‹ Sur NapoléonChapitre 14 sur 24 · I.K SAGHK · texte numérisé non relu

I.K SAGHK

L()t'S(jU(' j eus le lit'S liiaiid lioiint'iir de succéder à rAcadémic à M. Gaston Paris et que, pour pai'lei' de lui, j'étudiai son œuvre et, en particulier, celle Histoire poétique de Charlemagne qui constitue son lili-e ])rincipal, je fus amené à nu' demander si les Chansons de gestes n'avaient point exercé une iniluence sur les idées de Napoléon, et si l'on ne devait point attribuer cette grande passion (|u'il avait éprouvée pour Charlemagne à des lectures de son enfance. Je projetais donc d'écrire dans mon discours de réception :

0 Hors de la litl<''rature, quelle place la légende de Charlemagne occupe dans notre vie nationale ! Cenesl point d'après riiistoire que Napoléon a pris l'idée du grand empereur, — cette histoire, on l'ignorait, en son temps, plus complètement encore (juuujourdhui, — mais il l'a reçue des échos lointains de l'épopée; cette idée le hante, elle suggère ses desseins, elle inspire ses actes, elle lui fournit des formules, des institutions, des revendications même... »

Je passe le développement : je trouvais là l'explication, la seule acceptable, de faits qui, autrement, demeuraient incompréhensibles, et je n'ai pas besoin de dire que j'y tenais. Mais, lorsque je lus mon discours à mon ami très cher et très regretté,- Albert Sorel, et que j'arrivai à ce passage, il marréta et, simplement, me dit :

— La preuve?

412 SUR ^'AP()LKON

Va je n'uvais aucuno preuve, el je dus couper le morceau auquel j'étais le plus attaché.

Or, voici quelques mois. ])arut, dans uu journal, sur la jeunesse de Napoléon, le très curieux léuioignag-e d'un Corse conlemporain, d'un oncle même de Napoléon, — oncle à la vérité un peu suspect, car il se nommerait Michèle Durazzo, et je ne trouve de lui nulle trace, mais il v a peut-être en Corse des oncles à la mode de JJretagne ou de Bourgogne, — et j'y lus que, dans son enfance, les Reaii di Francia le passionnaient entièrement. Les Heali di Francia, c'est, entre les poèmes carolingiens, celui qui, depuis le xv" siècle, est le plus populaire en Italie, et 31. Gaston Paris a consacré, à en étudier les variantes, plusieurs pages de son li\ re.

Je n'avais donc point eu [orl : l'idt'e par la suite, s'est précisée et s'est développée, mais elle a eu son point de départ dans une impression lég-endaire. Et, de là parti, comme les rapprochements s'imposent!

(iharlemagne, c'est le fondateur de la deu.xiî-me dynastie, comme Napoléon entend être le fondateur de la quatrième dynastie. Cliarlemagne arégné sur la France, l'Italie et l'Allenuigne, comme Napoléon y règne à présent. Charlemagne a été réformateur, législateur et guerrier, comme est Napoléon. Charlemagne a été Cliarles le Grand, ((innne .Napoléon est Napoléon le Grand. Charlemagne a

♦''lé sacré par le Pape, et c'est assez pour (|ue .Napoléon veuille recevoir du Pape 1 onction sacrée. Aussi, c'est à Cliarleniagne (jue Napoléon dédie mie statue, dont il décrète l'érection sur la colonne nationale; c'est au tombeau de Charlemagne que se rend Napoléon dès ([u'il a été proclamé empereur; c'est des insignes de Charlemagne (|u*il veut se re\tMiret, s'il v renonce parce que ceux (ju'on retrouve sont démontrés aprocryplies, au moins commandera-l-il qu'ils soient portés devant lui en g'rande pompe. Charlemagne eut douze pairs. Napoléon; aura douze maréchaux d'Empire; Charlemagne passe pour avoir nommé des dignitaires dont les titres, peut-être empruntés à l'Empire d'Orient, se sont transmis dans son Saint-Empirellomain-(iermani([ue et, de mènu', Napoléon nommera un archicliancelier et un architrésorier. Charlemagne, selon la légende des vieux héraldistes, a j)orté pour ai-moiries (Cazur à lUiigle (Tor empiétant i/n foudre de même, et ce sont les armes que Napoléon donne à son empire. Os rapprochemenls, (jue j'indique sommaireinent. peuvent être multipliés pres(|ue à l'infini, et n'est-ce pas dans un des décrets de 18i0 (ju'on lit : « L'Empereur Charlemagne, notre auguste prédécesseur. » Après mille ans de sommeil aux cryptes d'Aix-la-Chapelle, Tempereui' à la harhe lleurie revit en ce Jeune Corse de trente-cinq ans, « aux yeux d'un hieu pâle, à la harhe rare, à la cheNclure lisse, d'un hlond châtain ».

