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LE PAPE ET I>E.MPEUEL'I

rrsidaiit cil Corse, plusieurs séculiers, pas un rég;ulier. Le premier séculier, c'est le seplisaïeul (ie Napoléon, Gabriel, qui, après son veuvage, iMiIra dans les ordres, à Gènes, en 1377, et <|ui, par les Gé'uois, fui noinmi' aicliiprètre d'Ajaccio; le deiMiier, c'est le iiraiul-oncle de Napoléon, Lucien, né en 1718, mort, en 1791. archidiacre d'Ajaccio et prévôt du chapitre. Du C(Mé des Ramolino. l'oncle de M""" Bonaparte, don François-Marie Itamoiino (1725-1803), est curé-archiprêtre d'Ajaccio; et son frère utérin, Joseph Fesch, l'oncle de Napoléon, î succède comme archidiacre à Lucien lîonaparte. Du coté des Arriiihi, cousins li'ès pi'oches, deux prèlres au moins, à la génération de Napoléon; ailleurs pareillenienl ; unitiuemenl des séculiers. Qui connaît l'hostilité déclarée alors, surtout en Corse, du séculier au régulier, peut imaginer dans quel esprit le jeune Napoléon lîonaparte a été dirigé par ses grands-oncles Ramolino et Bonaparte et par son oncle Fesch.

A IJrienne l'éducation (|u'il recul chez les Minimes ne fui poini pour le convertir; il avait gardé, « des vices et des scandales qui régnaient parmi les moines », a-t-il dit plus tard au Conseil d'Ktat, le plus fâcheux souvenir. Il combla de ses bontés chacun de ses anciens maîtres, individuellement, jamais il ne se prêta à rétablir les monastères supprimés. Ce qui acheva de former son opinion, ce fut la lutle qu'il engagea en 170! el 1792 contre les moines d'Ajaccio et oii les prêtres

Iù6 SUn NAPOLÉON

assermentés tels que Fesch et Coli jouèrent le principal rôle. En 1793, enfin, ce furent les moines qui contrihut'j-ent le plus à le chasser d'Ajaccio. Soil (ju'il pensât, (îomme il le dit à diverses reprises, (}ue les moines, formant la milice du Pape et ne reconnaissant d'autre souverain que lui, étaient }dus à craindre pour les gouvernements que le clerg^é séculier; soit qu'il estimât, comme il dit ailleurs, que le curé fût destiné à rendi'e d'éminents services au gouvernement et à la population, étant à la fois administrateur des secours spirituels, juge de paix l)éné^•ole, ])rofesseur d'agriculture et officier de santé, son choix était fait, et ]>artoutil le signifie, même alors qu'il reconnaîtrait futilité de tolérer quelques couvents, tels des couvents de trappistes ne faisant que des vœux annuels, même lors((u'il englohe dans l'Université les frères ignorant ins, ou qu'il pense à confier l'instruction secondaire à une congrégalion laïque doni il serait le fondateui*. S'il condamne les liioines, il favorise grandement les nonnes, mais il les veut hospilalic'ies et inslilutrices, le moins ]>os3il)le contemplatives. Il n'est point assez, ennemi de la nation pour se priver d'auxiliaires aussi précieux el, après a\(»ii' roiiihié h^s religieuses de ses faveurs, il est disposé, dil-il, à leur en faire de nouvelles el de j)his grandes, « si les différents chefs des maisons seconilent de tous leiii-s efforts et de l(Uit leur zèle le vœu de son vtvuv pour le soulagement des pauvres ».

LE TAPE ET LEMI'EUËUH 157

Ainsi se présenle-l-il dès lo iiionicnl où on pcul le connailre jusqu'à celui où il coiiuiienco à exer- «'('1' une action directe sur les iioniines, depuis les icinps où, en 1780, il résume, en un morceau si intéressant et si précieux, ses théories sur le rôle du clerg;é dans l'Ktat, jusqu'au temps où, en 179C, il se fait en Italie le protecteur des prêtres français proscrits en France, où il contracte des relations avec un certain nombre d'évècjues, d'archevêques, de cardinaux italiens et avec le Pape même; car, au milieu de tant de documents qu'on publie, on a omis jusqu'ici de mettre au jour la correspondance du pape Pie VI avec le général lionaparte; l'on s'est assez peu soucié de raisonner sur les conditions dans lesquelles il plut à celui-ci d'épargner celui-là, et, sans tenir compte des instructions reçues du gouvernement, de laisser subsister l'Etat pontifical.

