CHAPITRE III
Les Sulfates de terres rares
Si, en thérapeutique humaine, les sels de terres rares ne sont utilisés que depuis quelques mois seulement, leur découverte remonte à plus de cent cinquante ans. En 1751, à Bastanaës (Suède), Cronstedt découvrit un minéral appelé la «cérite», d’où, en 1804, fut extrait le cérium par Klaproth, en Allemagne, et par Berzélius et Hissinger, en Suède. En 1794, Gadolin, puis Eckberg étudièrent la gadolinite et-y découvrirent la glucine et un groupe de minéraux non isolés: l’yttria. En 1814, Berzélius et Gahn séparèrent l’oxyde de cérium de l'yttria. En 1839, Mosander annonça que l’oxyde de cérium était un mélange de deux corps: l’oxyde de cérium vrai et le lanthane. Le même auteur;en 1842, trouva dans l’oxyde: de cérium un nouvel oxyde, appelé par lui: didyme. Ce: dernier produit a été décomposé depuis, ainsi que d’autres substances considérées longtemps comme définies. et dont l'étude actuellement est loin d'être achevée.
La classification des principales terres rares identifiées:
comporte, jusqu'à ce jour, les quatre groupes suivants: 1° Le groupe des métaux diatomiques: glucinium;
2 Le groupe cérique: cérium, lanthane, praséodyme, néodyme, samarium, gadolinium et dyspronium;
3° Le groupe yttrique: ytirium, terbium, erbium, holmium, thulium, ytterbium et scandium;
4° Le thorium.
D'après Cossa, le cérium, le lanthane, le néodyme et le praséodyme sont très répandus dans la nature. Ils entrent même dans la composition des êtres organisés. Pratiquement, on les extrait de minéraux provenant de Suède, des Etats-Unis et du Brésil.
Propriétés physiologiques des sels de terres rares. — Les propriétés physiologiques des sels de terres rares ont été étudiées, pour la première fois, par M. Frouin, qui, en 1912, constata l’inocuité des sels de lanthane, samarium, néodyme et praséodyme, injectés dans le péritoine ou les.veines de lapins ou de cobayes. Cet auteur remarqua, à la suite de ces injections, l’apparition d’une leucocytose progressive avec mononucléose üès marquée. S'inspirant de ces travaux, MM. Grenet et Drouin eurent l’idée de poursuivre, chez l’homme sain, des recherches analogues. À la suite d’injections intraveineuses quotidiennes, pendant vingt jours consécutifs, une solution aqueuse à 2 pour 100 de sels de terres rares, ils constatèrent une augmentation des hématies, sans que cette augmentation dépassât jamais le chiffre initial de 500.000 par millimètre cube et;sans que la forme, le volume et la résistance globulaire fussent quelque peu modifiés. Cependant, les modifications les plus
SR nettes portaient sur les leucocytes et peuvent se résumer ainsi :
Les sels de terres rares entraînent, chez l’homme ‘comme chez l'animal, une leucocytose accentuée, Une demi-heure après l'injection, les leucocytes passent ‘en moyenne de 6.000 à 12.000 par millimètre cube. Après vingt injections, leur nombre s’accroît jusqu’à 50.000 sans que le sujet présente aucun trouble. Cette leuco- -cytose ne décroît que lentement après l'arrêt du traitement. La formule leucocytaire est modifiée : on note une mononueléose considérable avec diminution relative des polynucléaires.
Propriétés bactériologiques des sels de terres rares. — Parallèlement à ses travaux sur l'influence des sels -de terres rares sur divers bacilles, M. Frouin étudia leur action sur le bacille de Koch. Il communiqua à la Société de Biologie le résultat de ses premières expériences dans les termes suivants: | ;
« À la dose de O0 gr. 005 pour 100 de milieu nutritif « et peut-être à des doses inférieures, ces divers sels « favorisent le développement du bacille tuberculeux; -« à doses plus élevées, cette action favorisante est beau- « coup moins marquée; enfin à la dose de O gr. 1 pour .« 100, les sulfates de néodyme et de praséodyme ont -« empêché tout développement du bacille tuberculeux montrant ainsi une action antiseptique énergique. » L'action des sels de terres rares sur le bacille de Koch se manifeste par les modifications suivantes: il devient
tantôt court, trapus, granuleux, tantôt grêle et long. Sa coloration par la méthode de Ziehl devient difficile. Dans des cultures sur asparagine additionnées de
terres rares, M. Frouin constata également des changements notables dans la composition des graisses du bacille tuberculeux, ainsi qu’une diminution de ces matières grasses, qui tombent de 40 pour 100 à 22 ou 16 pour 100, Or, n'oublions pas que « ce sont ces matières. « grasses, qui rendent ces bacilles très difficiles à « détruire, soit par la dessication, les antiseptiques, soit « dans l'organisme par les phagocytes ». (Courmont.)