114 SUR NAPOI.IÎON

De cette religion de C ha île magne, découlent même les costumes qu'adoptei-a Napoléon pour la cérémonie du Sacre, — costumes qui, restés tels qu'ils ont été décrétés pour l'Kmpereur et Flmpératrice, sont modifiés au dernier moment [lour les princes et les grands dignitaires, les(juels au lieu des robes de soie hianclie et des manteaux traînants de couleurs variées, reçoivent des costumes (|u'on appelle à l'espagnole, des chapeaux à hi Ilenii IV, et des manteaux courts.

Comme je voudrais h\s déplier de\anl vous et vous les faire admirer, ces costumes oi'i s'est appliquée, en même temps que la plus étonnante imag'ination artistique, une entente de la magnificence, un sens de la majesté (ju'on ne \ it nullr part à un tel degré.

Sur un livre, oùj'avais traité du Sacre, je ret'usl'an dernier, une communication qui me ja\il. La maison de commerce où avaient été exécutées les broderies de ces admirables costum<'S existait encore à Paris; le successeur de Picot, brodeur de Sa .Majesté l'Empereur et Roi, voulait bien mettre à ma disposition ses livres de commerce et ses modèles; travaillant a\ec le même art et le même goût, il m'expli(jua sur ces patrons troués d'une ininiih'' de |)i(|ùres d'épingle, comme avaient été exécutées ces broderies, dont les unes sont conservées au Musée des Arts décoratifs, certaines au trésor de Notre- Dame, (|u(d(|ues auli'es au Musée de \ it-nue. La i>roderit', ;irt si français par son dessin cl pai' sa

,,.,h,ru|ue, arl .lui. au travers .Ir louL- n.»liv lusloirc, prrlcii rhahillrmrnl des rois, des courtisans, dcsprùlivs, des Icmm.'s, le rayonnement d<'s ors, réelat joyeux des soies, la nol.' froid.' <l.'S ar-ents, (jui jette aux yeux comme un .'blouissem.Mil .'t , lui, seul, donne rimpression lormelle du lux.'! A touclu'r ces patrons, je revoyais un.' soci.'d.' oii l.'S rtr.'s savaient se paivr pour se plaire l.'S uns aux ;,ulr.«s.où les signes extérieurs d.' la liiérarclne mspirai.'nt .le salulair.'S ivsp.'cts et où la magnilicence des cQstum.'S, speclacl.' sans pareil, proNO- (|uail un continu.'! ."iVort artistique et faisait, par ^ o-rande industri.', vivre .les eentaines .l'ar-

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listes et d'ouvrières.

Mais l'heure pass.', et c'est à p.'in.' si j'ai abord.' le sujet .{ue je voulais développer devant vous. Je ne vous ai rien dit de Joséphine et des raisons pour lesquelles Napoléon l'associa à ces suprêmes honneurs, rien du voyage du Pape, fi.'n <h's négociations engagées avec lui, rien des préparatifs laits à Xolre-Dame et des courses éperdues du grand maîUv, M. de Ségur, chez les fabricants, les tailleurs, les brodeurs et les plumassiers. A peine me rest.'-t-il le temps de vous raconter ce que fut celte journée du 11 frimaire an XII (2 .lécembre 1804), 'l'une des plus intéressantes que l'histoire ait enregistrées.