H n'y eut point là de miracle ; Bonaparte ne fut point, tel qu'un envahisseur barbare^ arrêté aux approches de Rome par le discours d'un apôtre ou les incantations d'une vierge; il s'arrêta parce qu'il voulut s'arrêter, parce (jue, seul contre tous ceux qui gouvernaient alors, il avait le sens historique, en même temps que politique et religieux : certes, les prétextes, même les raisons ne manquaient pas pour détruire la puissance temporelle, enlever le Pape et même piller Rome. Outre les anciennes : la participation de la Papauté à la Coalition que Pie VI avait, plus

(|ue souverain au monde, contribué à former, le meurtre de Bassville, le sac de l'Académie de France, il y avait les nouvelles, bien autrement graves : un armistice avait été conclu en juin 179G, à Bologne, entre le général se portant fort pour la France et le g-ouvernement pontifical, moyennant certaines conditions qu'alors celui-ci trouvait douces tant il était en)pressé d'échapper à l'invasion. Parmi ces conditions qu'avait dictées Bonaparte, il en était pourtant de rudes : l'occupation des Lég-ations, une contribution de guerre triple, en argent, en denrées, en objets d'art; mais, s'ag;issant de querelles temporelles, Bonaparte n'avait eu garde d'introduire, dans un tel instrument, quoi (|ue ce fût (jui empiétât sur le spirituel.

Le Directoire n'eut pas la même discrétion et. traitant de la paix territoriale, il s'avisa de parler dogme et d'imposer sa discipline. Car il n'est tels pour régénérer une religion et en remanier les lois que les hommes qui n'y croient ni ne la pratiquent et (jui s'efforcent à la détruire. Le gouvernement directorial ne manqua point à cette règle et par là. rendit la négociation sing:ulièrement difficile. En même temps, le Pape s'était remis à espérer dans les Autrichiens. Il y avait eu. contre l'armée de Bonaparte, l'entrée en lice de \\ urmser, mais ravail été une fausse joie : il y avait à présent l'ap])roche d'Alvinzi ; le sccn'taire d'Etal, convaincu (h' son pi'ochain triomphe, aspirait à

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Loiilos foires ù siiincr ralliance avec rempercui' et délaissait la négociation encore onverte à Floleiice avec les Français, impossible de se tronipei' aux letlres saisies, aux proclamations répandues, aux préparatifs militaires; cela au monjcnt même où le [)restige s'étant dissipé devant la face \ ictorieuse de la Gorgone, il n'y avait plus d'armée d'Alvinzi. où Mantoue venait de capituler, où Honaparte était sans conteste le maître de l'Itidic duNonl.

Il fallut bien répondre à l'attafiue. mais lîonaparto. s'il recevait cette lettre : « Le Directoire NOUS in\ ite à faire tout ce (jui vous paraîtra possible, sans rallumer le flambleau du fanatisme, pour détruire le gouvernement papal », n'en tenait qu'un compte sommaire, et sans interrompre sa

* marche, il autorisait le cardinal Mattei à porter à Uorne un salutaire avertissement ; il s'arivtait dc'S (|ue le Pai>e manifestait le désir de négocier et, par la paix de ïolentino, il épargnait, à tout ris<iue pour lui, Rome, la Papauté et, tout le moins, la souveraineté spirituelle. Pas plus que lors de l'armistice de T3ologne, il n'admettait (jue, dans un tel

' acte, l'on agitât ou qu'on imposât des contributions doctrinales. Cela était pour lui de respect et de convenance et jamais, même aux jours oi'i Teiiivrement de sa puissance parut le })lus grand; jamais, même aux jours où il sembla abuser de sa force vis-à-vis d'un vieillard désarmé; jamais il n'agita, ne proposa, ne tenta d'imposer au Pape quoi

ICO SUH NAPOLÉON'