Contre-indications. — Signalés dans le traitement de. la tuberculose cutanée et de la tuberculose ganglionnaire, les sels de terres rares présentent, dans le traitement de la tuberculose pulmonaire, deux contre-indications importantes, sur lesquelles MM. Rénon, Pissavy, Sergent ont attiré l’attention dans des communications à la Société Médicale des Hôpitaux, au mois de mai 1920. La fièvre et les hémoptysies constituent un obstacle à l'emploi des sulfates de terres rares. Il est recommandé de: s'abstenir lorsque la température dépasse 38° et s'il se. produit une réaction fébrile au cours du traitement, il faut interrompre celui-ci jusqu’à chute complète de la fièvre. Sinon des accidents graves (avec frisson, élévation de température) peuvent survenir et même entraîner la mort du malade. |
Nous avons vu utiliser les sulfates de terres rares sous trois formes différentes.
Ont été employées:
1° Une solution de sulfate de didyme à 2 pour 100;
& Une solution à 2 pour 100 de sulfates de néodyme, praséodyme et samarium ;
3° Une solution à 3 pour 100 de sulfates de néodyme, praséodyme, samarium et lanthane.. ;
Nous n'’insisterons pas sur la façon d’administrer ces «diverses solutions. Disons seulement qu'elles doivent être prescrites, tous les deux jours, à la dose de 1, puis 2 em’, que l’on peut élever à 4 em, et toujours sous forme d’injections rigoureusement intraveineuses. La technique de celles-ci ne présente aucune particularité intéressante.
OBSERVATION X (résumée)
(Hôpital de Saint-Genis-Laval, service de M. le Docteur PIÉRY)
Bo... François, 21 ans.
Entré le 25 juin 1920.
“Sorti le 27 octobre 1920.
Bacillose pulmonaire commune à prédominance fibreuse Poussée évolutive du sommet droit en voie de rémission
Hospitalisé en 1919 pour grippe, puis pour induration des «deux sommets. Depuis mars 1920, toux, expectoration, dySpnée «d'effort.
Avant le traitement :
Sommet droit, en arrière, légère submatité. Résistance au «doigt. Respiration rude et obscure. Toux légèrement éclatante “avec quelques râles secs inconstants et lointains après la toux. En avant, submatité claviculaire nette. Souffle et râles spélonciques secs n'apparaissant qu'après la toux, laquelle est ‘également à timbre spéloncique.
Expectoration abondante. Température entre 37° et 37°8.
Pas de sueurs nocturnes. Assez bon état général. Poids : :56 kil.
Le 26 août, on commencé une série de dix injections de ‘2 centimètres cubes d’une solution à 2 pour 100 de sulfate de -didyme. Une injection tous les deux jours. La dose a été portée progressivement à 6 et 8 centigrammes.
Le 13 septembre : Le poids n’a pas varié, mais la température est tombée à 37°2 pour remonter ensuite à 37°4 et même
LR HONTE
37267 le 11 septembre. Toux et expectoration un peu dimi-— nuées. À
Le 16 septembre : On commence une nouvelle série de huit. injections jusqu'au 3 octobre. Pendant la durée du traitement, la température oscille entre 36°8 et 37°4. Diminution de l'ex pectoration.
Examen des crachats, négatif le 27 août, mais positif le- 2 septembre. =
Poids : le 4° octobre, 56 kil. 600; le 25 octobre, 57 kil. 800.
La poussée évolutive ulcérée du sommet droit est en voie de rémission. Quelques sous-crépitants discrets perceptiblespresque exclusivement par la toux.
OBSERVATION XI (résumée) (Hôpital de Saint-Genis-Laval. — Service de M. le D' PIÉRY.)
M....t Louis, 33 ans.
Entré le 2 juillet 1920.
Bacillose pulmonaire commune à prédominance fibreuse ; sclé-rose discrète du sommet droit. Poussée évolutive du sommet gauche.
Mère morte de phtisie galopante.
Mal de Pott à l’âge de 4 ans. Bronchites fréquentes. Palu-disme en 1913. Bronchite du sommet et amaigrissement em juin 1918. Hémoptysies en janvier 1919. à
A l'entrée : Amaigrissement récent de 2 kilos. Etat géné-ral médiocre. Toux et expectoration matutinales. Sueurs nocturnes. Dyspnée d'effort. Tachycardie. Appétit conservé. Pas. de température.
Poumon droit : Au sommet, submatité en avant et en arrière. Expiration prolongée avec quelques sous-crépitants discrets.
