SU II ISA PO LÉON
IcUes aux Ions vils, tout le jour, rciiiuaienl leur uaîlé sonore. Jean-Louis David, lils et petit-lils de marchands merciers, bourgeois de Paris, né à Paris, élevé à Paris, dont Paris conserve et disperse les œuvres-maîtresses, sans leur accorder les honneurs ([u'on y décerne à Kubens ou à Kemhrandt ; ce grand David n'a pas même dans un carrefour de son j^iris une slaliie. un huste ou un médaillon. Tout au plus, lui a-t-on l'ait récemmeni l aumône dune des cent dix niches à célél)rilé (jui Iroucnl la façade de IHotel de Ville. On a ti-ouvé du hronze ou du marbre }»our 31eissoniei', pour Delacroix, pour Charlef, pour Raffet, poui" liarye, pour Alphonse de Neuville ; on en trouve pour Yélasquez. peintre sévillan, auquel le gouvernement de la J{épubli(jue, tel la Sérénissime à Dartolomeo Colleoni ou au (iattamelata, dédia une efligie é(|uesire dans le jardin de l'Infante — sans <loute par un scrupule de couleur locale ; oui. Ion trouve du lironze assez jjour décerner à Don Dieçoliodriguez de Silva y >'élasquez les honneurs ])ai' (jui les générations dautrefois consacrèrent la gloire de Gharlemagne. de Jeanne d'Arc, de Louis Mil et de Louis \IV — et que de ce temps on n'attribua dans Paris (|u'à ce peintre Vi']as(iuez, à l'Anglais Washington, sans doute en souvenir de Jumonville et au général des niais, M. le mar(|uis de Lafayelle, j)arce (ju'il déserta à l'ennemi. — mais on n'en trouxc poini ce (juil lant iiour rouler un buste à Jean-l^ouis l)a\ iil
Certes, je n'ai garde de réclamer pour lui ce qu'on a généreusement octroyé à Yelasquez ; la statue éijuestre de ce peintre doit rester unitjue.
f comme un monument à souhait de la boullonnurie
^ contemporaine. Je n'ai même nulle intention de réclamer quoi (jue ce soit ])0ur David. Qu'avait-il à faire de naître à Paris ?Dans n'iuïporte (juelle ville,
i villasse, bourg, village ou hameau, il aurait eu son s(juare, son monument, un ou deux boulevards ; à Paris, — pas même, en banlieue — on lui a fait hier l'aumône — et c'est à la Muette — d inic ruelle neuve de vingt-cinij maisons. Ab! Paiisien, ou t'apprendra ! Et comme si ce n'était pas assez qu'il fut né à Paris, ne s'est-il pas avisé d'y faire ses études, d'y grandir, de s'y illustrer, d'y vivre toutes
i ses joies et tout son labeur. Et de ce Paris, comme si ce devait lui être un titre devant les gens d'à présent, ne fut-il pas, aux jours de la Révolution, lélu à la plus redoutable des assemblées politi(|ues?Ne s'y est-il pas montré le plus implacable adversaire de la Royauté? N'a-t-il pas voté la mort de Louis XVI'? Ne fut-il pas le premier organisateur du culte laï(|ue et Tordonnateur des Pompes nationales? N'a-t-il point immortalisé de ses pinreaux Marat etLepelletier? N'a-t-il pas été,jusques et y compris Thermidor, un des plus fermes soutiens du bloc, un des seuls membres non suspects de faiblesse du Comité de Sûreté Générale? C'en serait assez pour <ju'on lui dédiât dix avenues et vingt monuments, s'il avait bu la ciguë avec Ro-
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bespierre — mais voici le crime : il s'esL épris Je Bonaparte dès ({ue Bonaparte est entré en scène, il s'est attaclié à sa gloire, il s'est trouvé heureux (le reproduire ses traits, il s'est paré du titre de son premier peintre et, auxjours néfastes, illui est resté inébranlablement fidèle, quitte à mourir lui aussi dans l'exil et, mort, n'avoir pas même un tombeau dans la Pati'ie. — Quoi ! cliante Bérang'er,
l'roscrit-uii aussi sa uu'jiiuire '?
Quoi ! vous repoussez son cercueil Et vous héritez de sa gloire !
