MYRIONEMA PAPILLOSUM noOV. Sp
Cette nouvelle espèce forme, sur le Laminaria saccharina, des taches arrondies, d’un brun foncé, dont les plus larges atteignent un demi-centimètre de diamètre. Je l'ai étudiée sur des exemplaires provenant de deux localités. Les uns ont été récoltés par M. Bornet au Croisic le 20 septembre 1891 ,et les autres par M. Vaney le 5 septembre 1897 à Sainl- Vaast-la-Hougue. Ils croissent en des points quelconques de la Laminaire. Les exemplaires du Croisie étaient plus riches en sporanges uniloculaires, ceux de Saint-Vaast présentaient par contre un plus grand nombre de sporanges pluriloculaires, mais, à part cela, ils concordaient parfaitement.
Le thalle rampant se délache assez facilement du substratum. Il est formé de filaments rayonnants réguliers, comme dans le M. vulgare, se ramifiant par dichotomie terminale ; leur largeur est de 6-8 u (fig. 15, A).
Les poils, de 1-2 millimètres de longueur, ne sont pas très abondants, et ne forment pas un revêtement dense au-dessus de la plante. Les cellules âgées ont 6,5-15 » de largeur et 60-160 y de longueur. Sur les poils en voie de cloisonnement actif, la zone d’accroissement, relativement longue, est formée de cellules généralement très courtes, et à parois légèrement courbes, concaves ou convexes, remplies d’un contenu très dense (fig. 17, F). Je n’ai pas réussi à suivre le cloisonnement du poil dans les premiers stades de son déve-
loppement, et bien qu'un bon nombre de poils adultes soient complètement dépourvus de gaine basilaire, je ne doute pas de leur origine endogène. Sur certains d’entre eux, en eflel, on voil, tout à fait à la base, de très minces et courts feuillets qui s’emboîtent, absolument comme s'ils provenaient du clivage d’une lame primitive (fig. 16; fig. 17, F) ; 1 y à tout lieu de croire que ces lamelles très délicates représentent la gaine et qu'elles existaient antérieurement sur les poils qui. en sont dépourvus.
Fig. 16. — Myrionema papillosum (l1bid.). — Différents états choisis parmi les filaments dressés les plus longs; quelques-uns portent au sommet des sporanges pluriloculaires (Gross. 300).
Comme dans les espèces précédentes, les filaments dressés naissent par une boursouflure plus ou moins régulière de la cellule rampante, qui s’en sépare par une cloison oblique, ou en verre de montre, ou assez souvent parallèle à la base et proche du plan inférieur (fig. 15, B). Il n’est pas rare que les cellules rampantes prennent une cloison oblique ou transversale par rapport à la direction de la file radiale ; elles donnent alors naissance à deux filaments dressés (fig. 15, C). En certains points des files radiales, chacune de ces protubérances devient un filament dressé ; en d'autres points, un
bon nombre d’entre elles restent courtes, réduites à une ou à deux cellules (fig. 15, C à F), et elles sont souvent de forme plus conique que les précédentes; il est fréquent aussi que ces protubérances bourgeonnent latéralement, produisent un ou deux culs-de-sac qui ne grandiront pas davantage. Les filaments dressés, réguliers, cylindriques, ou légèrement claviformes, mesurent environ 6-7 x de largeur, et leurs cellules sont 1-4 fois plus longues que larges. On trouve exceplionnellement des individus entiers dans lesquels les filaments dressés restent en cel élat, mais dans la règle ils prennent un aspect caractéristique en avançant en âge. De leur cellule inférieure, s'élèvent 1-2-3 protubérances latérales, semblables à celles que nous avons signalées chez le M. vulgare, el ne grandissent pas davantage; puis, il s’en produit de semblables au-dessous des cloisons transversales successives des filaments dressés, naissant ainsi de bas en haut au fur et à mesure que les filaments s’allongent, comme on le voit en comparant E el F dela figure 15 et la figure 16. Assez souvent, de chaque côté d’une cloison transversale, et immédiatement