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LE PAPE ET L'EMPEREUR HT

lavciiir, ce redoutable et merveilleux instrument (|iii rend accessibles tous les droits et justiliables loutes les entreprises, l'empereur Franrois II, ne le comprenant ni ne s'en souciant, l'abdicjue et le supprime comme un héritage d'insupportables \ieilleries. Il s'installe à frais dans un mobilier neuf, avec une enseigne qu'il dore tout exprès : ("est l'empire d'Autriche et, qu'on ne s'y trompe |)as, cet empire qui pourrait être l'empire d'Orient !'l, se mettanten marche vers le lîosphore, établir, sans grand'peine, de l'Adriatique aux Dardanelles et des Alpes Noriques à la mer Noire, une souveraineté, où les nationalités encore confuses des provinces turques viendraient se réunir et se confondre, cet empire n'est que pour rire ; François H donne seulement de l'avancement à son archiduché, déjà mis hors du commun des duchés par le Itrivilège, à la vérité apocryphe, de l'empereur Frédéric I".

Sans dou te dira -t-il dans sa patente du 10 août 18(ti. ([ue, s'il prend le titre d'empereur d'Autriche, ce n'est pas qu'il érige l'Autriche en empire, ni qu'il ihandonne le titre d'archiduc d'Autriche, mais qu'il attache, à la plus ancienne possession de sa Maison, un titre — plutôt dignité de famille que titre ■ — résumant l'ensemble de la monarchie aulrichienne, laquelle comprend plusieurs royaumes et Etats. De cette ingénieuse façon de couvrir la it'traite, l'honneur tout entier revient à la chancellerie. L'empereur n'y est pour rien. Il n'entend

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j)oinl disputer, les armes en main, la dignité d'ciupereur de rEuipire-Romain-(lei'nianii|ue ; il ne la revendiquera jamais, mrine h l'heure du triomj)hr, mais il n'entend point, lui personnellement, déchoir d'un titre impérial. Dès (ju'il aperroit que l'Empirr- Romain-Germanique a été hlessé à mort par le recès de Ratisbonne, il double son titre d'empereur allemand du litre d'empereur d'Autriche qui lui servira de rechange. 11 s'intitule encore, dans la déclaration du l*"'" janvier 18()G, empereur des Romains et d'Autiiche. Mais le IG avril 1806, il est l'empereur Franeois H, l'oi de Hongrie, de Bohème et, le G août, il abdique délinitivement la couronne impériale d'Allemagne.

Pourvu qu'il demeure dans ses états héréditaires, — il n'en a plus d'autres, — la Sacrée-Majesté- Impériale, le reste lui importe peu. Le droit de posséder l'Italie, — même l'eùt-il momentanément perdue, — le droit de régner en Allemagne, — en lût-il chassé, — le droit d'être, dans le monde, l'empereur, le seul empereur, l'empereur romain, il l'abandonne et non parce qu'il ne peut pas le défendre, mais parce (|ue, lui, Lorrain, sans race ni éducation latines, ne sait ce que c'est, n'y attache pas d'importance.

Si lui n'y regarde point, d'autics y regardent et avant tout Napoléon Bonaparte. Car, chez Napoléon, la formation latine, la formation italienne, est traditionnelle et ancesirale; même s'il n'est

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]i(»inl fxacl (|iie les Bonaparte «lescendenl des (laroling-ieiis et. (jiie leiw généalogie remonte à un vingt-huitième ancêtre, Tedice, vivant au ix*" siècle, |iourlant faut-il admettre qu'ils furent, à partir du Ml'', où on les trouve à Florence, mêlés aux queiflles gibelines ; c'est comme gibelins que, en I2(>8, Guillaume Buonaparte et ses fils, déjfi ('•migres à Sarzane, sont, par la Seigneurie de l'Iorence, déclarés rebelles et exilés à jamais de son territoire.

l'.' Les Gibelins, on le sait, ce sont les Impériaux. Pourquoi Gibelins? Cela mènerait loin. Il y a une vingtaine d'explications de l'origine de ces mots : Gibelins et Guelfes. On a dit que Guelfe vient du cri de guérie de l'armée du duc de Bavière, Welf. dont le nom en latin se lisait Gi/e/fus; Gibelin du cri de guerre de l'armée de (îonrad de Holienstaufen, empereur élu, lequel était seigneur de W'ciblingen, ou dont le lils Henri avait été élevé à W'eiljlingen et avait conservé pour ce village une Liiande passion : d'où, l'armée, pour le tlatter, avait «lié : « Hier Weiblingen », d'où les Italiens auraient lait Ghibellini.

