valeur de toutes choses, et rendent ainsi la tromperie impraticable. D’autre part, elles assignent le fort dividende, le haut mérite, au sociétaire qui a fonctionné avec l’enthousiasme le plus franc, et excitent ainsi à préférer, par calcul même , la vérité à la fausseté.

Dans l’organisation sociétaire, chaque homme, femme, enfant, a grand soin de prendre part aux séances journalières de la bourse, où se règle à l’avance l’emploi de tous les instans. L’un des principaux objets de ces séances est de fixer les heures d’assemblée des groupes, pour le lendemain , le surlendemain , et mêmè pour les jours suivans, si l’on y trouve convenance. Tout y est prévu : on y arrête, pour la même heure, l’occupation à laquelle on vaquera en cas de bonne ou mauvaise température, sauf encore à cont remander, si des incidens surviennent et neCessitent rajournement-

Chaque homme, femme, enfant, a toujours la faculté d’opter entre plusieurs séances de ses groupes , convoquées pour la même heure. En cas d’ajournement de celle qu’il a choisie , il se rend à une autre, ou à la réunion substituée, que d'ordinaire on négocie en décidant l’ajournement.

Moyennant ce régulier et public emploi du temps, les pêcheurs Pierre, Jacques et Jean ne pourront plus travailler peu , travailler mal , ou esquiver entièrement la tâche, ainsi qu’ils le font dans le morcellement. Il ne leur sera plus possible de muser, les bras croisés, dans leur barque, en narguant le propriétaire de l’étang, qui ne paiera pas moins le salaire de la journée. Ils ne

pourront pas davantage s'abuser l’ün l’autre sur l’intervention de chacun , sur le produit réel de la pêche, etc.

Éntraînés dans les rapides accords d’identité et de contraste que fait naître la réunion en séries de groupes, ils n’auront pas même le loisir de songer à la dissimulation ou à la Fraude. La durée de la séance est trop brève, elle s’écoule avec trop d’enthousiasme, pour permettre le froid calcul d’une fourberie, à laquelle d’ailleura on ne serait porté par aucun motif déterminant. Pierre, Jacques et Jean n’ont nulle inquiétude sur leur sort; ils n’ont point de dénuement à appréhender pour l’avenir; ils n’Ont point à pourvoir aux nécessités pressantes de leurs enfans , de leurs femmes, tous occupés, comme eux, à des travaux productifs, attrayans et librement choisis.

Nous avons dit qu’un compte-onvert était tenu dans cliaqüe groupe et à la régence sociétaire, pour garantir tout homme, femme, enfant, contre l’indigence, en réalisant soigneusement son pécule, le mettant à l’abri de toute déperdition. Üne garantie égale contre la fourberie, résultera de ce même compte-ouvert. Le manque de probité, d’exactitude, n’est pas plus à craindre de la part des séries de tutelle et de régence , que de la part de toute autre série quelconque. Tous les actes des séries sont notoires : leuis inventaires ne taisent et ne cachent rien ; leurs comptes en deniers , en denrées , sont publics , apurés à chaque instant.

Simon aujourd’hui intéressé dans trente séries, pouvant demain se dégager de celles-ci, s’enrôler dans celles-là, entend qu’on ne le trompe dans aucune, cartel est son intérêt bien positif. Il sait qu’il ne pourrait lui-même user de tromperie sans être immanquablement découvert: certes, il ne voudra point encourir la honte d’être hautement signalé comme ayant forfait à l’honneur, chà-

timent pire que la prison ou la mort , pour quiconque vit dans le régime sociétaire, où la force de l’opinion est plus irrésistible et surtout plus infaillible que la force dont nous revêtons les lois de l'état , ou les coutumes morales , dans notre régime morcelé.

Bien assuré que la vérité pratique est rigoureusement Observée par les séries , en tout ce qui touche à la production et à la consommation , Simon voudra aussi la voir régner dans la distribution. Il voudra que le juste prix de tout objet en vente soit authentiquement fixé , et non plus laissé à l’arbitraire , inévitable dans le morcellement. Ce louable vœu est aisément réalisé dans le régime sociétaire.

S’agit-il, par exemple, d’un produit agricole, d’un quintal dé blé ? On connaît le dividende alloué à la série de cette culture, sur la masse des produits de l’association domestique. On connaît de même l’étendue du terrain que la série a cultivé ; ce qui se paye pour le fermage de ce terrain ; ce qu’ont coûté les objets mobiliers consommés par la série pour parvenir à mettre son blé en état de vente. Supposons que ces trois articles , mobilier, fermage, dividende, se soient élevés ensemble à i5o mille francs ; que déplus, et proportionnément à cette somme, la valeur du blé récolté s’augmente de 5o mille francs , représentatifs du contingent tombant à la charge de ce genre de produit dans les frais généraux de l’exploitation sociétaire. Si la quantité du blé emmagasiné est de 20 mille quintaux, le prix du quintal sera 10 francs.

Mais taudis qu’on arrive à ce résultat dans l’exploitation sociétaire de St.-Cloud , il se pourra qu’à Nanterre une supputation semblable fournisse des données différentes , indique un prix plus élevé ou plus bas.