Les Royautés et les Républicjues s'entendent dès (ju'il s'agit de proscrire ce conventionnel suspect d'admirer Bonaparte. La tare est indélébile. En ce temps oi!i le plus médiocre peintre d'enseignes est sculpté en marbre ou fondu en bronze, David n'a ni lombeau, ni rue, ni statue. Seulement il a la gloire.
Où sétaient-ils rencontrés d'aboid, celui qui devait être le modèle et celui qui allait être le peintre ? Je crois bien, pour la première fois, à la séance publique de l'Institut (jui fut tenue le (juintidi l.'j nivùse an YI de la Bépiiblicpie inie et indivisible, soit le jeudi i janvier 171)8 de l'ère cbrétieiuie. (]'élait la deuxième fois, depuis sa création par la Convention expirante, (jue l'Jnslitut tenait sa séance solennelle. La première fois, c'avait été le 15 germinal an IV (i avril 00) et Bonaparte depuis trois semaiiu's en\iron était
LE TAULEAII UU CO UH ON N EM E.NT i^-i
|taili poui' larinét' (lltulie. Kn I an \, coiiiiiu^ on sait, point île séance jjuhlitjue, le Directoire ayant remplacé cette fête Je l'Intelligence par la prosciiption (le quatre des ineinlires les plus illustres de I Institut : Carnet, Pastoret, Sicard et Fontanes. On se rattrapait en Tan ^'I.
La séance coinniencant à cincj heures trt's [)i'i''cises du soir s'annonçait comme devant occuper la soirée, la nuit entière. Il devait y avoii* (|uatrt' rapports par les (juaire secrétaires perpétuels sur les 3Iémoires lus dans chacune des classes et quatre comptes rendus des travaux; puis, lectures pai' h's citoyens Langlès, Fourcroy, Toulongeon. Doh)mieu; rapport par le citoyen Garât sur les Mémoires traitant de : L'influence des si(jnes sur la [orniation des i/Iées; enlin, récitation d'un poème par le citoyen Marie-Joseph Chénier. Chacune de ces productions ayant environ trente pag'es, il faut penser qu'au plus tôt l'on devrait sortir du I^ouvre vers les dix à onze heures — peut-être minuit! Ah ! en ces temps-là, on savait écouler !
Jamais. telle foule et si em{)ressée ne s'était, depuis bien des années, réunie sur une place puhli(|ue, l^t on n'allait guillotiner personne. La coui- du Louvre était pleine et, dans la Salle des Cariatides, s'écrasaient les arrivants, munis de cartes presque pareilles à celles qu'on distribue à présent. Dût la vanité des auteurs en pâtir, on était venu surtout pour un membre de la première classe, section de mécanique, leijuel, ayant été élu dix jours auparavant,
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paraissait i)Our la })i'eiiiit're fois en séance puljlique. En séance oïdinaire, il avait déjà fait un rapport — et sur les automobiles — sur la voiture mue par la vapeur inventée par le citojen Cugnot; — mais ce n'était pas pour les automobiles qu'on était venu, le nouveau membre ne devant point en parler, mais simplement se laisser voir : or c'était le général Bonaparte, revenu à Paris juste depuis un mois, après deux ans de victoires, la conquête de l'Italie et la signature de la paix avec l'empereur.
Arrivé au Louvre avec son confrère Arnault, il se réunit aux membres de sa classe, descendit avec eux et s'assit au-devant de ces longues tables que portent des grillons, ces tables (|ui, dans la bibliotlièque de l'Institut, font songei* aux bommes (jui s'y sont accoudés — (|uels hommes ! — Et il écouta. Ce fut long : cbatjue lecteur, soit au début, soit à la fin de son mémoire, lui faisait un compliment (jui pour être prononcé en république était tout aussi adulateur que si l'on eût vécu en monarchie — même, dans une monarchie, eût-on ainsi parlé publiquement à un général victorieux? Néanmoins le public n'était pas satisfait. Il trouva n)ieux. Ce fut lorsque Chénier eut la parole ; son ])Ot'me, intitulé le Vieillard i/'.-l/<ce««.s, célébrait le g;énéral Hoche récemment mort; mais conunent ne point y parler de Bonaparte, général en chef de l'Armée d'Angleterre, appelé à venger tantôt cette expédition d'Irlande (jui, merveilleusement conçue, préparée avec un admii'ai)le secret, parvenue, au