Cette version la plus répandue vaut ce qu'elle vaut : pas grand'cliose. On peut s'en rassasier en consultant Bionde, Sigonius, Cuspidien, Krants, Paul-Emile Sponde et .Mainbourg qui en ont disserté: mais on n'en saura, ni plus ni moins, pourviuoi ces noms à propos desquels on s'est massacré ''H Italie durant deux siècles.

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On ne sait point doii ils viennent, mais on sait ro qu'on en fit. Les Gibelins sont les partisans de l'empereur, les adveisaires de la suprématie pontificale ; on a dit les serviteurs de rAUemasme — oui, si l'on admel (jue l'empereur soit l'Allemagne; mais il n'est point l'Allemagne; il n'est pas un Allemand; il est l'Empereur. Il est la force, et la force, ainsi requise, recherchée, sollicitée, pour ({u'ëlle conjure et ordonne l'Anarchie ; mais il est aussi le Droit, dès (jue, des électeurs impériaux, il a reçu le Royaume des Romains, et du Souverain Pontife l'Empire.

Tout ce qui est détails disparait et la ligure vue à distance se simplifie. Ce ne sont point les érudits (jui dressent aux portiques des siècles ces statues svnthétiques en qui tout un grand morceau d'hisloire se résume. Il est des popularités légendaires oii les écrivains n'eurent que faire et qui, des souvenirs et drs imaginations des petites gens, débordent les littératures. Tel Barberousse. Il est l'Empereur, comme Charlemagne a été l'Empereur, comme Frédéric II sera l'Empereur. Lorsque le conflit s'élève entre l'Empereur, souverain temporel, et le Pape, non pas ici souverain spiritu«d, mais ]»rélendant à des principautés, même à un empire universel, à une théocratie (|ui organisera, comme le prêche Gérohus, la paix mondiale, les deux figures, face à face, s'é(juilibrent. elles ne se nuisent point; Grégoire VII, Innocent III, Gré-iioire IX se réconcilient avec b'urs adversaires

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impériaux poiw prendre, devant les nations, une taille démesurée; eU lùen (|ue ce soit pour les Lîuerres (ju'ils se font que leurs noms se trouvent l'onstaninu'nt unis, ils n'en sont pas moins si souvent associés que la postérité est disposée à éj^^aler dans son admiration, non les personnalités qu'elle iirnore, mais les entités, personnifiées en des êtres lé'gendaires dont elle j)ereoit l'orientation.

Rien de plus diflieile à coup sur. de plus délicat (|ue de rechercher en Napoléon c<'lte influence des idtM's atavi(jues, d'en relever çà et là des vestiges ({ui peuvent être fallacieux et de tirer de si peu des conclusions. Certes, sur la part des souvenirs I aroling^iens, nul doute ; elle s'atteste par toute (Mie suite d'actes qui ne peuvent point être conteslé's, et un témoignage, tout à fait inespéré et certain, a permis récemment deu faire remonter l'origine, comme je l'avais pi-essenti, h des poèmes italiens du cycle de Charlemagne dont le jeune Napoléon avait, durant son enfance, fait son bréviaire. Mais, sur l'autre point : la persistance chez le Corse des idées que tant d'Italiens du xvni" siècle ne semblent déjà plus connaître, bien peu de chose. Que, toutefois, ce soit là, en Italie, le courant des idées, je le crois fermement, et ce n'est point parce que, depuis l~()l), la Corse fut conquise par la France, «lue les Corses se trouvent moins orientés vers l'Italie, que les Bonaparte, en particulier, recherclient moins leurs parents de San Miniato, essaient