SUR N A P t) L K 0 N

Le 10, de six heures du soir à julnull, des salv. d artillerie tirées d'heure en heure, annoncent la solennité du lendemain : à chacune, des flammes debengale s'allument sur tous les lieux hauts de Pans; les théâtres jouent gratis; d.vs corps d<- musifjue parcourent les rues.

Toute la nuit la neige tombe: à huil heures .die s'arrête et le froid reprend. Avant l.>jour, les députations des corps civils se réunissent au Palais de Justice et, à sept heures, elles partent à pied pour Notre-Dame, en même temps que, de la place Dauphme, les députations des armées de terre et de mer et des g:ardes nationales. A huit heures partent de leurs palais respectifs, en voiture et sous escorte de cent cavaliers, l.'s membres du Sénat du Conseil d'État, du Corps législatif, du Tribun'alpuis, du Palais <le Justice, la Cour de Cassation arrive à pied, sous une escorte de quatre-vin-ts fantassins. C'est une terrible mêlée sur la place du Parvis, grande à peine comme le quai-l de la place actuelle, dans les petites rues qui y aboutissent el que la foule obstrue. Nulle voiture, d'après la consigne, ne doit approcher d.. laniétropole: les femnu's invitées ont dû descendre à l'entrée de la rue de la liarillerie, et, en toilettes de gala, bras nus, poi- Inne largement décolletée, elles se lanlilcnt à gi-and'peine à travers le populaire.

Dans l'égHise, l'ordre de préséanr,- ne part point •lu chœur, mais des orgurs d.'vant lrs(iu.'IIrs est •Iressé l'i/nmense trône d'oii IKniperetn- prél.Ma U

LE SACRE ilT

serinent constitutionnel. Les premiers, les sénateurs, Imljit et manteau de velours bleu à large broderie d'or, ceinture de soie blancbe : puis les conseillers d'Ktat, bleu foncé brodé de soie bleu clair; les législateurs, bleu brodé d'or; les ti-ibuns, bleu brodé d'argent, les conseillers à la Cour de Cassation, robe rouge couleur de feu avec épitog"e d'hermine; puis, les g'rands officiers de laLég:ion,les commissaires de la Comptabilité nationale, les généraux selon leurs grades : Que dire ? c'est le décret de messidor sur les préséances qu'il faudrait répéter : car toute la France est là, la France officielle, une France oîi chaque organe administratif a sa place, son rang, son uniforme, se distingue au premier coup d'œil à ses couleurs ou ses broderies, et ne saurait être confondu : c'est la France telle que la faile Napoléon, nouvelle comme lui, portant si profondément son empreinte, résultant si exactement de son esprit organisateur, hiérarcbique et formaliste, qu'elle ne saurait appartenir à nul autre, qu'elle est son œuvre — et l'cruvre de quatre années.

Dans les tribunes, les dames et les officiers, des princes et princesses, le corps diplomatique, les membres de l'Institut, l'état-major de Paris, beaucoup de femmes; dans les deux rangs des galeries, autour de la nef et du clur'ur, les députations des armées. Cela fait ime superposition de tètes à 1 infini; du pavé aux voùles, des tètes qui s'agitent et des yeux qui regardent.

118 Slill NAI'OLKON

On a cru tlevoir décorer léglise cornuir si tout ce qui est décoration n'était point pour l'enlaidir; on a couvert d'étoiles brodées daigies toutes les parties de pierre du majestueux vaisseau; on a enguirlandé les piliers, mis des rideaux aux tribunes. Cela est d'usage, dit-on, et cela est laid.

