‹ Sur Mérimée; notes bibliographiques et critiquesChapitre 6 sur 66 · Sous le titre: Le Carrosse · texte numérisé non relu

Sous le titre: Le Carrosse

SUR MÉRIMKE. l'î

Girnrdin? Ces deux vaudevilles ont-ils été imprimés? M. Georges Vicaire établit qu'ils n'ont ])u être joués que de 182G au 3i décembre 18.J9'. Mais où? A Rouen, bien probablement, d'après les « chercheurs » auxquels M. Jules Couët, bibliothécaire de la Comédie-Française, avait soumis la question-. Par malencontre, les journaux rouennais, le Journal de Rouen et le Nouvelliste de Rouen, qui nous auraient peut-être renseignés, manquent à la Bibliothèque nationale pour la période de i853 à iSSg, et le problème est resté en l'état. C'est peut-être de Rouen que viendra la lumière. Mais franchement on ne se figure pas bien l'auteur de Colombe/ écrivant des vaudevilles.

Le Manuel signale les pièces de théâtre inspirées par des œuvres de Mérimée. Ces pièces sont : L'Espionne (1829), La Périchole (i835), tirées de Clara Gazul, la première par Dartois et Dupeuty (musique d'Adolphe Adam), la seconde par Théaulon et Deforges; — une Chambre bleue de La Rounat (1873) ; — Carmen^ bien entendu, l'excellent livret fourni à Bizet par Meilhac et Halévy (1875); — La Fleur de Tlemcen^ pour laquelle Legouvé a mis à contribution Les Deux Héritages (187G). Pour le détail, je renvoie au Manuel.

Si M. Georges Vicaire s'était occupé non de bibliographie, mais de critique littéraire, il aurait dû rechercher quelle part d'inspiration revient à la Chronique du

1. Georges Vicaire, Prosper Mérimée a-t-il été vdiKlcrillisIc ? daus le Bitlletiii (lu bihlinpliilc, juin 11105, pp. 350-ÔÔ5.

ii. L'Intt'rinédiaire des Chercheurs et Curieux, 10 août 1905, col. 171 et 50 août IÛ05, col. 2itO-2'J7.

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règ/w (le Charles IX dans le livret tiii Pré-aux-Cleres (i8'32) et dans celui des lluguenols (i836). Pour le premier, Plaiiard doit à Mérimée les personnages de Mergy et de Comminges et la scène du duel. Scribe, venant en second, s'est vu oblige de prendre d'autres noms, mais le fameux duo de Uaoul et de Valentine est tout simplement la mise en scène du chapitre de la Chronùjue intitulé : Dernier effort.

Et la Périchole! On nous parle d'une Pe'richole àe i835, dont les auteurs déclaraient eux-mêmes n'avoir fait qu'arranger le Carrosse du Saint-Sacrement. Bien : prenons-en note. Mais peut-on passer sous silence la Périchole que nous connaissons tous, celle qui a fourni à Olfenbach le sujet d'une partition classique en son genre ( 1868)? Je sais bien qu'entre les folles inventions de Meilhac et Halévy et la saynète de Mérimée, il n'y a analogie ni dans la forme, ni quant au fond : du carrosse lui-même, plus un mot, et les situations sont toutes différentes. Mais nous retrouvons Périchole, et don Andrès de Ribeira, vice-roi du Pérou, et la scène est à Lima! Et ce nom seul de la Périchole constitue pour Mérimée une sorte de propriété morale qui ne doit pas être méconnue. Combien peu s'en doutent, même parmi ceux qui souriront toujours à un passé lointain en entendant la lettre à Piquillo : 0 mon cher amant ^ Je te jure... et le finale : Il grandira, car il est h^sj)agnol! ... Et combien ont salué, dans une scène du Boi Candaule des mêmes auteurs, un ressouvenir de ce même Carrosse du Sain t-Sacrea/ent' ?

1. Du moins, s'il faut en croire un ln)u juge (Aug. Filon, Mérimée et ses amis, p.!ilô). Mais nous devons avouer ipie l'analogie ne nous a pas frappé

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Pour finir, j'ai la satisfaction de mauvais aloi de reprocher deux légères omissions au savant Manuel de M. Georges Vicaire. En 1893, M. Maurice Vaucaire a fait représenter un Carrosse du Saint-Sacrenietit en vers « d'après Clara Gazul' ». Toujours le Can^ossc du Sairit-Sacrcmcnt ! En 1897, M. Pierre Decourcelle a écrit avec A. Liorat le livret d'un opéra, Inès Mendo, d'uprès la nouvelle de ce nom du Théâtre de Clara (îazuP. Tous ces détails peuvent montrer quelle influence a exercée en matière théâtrale, de son temps et jusque de nos jours, un auteur qui n'a rien écrit pour le théâtre.

Il faut hien remarquer que M. Georges Vicaire, faisant un manuel de librairie^ ne s'est occupé que des œuvres qui ont paru en volumes, et a laissé de côté les articles de journaux et revues, rapports et autres travaux qui n'ont pas été réimprimés. Pour la même raison, il s'est désintéressé des lettres de Mérimée, j'entends de celles qui n'ont pas été réunies en recueil et qui ont été publiées isolément ^ Et voilà pourquoi je disais en commençant que la bibliographie des œuvres de Mérimée n'existe pas encore. En résumé, qui voudra la tenter devra fondre et mettre à jour les

1. Maurice Vaucaire, Le Carrosse du Sdiiil-Sturenient, comédie en un acle, d'après Clara Gazul. Paris, (lalmann-Lévy, 189"), in-lS. Pipprésoiili'o à rOdéon.