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moins de recruttîr des protecteurs à Rome, à Flolence, à Gènes, et de tirer d'eux des avantages. Il y a plus : l'Italien, émigré en Corse parce que Gibelin, et proscrit comme tel, reste au point du départ; y reste d'autant plus que, sauf les querelles et les ambitions locales, le renouvellement des idées générales est nul. Un amassement se produit, une concrétion s'opère; les idées gagnent en profondeur ce qu'elles perdent en étendue. Transmises ifar la tradition orale et développées }»ar elle, glorjlîées et sanctifiées comme ayant produit la grandeur et la ruine de la famille, agrémentées d'accessoires légendes qui changent les chauiuières perdues en palais et en citadelles et la médiocre condition des ancêtres en tragiques et sublimes destinés, elles s'incrustent au fond des êtres, y ci'éent une puissance qui restera passive, sauf des circonstances inattendues, qui s'épanouira en une incomparable activité, si des événements favorables lui donnent cours.

Voilà, je crois, le point essentiel : ne vous étonnez point si j'y insiste ; il me parait explicjuer les caractères non seulement de Napoléon, mais de ses sœurs et de ses frères ; il faut assurément, pour les compi'endre, admettre, chez eux tous, ce <iue j'ap[)ellerai une réserve d'énergie impériale prodigieuse, en même temps (ju'une jirédisposition priiu'ière surprenante : et ces deux élénuMits ne peuvent provenir — à luoiiis de parties encore inexpli(juées — (|ue de lataN'ismi' latin. (h'vel(>jq)é

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jiar It's llit'ories gibelines, recuit^ si je puis dire, en Corse, durant trois siècles. })ar dix générations.

^ Prédispositions ataviques, formations lainiliales. '. résultats d'expériences, les idées chez Napoléon : ont des origines, pour l'ordinaire, très proches et 1 très discernables. J'ai dit ailleurs sur quels motifs i je m'étais fondé pour affirmer (jue Napoléon était croyant ; je n'y reviendrai point. J'estime que toutes les paroles (ju'on invo(juerait dans un sens i ou l'autre ne serviraient de rien et que les actes relevés sans interruption, des actes formels qui ' non seulement engagent mais compromettent, sont de bien autres et meilleures preuves, et ces faits, je les ai formulés et afiirmés. Contestée par certains, cette thèse a été acceptée par la plupart, mais si, parla, un côté delà politique religieuse de 13ona- ' parte se trouve éclairci, d'autres réclament une explication; il en est une que fournit immédiatement l'examen des conditions familiales où Napoléon se trouve placé.

Personnellement impratiquant, doutant peutêtre, sans approfondir, mais non pas incrédule, Napoléon tient à rétablir la religion catholique; il restituera à ses ministres une existence légale et une subsistance suffisante, mais il se refusera «l'une façon absolue à tolérer des congrégations d'hommes et surtout, comme il dit cent fois, des

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moiiit'S. Pour(jiioi ? Par un f;iil (ralavisiiic et (Féducalioii.

En Corse, rinfluence religieuse est partagée entre les séculiers et les réguliers, ceux-ci bien plus près du peuple, plus influents. ])eul-èli'e plus patriotes, en tous cas plus exclusifs; ceux-là peutêtre un peu plus instruits, mais bien plus rapprochés, et tout naturellement, des Italiens, car les cinq évèques de la Corse, dont quatre de villes ruinées (Aleria, Sagona, Mariana et Nel)bio, résidant dès lors sans fonctions dans des villes vivantes) sont suffragants de Pise et de Gènes et très souvent Génois — même après la conquête française. Paoli les a chassés, a naturellement favorisé les moines, dont était son frère, a introduit contre les évèques des lois spoliatrices, mais n'a point — ce semble, cai' tout cela est encore fort confus — changé la direction didées des séculiers, surtout des prêtres urliains, attachés par quehjue dignité aux évê(|ues ou reliés à lorganisme conipli{jué des églises principales.

Or, sans parler de la branche d'Italie doni un membre, le chanoine Philippe liuonaparte, fut en 179G, à San Miniato. Thote de Xajioléon et sollicita de lui (|u"il s'occupât, toute alfaire cessante, de la canonisation de leur ancêtre commun, le N'énérable lionaveiilure iUionapai'te. Ie(|uel, (le]iuis sa béatilicalion, attendait \ainemenl (|ue la générosité de ses ai'rière-neveux eiuraiieàl son procès céleste, on rencontre, chez les Honaparte

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