A neuf Iieures battant, le cortège du Pape quitte les Tuileries. En tète, un escadron de dragons, puis la voiture des ofliciers de l'Empereur, didachés près du Pape; puis, sur un mulet qu'on n'a point aclieté, mais loué et qui est sordide, monsignor Speroni, le porte-croix du Pape, raide, tout d'une pièce, portant haut et droit son crucilix. Dans la foule, nullement recueillie, une risée court, s'accroît, monte presque en huée : « La mule du Pape! Ya-t en baiser la mule du Pape. » Speroni passe, impassible. Après lui. un carrosse à six clievaux pour les grands officiers de la Cour pontilicale; enlin, le carrosse de Sa Sainteté. Il est attelé de huit chevaux gris pommelé, d'une merveilleuse beauté, dont la tète est empanachée de blanc, la crinière et la queue tressées de rubans jaune et or et que mène à grandes guides, un cocher en grande livrée jaune, galonnée d'or: à la léte des chevaux, gar(;ons d'attelage et piqueurs jaune et or, derrière et devant, groupes de valets de j)ied jaune et or. A l'intérieur, tendu de velours blanc brodé d'or, en face de deux cardinaux rouges, le Pape lout blanc. On le voit à clair ]>ar les huit

lilaces montées sur la caisse doi-éc el pointe, sous rinipéiialc oij, soutenue par tjuatre colombes <lorées, se dresse la tiare pontilicale. A la portière (le droite, seul, un écuyer de l'Empereur. Après, six voitures à six chevaux, poui" la suite ecclésiasli(|ue, et un escadron de drag"ons.

Entre une Iriph^ haie de soldats en grande tenue toute neuve, le cortège s'avance; par la rue Saint- Nicaise, il débouche du (Carrousel dans la rue Saint-IIonoré qu'il suit jusqu'à la rue du Roule; là, il tourne, s'engage dans la rue de la Monnaie, el, par le Pont-Neuf, gagne le quai des Orfèvres, l'étroite rue Saint-Louis, la rue du Marché-Neuf, la rue du Par\is. On a choisi les voies les plus larges, mais on ii"a pu éviter celte rue Saint-Louis, pressée, du quai des Orfèvres à la rue de la Bnrillerie, entre les hautes maisons donnant sur le petii bras de la rivière et celles adossées aux bâtiments (|ui entourent la Sainte-Chapelle.

Sauf à la place du Tribunal (place du Palais- Jîoyal) et à la pointe de la Cité, où des tribunes ont été disposées, la foule n'a pu s'accumuler. Les tètes se découvrent : pas toutes. Nul signe de vénération. Personne qui se prosterne ou s'agenouille; les bénédictions toml)ent dans le vide. L'heure n'est point venue, et ce n'est point là le public qu'il faut. Le Pape aura ses revanches.

Devant la tente que Fontaine a dressée autour de l'église et qui conduit à couvert à l'archevêché, le Pape descend de son carrosse : le cardinal de

SLR NAPOLl^ON

Belloy, archevêque de Paris, le reçoit et le rou- <liiit àla grand'salle, où sont assemblés les cardinaux, les archevêques et les éveques fran«;ais, les curés et les desservants des paroisses de Paris:' sur des tables, sont disposés les ornements pontificaux, puis les ornements des diacres et sous-diacres hitins et g-recs, enfin les chandeliers des acolytes. Le Pape se revêt des ornements, pendant" que l'archevêque regagne l'église, au portail de la(|ueile il doit recevoir Sa Sainteté.

^ Le cortèg-e se met en marche. En tête, Fabbé de Salamon porte la croix pontificale. Et n'est-ce point une belle revanche pour celui qui fut, dans le Paris révolutionnaire, le mystérieux internonce de Pie YI, pour réchappé des Massacres de Septem])re, pour le confesseur de la foi, qui vit la religion catholique solennellement abolie par décrets de la Convention et de la Commune, dt> rentrer ainsi, le premier du cortège papal, dans l'église épiscopale de Gobel. Temple de la Raison. Temple de FÈtre suprême?

