‹ Sur mer et sur terre [microforme]Chapitre 25 sur 26 · MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART · texte numérisé non relu

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(ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

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car j'étais très inquiet de vous tous, sans avoir de nouvelles pendant si longtemps.

Tu me dis que le bien de mon père va être vendu. Cela m’a donné beaucoup d’occupation, ces deux jours-ci. J’ai cherché comment m'y prendre pour l'acheter. Je ne trouve pas plus de moyen d'envoyer de l'argent pour cela que j'en ai eu jusqu’à présent pour te secourir. Allons-nous risquer de tout perdre, et la terre et l'argent ? Ce serait malheureux pour moi qui ai tant travaillé Mes amis ne me le conseillent pas : il s’en est ainsi perdu. Je ne sais pas si M. qui peut faire vendre chez nous a reçu ma lettre du 10 de juin. Je lui demandais, à lui qui est un homme d’affaires, de m'indiquer le moyen sûr de lui faire parvenir de l’argent. Informe-toi donc pour savoir s’il a reçu ma lettre, s’il m’a répondu ou s’il n’a pas la confiance de me croire. Ily a longtemps que son argent est prêt. A présent, je ne travaille plus Pour payer mes dettes, mais pour nous récompenser, toi et moi, d’avoir trouvé le moyen de les payer. Ç'aété dur, mais je ne craindrai plus personne une fois rendu au Canada. Car, je te l'avoue, je tremble toujours. Je suis loin ; si ces gens-là venaient à s’impatienter et allaient te mettre dans le chemin ? Il faut espérer qu'ils ne se décourageront pas, puisque le plus difficile est fait ; j'ai leur argent prêt.

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Peut-on me reprocher de vouloir en faire aussi pour moi, car on ne voudra plus me faire crédit, à moi qu’on a si longtemps attendu.

Pourtant on devrait comprendre que cela ne dépend pas de moi ; on voit le sacrifice que j'ai fait pour payer mes dettes.

Cependant, si j'avais reçu cette lettre plus tôt, il est certain que je serais parti pour le Canada, et je pouvais acheter le bien de mon père.

J'aurais eu un grand plaisir à prendre soin de ce bon père, sur ses vieux jours; dis-lui cela. Mais, il est trop tard ; tout sera vendu avant que je sois rendu.

Il y aurait peut-être un autre moyen ; mais celui-là, j'ai honte d’en parler. Ce serait de demander à ceux qui m’ont déjà aidé, rendu service, à qui je dois déjà, d’acheter pour moi cette terre de mon père : je les rembourserais à mon arrivée. Mais, non, je n’en suis pas capable, parce qu’il faut souvent fermer les yeux et bousculer les autres sans les voir pour acheter au shérif.

A la grâce de Dieu, mais je n’y serai pas.

Puis, il y a quatre jours, j'ai fait une entreprise. Me voilà bûcheron de bois de corde.

J'ai entrepris d'en bûcher deux cents cordes pour le moulin à vapeur, au prix de mille piastres. Ça va encore bien vite, j’espère y faire de l'argent. .... Pourtant..... ce bien me fait de

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la peine ! Si l’on pouvait retarder et m'écrire, peut-être que j'aurais le temps de m'en aller après avoir fini mon entreprise.

- Ma chère femme, je vois ici des Canadiens Au partent pour le Canada aussi pauvres qu’en arrivant. Ils n’ont pcs le courage de résister à l'ennui et à l'appel de leurs familles. Personne ne m’apprendra ce qu’il en faut de courage pour ;résister à ces peines ! Mais les Voyages sont assez coûteux, en argent comme en sacrifices, qu’il faut profiter de ce qu’ils ont d'avantageux. Je me reprocherais toute ma vie, une fois mes dettes payées, de me voir dans la pauvreté avec ma famille parce que j'aurais manqué de courage pour rester quelques mois de plus à faire la récolte que je suis à faire si Join. Tu me dis que mes petits enfants me demandent de revenir. Tu sais bien ce que tu me fais au cœur en écrivant cela, et tu comprends bien la peine que j'éprouve si je ne peux m'en aller à leur demande. Ce sont des enfants, eux, et ils ne connaissent pas les bonnes raisons que j'ai de rester ici encore quelque temps ; mais toi, tu es raisonnable, puisque tu me laisses libre, malgré tout ; tu comprends que si je reste plus longtemps, c’est pour votre bonheur à tous plus tard. Va-t-on dire que je n’aime pas ma famille ? Après tout ce que j’ai souffert et ce que je me suis cru obligé