(jiio ce fol de dogine, de doctrine ou de discipline. Dans cette campagne si rapidement terminée par la dispersion des troupes pontilicales, le général en chef Bonaparte, allant de Bologne à Faenza, par San'Antonio et Imola, s'arrêta à Imola et il louea, le 14 pluviôse an Y (2 février 179G), dans le palais de l'évoque, un certain Chiaramonte, petit-cousin de Pie VI, qui, de moine barnahite, avait été fait ald)ate, évè(|ue de Tivoli, puis d'imola, enlln cardinal. Jeune, cin(juante-cinq ans. Dans Imola même, un combat venait d'être livré, dont, le io, Bonaparte rend compte au Directoire : « La division du général Victor, éci'it-il, a couché le 13 à Imola, la première ville de l'Etat papal. L'armée de Sa Sainteté avait coupé les ponts et s'était l'elranchée, avec le plus g^rand soin, sur la rivière du Senio (ju'elle avait bordée de canons. » Le général Lanues, commandanl raxant-garde, aperçoit les ennemis el donne l'ordre aux éclaireurs de la Légion lombarde d'attaquer les Papistes. « Celle Légion qui voit le feu pour la première fois s'est couverte de gloire; elle a enlevé quatorze pièces de canon sous le feu de trois ou quatre mille hommes retranchés. Pendant que \o Uni durait, plusieurs prèlres. un crucilix à hi main. |)rrchaient his malheureuses trouj)es. Nous avons |)ris à l'ennemi quatorze pièces de canon, imit drapeaux, mille prisonniers et tué (juaire à cin(j cents hommes. Nous avons eu (juaranic hommes tués ou Idessés. »

LE PATE ET l/EMl'El'.liUU ll^l

La résislance (jue l'année française avaitdemr'nie ('prouvée à Faenza et qui, là comme à Iniola, avait ('•lé en pai'lie dirigée par les prtHres, décide Bonaparte à faire venir chez lui tous les moines, lous les ju'ètres. « Je les ai, écrit-il, rappelés aux principes de l'Evangile et j'ai employé toute l'influence (|ue peuvent avoir la raison et la nécessité pour les engager à se bien conduire. ))

Ainsi a-t-il fait la connaissance du cardinal Chiaramonte. 11 eût pu mettre à sac Imola. Il ne le fit point, ne pouvant « se résoudre, a-t-il dit, à punir aussi sévèrement une ville pour le crime de <|uel(jues pr('tres w; il eût pu prendre des otages, à commencer par l'évèque; il eût pu frapper la ville d'une contrilnilion; — rien de cela; il loge très simplement clie/, le cardinal-évèque qui lui fait bon accueil et qui, (juel(|ues mois plus tard, lorsque Imola, suivant le sort des Légations, fut annexée à la République cisalpine, annonça par un mandement — (|u'on appelle une homélie ■ — aux fidèles de son diocèse que la religion catholique était fort compatible avec la forme démocratique et que rien ne s'opposait à ce (juils fussent d'excellents Cisalpins — eux qui, tout à l'heure, avaient le bonheur d'être les sujets du Souverain Pontife. « Avec moi, mes chers frères, leur disait-il, humiliez-vous et baissez respectueusement les regards devant les incruslables desseins de la Provideece; que la religion catholique soit l'objet le plus cher de votre c(eur, de voire piété, de vos affections. Ne croyez

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pas (ju'c'lle choque la forme du gouvernemenl (léiiiocralique. En y vivant unis à Aolre divin Sauveur, vous pourrez concevoir une juste espérance de volie salut éternel; vous pourrez, en opérant voire bonheur temporel et celui de vos frères, opérer la gloire de la Hépuhli(|ue et des autorités qui la régissent; »

On trouverait difficilemenl dans cette liomélie im courant 2uelfe. hienplulol est-il "ibelin; avec d'autres mois, Bonaparte exprimerait des idées assez analogues. Si les formes difft'rent, comme l'éducation, comme le but suprême, n'est-ce pas qu'il peut sembler que Bonaparte, ci-devant de Sarzane. pense presque comme Chiaramonte, actuellement de Césène — Chiaramonte dont le trisaïeul était médecin à Césène et le bisaïeul illustre à Césène par ses ouvrages d'histoire, de philosophie et de malli<'inati(|ues, comme ailleurs des Buonaparte se trouvaient illustrés en leur jtelile ville pour leurs vertus sacerdotales ou pour un livi'e tel que le Récit historique de tout ce qui advint jour par jour dans le sac de Rome, qu'écrivit Jacopo liuona- ])arle, gentilhomme de San Minialo. Origine et alavisme pai'eils, (|ui rendront entre les deux hommes l'accrochage tout simple.