Poumon gauche : Submatité sous la clavicule. Au sommet, respiration rude et soufflante. Quelques râles sous-crépitants fins dans la région scissurale en avant comme en arrière.
3 Août 1920. — La température, un peu irrégulière, atteint
eine
.37°6, 37°8, 38°. Le malade a gagné 1 k. 500 depuis l'entrée. Expectoration muco-purulente minime.
24 Août. — La température est montée irrégulièrement à 38°. Au sommet gauche, les signes d'ulcération antérieurement constatés, sont nettement atténués. Il ne persiste que quelques sous-crépitants lointains. Malgré un nouveau gain de 1 kilo, l’état général est encore médiocre.
6 Décembre. — Le malade vient d'avoir 10 injections de sulfate de didyme, à la dose de 4 cgr., portés progressivement à 6 et 8 eg. Il déclare se sentir plus fort les jours de l’injection. Laissé trois jours sans injection, l'appétit devient moins bon. Le poids atteint 60 k. 600 le 1* décembre, au lieu de 60 kilos le 1 novembre.
Pas de modifications de l’expectoration et de la toux.
La température a tendance à descendre de 38°, 38°2 à 37°4, DD
Poumon droit : En arrière, sous-crépitants et craquements lointains et secs. En avant, sous-crépitants discrets à l’occasion de la toux.
OBSERVATION XII (résumée)
(Hôpital de Saint-Genis-Laval. — Service de M. le D' PIÉRY.)
M-muujean, 21-ans.
Entré le 23 juin 1920.
Sorti le 22 octobre 1920.
Bacillose pulmonaire commune à prédominance fibreuse. Poussée évolutive ulcéreuse du sommet droit.
Pleurésie gauche en 1918. Congestion pulmonaire gauche en fin 1918. Hospitalisé en mai 1920 pour bronchite des sommets. Depuis cette époque : toux, sueurs nocturnes, dyspnée d'effort. |
Avant le traitement. — Poumon droit: Au sommet, en arrière, submatité avec résistance au doigt, bronchophonie ef pectoriloquie aphone. Au niveau de tout le sommet, sous-cré-
pitants ébauchés ; craquements secs avec respiration un peu soufflante à l'occasion de la toux.
Poumon gauche : A la base, sonorité légèrement diminuée. Respiration forte et même sibilante.
Examen radioscopique : Sommet droit voilé, s’éclairant mal à la toux. Sommet gauche voilé ne s’éclairant pas à la toux. Sinus gauche un peu moins profond que le droit.
Expectoration minime, presque exclusivement muqueuse. Etat général relativement bon. Poids : 69 kilos. Température voisine de la normale ; parfois 37°7.
Le 22 octobre 1920. — Après une série de 140 injections d'une solution à 3 % de didyme, de lanthane et de samarium, le poids s'élève à 72 k. 700. La lésion du sommet droit est en voie de rémission. Persistance de bacilles dans les crachats. Le malade est proposé pour une réforme avec réduction du taux de capacité de travail évaluée à 100/100.
OBSERVATION XIII (résumée)
(Hôpital de Saint-Genis-Laval. — Service de M. le D' PiéRY.)
D e Jean, 27 ans.
Entré le 20' juillet 1920.
Sorti le 15"octobre 1920.
Bacillose pulmonaire commune. Ancienne poussée évolutive légèrement sclérosante au niveau des deux tiers supérieurs du poumon gauche. Poussée évolutive ulcéreuse du sommet droit.
Réformé n° 1 depuis 1918.
Depuis février 1920, toux plus fréquente. Crachats mucopurulents, voix enrouée. Appétit médiocre. Digestions pénibles. Poids : 46 kilos. Température oscillant entre 36°4 le matin et 38° le soir.
Avant le traitement. — Poumon droit: Au sommet, en arrière, submatité et exagération des vibrations. En avent,
souffle et quelques râles spélonciques. Retentissement déchirant äe la toux.
LP RAISES
Poumon gauche : Au niveau des deux tiers supérieurs, en “arrière, gros râles et souffles spélonciques.
Le 10 septembre. — Le malade vient de recevoir 10 injections d'une solution à 3 % de didyme, lanthane et samarium. Pas de modifications des signes d’auscultation. Pas d'effets sur la température, ni sur l’expectoration. Poids : 46 k. 600. Le malade est proposé pour une réforme n° 4, avec réduction -du taux de capacité de travail évaluée à 100/100.
OBSERVATION XIV (résumée)
(Hôpital de Saint-Genis-Laval. — Service de M. le D' PrÉéRy.)
Cr Louis, 33 ans.
Entré le 20 juillet 1920.