A ses côtés, les chapelains secrets portent les deux mitres de Sa Sainteté, le thuriféraire aveclencensoiret la navette, les huit acolytes, avec h>s s.'pt chandeliers; derrière. le diacre lalin. entre !.• diacre et le sous-diacre g:recs; puis. la double lih- des évêques,des arclu'vêques et des cardinaux français, ceux-là en rochet, ceux-ci avecl'amicl. le rochet et la chasuble. Et, après les cardinaux-évêques assistants et les officiers de l'Empereur. le Pape, liare vu

ItHc, entre deux cardinaux qui soutimnenl lesbords (lésa chape; derrièi-c, les officiers et la foule du clergé. Une garde d'honneur l'entoure, et, à l'entrée dans l'église, les grenadiers de la Garde présentent les armes : et le Pape, qui a reçu l'aspersoir des mains du cardinal de Paris, bénit les prêtres d'ahord, puis, d'un geste large, il bénit l'assistance, s(ddats, sénateurs, conseillers d'État, législateurs, toulc la foule et toute la France, et sans doute est-ce là, pour qui veut se souvenir, le moment le plus émouvant de la cérémonie...

L'orchestre, le double orchestre de quatre cents musiciens que dirige Lesueur, attaque le Tu es Peints, pendant (jue, sous le dais, que portent les chanoines, le Pape s'avance vers l'autel ; il y fait sa prière, puis est conduit à son troue, du coté de l'évangile, oij les évéques viennent lui renouveler l'obédience. Ou dit Tierces. Il est dix heures et demie à peine. Puis, l'on attend. Pie VII, imnmbile, les yeux fermés, priant, ne sentant ni le froid, ni la lenteur de l'attente.

A dix heures, des salves d'artillerie ont annoncé que l'Empei'eur partait des Tuileries ; maison a mal calculé les retards que procUiirail, dans les rues étroites, l'immense cortège.

En tète, après les trompettes et les timbaliers des carabiniers, le maréchal Murât, gouverneur de Paris, caracole en avant de son état-major, puis, carabiniers, cuirassiers, chasseurs de la Garde et

iiicamelucks ; les hérauls (l'armes, alors, à cheval, le bâton brodé d'abeilles en main, la cotte d'armes de velours violet brodée d"aigles au corps, en t«He la toque de velours dont les longues plumes blanches s'effarent au vent; les voitures ensuite, toutes à six chevaux, toutes d'or 2:lacé de vert et de rose ; la voiture des maîtres des Cérémonies, les (juatre voitures des j^-rands officiers de l'Empire, les trois voitures des ministres, la voiture des grands officiers de la Couronne, la voiture des grands dignitaires, la voiture des princesses.

Un temps : I'Empereur.

Son carrosse, c'est un monde qui roule : le corps de la voiture, tout doré, est décoré de frises peintes symbolisant les départements de l'Empire ; aux portières, les grandes armoiries; sur le ciel que portent quatre figures allégoriques et qui est tendu de velours vert brodé d'or et cerclé par une guirlande de lauriers qu'arrêtent des aigles d'or, s'érige, entre quatre aigles, sur un autel d'or, une couronne (( modelée sur celle de Charlemagne ». Eiiitérieur est tendu de velours blanc brodé partout d'emblèmes d'or. Sur la housse et la garniture veilles, semis d'abeilles, et les grandes ai-moiries en bronze ciselé et doré; les huit chevaux isabelle — cette robe seule et la grise sont de grand gala — empanachés dt; blanc, nattés, ponijtonnés, cocardes de rouge et d'or, liarnachés en maroquin rouge avec les bronzes dorés au mat, sont menés ài^randes

guides par un coclicr — el c'est César, le cocher (jui, le 3 nivùse, eut un si lieureux coup de vin — plantureux, étoffé, galonné d'or sur toutes les tailles de son long habit vert. Piqueur sur le cheval de \ olée ; garçons d'attelage à la t«''te de chaque paire ; derrière le siège et derrière le carrosse, grappes de pages, autant (ju'il en a pu monter; tout cela vert, rouge, blanc et or. IHiis, en ordre, autoin- de la voiture, les aidt^s de canij), les colonelsde la(ja!'de, les écuyerti, l'inspecteur général de la (iendarmerie.