Et, trois années après cette rencontre, ces deux hommes, qui sont de semblable formation. (|ui pensent de même sur les choses principales et (|ue le hasard de leurs destinées a mis en piésence dans un jour ti'agique oii l'un a sauv»'- lauti-e, ces

LE PAPE ET 1;EMP1:I'. ECU 16:i

(If'ux lioiriiiies sont, lun l<' Pi'ciiiicr (lonsul de ia I{('jiiil)li(jue fj"aru;aist', l'auli'e le Souverain Ponlile lie IKiiliso calliolifjue — l'un élu par sa nalion, l'autre élu par ses IVér-es les cardinaux. Jamais plus élraniie rencontre et (}u"oii dirait providenlitdle : aussi bien, ceux (jui ont mené l'élection du Pape savaient ce (ju'ils t'uisaienl.

Dî'S lors, de Cliiaramonte, (|ui a pris le nom de Pie VII. à lîonaparte, l'échang-e des bons propos est im média! . lîonaparte, qui vient de rentrer en Italie par la porte du Saint-I3ernai"d et qui frappe sa victoire en marenghi, celte admirable monnaie d'or qui, à travers les ài;es, attestera la radieuse journée du 14 juin; Bonaparte qu'attend la présidence de la République Cisalpine, en attendant l'Italique, annonce publiquement son dessein par cette allocution fameuse aux curés de Milan, (jui est un manifeste à la façon dont il les aime. « Quand je pourrai m'aboucher avec le nouveau pape, j'espère que j'aurai le bonlieur de lever les ()l)stacles (}ui pourraient s'opposera l'entière réconciliation de la France avec le clief de l'Eglise ». Mais le cbef de l'Eglise n'a point l'air d'entendre. Qu'est-ce donc? Que, durant toute la durée du gouvernement de Bonaparte, à chaque fois que le Pape et l'Empereur agissant en leur liberté, dans ia plénitude de leur droit et de leur conviction, ont traité téte-à-téte, ils se sont entendus; ils ont résolu de bonne foi les problèmes les plus graves; ils ont écarté les diflicultés oiseuses et les préten-

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lions im})Oi'tun*'s; ils oui été liiii el l'aulre, l'un en face de l'autre, cet empereur et ce pape pareils à ceux des anciens âges, ligures colossales, représentatives des entités confuses dont s'est emplie l'imag^iuation des peuples, mais il a fallu qu'on leur permil de s'aboucher.

Je sais — On alléguerales disputes, les querelles, les prisons de Savone et de Fontainebleau. Quelles prisons plus étroites, pour Pie VIT, celles de Napoléon ou celles du Sacré Collège? Qui lui imposa plus durement ses volontés, de l'Empereur des Français ou de son propre secrétaire d'État? U faudrait beaucoup de temps pour démontrer par des faits ce que j'avance : mais il convient au moins de poser ici, pour la premièi'e fois, une telle afiirmation. S'il se trouve des cdnli'adiclcurs de bonne foi, je leur l'épondrai : pourvu (ju'ils apportent des arg'uments historiques, et que tout témoignage qu'ils invoqueront de Pie VII ait été rendu librement par lui et recueilli ]iar des auditeurs sérieux'.

Par deux fois, Napoléon et Pit' VII se sont trouvés traiter ensemble des (juestions qui avaient fait (lifliculté entre les deux gouvernements. D'abord ce fut en décenjbre 1804, lorsque le Pape vint à

1. Mal^n'' le rclciilissciiioiil i|u'i'ut celle cnnlV'rein;e. roproduiti- 111 tolalilc ou en partie, dans toutes les lan;;urs, par une immense quantité de jouinaux, aucune conlradi<tion ne m'est jusqu'ici parvenue qui eût un caractère de sérieuv où je dusse m'arrèler. J'ai par contre l'cçu d'Keelesiasliques notoires une iilii)j(ib;ilii)n qui m'a i'urt touelié.

