L. — ÆRésistance à la mort
Les phénomènes d'hétéromorphose décrits plus haut(p. 38) ds)
pourraient être rappelés sous ce titre. Ce sont des tentatives de reconstitution auxquelles la plante se livre, en même temps qu'un effort pour protéger les parties restées sur le substratum en les y fixant à nouveau. La plante répare ainsi ses blessures, résiste aux influences destructives, lutte contre elles. J'ai signalé ailleurs la manière dont se comportent des fragments d'Æctocarpus virescens [96, 2], de Pylaiella fulvescens [96, 31, d'Ectocarpus Padinæ |[96, 5] qui sont séparés de la plante mère; ils deviennent de véritables boutures qui s’accroissent pour donner des individus semblables à ceux dont ils proviennent. Depuis, j'ai vérifié ces phénomènes sur d’autres Phéosporées. Je citerai seulement quelques expériences sur le Myrionema vulqare.
Si l’on met dans un petit godet en verre (1) un fragment d'Enteromorpha où d'Ulva portant un 1. vulgare, on constate, après une douzaine de jours, que les files de cellules du filament rampant sont plus écarlées l’une de l’autre, les cellules sont plus doliiformes, elles ont une tendance à se séparer latéralement. Les cellules inférieures des filaments dressés se sont allongées ou ont conservé leur forme primilive ; les cellules supérieures sont plus arrondies, et souvent la cellule terminale, par disparition de la lamelle moyenne contiguë à la cellule sous-jacente, n’a plus qu’un point de contact étroit avec elle, ou même est complètement isolée; elle continue cependant à paraître bien vivante, tout comme si elle était devenue un organe de dissémination.
Le même phénomène se produit plus promptement si l’on place en goutte suspendue, comme pour une culture, un fragment de la région centrale d'un Myrionema bien développé. La figure 11, A, montre des filaments différemment modifiés restés en goutte suspendue du 16 au 25 juillet. Un bon nombre des cellules rampantes sont séparées les unes des autres; peu de cellules inférieures des filaments dressés sont modifiées, mais celles du sommet sont arrondies ou
(1) Je me suis servi de godets de 25 millimètres de diamètre.
déformées; les quatre filaments de droile de la figure 11, À, proviennent d’une autre culture établie le même jour et dans les mêmes conditions; les modifications subies sont plus profondes ; deux se sont séparés de la cellule rampante ; les cellules ne sont pas dissociées, mais certaines ont leurs parois de contact tellement arrondies qu’une faible pression suffirait pour les séparer, et elles subissent un commencement de germination. Les poils ont disparu; on trouve seulement çà et là quelques cellules en file courte, à contact plan, qui sont les restes de leur zone basale d’accroissement. Les cultures renfermaient un certain nombre de sporanges uniloculaires. Ceux qui élaient mûrs se sont vidés; d’autres, moins avancés, ont augmenté l'épaisseur de leur membrane et renferment des zoospores entourées d’une membrane délicate, mais {rès nette ; enfin, les plus jeunes sporanges ont une membrane encore plus épaisse, et leur contenu peu abondant ne s’est pas fractionné.
Enfin, des fragments adultes de Myrionema, laissés dans deux goultes suspendues du 18 au 25 juillet, et qui montraient les précédents phénomènes, furent ensuite placés dans un godel de verre du 25 juillet au 2 aoûl. Ils y prospérèrent, mais en accentuant les modifications précédentes (fig. 11, B et C). Peu de filaments restent attachés aux cellules rampantes; les cellules maintenues associées en filament se sont allongées latéralement, absolument comme des cellules qui germent, et les déformations sont telles qu'il est souvent devenu impossible de distinguer l'extrémité inférieure de l'extrémité supérieure du filament. Enfin, on trouve de nombreux fragments isolés par trois, par deux, ou même une seule cellule, qui germent chacune pour son compte. Dans ces germinations, on distingue presque toujours la partie jeune à sa paroi {rès mince, tandis que la partie ancienne de la cellule a épaissi sa parai notablement plus que sur la plante normale. En outre, il n’est pas rare que le sommet Jeune de ces germinations soit extérieurement entouré par un manchon prolecteur de gelée fort net
et relativement épais. On remarquera sur les dessins de la. figure 11 la faible tendance à la formation de cloisons transversales. Toutes ces cellules, en angmentant de volume, semblent avoir conservé le nombre primitif de leurs chromatophores, et sont naturellement plus pâles que sur la plante normale; de plus, elles ont pris dans leur ensemble une teinte légèrement bleuâtre.