A l'intérieur, à droite, l'Empereur en petit costume, le costume dit à l'espagnole, velours poui'pre brodé d'or, étincelant de pierreries; à gauche, rimpéralrice, loute gracieuse, souriante, rajeunie, la figure si bien iaile qu'elle parait Aingt-cinq ans: robe à manteau de satin blanc, brodé d'or el d'argent mélangés, diamants au diadème, au col, aux oreilles, à la ceinture. Sur la banquette devant, les princes Joseph et Louis, — encore des costumes à l'espagncde, mais blancs. Cela détonne au milieu des uniformes, parait efféminé, sent le travesti. Cela demande la limiière artificifdle d'un bal, non ■ le plein jour de la rue. Rien là qui émeuve, qui frappe, qui soit actuel et contemporain.

Ah ! l'habit des Grenadiers !

Après le carrosse impérial, des voitures et des voitures, toutes à six chevaux, le cocher menant à grandes guides, postillon sur le cheval de volée, valets de pied derrière; douze voitures pour les

124 SUR NAPOLl^ON'

grands officiers Je la Couronne, les dames et les oliiciei'S de i'Inipératrice, de l'Empereur, des princes et des princesses et des <;rands dij^nitaires. Puis, les Grenadiers à cheval, les canonniers, laGendar- '\ merie d'élite.

Tel le cortèg<; ; on regarde, on admire, on crie peu; on attend depuis deux, trois, quatre heures ; trop de soldats qui empêchent de \ oir. Et puis, est-ce Là l'Empereur, est-ce là Bonaparte, est-ce là, tout velours, plumes, or et diamants, en héros d'opéra, le soldat, le "général, le consul ;?...

11 est onze iieures c[uand 1 Empereur descend de son carrosse, sous la tente dressée en face du Pont de la Cité, auprès du palais de Farchevèché. Au has de l'escalier, réception par le cardinal de Belloy, puis conduittî aux appartements, et, là, les Li,rands costumes. 11 faut du temps à Napoléon j»our se dévêtir, pour passeï- les has de soie hrodés d'or, chausser les hrodequiiis de satin blanc et, sur la culotte, revêtir la tunique de soie hlanche, pour nouer la ceinture porte-épée, coiffer la couronne de lauriers, ajuster l'immense manteau de velours ])0urpre, charité de broderies et doublé d'hermine. Et à Joséphine, si minutieuse en sa coquetterie, si experte, mais si longue à donner les plis qu'il faut aux vêtements qu elle porte, pour la toilette entière qu'elle doit faire, pour celte robe de satin blanc, semée d'abeilles d'or, jtour les manches si délicates, avec leurs crcNés garnis de dia-

ll; sache ii'j

inaiils, pour la haulc collci'cllc de (Iriilcllcs, pour loLile la parure de (liaiiumls, sarloul poui' l'ajustcuicnt (le ce iiiaiilcau de velours, de vingt aunes, (•liai'g«''de l.()OU francs de hi'oderies et 10. 3U0 francs de peaux dherniine, ce manteau ([ui n'est attaché (|ue sur lépaule gauclu', (jui est soutiMiu seulenieni par une agrafe h la ceinture, de façon à laisser la poitrine et le dos à découvert et la taille libre — tsi-ce Iroj), en vérilé, de trois quails d'heure?

A la lin, l'Empereur, de ses mains gantées d'or, a saisi le sceptre et la main de justice; il descend des appartetnents, et. dans la galerie couverte, qui longe l'église, le cortège se forme. D'abord les massiers, tout noir et vert, masse d'or en main ; les hérauts d'armes, violet et or; les pages, vert et or ; les maitres de Cérémonies, que suit le grandniaitre, violet et argent. — Et alors les Honneurs de l'Impératrice, portés par des maréchaux, bleu de France et or, chacun encadré de deux ofliciers lie la Maison, bleu clair, écarlate, et vert brodé d'argent. L'Impératrice, à présent, entre son premier chand)tdlan et son premier écuyer, son manteau porté — non, soutenu — par les quatre princesses, ses belles-sœurs, et, de chacune d'elles, le manteau porté par un officier de sa maison. Après, les dames de l'Impératrice, l'escadron volant que mène la l>oscotte La Rochefoucauld, bouquet de femmes si radieusement belles, ou jolies, ou rares, ([ue, dans cette église oii elles enti'ent, elles

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