LE PAPE ET l/EMPEHEUP. 105

Paris pour couronner et sacrer l'Empereur : Quv linilialive de la proposition émanât du cardinal (lai>rara, fjue le Pape eût (Hé disposé de lui-nièine à faire le voyage, (ju'il eût refusé netleinciit de sul)ordonner la 2^ràce spirilutdle (|u"il allait conférer à des avantages temporels, ainsi (jue le demandait la plus grande partie du Sacré-Collège ; qu'il se fût lui-même rendu plus facile que tous ses conseillers sur les conditions qu'il exigeait pour être invité, reçu, accueilli et pour accomplir la cérémonie, nul ne peut à présent le contester; lorsque, invité par une lettre qui dilférait totalement de celle convenue, pressé d'un«^ faron incivile dans son voyage (|u"avait attristé la mort d'un de ses compagnons, reru assez piètrement à son arrivée — bien qu il n y ait eu rien des offenses préméditées (ju'on a racontées — il se trouva débattre lui seul, avec Napoléon, les conditions dans lesquelles la grande cérémonie allait s'accomplir, (]u'ariiva-t-il ? C'<'st que, s'il céda sur les points d'étiqueltc (jui n'engageaient pas la doctrine, il l'emporta sur tous ceux oi^i sa conscience le rendait justement inflexible. Quelle étonnante victoire que d'avoir imposé à Napoléon d'épouser la femme à laquelle il était seulement uni par un contrat civil, alors que depuis sept ans il se refusait à y donner la consécration leligieuse ? Quel échec à l'Empereur que le constant refus d'assister au serment constitutionnel, parce que la liberté des cultes s'v trouvait comprise? Certes, de son coté, le Pape

a fait bien dos concessions ; au pontifical romain qui devait être uniquement employé et ijuo Fesch avait solennellement accepté au nom de Napoléon, il a admis des amendements qui en changeaient la plu})arl des rites cl des paroles, qui substituaient au cérémonial de Rome une olla podrida où, à côté de prières et de rites accommodés tout exprès, on trouvait des parties rémoises, romaines, d'autres peut-être germaniques, compilées et mises au point, grâce à la collaboration du grand maître des Cérémonies, M. de Ségur, du maître des cérémonies du clergé, Tabbé de Pradt et, vraisemblablement, du ministre des Kelations extérieures, M. de Talleyrand': singulier trio pour une Congrégation des rites. Sans doute, Pie Vil n'a pu admettre de bon cœur toutes ces infractions à l'engagement solennellement pris par Fescli ; sans doute, sur l'article de la comnmnion publique, il a résisté jusqu'au dernier moment, et il n'a cédé que <levant les scrupules de conscience que Napoléon alléguait et (jui, bien })his autlientiquement (jue toiitf déclaration, témoignent qu'il était croyant, oupoui' mieux dire qu'il n'était pas délibérément incrédule. En elfet, que, par respect humain, Naj)oléon refusât de participer au sacrement, cela n'eût point t'-té digne de lui; mais (|u'il s'abstînt pour ne jjoint commettre un sacrilt'ge, c'est (ju'il croyait (juc l'acte de comnnniier l'engageait, l'obligeait, était un sacrement, donc institué jkii- un Dieu (|u*il reconnaissait.

LE l'Al'E ET L'EMPEREUR 167

En c«'l;i, tout cela, certes, infiniment de concessions de la part du Pape, mais valent-elles celles (ju'a faites Napoléon"? D'un coté ni de l'autre, on ne se garde rancune. Le Pape ne ménage point les lemerciemenls à l'Empereur, et celui-ci s'acquitte, j)lus que libéralement, de tout ce (ju'ilapromisen faveur de l'Eglise de France. Il achève de réconcilier avec Rome les derniers évèques constitutionnels sur (jui il étend son autorité: par une suite de décrets, d'ax is en Conseil d'Etat, de règlements dadministialion pris et rendus depuis le 3 nivôse an XIII 24 décembre 1804) jusqu'au 30 septembre 1807 il auiéliore le sort du clergé dans des conditions qui ne peuvent laisser aucun doute sur sa sollicitude ni sur sa bonne foi. A ceux qui contesteraient l'une ou l'autre, j'opposerais quinze actes souverains <|ui s'appli{juent à l'Empii-e entier, mille à douze cents actes qui concernent des cas particuliers. Je n'ignore point comme il fut aisé de les passer sous silence ou de nier leur efiicacité, mais, ici comme ailleurs, je me liens prêt à faire la preuve de ce que j'avance, et par là à confondre ceuxcjui sciemment et volontairement, prêtres ou laïcs, ont dissimulé, lru(|ué et coutrouvé la vérité.