Tuberculose pulmonaire commune. Ulcération ancienne du sommet droit. Seconde poussée évolutive de la région moyenne antérieure.
En 1917, broncho-pneumonie et pleurésie sèche à droite. Depuis cette époque, toux, sueurs nocturnes, dyspnée d'effort, expectoration abondante, muco-purulente, adhérente, parfois hémoptoique.
Avant le traitement. — Poumon droit : En arrière, submatité au sommet. Submatité aux deux tiers inférieurs.
À lJ'auscultation, râles sous-crépitants et craquements secs discrets. Obscurité et silence en allant vers la base.
En avant, submatité sur toute la hauteur. Obscurité respiratoire au sommet. Foyer de craquements nombreux au niveau
. de la région mamelonnaire.
Toux émétisante. Température atteignant parfois 38°.
Poids : 55 k. 600 au lieu de 72 kilos en 1917.
Le 5 octobre, on commence une série d'injections d’une solution à 3 % de didyme, lanthane et samarium. Légère élévation de la courbe thermique, qui atteint 38°2. Les troisième et quatrième injections ayant été suivies de syncope, On doit suspendre le traitement. Malgré la brièveté de celui-ci,
LE 49e
on note une diminution de l'expectoration et de la toux. Poids : 55 K. 600:
Le 15 novembre, ulcération fistuleuse au niveau de la région sous-scissurale avec pneumothorax consécutif. Le 7 décembre, pendant la nuit, violent accès de dyspnée ; température atteignant 40°. La dyspnée va en s'accentuant.
OBSERVATION XV (résumée)
(Hôpital de Saint-Genis-Laval. — Service de M. le D' PIÉRY.)
D...s Francisque, 28 ans.
Entré le 20 juillet 1920.
Sorti le 16 octobre 1920.
Bacillose pulmonaire commune avec ulcération des deux sommets
Evacué du front à deux reprises en 1918 pour laryngite,. bronchite’et hémoptysie.
Depuis cette époque, fatigue générale, enrouement, toux. Hémoptysie en avril 1920.
Le 11 septembre, avant le traitement :
Poumon droit : Au sommet, toux éclatante avec foyer de: craquements secs lointains. A la base, en avant comme jen arrière, sous-crépitants éclatants, appréciables surtout à la toux. Submatité en arrière avec résistance au doigt.
Poumon gauche : Respiration tubo-spéloncique avec craquements plus nets et plus humides qu'au sommet droit. Respiration soufflante du type tubaire avec pectoriloquie aphoneplus nette qu'à droite.
Température oscillant, depuis l'entrée, entre 36°2 et 37°6. Poids, 63 kil: au lieu de 65 à l'entrée.
Le 5 octobre : Le malade vient de recevoir dix injections. d'une solution à 3 pour 100 de didyme, lauthane et samarium.
Diminution de l’expectoration. Pas d'effet sur la température. Perte de poids : 60 kil. 800 au lieu de 68.
Adi
Sommet droit : foyer de craquements et sous-crépitants. humides.
Sommet gauche : foyer de sous-crépitants.
Les lésions sont en voie de propagation,
Sorti le 16 octobre 1920.
OBSERVATION XVI (résumée) (Hôpital de Saint-Genis-Laval. — Service de M. le Dr Préry.)
N...f Nicolas, 29 ans.
Entré le 24 juillet 1920.
Bacillose pulmonaire commune à prédominance fibreuse. Poussée évolutive du sommet droit avec ulcération spéloncique probable
Grippe en septembre 1918. Première hémoptysie en décem-bre 1918; deuxième en janvier 1920,
A l'entrée, se plaint de faiblesse générale. Points de côté,. surtout à droite. Toux, surtout le matin, Expectoration abondante. Sueurs nocturnes. Appétit conservé. Température oscillant entre 36°8 et 37°8.
Poumon droit : En arrière, au niveau de tout le tiers supérieur, submatité, sous-crépitants éclatants, entremêlés de quelques craquements discrets et étalés.
En avant, sous la clavicule, sous-crépitants à l'occasion de la toux.
Poumon gauche : Respiration un peu bruyante à timbre bronchique, mais sans râles nets.
Le 30 août 1920 : On commence une série d’injections, répétées tous les deux jours, de 2 centimètres cubes d'une solution à 2 pour 100 de néodyme, praséodyme et samarium.
Le 18 novembre : Le malade a reçu 27 injections. La température, qui pendant la période de traitement oscillait entre. 36°3 et 37°5, est passée à 36°5-38°. Le poids, qui était à 55 kil. le 21 août, avait atteint 57 kil. le 21 octobre, est redescendu à 56 kil. 700 le 11 novembre.
AU sommet droit, les sous-crépitants éclatants paraissent. plus nombreux.