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évcillenl un frisson de Joie, de volupté et de désir.
Et après, entre des officiers dont les habits, écarlate, bleu clair, vert et bleu foncé, sont tout brodés d'arg'ent, ce sont les Honneurs de Gbarlemagne : Kellermann avec la couronne, Férig^non avec le sceptre, Lefebvre avec l'épée, vétérans auxquels est confiée la irloire du passé. Puis, les Honneurs de l'Empereur ; Bernadotte, en niaréclial d'Empire, portant le collier de la Légion, Eugène Beauharnais, en colonel général des chasseurs, l'anneau; Bertliier, en grand veneur, le globe ; Talleyrand, en grand chambellan, la corbeille du manteau.
L'Empereur alors, tenant le sceptre et la main de justice, son manteau porté par les princes et les dignitaires en costume à l'espagnole, contraste fâcheux avec la [unique à l'antique et la couronne du César romain.
Derrière, les grands officiers de la Couronne, les colonels-généraux de la Garde, les ministres, les maréchaux, les grands officiers de l'Empire. Le canon tonne sur le bas quai, le bourdon sonne dans les tours: les deux orchestres ont attaqué uni' marche guerrière ; sous leurs dais, (|ue portent les clianoines, l'Empereur et llmjiéralrict' s'avancent vers le cJKi'ur. On commence enfin ! 11 est midi.
Selon l'étiquette adoptée, si longuement discutée, oii il a fallu fondre le pontifical romain et le <'érémonial de Heims, oii Ton s'est elfoi'cé de sauvcgaidrr les droils du pduvdir Ifuipord sans Iriq»
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offenser le spirituel, et sur le(jiiel, juscju'à la dernière minute, on a négocié pour arracher au Pape inie aune les concessions; selon cette étiquette que des incroyants ont accommodée à un act(» qui demande essentiellement la loi . la cérémonie se <léroule; aucun recueillement; on a IVoid. on a faim ; très faim, quoiciu'il se soit glissé dans l'église des gagne-deniers, avec de la charcuterie et des petits pains. Sauf des trihunes du chœur, et, encore de celles du rez-de-chaussée et du premier étage, on n'en voit rien. Heureusement, on a la musi(jue, la messe et le Te Deum, composés exprès par Paësellio, oîi Lesueur et Tabhé Rose ont intercalé des morceaux de leur façon : une débauche de nmsique. Pour les parties d'orchestre, on a copié et on exécute 17.738 pages de musique!
Ainsi que l'a voulu Napoléon, la première partie de la cérémonie n'est vue dans ses détails que « par des prêtres ou par des hommes qui, par la supériorité de leur raison, ont autant de foi que dans le viii^ siècle ». Ainsi, le serment ndigieux, les onctions, la bénédiction et la tradition des ornements passent inaperçus. A peine si, de la nef, on a distingué l'Empereur, lorsque, montant à l'autel et se tournant vers l'assistance, il s'est couronné lui-même ; il a disparu lorsque, descendant les degrés, il est venu couronner l'Impératrice. La marche vers le grand trône placé au portail, avec les manœuvres du cortège se déployant et se resserrant, produit de l'effet; mais il y a, pour monter à
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ce gi-and trône, vin<;t-quati'e degrés presque à pic ; riiiipéralrice a gravi les ciiKj })reiiiiers, lors(jiie le poids du manteau, (jui nesl plus soutenu par les princesses, restées en bas des marches, la fait chanceler, manque l'entraîner, la précipiter en arrière; il lui faut une tension de tous ses nerfs pour se redresser et continuer l'ascension. Et l'Empereur de même; on le voit faire un léger mouvement en ai'rière, mais, par un élan, il se rejirend et gravit lestement les degi'és.
Après l'intronisation, lorsque le Pape haise TEmpereui' sur la joue et, se tournant vers l'assistance, prononce le Vivat Imperalor in <vti'/-ni/m, on comprend peu et on ne crie guère ; d'ailleurs, on attend le l^ivat de l'abbé lîose, dont on a dit des merveilles. 11 y a la distraction des allées et des venues du grand aumônier jiortant et rapportant, du grand trône à l'autel, le livre des Evangiles et la Paix ; il y a surtout les offrandes, h' joli spectacle des plus agTéai)les entre les dames du Palais, marchant après le grand maître et portant, d'un geste étudié, décent et pieux, les deux cierges incrustés de treize napoléons d'or, le pain dargent, le pain d'or et le vase, — mais on a si faim !