Donc, entre Pie YII et Napoléon, entente comj)lète, marquée, de la part du Pape, après r(u"il a (juitté l'Empereur, par un bref en date de Parme, par un autre en date de Kome, par l'allocution solennelle en consistoire secret. Mais, dèsque Pie VII est rentré à Rome, retombé aux n)ainsde Consaivi,

16S SUR iSATOLKON

les choses changent. La querelle est engagée par Consalvi même, elle saigrit, elle s'envenime; on se charge d'y greffer toutes sortes de griefs nouveaux ; à la veille d'Austerlitz, sur des faux hruits de défaite française, on présente, ;i propos d'Ancône, presque un ullimaUim. El pourtant, même alors, tout serait réparable ; en rnème temps que pour marier Eugène, n'est-ce point dans l'espoir d'une ouverture de la part du Pape (jue Napoléon s'arrête si longtemps à Munich ? Qu'attend Pie YII pour proposer le couronnement dans Saint- Pierre, le couronnement réservé à l'empereur du Saint-Empire-Romain, à l'Empereur d'Occident? C'est ce désir (jui résulte des lettres de Napoléon au cardinal Fesch, mais Consalvi n'a garde d'entendre ce qu'elles disent.

La guerre s'engage donc, et si Napoléon envaiiil les États du Pape, les Pontificaux en Itahe, en France, en Allemagne, en Pologne, en Espagne, font campagne contre l'Empereur avec les armes spirituelles, non seulement l'excommunication lancée contre le souverain et ses ministres, mais la suspension de la vie religieuse, le i-efus des bulles aux évèques nommés : une nouvelh' et différente querelle des Investitures : du religieux on a vite passé au civil, et, par le travail sur les réfractaires. on tente, sur les divers points du territoire, de nouvelles Vendées. Ici, on rentre d'une fa«;on frappante, dans la bataille guelfe et gibeline et rien ne saurait être plus cuiieux que de suivre.

LE PAPE ET LEMPEHEUU l'30

clioz l'Empereur clcliez les Ponlilicaux, le inoiivemenl et rîippliealion luoderiie (l(»s disconles ancest l'a les.

11 y a l'enlèvemeiil. — lesealadt' du Ouiriiial — il y a ce triste voyage avec l'inutile pointe en

I France (jui,elle seule, montre assez ici, pour le inoins,

' l'excès de zèle des subalternes, (jui, comme Murât, en atleiulent des avantages ou comme Elisa cherchent à en es(jiiiver les ennuis; il y a Savone ; il y a le concile de 1811, il y a les rêves que Napoléon

f forme alors, ces rêves dont il croit toucher de la main la réalisation : l'Europe ne formant plus (ju'un empire, le Pape établi avec sa cour à Paris,

' le globe entier recevant avec la foi la loi française ("I, par l'esprit et par la force, ruiiiverselle monarchie.

Il se réveille à Smorgoni le 5 décembre. — Pendant qu'il suivait en Russie sa fallacieuse fortune, son empire tremblait : c'était la conspiration Malet. Désormais, c'est lini des rêves. Il accourt et,

'■ dès le premier jour, il entend liquider toutes les querelles avec le Pape, se réconcilier avec lui. Pourquoi ? — Pour assurer sur la tôte de son fils cette couronne qu'il sent vaciller sur la sienne. Pour cela, il cédera tout, tout, même ce qu'il a le plus àprement disputé, même Rome et la souveraineté temporelle. Il arrive à Fontainebleau, va droit au Pape : est-ce le tyran qui prétend arracher à sa victime le secret de ses trésors, le tourmenteur qui contraint le prisonnier à signer sur le

iTO SU II NAPOLÉON

chevalet, l'acte de son dénienieiit. — Point! Ce sont deux amis qui se retrouvent et s'embrassent. Par un étrange bonheur, le témoignage a été conservé de l'huissier qui. a assisté à cette rencontre. Il se nomme Dunod. Ce n'est point le page imaginaire de M. Alfred de Yigny, c'est un témoin en chair et en os. Ni contrainte, ni tromperie : de Napoléon comme de Pie VU. bonne foi entière, sincère désird'en linir — de Napoléon, cette passion paternelle qui le fait passer sur tout. Et le Concordat est signé.

^lais cela ne fait point l'affaire des cardinaux romains. Ils forment, eux, en face du Pape qui est parti d'assez bas et ne lient à rien, le sénat oligarchique recruté dans l'aristoci'atie des Etals Romains et de l'Italie entière, avec qui, d'Angleterre, d'Autriche, d'Allemagne, de Russie, d'Italie, de France, les oligarques correspondent et conspirent. Ce qu'ils veulent unanimement, c'est abattre rilomme du peuple, et tandis (|ue Pie VU, demeuré tel <(ue lorsque, évêque d'Imola, il appelait ses diocésains à la Républicjue. conclut sincèrement la paix religieuse, les cardinaux, pensant que, de cette paix, l'ennemi public peut recevoir un secours, forcent le Pape à la révoquer — et par cette lettre si attristée, si profondément humiliée, cette lettre où ces ultramontains obligent un pape (ju'ailleurs ils disent infaillible de confesser (|u"il a failli loui'dcmenl ! \\n \ érilc d'où ^•ient la contrainte, de Napoléon lois(|ue Pie \\\ signe le

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f Concordat ou des cardinaux, lors([ut' Pie VII ré- ^(»(lue sa signature?

