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rendre ici me donne à comprendre qu’un pauvre morceau de papier plié en quatre peut s’y perdre. Malgré tout, cela m'occupe beaucoup.
Je suis inquiet. Loin de moi la pensée de t’en faire un reproche, puisque c’est peut-être de cette manière que le Bon Dieu me punit de mon manque de confiance en Lui et en toi, quand je suis parti comme j'ai fait.
J'aurais dû Lui demander la force d'aller te voir pleurer, toi avec les petits enfants, et de Partir quand même, Mais quand j'y pense encore aujourd’hui, cela me paraît plus difficile que de faire le tour de l’Amérique,
Il est trop tard pour parler de ces choses-là, puisqu'il n’y a pas À recommencer. Pourvu que tu reçoives de mes nouvelles ; c’est ce que je demande à Dieu. Je partirais tout de suite pour m'en retourner, si je pouvais croire le contraire, C’est un tourment de plus à ajouter à toutes mes fatigues et mes peines. Du moins, là-bas, vous autres, ne m’ajoutez pas celui de croire que je Vous oublie pour de l'or. Dieu m'est témoin que si je souffre autant ici de votre absence, c’est Pour notre bien plus tard tous ensemble,
Comme de coutume, je vais donc continuer à vous faire connaître les détails de ma vie dans les mines. Avec l'espoir que Dieu nous réunira l’automne prochain, je souhaite ce bonheur au commencement de cette nouvelle année, je
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donne ma bénédiction à mes chers petits enfants, je demande encore une fois de si loin celle de mon vieux père et vous embrasse de tout mon cœur.
Le travail des mines ici n’est pas aussi avantageux à cause du manque d’eau. Il ne pleut pas cet hiver. C'est ce qu’on n’a jamais vu, dit-on. Toujours du beau temps chaud. Il n’a plu que trois fois depuis que je suis ici. A quoi bon sortir des tas de terre si nous n’avons pas d’eau pour la laver ? Nous creusons des trous de 12, 15 jusqu’à 20 pieds de profondeur pour avoir la terre du fond qui est plus riche en or et nous attendons la pluie qui ne vient pas.
Aussi, j'ai dernièrement changé de métier ; tu sais que j’en connais plusieurs. J'ai pris celui de scieur de long, scieur de planches et de madriers, car il ne faut pas parler de moulins ici.
Si quelqu'un trouve dans le bord d’une rivière un endroit où la terre est riche en or, la foule des chercheurs l'entoure bientôt et c’est à qui se tracera et prendra au plus vite les quelques pieds que la loi lui accorde. Il faut que tout ce monde-là trouve où se loger. Ils ont coutume aussi de manger, et les magasins de toutes sortes de choses viennent s'établir autour de nous. Par conséquent, le bois est cher. Voilà pourquoi je me suis mis À faire du bois. J'ai scié du bois pendant plusieurs
nr — SUR MER ET SUR TERRE
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jours. J'avais un associé à qui j'ai été obligé d'enseigner le métier, fl ne connaissait pas ce que c'était qu’une scie de long, j'ai eu de la | peine à lui montrer comment s’en servir. Mais j'ai réussi ; j'avais loué une scie au prix de six chelins par jour. Nous gagnions cinquante et une piastres par jour. Je vendais la planche trente sous, jusqu’à trente-six sous le pied. intenant, je ne scie plus ; je suis marchand de bois ; ‘j'ai du bois à vendre, et le commerce ne Va guère, car tout le monde est logé. J'attends ceux qui arriveront encore. Comme tu le vois, je ne perds pas de temps ; je travaille toujours. Je ne peux pas me vanter d’avoir trouvé de bien gros morceaux d’or ; je ne suis pas chanceux pour cela. Le plus gros morceau que j'ai trouvé valait cinquante piastres. Je veux l'emporter tout rond au Canada, pour que tu le voies tel qu'il est.
une fois, je ne dis pas cela pour enga- Un op pre it de chez nous à venir ic, c'est un trop grand risque. e suis content, moi, d'y être venu, mais je ne voudrais pgs que mes lettres en entraînent d’autres de ches nous. J’en vois tant qui sont iei dans la peine, ne sont pas capables de s’en aller faute d'argent, et pleurent leurs familles, Dieu ne donne pas les mêmes chances à tous. Il vient tant de monde : il
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faut qu’il y ait de la misère pour quelques-uns. C’est pour cela que je n’invite personne À venir.
J'espère toujours recevoir des lettres. Il y a une poste qui vient de San-Francisco à huit milles d'ici. J'y vais souvent. Je ne travaille pas le dimanche. J'emploie cette journée à lire les prières de la messe, le matin, à courir après la poste et à écrire mes longues lettres qui me demandent bien du temps. Mais, j'aime cette journée que je passe vec vous autres par la pensée.