Le temps m'a manqué pour établir de nouvelles cultures et suivre l’évolution de ces boutures qui avaient perdu toute ressemblance avec la plante mère. Au moment où je les ai quittées, elles étaient parfaitement vivantes. Assurément, les Myrionema ne doivent rencontrer que bien rarement, dans le cours normal de leur existence, des conditions aussi défavorables que celles auxquelles je les ai soumis ; cependant, il serait fort possible que la dissociation cellulaire qui s’est produite avec une si grande facilité dans mes cultures, se réalise aussi à la fin de l'existence des individus, mais plus lentement. La gelée qui revêt l'extrémité des germinations est vraisemblablement à la fois protectrice et fixatrice, selon les circonstances, et il serait tout particulièrement intéressant de suivre le développement ultérieur de ces boutures. Nous ignorons, en effet, ce que deviennent la plupart des Algues, épiphytes sur d’autres Algues annuelles, lors de la disparilion saisonnière de leur hôte. C'est peut-être par des expériences semblables à celles décrites plus haut, mais d'une plus longue durée et plus méthodiques,que l’on arrivera à résoudre la question. Je compte d’ailleurs avoir prochaïnement l’occasion de m'en occuper à nouveau.
La rédaction de ce qui concerne le Myrionema vulqare à été faite d'après l’étude d'exemplaires récoltés aux dates et sur les substratums suivants :
Ulva Lactuca. Cherbourg, 24 juillet 1857. Thuret. — Belle-Iie, juillet 4859. Lloyd (Herbier Thuret). — Saint-Malo, 2 août 1872. Thuret.
Ulva Lactuca. Phycotheca Boreali-Americana, de MM. Collins, Holden et Setchell, n° 32.
—— Cumbrae (Angleterre), août 1891. M. Batters. — Rovigno (Adriatique), 27 mai 1895. M. Kuckuck. — Cherso (Quarnero, Adriatique), 30 mai 1895. M. Kuckuck. — Rovigno (Adriatique), 4 juin 14895. M. Kuckuck. — Gijon (Espagne), 17 septembre 1895.
= Guéthary, juillet et août 1895 et 1896.
= Saint-Vaast-la-Hougue, septembre 1895. M. Gomont. — San Vicente de la Barquera (Espagne), septembre 1896. — Saint-Vaast-la-Hougue, 18 août 1897. M. Vaney, chef des travaux de zoologie à la Faculté des sciences de Lyon. Enteromorpha compressa. Guéthary, juillet et août 1895 et 1896.
— Rovigno (Adriatique), 6 juin 1895. M. Kuckuck.
— Helgoland (Mer du Nord), 1°" juin 1896. M. Kuckuck.
— Amrum (Mer du Nord), 5 juin 1896. M. Kuckuck.
Helgoland (Mer du Nord), 29 juin 1897. M. Kuckuck. Enteromorpha clathrata. Saint-Vaast-la-Hougue, juillet 1850. Thuret. Rhodymenia palmata. Cherbourg, Chauvin (Herbier Bory in Herbier Thuret).
—- Cherbourg, Chauvin (Herbier du Muséum de Paris).
—— Cherbourg, Chauvin, 1830 (Herbier Brongniart în
Herbier du Muséum).
