‹ Sur quelques erreurs de méthode dans l'étude de l'homme primitifChapitre 6 sur 7 · D'- E, HOUZÉ · texte numérisé non relu

D'- E, HOUZÉ

Cette étude a pour but de combattre des idèe^ reçues^ des qnesLions admises, qu’il faut s’efforcer d’élimieer de la Science qu’elles encombrent de matériaux inutilisables.

I/étude critiL|ue est divisée en trois parties : la première, V Aryen, comprend la discussion de tous les éléments qui ont servi à imaginer, au milieu des populations de 1 Europe, un type humain qui serait supérieur aux autres et qui aurait été, dans le temps et dans l’espace, le facteur de toutes les civilisations. C’est la linguistique, sortie de son domaine, c[ui a le plus contribué à répandre cette erreur, admise par beaucoup comme un dogme. De l’examen des données linguistiques, historicjues, archéologicpies et anthropologicjues, il résulte une conclusion formelle : l’Aryen, comme type morphologique, n'existe pas, il n’a jamais existé et il ne pourra jamais être retrouvé dans le fouillis des types dont le mélange remonte aux temps préhistoriques.

La ‘deuxième partie, V Anthropologie , est une mise au point qui montre l’évolution, aidée de la sélection, concentrant sur le système nerveux toute son activité transformatrice et progressive. Le cerveau humain est l’aboutissant morphogéniciue de ce long développement. Le système nerveux, arrivé à ce stade élevé, devient l’intermédiaire entre l'organisme et le milieu. Les aptitudes héréditaires sont transmises à l’individu; celui-ci seul les adapte, par son activité personnelle, aux circonstances, aux exigences du milieu. La physiologie et l’histologie du cerveau démontrent delà manière la plus formelle que l’examen du crâne ne peut servir de critérium pour déceler la valeur de l’intelligence. Donc toutes les théories cpii partent de la crâniométrie, pour aboutir à des déductions psycho-physiologi(|ucs, sont fausses.

La troisième partie, V Anthropo-sociologie, est la critique de cette pseudoscience qui confond en un mot deux sciences distinctes. S’il est vrai que la sociologie doit emprunter ses méthodes de recherches aux sciences biologiques, il faut avouer en toute sincérité, qu’actuellement, l’Anthropologie ne peut fouinir des données capables de formuler des lois sociologicpies.

Or, les prétendues lois de l’I'icole d’Anthropo-sociologie ne reposent (pie sur des erreurs (|u’on peut a|)pelcr fondamentales : erreurs statisti([ues, erreurs anatomiques, erreurs physiologi(|ues, erreurs i)sychologi(|ues, erreurs historifjues.

Telle est la conclusion qui se tlégagc avec force tle la critique du D'' llouzé.

vS?;A’ L’HOMME PRIMITIF

à décorer, à orner ces ustensiles, ces armes, il a fallu les inventer! Et nos meubles, nos vêtements actuels, n’ont-ils pas tous, plus ou moins, une marque esthétique, indépendante de leur valeur utile? Est-ce qu’il en résulte que l’élément d'utilité ne soit pas ici l’essentiel, le fondamental, et aussi le primordial? On ose à peine poser la question, tant elle est puérile. L’est-elle beaucoup moins lorsqu’il s’agit des armes ou des ustensiles des Papous? Mais les Papous, n’est-il pas vrai, sont plus rapprochés que nous de VUnnensch, et alors, ce qui nous semble chez nous assez simple, doit apparaître chez eux avec cet aspect mystérieux qui est propre aux commencements des choses! Et voilà pourquoi les Papous font bien dans une citation.

XI. — Un autre point que j’ai relevé et dont il importe de traiter très brièvement, concerne la nature de l’activité que les primitifs appliquent à la confection d’objets ornementaux ou à la reproduction de dessins, etc. Cette activité est pour Bûcher quelque chose d’indistinct, qui tient du jeu, mais qui n’est point le travail.

