‹ Sur les volumes d'oxygène absorbé et d'acide carbonique émis dans la respiration végétaleChapitre 4 sur 9 · ACIDE CARBONIQUE ÉMIS PAR LES BOURGEONS ET LES RAMEAUX · texte numérisé non relu

ACIDE CARBONIQUE ÉMIS PAR LES BOURGEONS ET LES RAMEAUX

Description de l’appareil.

Les rameaux ou les bourgeons mis en expérience ont été placés dans une de ces éprouvettes portant une tubulure inférieure qui sont employées dans les laboratoires pour dessécher les gaz; cette éprouvette était maintenue dans un grand cylindre en verre renfermant de l’eau dont on faisait varier la température au moyen d’un .courant de vapeur à 100°. La tubulure inférieure communiquait par un tuberecourbéàangledroitavecune éprouvette remplie de pierre ponce imbibée d’acide sulfurique bouilli 1 . À la suite de cette

1. Il faut avoir soio, lorsqu’on se sort d’une semblable éprouvette à dessécher, que les bouchons de liège ne soient pas touchés par l’acido sulfurique. Dans ce dernier cas, le liège se carbonise, et, même à la température ordinaire, le charbon produit ré-

éprouvette se trouvait un tube à boules contenant une solution de potasse caustique, puis deux tubes en U remplis l’un de potasse concassée en petits fragments, l’autre de pierre ponce imbibée d’acide sulfurique.

La conduite des expériences était d’une grande simplicité. Prenons pour exemple l’expérience n° 30 du tableau III.

Nous avons commencé par emplir d’eau à 22° le manchon contenant l’éprouvette qui devait renfermer les rameaux, afin d’avoir, pendant toute la durée del’expérience, une température à peu près constante.

Nous avons placé ensuite dans l’appareil un rameau de marronnier portant deux bourgeons terminaux dont le poids total était de 21 grammes. Et pour que l’obscurité fût bien complète, nous avons enveloppé le manchon d’un, morceau de serge noire d’une double épaisseur. A la partie supérieure étaient ménagées trois petites ouvertures pour laisser passer les deux tubes de l’éprouvette et la tige d’un thermomètre. De la vapeur amenée d’un ballon voisin rendait à l’appareil la chaleur qu’il perdait par rayonnement, et, de temps en temps on mélangeait par le barbottement d’un courant d’air les différentes couches d’eau, de façon à avoir dans tout le manchon une température bien uniforme.

On faisait traverser l’appareil par un courant d’air dépouillé d’acide carbonique, puis, lorsqu’on jugeait que l’éprouvette ne contenait plus traces de gaz acide carbonique, on fermait au moyen de deux pinces de Mohr les tubes en caoutchouc qui se trouvaient aux extrémités de l’éprouvette contenant les rameaux.

On pesail le tube à boules contenant la solution de potasse et les deux tubes en U et on les plaçait à la suite de l’éprouvette :

Poids des tubes avant l'expérience :

Tube à boules. 57.634

Tube à potasse. 69.577

Tube à acide sulfurique. 76.375

Nous notions l’heure et la température ; l’expérience commençait. Lorsqu’elle était terminée, on ouvrait les pinces de Mohr et

duit l’acide sulfurique et donne de petites quantités d’acide sulfureux. On sait quelle action délétère ce gaz exerce sur la vie végétale. Même avec des bouclions de caoutliouc cet inconvénient peut se produire au bout d’un certain temps.

l’on faisait de nouveau traverser l’appareil par un courant d’air dépouillé d’acide carbonique qui déplaçait le gaz contenu dans l’éprouvette renfermant les rameaux. Ce gaz se desséchait sur la colonne de pierre ponce imbibée d’acide sulfurique, et l’acide carbonique qu’il contenait était ensuite fixé dans le tube à boules et dans le premier tube en U. Le tube à acide sulfurique servirait à dessécher le gaz dans le cas où la potasse caustique contenue dans le premier tube n’aurait pas suffi à arrêter la vapeur d’eau dont s’est saturé l’air sec en passant bulle à bulle dans la solution de potasse.

Mais, dans la plupart de nos expériences, ce tube à acide sulfurique servait de témoin, car toute la vapeur était arrêtée par la potasse caustique.

Poids des tubes après l'expérience :

Tube à boules. 57,631

Tube à potasse. 69.605

Tube à acide sulfurique. 76.375

Acide carbonique produit . 0.025

Un rameau de marronnier du poids de 21 grammes portant deux bourgeons nous a donc donné, en 2-4 heures, 25 milligrammes d’acide carbonique, la température moyenne étant 22 degrés.

Exposé des résultats.

Nous avons consigné dans les tableaux suivants les résultats obtenus.

