MYRIONEMA CORUNNÆ nov. sp
J'ai récolté cette plante à La Corogne (Espagne) dans les premiers jours de novembre 1895. Elle formait de nombreuses petites taches, d’un brun noir, à l'extrémité des digitations plus ou moins déchiquetées d’une fronde âgée de Laminaria pallida. Ces taches, très rapprochées l’une de l’autre, et dont les plus larges ne dépassaient guère un millimètre de diamètre, se détachaient peu facilement du substratum; beaucoup parmi elles étaient envahies par un petit Ectocarpus fasciculatus. Toutes semblaient adultes.
Dans les régions centrale et moyenne, la plante est très dense; les parties dressées, d’égale hauteur, sont portées par des filaments radiaux sans vides entre eux. Mais, à la périphérie, les filaments rampants sont moins régulièrement
disposés. Tantôl, ils sont nettement rapprochés l’un de l’autre, parallèles (fig. 14, A) comme dans les Myrionema précédemment étudiés, mesurant 4,5-7 & de largeur ; tantôt, ils sont légèrement et régulièrement écartés ; les rameaux, au lieu d’être appliqués, sont plus ou moins divariqués, mais, étant donné l’état de la plante dans les régions centrale et moyenne, ilesl probable que cette irrégularité périphérique et partielle est simplement un effet de l’âge. De très nombreuses colonies de Dermocarpa, fixées sur la Laminaire, sont une autre cause d'irrégularité; lorsque le thalle rampant les atteint, il ne les recouvre pas, mais les conlourne.
Le thalle rampant est monostromatique. S'il s'étale à la surface d’une région végétative de la Laminaire, la face inférieure de ses cellules est régulière et plane ; mais s'il recouvre une ancienne région sporifère, il devient plus ou moins ondulé, émet des rhizoïdes d’une ou quelques cellules de longueur qui s’introduisent plus ou moins profondément entre les paraphyses et les sporanges vidés de l'hôte. Ce parasilisme est donc occasionné par des causes accidentelles, et des Myrionémées quelconques se comporleraient probablement de même dans de semblables conditions. Plusieurs dessins de la figure 14 ont été pris sur des individus se développant ainsi à la surface d’un ancien sore.
Les poils sont relativement courts : je ne les ai pas vus dépasser 300 v; ils ne sont pas rares, sans être toutefois aussi fréquents que chez d’autres espèces, le M. vulgare par exemple. Leur largeur varie de 4 à 5,5 wetles cellules terminales ont 25-40 w de longueur. Dans les parlies jeunes de la plante, ils ont une zone d’accroissement basilaire nettement marquée (fig. 14, D) qui disparaît plus tard (fig. 14, E, F), car ses cellules s’allongent et paraissent vides de contenu protoplasmique ; on ne voil alors aucune trace de gaine basilaire, mais sur les poils jeunes, on distingue parfois une très légère collerelte qui est la preuve de son existence; la gaine disparaît donc de bonne heure.
Tous les individus que j'ai vus élaient dépourvus à la fois de filaments dressés et de sporanges uniloculaires. Les sporanges pluriloculaires, au contraire, rangés en files serrées, forment un ensemble très dense, mais sont toujours libres
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Fig. 14. — Myrionema Corunnæ (sur Laminaria pallida, La Corogne, ? nov. 1895). — À, Portion périphérique du thalle rampant: B, File radiale très jeune; C, Sporanges pluriloculaires pris en un point peu éloigné de la périphérie; D, Sporanges pluriloculaires pleins, vidés, et incomplètement vidés; E, sporanges pluriloculaires allongés, pris dans la partie centrale de la plante; F, Divers exemples de ramification des sporanges (A à F, Gross. 300).
l'un par rapport à l’autre. Ils naissent comme le feraient des filaments dressés, généralement un par cellule rampante, et se cloisonnent d'abord transversalement en cellules relativement longues. Ces cloisons primordiales restent fréquemment indiquées sur les sporanges adultes ou vidés par un rétrécis-
sement plus marqué. Puis, chacune de ces cellules se cloisonne une ou plusieurs fois, transversalement ou obliquement, pour donner des logettes superposées, plus rarement longitudinalement. La déhiscence est terminale. Les sporanges conservent ensuite longlemps, et en parfait état, leur paroi el les traces des cloisons. Il n’est pas rare d'en rencontrer d’incomplètement vidés, les logettes de la base étant restées intactes. Sur certains sporanges, on se rend bien compte que la différenciation en zoospores se fait de haut en bas.
Les sporanges sont sessiles ou pédicellés, et leur taille diminue graduellement du centre à la périphérie, en même temps que le pédicelle disparaît généralement. Leur largeur varie de 4,5 uw à 7 w; les plus courts, vidés en totalité, que j'ai vus, mesuraient 25 y, les plus longs 120 y. La hauteur des logettes varie de 3 à 6 u. Le pédicelle, de 1-4 cellules, de même largeur ou un peu plus étroit que le sporange (souvent 5 ), renferme dans chaque cellule un chromatophore unique, en lame verticale, moins haute, mais un peu plus large que la cellule, légèrement repliée sur les côtés. Je n'ai pas vu de sporanges emboîtés, mais parfois seulement le pédicelle d’un sporange vidé qui s’allonge à son intérieur (fig. 14, D).
Bien qu'en majorité simples, les sporanges ramifiés ne sont pas rares, et les ramificalions, de longueur variable (fig. 14, F), se font généralement d’un seul côté. La déhiscence de chaque branche est indépendante de celle de sa voisine. Parfois, le pédicelle porte aussi des sporanges latéraux. Ce sont surtout les sporanges longs, de la région centrale et moyenne, qui se ramifient.
Tous les individus étudiés montraient la structure précédemment décrite. Il est possible que cet état ne soit pas constant et corresponde seulement à une forme à sporanges pluriloculaires comme nous avons vu le cas se présenter pour le M. vulgare. Tel que nous le connaissons, le FH. Corunnaæ présente une certaine ressemblance, bien qu'éloignée, avec le
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Fig. 15. — Myrionema papillosum (sur Laminaria saccharina, Le Croisic, 20 septembre 1892). — A, Portion périphérique du thalle rampant, face inférieure; B, File radiale périphérique montrant le début des filaments dressés: C, File radiale plus âgée que B; D, E, F, États successifs des filaments dressés sur des files radiales de plus en plus âgées, montrant le développement progressif des protubérances latérales ; G, G, Sporanges uniloculaires nés sur Le thalle rampant et d’autres latéraux sur les filaments dressés (A à G, Gross. 300).
Petroderma muni de sporanges pluriloculaires décrit par M. Kuckuck.
M. Bornet a bien voulu me communiquer un fragment de fronde de Laminaria flexicaulis récolté par lui et M. Flahault, le 4 octobre 1888 au Croisic (Loire-[Inférieure), qui portait de petites taches dues au Myrionema Corunnæ. La plante bretonne était identique à celle de Galice.