On pourrait écrire un volume rien qu’en accumulant les preuves de l’attention, de l’habileté, de l’ingéniosité déployées par les primitifs dans la febrication des outils, des armes, des ustensiles, des ornements dont ils se servent. En quoi l’énergie qu’ils mettent à l’exécution des tâches qu’ils entreprennent diffère-t-elle spécifiquement de celle que déploient les civilisés? 11 est impossible de le dire. A coup sûr, la façon de travailler n’est pas nécessairement la même. Mais, parmi les civilisés, est-ce que l’ouvrier chinois travaille comme l’ouvrier américain? Est-ce que l’ajusteur ou l’ouvrier fileur travaillent comme le laboureur ou comme la dentellière? C’est à la psychologie des groupes ethniques et à la psychologie des professions, c’est à l’étude des caractères et des milieux sociaux qu’il faudrait demander les raisons des particularités constatées. Mais il est par trop commode de négliger l’action des facteurs multiples à envisager, pour se contenter d’une explication aussi vague, aussi générale que celle à laquelle Bûcher a eu recours.

Les théories de cette nature ont la curieuse propriété d’être des théories à « renversement »; je l’ai fait remarquer déjà. Le travail, selon Bûcher, est issu de l’activité artistique, qui n’est point encore du travail. Rien ne serait plus tacile que de construire une théorie inverse où l’on montrerait que l’activité artistique est, au contraire, un produit de l’habileté technique. De tait, c’est la

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SUN L'HOMME PRIMITIF

doctrine de Grosse. Celui-ci a essayé d’établir une relation entre les formes de la production et les formes de l’art.

11 avait, auparavant, tenté de mettre de même en rapport les formes de la production et les formes de la famille (i). Par formes de la production, il faut entendre ici les modes de la technique productive : chasse, pêche, agriculture, industrie. L’auteur s’est d’ailleurs défendu de considérer l’état de la production comme un principe universel d’explication sociologique, et c’est à tort, nous semble-t-il, que Durckheim l’a rangé, sans autre formede procès, parmi les partisans du matérialisme historique (2). Grosse s’est borné à prétendre que dans toute civilisation, la constitution de la famille est adaptée aux conditions et aux besoins économiques (3); d’une façon plus précise, il s’est efforcé de montrer que l’organisation des groupes de parents est déterminée, à certains égards, par l’état des techniques productives. 11 n’a pas, semble-t-il, réussi à prouver sa thèse (4). Mais son livre est rempli d’observations intéressantes et de détails exacts : au lieu de s’attarder à la reconstitution d’un primitif de fantaisie, ou à la recherche de vagues lois d’évolution, il s’est évertué à saisir le réel et à en expliquer les conditions. Son erreur est d’avoir négligé la psychologie des individus et d’avoir voulu établir directement certaines relations de cause à effet ou de déterminant à déterminé, entre de pures abstractions logiques, entre des « catégories » — les formes économiques, d'une part, les formes juridiques de la famille, d’autre part — en négligeant le facteur vivant, l’être de volonté et de pensée, l’homme avec ses mobiles conscients ou inconscients, l’unité agissante, dont la constitution mentale doit rendre raison de tout.

Et encore, ce reproche n’est-il pas entièrement fondé. On retrouve l’âme humaine, çà et là, dans les livres de Grosse; on la retrouve surtout dans son étude sur les débuts de l’art, et c’est précisément par quoi Grosse est supérieur à beaucoup d’écrivains qui ont traité des matières sociologiques, bien que, dans ses conclusions d’ensemble et dans sa théorie générale, il ne se montre pas assez psychologue.

Ces remarques préalables ont paru propres à bien faire saisir le contraste

(1) Die Formen der FamUie und d e Formen der Wirlschnft. Fribourg en Brisgau et Leipzig, 1896. — Wirtfchajl a ici le sens de i roduction.

(2) V. Grosse. Die Formen der Familie, etc., p. 245. — Cf. Durckheim. Année sociologique, t. !<='■, pp. 327 et 328.

(3) Loc. cit.

(4) Voir, à titre d’exemple, la déformation qu’il est parfois obligé d'infliger aux faits pour les introduire dans le cadre de ses conceptions. Ainsi, d’après lui, les conditions économiques où vivent les chasseurs primitifs supposent des groupes familiaux très réduits. De là une tendance à nier l'importance des groupes sociaux étendus chez les Australiens, par exemple. On sait pourtant le rôle considérable que jouent ces groupes étendus chez les jievqflades de l’Australie. V. à ce sujet les ouvrages déjà cités de Spencer et Gillen.

VIENT DE F=>ARAITRE I

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NOTES ET MÉMOIRES : Fascicule 6

Charles HENRY

REMARQUE ADDI TIOAXELEE :

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