Au moins, ces deux hommes, on ne parviendra jioint à les rendre ennemis ni à leur inspirer de haine Fun contre l'autre.

Ce que Pie VU, en dépit de l'Europe entière, de f son ministre, du Sacré Collège, témoigna de géné- 9 reuses hontes aux Bonaj)arte, dont s(;ul il ht respecter l'asile; ce (|u'il déploya de courage en , s'instiluant leur protecteur, je le dirai quelqut.' jour à la gloire de son nom, à la iionte de ces princes qui, durant quatorze années s'étant rendus I les courtisans et les valets de l'Empereur, se fussent r empressés à s'ollrir pour être ses hourreaux — [ n'était que les Anglais s'en étaient par traité assuré le monopole.

A l'heure où h>s oligarques s'acharnent sur le captif, à l'heure oh ils le resserrent dans sa geôh' et tirent sur sa tète la pierre de Vinpace, une voix, une seule, s'élève dans le monde : celle de Pie VU. Il écrit à son redoutahie secrétaire d'État :

« La famille de l'Empereur Napoléon nous a lait connaître, par le moyen du cardinal Fescli, que le climat de Sainte-Hélène est mortifère el que le })auvre exilé dé{)érit à vue d'œil. Nous avons appris une telle nouvelle avec une peine infinie et vous la j)artagerez avec nous sans aucun doute jiarce que nous devons tous les deux nous rappeler (jue, après Dieu, c'est à lui principalement (ju'est dû le rétahlissement de la religion dans le grand

rovaumc de France. La pieuse l't coiii-igeuse initiative de 1801 nous a l'ail oublier «'1 pai'donner depuis longtemps ses torts subséquents. îSavone et Fontainebleau ne sont que des erreurs de l'esprit ou des égarements de l'ambition liumaine. Le Concordat fut un acte chrétiennement et héroïquement sauveur. »

Et il dit : « Ce serait dans notre cœur une joie sans pareille (jui; d'avoir contril)ué à «liniinuer les tortures de Napoléon. Il ne peut plus être un danger pour quelqu'un; nous désirerions (ju'il ne IVil un remords pour personne. »

Et lorsque trois années plus tard, la mort ayant fait son œuvre et délivré le prisonnier, Pie VII appliqua à cette âme le bénéfice de ses prières, au moins, durant \e sacrifice, il put lever vers son Dieu des mains que le sang" du vaincu n'avait point à jamais souillées.

Au Loiivi'c, dans la salle des Sopl, Cli<'min(''('S, sous un jour médiocre el, rare, se Irouvenl présentés, en un ordi-e (jui n'est point pour les taire valoir, les eliefs-d'oMivre de l'Ecole Napoléonienne : aux Flamands, aux I[(dlandais, aux Italiens, aux Anglais, fussent-ils apocryphes, aux Allemands, fussent-ils Suisses, on s'ingénie à dis[»enser l'espace et la lumière. On attribue à tel ou tel sa salle ou ses salles el Ton ne trouve jamais que ]>our eux on ail assez fait : Mais des Fi-ançais, des Français qui s avisaient de dessiner et de peindre, qui, dans une époque de tyrannie, la(jU(dle, comme chacun sait, déshonore l'histoire de France, avaient l'audace d'être de grands peintres, les plus grands et, dirai-je, les seuls grands du siècle écoulé, des Français qui se sont avisés, non pas seulement de jteindre sur les ordres de Napoléon-le-Grand, et <le l'ecevoir son argent, mais de lui prèlei- quelque

i. Confér.'iicc prononciîo à la Société des Conférences, lcJ2 Icvrier l'J09.

chose de plus que leur (aient, leur dévouenienl dans la mauvaise forlune, ces Fraurais-là, c'esl bien assez qu'on n'exile point tous leurs tableaux dans les greniers et (ju'on permette encore (jue, par le spectacle qu'offrent certains d'entre eux, la conscience républicaine se li-ou\e outi-asrée.