Dans les premières colonnes se trouvent le numéro d’ordre des expériences, le nom de la plante à laquelle les rameaux sont empruntés, la durée des expériences, le poids des rameaux et la température. Dans les deux dernières nous avons placé le poids de l’acide carbonique produit dans chaque expérience et enfin établi par le calcul l’acide carbonique produit en 10 heures par 100 gr. de rameaux.

Le tableau II contient les expériences faites sur le Pinus excelsa et sur YÆsculus hippocastanum. Ces recherches ont été entreprises vers le mois d’août 1875.

Les rameaux étaient choisis dans un parfait état de santé, on enler vait le plus délicatement possible les feuilles et on pesait l’acide carbonique produit aux différentes températures. Le rameau employé ne servait qu’à une seule expérience^

Tableau II

Les expériences consignées au tableau III ont été exécutées au mois de décembre 1876. Nous avons pris un rameau de marronnier de20’grammes portant ses deux bourgeons terminaux, et c’est avec le même rameau qu’ont été faites toutes les expériences, du tableau.

Tableau III

Influence de la température.

Nous nous sommes altaché surtout, dans cette première série de recherches, à montrer l’influence de la température sur le dégagementde l’acide carbonique. Lamarche du phénomène est identique à ce qu’elle était dans la respiration des feuilles, et bien que le dégagement d’acide carbonique soit ici beaucoup plus faible que lorsque nous opérions avec des organes d’une grande surface et contenant beaucoup de cellules parenchymateuses, il n’en est pas moins vrai que les phénomènes de combustion interne qui se passent dans les rameaux sont singulièrement exaltés par la chaleur obscure.

Tandis qu’à 12°, 100 grammes de rameaux de P inus excelsa n’ont donné en dix heures que 25 milligrammes d’acide carbonique, la même quantité de rameaux dans le même temps ont, à 30°, donné 139 milligrammes, c’est-à-dire une quantité cinq fois plus grande.

De même pour le marronnier, qui à 10° donne 27 milligrammes, et à 28° 140 milligrammes.

Les expériences du tableau 11 ont été faites, comme nousl’avons dit plus haut, à la fin de l’été, tandis que celles inscrites au tableau III ont été entreprises à la fin de décembre. Si l’on compare ces deux séries d’expériences, on v-oit que des rameaux pris en été à 17° dégagent plus d’acide carbonique que des rameaux de même espèce mis en expérience en hiver et portés à 20°. lien est de même si l’on compare les expériences 32 et 24, faites à 28° et à 30°.

Gela n’a rien, qui doive nous surprendre, et l’on comprend très bien qu’au milieu du mois d’août, lorsque la végétation est dans toute son activité, là fonction respiratoire, à égalité de température, soit plus intense qu’en hiver. Il ne suffit pas de porter un rameau de 3° ou 4° à 30° pour le tirer de suite de son engourdissement. La vie végétale ne peut pas être réveillée de suite, et ce n’est que par degrés que les phénomènes de combustion interne reprennent leur intensité normale pour une température donnée.

Du reste, une fois que l’on fournit au rameau la quantité de chaleur nécessaire pour mettre en jeu les réactions qui déterminent le complet développement des bourgeons et l’épanouissement des feuilles, même au milieu de l’hiver, la vie ne tarde pas à.se développer. Nous avons répété bien souvent l’expérience suivante : On

coupait au mois de janvier une branche de marronnier de 0 m ,50 à 0 m ,60 de longueur; on plaçait l’extrémité inférieure dans l’eau, en ayant soin de ne laisser sur la branche qu’un ou deux bourgeons floraux, puis le tout était abandonné non loin d’une étuve chauffée à une température ne dépassant pas 50°. Dans ces conditions, on voyait au bout d’une quinzaine de jours les bourgeons se gonfler, s’ouvrir, donner naissance aux feuilles, puis à une petite hampe supportant les. organes floraux à l’état rudimentaire. Le limbe des feuilles de marronnier pouvait acquérir une longueur de 0"',08 à 0 m ,10, et comme elles étaient exposées à la lumière, elles ne tardaient pas à prendre une belle teinte verte. Les seules conditions nécessaires à la réussite de l’expérience, étaient de changer l’eau de temps en temps et de rafraîchir de loin en loin l’extrémité de la branche par une nouvelle section faite environ à un centimètre de l’ancienne.

Cependant, au bout de trois semaines d’une végétation peu vigoureuse, les feuilles tombaient, la hampe de fleurs, qui s’était peu développée, se détachait également, les substances de réserve étaient détruites, le rameau ne tardait pas à périr. Mais il n’en avait pas moins, transformant les matières amylacées qu’il avait à sa portée, commencé, sous l’action d’une élévation de température, le développement de ses jeunes feuilles.

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