'2. P. Decourcelle el A. Liorat, Inès Mendo, opéra en Irais actes, quatre tableaux, d'après Prosper Mérimée, musique de Frédéric Réqnal [Frédéric d'Erlanger]. Paris, CaluianuLévy, 1897, in-18. Hepréseuté à Londres au théâtre de Covent-Garden.

5. Sauf deux exceptions; v. col. 754, au mot Revue Archéologique, et col. Ihl, au mol Clarfunit.

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travaux que nous venons de passer en revue, et il lui faudra encore ajouter à cette revision — ce qui ne sera pas la partie la plus aisée de sa tâche — une bibliographie de la correspondance générale. Le cadre en a été indiqué naguère dans un article très étudié de M. Maurice Tourneux*, aux yeux de qui « la correspondance de Mérimée sera pour le xix* siècle ce que la correspondance de Voltaire est demeurée pour le sien ». Mais qui pourra se flatter d'avoir jamais terminé l'inventaire des lettres de Mérimée ? Il en est que sans doute on ne publiera pas, les unes, comme les lettres à Jacquemont (perdues peut-être), parce qu'elles ne seraient pas décemment publiables, les autres parce que leurs possesseurs ne consentiront pas à s'en dessaisir. Et il s'en trouve encore en diverses mains un grand nombre qui verront le jour... quand il plaira au dieu des dénicheurs d'autographes.

A côté de la bibliographie proprement dite, il y a ce que j'appellerai, faute de mieux, la bibliographie c\vterne, celle qui se donne pour mission de dresser le catalogue complet de tout ce qui a été écrit sur un auteur; et je n'ai pas besoin de dire quels services celle-là aussi peut rendre aux travailleurs. Je n'entreprendrai pas la bibliographie externe de Mérimée. Ce

1. Maurice Tourneux, Lu Coirespondance (jénêmle de Prospet- Mérimée, noies pour une édition future, dans la Revue d'Histoire littéraire de la France, 1899, pp. 55-71.

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serait long à faire; ce ne serait pas très difficile, parce qu'on la trouverait tout entière éparse en des ouvrages qui ont paru dans ces dernières années et dont il me reste à parler. Outre Finédit précieux qu'ils révèlent, ce sont de vrais modèles de précision biographique et bibliographique, leur auteur ayant, je le répète, connu et indiqué' tout ce qui a été dit, par les contemporains et depuis eux, sur Mérimée et sur ses œuvres. Ce sont les trois livres de M. Félix Ghambon. Examinons-les successivement.

M. Félix Ghambon, bibliothécaire de T Université de Paris, en faisant des recherches, à la Bibliothèque de l'Université, dans les papiers de Boissonade, mit la main sur dix lettres adressées à ce dernier par Mérimée. Puis, en faisant des recherches à la Bibliothèque Victor Gousin, il découvrit soixante lettres écrites au philosophe par Mérimée, et trois lettres à Barthélemy- Saint-Hilaire. L'idée lui vint de publier ce trésor auquel s'adjoignirent, nous allons voir comment, des lettres à Thiers, à Requien et à Panizzi, et c'est ainsi que les amateurs de livres rares virent paraître les Lettres inédites de Prosper Mérimée, s. 1., 1900 (Moulins, impr. Grepin-Leblond), in-8, GXXIX-25t pp. Introduction signée Félix Ghambon. On lit au v° du faux-titre : « Le présent ouvrage a été privately pi'inted strictement à 4^ exemplaires ». Vingt exemplaires furent souscrits par la librairie Dorbon, qui les mit en vente au prix respectable de 200 francs.

Deux parties dans .ouvrage : une longue Introduc-

1. Cf. toutefois dans le Manuel de M. Georges Vicaire, col. 755-7tj'2, i( <Jiiel(|iies écrits sur Prosper Mérimée et sur ses œuvres ».

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tion (pp. I-CXXIX), les Lettres inédites (p. i-25i). Dans la première partie, Tauteur, en se défendant d'écrire à nouveau la vie de Mérimée, vise seulement à en établir quelques points à Taide de documents d'archives, de témoignages contemporains diligemment recueillis, enfin de lettres autographes qui ont passé en vente publique et qui constituent, comme on le fait remarquer avec grande raison, une source d'informations jusqu'alors dédaignée par les biographes. Nous suivons ainsi Mérimée depuis le lycée, ovi nous savons les nominations qu'il obtint (il ne fut pas élève-phénomène), depuis l'école de droit, où nous assistons à ses examens (M. Chambon ne se console pas de n'avoir pas retrouvé sa thèse de licence), et nous le suivons quelquefois dans sa vie mondaine au point de savoir qu'il a dîné tel jour avec telles personnes et le lendemain avec telles autres. Un tableau de sa correspondance' complétera celui de M. Maurice Tourneux. Puis on nous parle de ses rapports avec ses correspondants, Boissonade, Cousin et Thiers. Car Mlle Dosne a communiqué à M. Chambon des lettres à Thiers, presque toutes relatives à V Histoire du Consulat et de ï Empire, que M. Chambon, je ne sais pourquoi, a utilisées dans cette Introduction au lieu de les réunir aux autres Lettres inédites. A propos des événements de 1870 et du rôle joué par Thiers et par Mérimée dans l'agonie de l'Empire, M. Chambon et M. Filon sont en désaccord sur l'heure exacte à laquelle on connut aux Tuileries le désastre de Sedan. Je doute que cette question passionne les Mériméistes, mais elle

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