Il y a mieux : ceilain de ces tableaux était jadis noblement exposé en un des palais nationaux : il y occupait, dans une salle tout exprès décorée, un panneau disposé pour le recevoir : Ainsi avait-il la place qui convenait et paraissait-il dans un milieu qui le faisait valoir : au bas, quelques bustes de marbre, entre les fenêtres (juebjucs portraits, en face un pendant du même maître. !:5ur la quatrième paroi, une bataille de même style peinte par un artiste contemporain, (^ela formait un ensemble (jui impressionnait les visiteurs, les transportait d'un bond dans l'histoire, les inclinait devant le Héros et les rendait ses sujets. Débouchant de l'escalier de marbre, les braves g'ens de campag'ne et les pelils soldats en garnison, qui usaient leur dimanche sur les par({uets cirés, arrêtaient à la porte leurs conversations et leui's rires : Ici, ils savaient où ils étaient. ce qu'ils allaieni voir, et, s'ils ne connaissaient point j)ar les détails l'histoire de Napoléon, ils avaieid de l'homme une sensation bien auti-emenl frappante et juste (jue celle qu'on esl accoutumé d"enl('ii(lre raconter dans cei-tains milieux de bourgeois aristocrates. Ce n'est pas

a iliri- (jur lotis 1 aimassent, mais a tons le rcsjiecl s'imposail . Ils avaient compiis qu'ils entraient dans tm Tenij)!»' — un Temple consacré à ces deux dixiiiilés (|ui scmldent surannées aux gens d'à-présent : la Patrie ri riloinieur.

(Test aujourd'hui seulement (ju'on rnsei^ne ;i ili'lester les victoires de la Xaticni quand elle avait .Napoléon pour la conduire, et les insultes au drapeau ne comptent point dès (ju'il est porté par Bonaparte. Mais si, il y a vingt ans. on n'avouait pas t'ucor»^ la doctrine, on rappli(juait. Cette salle ile\-enail déj)laisante et oiseuse; ce plafond de ''illet où, [)ar une allégorie, le dix-huit lîrumaire -t di\ inisé, ces voussures en camaïeu qui repré- ■nlent les Déesses protectrices de l'Empire, ces dessus de porte que Gérard avait peints pour la salle dos Sept Cheminées — au temps où le Louvre «levait servir d'habitation aux souverains de pas- >age — et qui symbolisent les vertus impériales, celle décoration où Fontaine a déplové toute la noblesse solide et lourde du style (jui a fait sa renommée, ces bustes de marbre, ces tableaux, ces vases de Sèvres où sont peints des batailles et des trophées, tout cela ne devait plus être appli- (jué à la gloire de Napoléon. On enleva donc le plus beau des tableaux qui garnissaient cette salle; et on le remplaça par une toile de même dimension représentant Le Ce7îtenaire des Etats généraux célébré par- le Président Cartiot à Versailles. On y voit une foule ameutée, qui, à coup sûr, n'a

rien dans sa tenue (l'arislocrali(|iie, ni de monaicliique, brandissant des cliapeaux melons, des cannes et des mouchoirs, grimpant sur des chaises, poussant des liurlements admiratil's devant ce spectacle impressionnant : V inauguration de la restauration dt( //assin de Latone . Et voilà par quoi, dans l'imagination des hommes du xx'' siècle, on compte remplacer l'apothéose du héros qui, au début du xix% apportait à la France quelque chose peut-être d'un peu plus i-eluisant (jue le redorage d'une fontaine.

Et alors, au Louvre, on a noyé au milieu des peintures ce tableau arraché de son cadre. Ce n'est plus IHisloire qu'il célèbre, ce n'est plus un fait d'histoire qu'il retrace et qu'il consacre ; cette histoire-rlà, elle est rayée des manuels, elle est décrétée de lèse-république, et il n'est loisible de l'écrire que pour la reiulre odieuse; maison tolère l'Art, vous savez le grand Art, celui (|ui n'a ])oint de patrie et encore moins de patriotisme et, pour l'amour de TArl, on laisse une place à ce tableau; une place près du Déluge, tant mieux s'il s'y noie. Au-dessus, au-dessous, à droite, à gauche, tableaux sur tableaux, et encore, et toujours, des ])orlraits, des paysages, des tableaux de genre, des études à peine faites, même des dessins ; des toiles (jui sont de l'Ecole, d'autres antérieui'es d'autres postéîMeureSjpleinemcnl iomaiiti(|u.es,d'autr(^s (jui u'oiil pas cinquante ans de date. Ce n'est |>lus une salle

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