La messe est terminée ; le Pape, ses assistants, les cardinaux et les j»rèlres de sa suite se l'elireiil dans la saciistie du trésoi'. Le ^rand aumônier va ('li(!rcher à l'autel le livre des ]']vangiles, le porte au gj'aiid lr(Mie et. (I(d)oul à la gauche de l'Emjiereur, le tient ouvert. Les j)résidenls du St'uat. du
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Conseil (VÉtat, <lu Corps Législalif, du Tril)uiial. déploient la lornuile du sernicnl conslilulionnel ; la main sur les Évangiles, Napoléon le prononce d'une voix qui retentit aux extrémités de l'église el, lorsqu'il a terminé, durant que le héraut d'armes redit les formules désuètes des Capétiens et proclame H le très glorieux et très aïKjiistc Empereur des Français sacré et intronisé », les luHumes de la Kévolution, témoins et garants de ce serment (jui affirme et stabilise leur u'uvre, qui rend définitives les conquêtes emportées par treize années de luttes, acclament Celui en qui, alors seulement, ils reconnaissent le chef de leur choix, leur élu, le représentant couronné de la Révolution triomphante.
C'était là l'essentiel de la cérémonie; on voit comme il a été noyé et perdu dans les pompes relio-ieuses. x\insi s'est atténuée l'origine démocratique et efficace du pouvoir impérial sous h's origines divines qu'on a prétendu lui donner.
Le cortège se reforme el reconduit l'Empereur à rarchevèclié. Il est trois heures : le jour tombe sous le ciel neigeux et l'itinéraire que l'Empereur doit suivre au retour est bien plus long qu'à l'arrivée ; par la rue de la Barillerie, on gagnera le Pont-au- Change, et, de là, par la rue Saint-Denis, les boulevards, la rue Impériale et la place de la Concorde, on rentrera aux Tuileries par la grille du Pont-Tournant et le jardin.
A mesure que, la nuit commençant, on s'enfonce
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dans les quai'tiers les })lu,s coniiiieiTanls et les plus i j»0]>ult'ux (le la ville, les cavaliers (Tescorte, les pa- * i>es, les valets de pied ont al i inné les torches dislribnées à pi'ofusion. Entre les maisons lapissées du haut en bas, — car on ne pavoisait point alors, on tc/ida/f, comme en certains pays, encore, au passage des processions, et c'est une ])igarrure de tapisseries, de perses, de jus d'herl)e, de toiles de Gênes, c'est les draps blancs pendant des fenêtres, piqués de branches vertes, — entre ces maisons étroites et hautes, qui, à tous les étages, s'illuminent : h'S riches, de pots de feu, de v«'rres de couleur <'t de lampions, les pauvres de chandelles îles six coupées en quatre, l'immense langue de feu s'insinue et, à proportion qu'(dle avance, un roulement d'acclamations l'accueille. C'est Paris, le Paris des travailleurs, des ouvriers et des marchands, qui salue son héros. Aux boulevards, les illuminations sont officielles, connue à la place de la Concorde ; des Invalides à la préfecture de police, sur la Seine, tout s'éclaire etresplendit : mais, en vérité, ces llamuu's — ifs, étoiles, orangers, guirlandes de feux de couleur, lustres, colonnes, arcs de triomplu; — valent-elles, pour célébrer l'élu du peuple, la vacillante lumiî're d'un de ces bouts de chand(dle qu'un tâcheron patriote de la rue Saint-Denis a allumé»* au-devaul de sa nuuisarde, • ■I (|ui tremble et s'allonge au vent du soir ?
De celle cériMiioiiif. la jdus somptueuse, (jui
jaiuiiis ail été célchr»''»; à Paris, df ces IV-lcs (juc je \ou(lcais (lire, car, durant dos semaines, la l'écrir conliiiua. laul-il lircr (|u<'l(jui's conclusions? Que Jamais le coinnu'rcc pai'isicii ne renconira j)areille aubaine, car on ne saurait porter Ja dépense (jui fut laite au-dessous de vingt millions, — c'est-à-dire au moins cent millions d'à présent; que les arts et lous les arts, arts industriels, arts grapiiiques, peinture, scul[)ture, broderie, tissage. i)ijouterie, tapisserie, eu re(;urent uni; éloiiuanlc im[)ulsion : mais aussi que le malentendu conunenca entre Napol(''On qui se crut élu par Dieu el les hommes delà dévolution (|ui le tenaient [lour leur élu; que C(dui (jui en lira de l'ait le plus d'avantages, au liioins moraux, ce lui le Pape, et que, de là, data entre Napoléon et le Sacré Collège cette mésintelligence qui devait avoir des conséquences si graves; enfin qu'à Napoléon, qui avait cru s'égaler ainsi aux souverains d(î droit divin et prendre son rang parmi eux, le Sacre ne servit de rien. Nul d'entre eux ne lui pardonna jamais mm origine, et pour faire expiei' à l'Homme du Peuple d'avoir été l'élu de la nation, d'avoir porté la France de la Révolution à ce sommet de gloire et de richesse, ce ne sera pas trop, à leur compte, de la fournaise équatoriale, des ignominies ih; Longwood et d'Hudson Lowe pour geôlier !
Vitaf Impcrator in sternum ! Quelle ironie alors ? Non [tas. C'est le Pape (jui l'a prononcé : L'Empereur vit pour lEternilé !