— Cherbourg, 19 août 1857. Thuret.
— Ile de Cézembre, 21 juillet 1872. Thuret.
= Saint-Malo, 23 juillet 1872. Thuret.
— Saint-Vaast-la-Hougue, 18 août 1897. M. Vaney. Ceramium. Cherbourg, # juillet 1856. Thuret.
1 Dès. — ULONEMA RHIZoPHoRUM Foslie 1894.
M. Batters [95] a signalé l'Ulonema rhizophorum à Berwick-on-Tweed, croissant, comme la plante originale, sur le Dumontia fihformis. Grâce à son obligeance, j'en ai étudié des exemplaires récoltés en juin 1895. M. Kuckuck en a récolté aussi, sur le même substratum, en juin 1894, à Helgoland (localité encore inédite), de beaux exemplaires qu'il a bien voulu me communiquer. Comme M. Foslie [94] l'a fait remarquer, cette plante a une grande ressemblance avec le M. vulqare et c'est pour insister davantage sur cette ressemblance que j'en parle ici.
Sur une plante adulle examinée de dessus, la partie centrale a l’aspect d’un Myrionema, mais elle paraît moins dense, et les filaments rampants périphériques, qui n’ont pas encore
fourni de productions dressées, s'étendent sur le Dumontia, irrégulièrement ramifiés et écartés les uns des autres (fig. 12, A). Sur les individus très jeunes, tous les filaments rampants sont ainsi, mais la ramification se continuant ultérieurement, ils deviennent plus serrés, et les vides se comblent partiellement. Nous avons vu le M. vulgare présenter une disposition comparable, lorsque le centre d’un individu est détruit par une cause quelconque et que les filaments tronqués tendent à réparer la blessure. Mais, dans l’'U/onema, celte ramification éparse est constante.
La membrane externe du Dumontia élant molle et relalivement épaisse, j'ai cherché à savoir si cette structure du thalle rampant ne proviendrait pas d’un parasitisme superficiel comme celui que J'ai décrit chez l'Ectocarpus Battersi [95]. Sur certaines sections totales, il semble, en effet, en être ainsi; les cellules rampantes paraissent englobées dans la membrane de l’hôte, mais sur d’autres, elles sont certainement au-dessus, soit parce qu'elles étaient superficielles dès le début, soit parce que la matière les recouvrant a été détruile et a disparu. Je ne puis donc rien affirmer sur l’état, parasilaire ou non, des jeunes filaments, el c’est un point à étudier à nouveau.
Des dissections, ou une série de coupes dans le Dumontia passant par un individu large et adulte d’U/onema, montrent que la base de celui-ci se comporte de façons variées. Tantôt, les filaments rampants sont exactement appliqués sur l'hôte, et les cellules sont régulières, ou bien munies d’un petit prolongement inférieur semblable à lamorce d'un rhizoïde (fig. 12, B), par lequel la cellule se moule sur les inégalités de la surface du substratum. En d'autres points, les rhizoïdes sont très abondants, chaque cellule en produit un; s'ils ne pénètrent point dans le Dumontia, 11s soulèvent le thalle d’où ils proviennent, et s'étalent à la surface de l’hôte, en formant comme un second thalle rampanil ; ils ont à peu près le même aspect que les cellules rampantes comme dimensions et comme contenu, tandis que dans le
M. vulgare, les cellules des rhizoïdes sont toujours longues et étroites. Certains rhizoïdes sont pénétrants;ilss’enfoncent
Fig. 12. — Ulonema rhizophorum (sur Dumontia filiformis, Berwick-on-Tweed, Batters, juin 1895). — A, Portion périphérique du thalle rampant; B, File radiale jeune montrant le développement des filaments dressés ; C, File radiale montrant les filaments dressés adultes; D, Filaments dressés et sporange pluriloculaire; E, Sporanges uniloculaires et filaments dressés de formes variées (A à E, Gross. 300).