Enfin, Dieu soit béni, j’ai reçu ta lettre du mois d’octobre, avec celle de Ludwig. Tu ne peux pas croire avec quel plaisir j'ai emporté ce morceau de papier qui vient de ma famille.
C'est le plus gros morceau d’or qui me soit encore tombé dans la main. Elle n’est pas longue, ta lettre ; mais elle dit des choses qui m'ont fait pleurer de joie. Merci, merci, pour toi et ton beau-frère, dont je n’oublierai jamais les bontés, pour tous les autres qui sont là, je le vois, pour te venir en aide et te consoler. Maintenant, je vais travailler avec plus de contentement que jamais. Quand tu m’écriras de
nouveau, fais comme moi, n’attends pas de.
mettre tout d’une fois sur le papier tout ce que tu aurais à me dire ; écris au fur et à mesure, et demande aux autres, à M. Petit, aux belles- . Sœurs de "ne raconter ce qui se passe à Kamouraska. Je n’en sais rien depuis si longtemps.
Tu adresseras tes lettres à San Francisco, car je changerai de place dans le mois de mars pour courir dans les rivières où il n’y aura pas trop d’eau. Je suis encouragé plus que jamais ; j'espère avec la grâce de Dieu que nous nous reverrons l’automne prochain.
Tout est assez bon marché aujourd’hui. On peut avoir de la farine pour quinze piastres le cent ; elle baisse tous les jours, il s'en apporte beaucoup. Le lard se vend trente sous la livre; l'oignon, une piastre la livre ; le beurre, une piastre la livre ; le ris, trente sous ; le sucre, quarante; le lait, une piastre le pot. Quant à moi, puisque je suis de tous les métiers et de tous les négoces, j'ai payé moins cher parce que j'ai acheté en gros d’un colporteur.
Quand je dis colporteur, il colportait non pas avec un panier, mais avec une grande voiture attelée de six bœufs.
Comme tu le vois, je t’écris tous ces détails qui prouvent que je dis tout. Et afin que tu ne l’apprennes pas par d’autres, qui pourraient.
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exagérer la chose et vous effrayer inutilement, je vais maintenant te raconter ce qui m'est arrivé le 20 janvier.
Nous étions partis sept, imprudemment, à la recherche de nouvelles mines, Il nous est arrivé malheur.
En traversant un grand bois, nous avons aperçu dans le haut d’un arbre une sorte de grand panier qui s’y trouvait accroché. L’un de nous a grimpé dans l'arbre pour voir ce que c'était. Il y a trouvé une provision de noix et de glands. Cela aurait dû nous faire voir que nous étions près d’un camp de sauvages.
Malheureusement, c’est l'or qui nous occupe trop et nous oublions la prudence. Marche toujours, et à la brunante nous campons dans une clairière pour manger et Y Passer la nuit.
Durant la soirée, il y en avait deux d’entre nous qui fumaient et prenaient plaisir à chanter des chansons canadiennes. On a vu que j'avais les larmes aux yeux et l’on s’est mis à rire de moi. Pour faire une drôlerie, les deux chanteurs ont entonné le libera en me t.
J'ai été le seul à ne pas éclater de rire. Mais après cela, on est devenu plus raisonnable ; ila été décidé que pendant que les autres dormiraient, chacun de nous ferait une heure de garde devant la tente.
Vers dix heures, nous avons entendu japper dans le bois ; puis comme tout paraissait tranquille ensuite, nous avons dormi. Mais sur les onze heures, Pierre Décourcy, qui faisait la garde, nous réveille en disant que quelque chose comme une flèche venait de lui siffler : devant le nez. Il n’eut pas le temps de sortir de la tente que nous étions assaillis et cernés par une ruée de sauvages tout alentour, jetant des cris de bêtes et des jappements comme on en avait entendu. Deux des Canadiens avaient des revolvers. Ils se sont mis à tirer dans la noirceur et dans le tas de sauvages. La tente a tombé par terre, et un grand gars de Lotbinière, le plus fort de nous autres et haut de six pieds, s’arma du poteau de la tente pour assommer les sauvages. Ça allait bien pour nous faire un passage au travers de la bande ; malheureusement une balle écartée de l’un de nos tireurs de pistolet le frappa au côté et il tomba. Je me suis jeté sur les épaules ma couverte de camp et après m'être recommandé au Bon Dieu et à la Sainte Vierge, j'ai pris ma course en jappant moi aussi comme lés sauvages. Je leur ressemblais, faut croire, car au détour d’un petit rocher, Pierre Décourcy leva sa bêche sur ma tête pour m’assommer, —Pitre! j'ai crié Et il s’est jeté sur moi pour m’embrasser comme s’il m'avait tué. -