‹ Sur NapoléonChapitre 7 sur 24 · VI AU LECTEUR · texte numérisé non relu

VI AU LECTEUR

ambition, mais je fais mon œuvre. C'est de raconter le Héros, de le montrer tel qui! fut, car II ne doit être loué que par la Vérité ; de répandre Son culte, de provoquer les offrandes à Sa mémoire, de propager à toute fin la Religion napoléonienne en célél)rant le culte, en attirant les contradictions, en contraignant à me suivre sur ce terrain môme mes adversaires et nos ennemis, en sonnant constamment mes cloches, et en contraignant le lioupeau des imitateurs à suivre les routes que j'ai jalonnées. A cette heure, chez les peuples d'Italie, d'Allemagne et de Russie, chez les nations nouvellement éprises des civilisations occidentales, aux États-Unis où II demeure le vivant modèle de l'énergie et où la gloire de Son nom balance celle des illustrations nationales, en Angleterre même, dans le pays de Castlereagh, de Bathurst et de Lowe, l'heure de la justice est venue et partout les annalistes étudient jusqu'au moindre événement qui permette d'accrocher à Son nom quelque chose de leur nation ou de leur ville. Qu'il ait passé une iieure dans une cbambre d'une auberge, c'est assez pour un livre; qu'on ait combattu sous Ses aigles ou contre elles, fût-ce en un rang inférieur et en une place obscure, c'est assez pour des mémoires et une biographie ; telle échauffourée fera matière à deux volumes, telle campagne ;i dix, et m France moins peut-être qu'en Allemagne et en Russie, l! biiil une bibliothèque pour contenir les ouvrages en toutes langues sur Waterloo et, j)our les

AU LECTEUR Vil

mémoires où il en est parlé, les témoignages et les polémiques, une chambre ne suffit pas. Dans le développement de ces études, on pousse comme il est juste l'analyse à l'excès. Mais qui s'en plaindra? II faut que chacun apporte sa pierre, si petite soitelle et si menue, à l'édifice que dressera quelque jour l'ouvrier de la synthèse, celui qui en deux cents pages vraies, racontera Napoléon.

A ce mouvement qui s'est propagé de toutes parts et qui à présent ne saurait être endigué, l'on dit que j'ai contribué. Je voudrais que cela fût, car j'eusse ainsi honoré ma vie. Au moins, ai-je fait ce que j'ai pu ; et lorsqu'on est venu me parler de conférences, si je me suis cabré d'abord, étant en principe hostile à ces exhibitions, j'ai cru ensuite voir là un devoir ; j'ai vaincu ma répugnance, j'ai dompté ma timidité, et j'ai marché.

On m'avait dit : Lisez n'iniporte quoi. Je lus donc la première fois un chapitre d'un livre que j'allais publier. Le résultat fut piteux. Sur dix auditrices, il y en avait peut-être quatre qui avaient compris les mots, pas deux qui eussent suivi les idées. Ce qui est dans les livres doit rester dans les livres. La conférence est autre chose et demande une autre forme. Il faut, à un public qui arrive là, de ses plaisirs ou de ses affaires, et qui veut être intéressé durant une heure, présenter un récit qui ait un commencement, un milieu et une (in, se suffise à soi-même, s'explique soi-même &t n'ait besoin pour

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