Simon saura qu’en payant 10 francs à St.-CIoud , il ne fait que rembourser ce que l’on y a dépensé pour produire un quintal de blé. Suffisamment garanti contre la fourberie des producteurs , il voudra l’être de même contre les erreurs qu’ils auront pu commettre. Pour atteindre aune appréciation positive dont la justesse ne puisse être raisonnablement contestée , il faut ne pat craindre d’entrer dans des vérifications étendues.

11 est naturel d’admettre qu’une fois organisé sur un point quelconque, le régime sociétaire sera trop attrayant pour ne pas se propager avec une grande rapidité. Quand Passy, Sèvres, et huit ou dix villages environnaus , auront opéré comme à St.-CIoud et à Nanterre, le prix moyen du blé de ce canton sera réglé par une série de délégués de chaque grande exploitation ou commune. Des séries de délégués de canton régleront à leur tour le prix moyen de la province. Déjà on opère ainsi dans nos assemblées cadastrales ; mais elles n’ont que les mercuriales du lieu pour base de calcul , et les mercuriales n’ont rien de certain pour établir ce que la culture a effectivement coûté. Simon n’aura plus d’erreurs à craindre dans la fixation du prix , lorsqu’il aura été vérifié avec tant de soin dans une centaine d’exploitations rurales. Le blé est une denrée dont le poids rend le transport dispendieux : si l’on juge à propos de fixer son prix moyen pour un territoire renfermant plusieurs provinces , ce sera peut-être peu utile. Rien néanmoins ne s’opposera à cette mesure , qui , lors de la complète organisation du régime sociétaire sur le globe, sera généralement usitée. On l’appliquera d’abord aux objets commerciables qui peuvent se trouver partout , et dont on sera convenu de faire les signes d’échange ; tels, par exemple , les métaux précieux et les pierres fines. Leur

valeur sera la même à Canton et à Londres , à Pétersbourg et à Lima.

Toute commune ou grande exploitation sociétaire qui trouvera le prix provincial du blé trop faible pour la couvrir de ses dépenses de production, et qui ne verra pas la possibilité de soutenir une concurrence avantageuse en ce genre de produit, en réduira la culture an strict nécessaire. Son unique règle à cet égard se trouvera dans les exigences naturelles de ceux de ses membres qui inclineront fortement à la manutention du blé. On la leur ménagera pour soutenir leur fougue industrielle, car on saura qu'il ne s'agit toujours , pour obtenir les plus grands bénéfices, que de bien assurer les voies d'essor de l'enthousiasme ; tout ce que l'enthousiasme exécute , étant infailliblement ce qu'il peut y avoir de mieux fait et de moins coûteux.

Aucune disposition ayant pour but la vérité pratique, ne pouvant être omise ou négligée dans le régime sociétaire, la qualité de l’objet en vente ne sera pas vérifiée et garantie avec moins d'attention que sa juste valeur. On classera donc le blé dans les div#s corn— partimens du grenier, par i r *, a*, 3*, 4*1 5’ qualités, authentiquement reconnues en assemblée de série d’experts. Des échantillons de chaque qualité seront envoyé? sous cachet aux bourses provinciale et régnicole. C’est là que se font les ventes et achats, aux foires semestrielles. On y publie les approvisionnemens mis en vente sur les divers points de la province ou de l’empire. Les négociations sont rapides, «r on ne les fait que pour de fortes quantités; elles sont sûres, car elles aussi se font par les séries de délégués spéciaux. Quand le marché est conclu, les denrées qui en ont été l’objet sont directemeut expédiées par le vendeur à l’acheteur.

tans pouvoir devenir la propriété d'aucun préposé intermédiaire , faisant des profits sur les personnes qui ont concouru à la production ou doivent participer à la consommation.

De cette sorte on réduit le nombre des agens commerciaux au dixième de ce qu’il est dans le morcellement, et l’on extirpe le principe des vices les plus hideux de notre système commercial actuel. Si , parmi nous , le marchand ne paye pas assez au vendeur, fait trop payer à l’acheteur, c’est parce qu’on laisse au marchand la faculté de propriété intermédiaire , le droit de régler arbitrairement ses prix, do vendre 100 fr. ce qui lui a coûté 5 o fr. S’il devait toujours justifier , soit au producteur, soit au consommateur, que le prix offert ou demandé est le prix ee'el ; si l’onUrouvait le moyen de rendre toute fausse justification impossible; enfin, si les marchandises ne pouvaient jamais être soustraites à la circulation , ainsi que cela se pratique chaque jour dans des vues de hausse de leur prix, alors cesseraient ces scandales commerciaux dont la présence ne fait qu’inspirer la jÿlus vive indignation à tout homme honnête et clairvoyant.

Le régime sériaire réalise toutes les conditions d’un commerce véridique , parce qu’il n’a point de marchands proprement dits : ce sont les producteurs , les associations communales, qui font les ventes. Ce sont ces mêmes associations qui font les achats pour lçurs consommations. Aucune n’a le droit spoliateur de hausse ou de baisse. Les transports sont effectués par les séries de convois , lesquelles sont rétribuées comme toutes les autres séries. On ne paye que ces transports et de trèsmodiques frais d’entrepôt, sans allouer aucun bénéfice du genre de ceux qui , en si peu d’apnées , font la for-

tune colossale de nos accapareur* , décoré* du titre protecteur et pompeux de hauts Banquiers , de Négociant

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