Ibid. (sur Dumontia filiformis, Helgoland, Kuckuck, 23 juin 1894). — F, G, Files radiales pourvues de longs rhizoïdes (Voy. le texte) (F, G, Gross. 300).
entire les cellules de l’hôte, restent dans la zone corticale à
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petites cellules, ou plus rarement circulent dans la couche à grandes cellules, se ramifient, et J'en ai même vu aboutir à la cavité interne du Dumontia, mais je ne crois pas qu'ils s'y répandent. Les cellules de ces filaments pénétrants sont toujours longues, grêles, pauvres en contenu.
Le paragraphe précédent s'applique à la plante anglaise ; les fragments de Dumontia que j'ai reçus d'Helgoland étaient trop mous pour qu'il fût possible d'y pratiquer des coupes; le parasile s’en détachait avec une très grande facilité, et il y à cependant tout lieu de supposer que les rhizoïdes des dessins F et G de la figure 12 étaient des filaments pénétranis correspondant à ceux de la plante anglaise.
Les filaments dressés (fig. 12) sont les mêmes que dans le 7. vulqare, et quand ils sont âgés, ils présentent parfois les mêmes irrégularités de ramificalion terminale (fig. 12, E). Mais ils sécrètent une gelée comme dans le Strepsuthalia ; toutefois, cette gelée peut manquer, et il m'a semblé qu'elle était plus constante dans les parties d'âge moyen; sur les parties âgées elle a parfois disparu. On peut se douler de son existence par la simple dissection, car les parties qui en sont munies se roulent en boule el glissent sous les aiguilles ; les matières colorantes la rendent visible; je n'ai pas vu de gelée spéciale autour de chaque filament, mais une gelée commune qui les englobe sur toute leur hauteur sans les dépasser.
Les poils, peu nombreux, ont à leur base une gaine très nette, comme celle du 47. vulgare (fig. 12, G). On sait que dans le Strepsüthalia les poils n’ont pas de gaine et ne sont pas endogènes. |
Ainsi que l’a fait remarquer M. Foslie, les sporanges uniloculaires sont insérés, soit directement sur le thalle rampant, soit à la base des filaments dressés; c’est ce que nous avons vu déjà chez Le M. vulgare ; ils ont aussi le même aspect el les mêmes dimensions ; de même encore que dans cette espèce, on trouve parfois 2, 3, 4 sporanges umiloculaires insérés à la base d’un même filament dressé.
SUR QUELQUES MYRIONÉMACÉES. 7e
L'auteur du genre ne connaissait pas les sporanges pluriloculaires. Un seul individu de Berwick m'en a montré, et encore y étaient-ils en petit nombre. Ils sont portés par le thalle rampant, cylindriques, à déhiscence terminale, à logettes unisériées (fig. 12, D). J'ai vu leurs dimensions varier de 40-50 y sur 6,5-8 u; mais sur des exemplaires où ils seraient plus abondants, ces dimensions pourraient être plus variables.
M. Foslie considère l’Ulonema comme un intermédiaire entre les genres Æ£ctocarpus et Myrionema, mais plus rapproché du premier, cependant, puisqu'il en fait une Ectocarpacée. Je suis assez embarrassé pour donner une opinion. La seule différence avec un Myrionema, et même avec le M. vulqare, est la ramification éparse du thalle rampant. Or, comme on l’a vu précédemment (p. 13), M. Reinke [89] ne cite qu'avec doute le AZ. vulqare dans la Baltique, car il l'a vu seulement à l’état stérile sur le Chætomorpha Linum et le Dumontia filiformis, l'auteur ne donne aucun détail sur celte plante douteuse ; il serait intéressant de la chercher à nouveau, ou tout au moins de savoir si son thalle rampant est un disque serré ou s'il est formé de filaments épars, afin de préciser si son irrégularité est due à l'influence du substratum.