de souffrir pour son bien et son honneur, ce

serait la plus grande de mes misères. Non,

Vous ne direz jamais cela, ni toi ni mes enfants,

ni les autres quand nous repasserons ensemble tout ce que j’ai enduré pour elle quoique malgré

elle

Est-ce que je ferai jamais de voyage comme celui-là ! Demandez à Dieu qu’il me donne le courage de le terminer heureusement. I] y en 8 trop de fait pour ne pas savoir profiter de ce qu’il reste à faire. Oui, courage, plus que jamais, puisque le jour approche inaintenant où ce sera fini. J’espère vous retrouver bientôt tous comme je vous ai laissés, en aussi bonne santé, mais moins malheureux.

Pierre Chérard ignorait toujours la mort de son père et celle de sa fillette.

On s'était entendu jusqu’à présent pour lui dissimuler, dans les lettres, ces attristantes nouvelles qu'il apprendrait toujours assez tôt, se disait-on ! Hélas ! dans ce monde où “à chaque jour suffit sa

peine”, n'est-il pas préférable de ne pas

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laisser, s’accumuler d’arriéré? Il fallut

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le reconnaître, lorsqu’après la mort de l'aieul et de l'enfant, l’autre aïeule, la vieille mère Chérard, attardée sur la triste route de ceux qui s’en vont, voulut aussi partir. Trop de deuils successifs et rapides l’avaient détachée, depuis la mort de son fils Charles, surtout, de ce qu’elle avait accoutumé d’aimer sur terre durant sa longue vie de quatre-vingt-neuf années.

Vivant depuis lors dans l'irréel de ses affections terrestres, retirée chez son fils Eus:be, bientôt après la mort de son vieil époux, elle tomba, pour ainsi dire, de l'arbre de la vie comme un fruit mûr.

Où de tristes nouvelles prennent leur vol

KAMOURASKA, 20 novembre 1851.

Mon cher mari,

notre esprit ; jusqu'aux petits enfants qui ont entendu parler de cela et qui demandent, le soir, si les méchants sauvages qui ont voulu tuer Papa ne sont pas cachés dans les îles de Kamouraska.

Je sais bien que de ton côté, toi aussi, tu as tes inquiétudes et tes peines, et si je t’ai parlé l’autre fois de la terre de ton père, ce n’était pas pour les augmenter. Je comprends les raisons que tu me donnes, et je crois bien, commé toi, qu’il sera trop tard pour l’avoir à ton retour. M. Myllen a déjà fait des démarches ; nous lui

devons de l’argent, tes frères aussi, je crois bien que c’est lui qui l’aura. Après tout ce qu’il a fait pour nous, il n’est pas facile de chercher : à l'en empêcher. Cependant, la terre n’est pas encore vendue. Il y a beaucoup d’embarras dans cette vente-là. M...n’a pas reçu ta lettre, mais il est disposé à t’attendre.

Mon cher Pitre, il y a des choses plus graves que cela que je dois maintenant t’apprendre. Pierre Décourcy écrit à sa famille que tu te proposes de revenir l’automne prochain. Tu ne saurais croire le nombre de personnes qui désirent ton retour ici. Mais ne sois pas surpris, après un si long voyage, de trouver quelqu'un de moins dans ta famille. Paps et maman CSérard n’ont pas pu t’attendre plus longtemps et sont partis pour l’autre monde en te bénissant. Le père est mort le premier avant que sa terre fût en vente. Il a été convalescent longtemps mais il n’a tenu le lit qu’environ quinze jours. C’est la mort de Théodore qui a avancé ses jours ; il en a eu beaucoup de chagrin. Il disait aussi qu’il ne te reverrait plus. Il m’a priée de te faire ses adieux. La mère, qui restait avec Eusèbe, l’a suivi de près. Tu n'étais pas sans t'y attendre, un jour ou l’autre, et les pauvres vieux ont toujours pensé qu’ils ne te reverraient plus. Voilà le troisième jour de l’An qui approche et que nous passerons

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