au-dessous d’elle, s'élève une protubérance, de telle sorte que les deux protubérances sont conliguës el séparées l’une de l’autre par une courte cloison longitudinale qui est postérieure et non antérieure à leur apparition. La grande majorité de ces proltubérances restent à l’état de simples boursouflures ; quelques-unes deviennent de courtes branches ou des sporanges. J'ai vu quelquefois, sur des filaments âgés, une rhizine de direction variable s’insérer à la face inférieure de l’une de ces protubérances (Hg. 16). La longueur des filaments adulles varie généralement de 120 à 220 v; les plus longs que J'ai vus atteignent 265 u. Je n'ai pas pu déterminer la forme des chromatophores. Les filaments avortés qui séparent fréquemment les lilaments dressés entre eux, et les protubérances latérales portées par ces derniers, donnent à cette espèce un aspect bien particulier que rappelle son nom de papillosum. L'appareil sécréleur n’existe pas toujours, et sa localisa-
lion est moins netle que dans le AZ. vulqare. Tantôt, tous les filaments d’une même file radiale ont leur cellule terminale remplie par un contenu brun noircissant par le perchlorure de fer ; d’autres fois, ce sont les 2-3 cellules terminales,
Fig. 17. — Myrionema papillosum (sur Laminaria saccharina, Saint-Vaast, 5 septembre 1891). — A, File de plusieurs filaments dressés, formés de cellules à contenu brun; B, sporanges pluriloculaires brièvement pédicellés, nés à peu de distance de la périphérie du thalle rampant; C, D, E, Sporanges pluriloeulaires portés à différentes hauteurs sur les filaments dressés; F, Poil montrant la longue zone d’accroissement et la gaine basilaire clivée (A à F, Gross. 300).
ou toutes les cellules de tel ou tel filament qui en sont pourvues. Dans les exemplaires du Croisic, cette matière brune était amorphe et généralementrépandue uniformément dans les cellules; dans les exemplaires de Saint-Vaast, elle affeclait plus souvent la forme de globules très proches l’un de
l’autre, au sommet des cellules (1). Enfin, on trouve çà et là mais très rarement, une cellule allongée, directement insérée sur le thalle rampant, remplie d’un contenu brun, très coloré, très dense, d’où le protoplasme paraît absent; si ces cellules étaient fréquentes au lieu d’être exceptionnelles, je les aurais certainement prises pour des ascocystes ; elles sont plutôt des cellules dans lesquelles la sécrétion a été exagérée. J'ai même vu plusieurs cellules à la file, présentant ce caractère, continues ou cloisonnées, comme le représente la figure 17, À. À l'inverse de ce que nous connaissons chez le M. vulgare, 1 semble bien que les cellules sécrétrices du M. papillosum ne sont pas les cellules du thalle rampant, mais celles-là mêmes qui renferment le produit sécrété.
Dans les parties jeunes, les sporanges uniloculaires, sessiles ou brièvement pédicellés,. naissent directement sur le thalle rampant ou sur la cellule basilaire des filaments dressés (fig. 15, G), comme c'est aussi le cas chez le W. vulgare. Ils sont presque sphériques, ovales, ou nettement piriformes, plus ou moins allongés. Mais d’autres fois, et c’est le cas le plus fréquent sur les filaments longs, l’une des boursouflures latérales, de niveau variable, devient un sporange ; celui-ci est alors aplati du côté voisin du filament, arrondi du côté opposé (fig. 15, E, F, G). Si, dans ce cas, une protubérance latérale n'existe pas vis-à-vis de l'insertion du sporange, sa base rétrécie prend parfois toute la largeur du filament, de telle sorte qu'après la déhiscence, 1l y a en ce point une solution de continuité dans le filament, dont l’extrémité séparée continue à vivre.
La paroi des sporanges sur le point de se vider se gonfle beaucoup au sommet, forme un bouchon gélatineux épais qui, lors de la déhiscence, se gonfle encore davantage. Audessus de certains sporanges vidés, on voit une sorte de co-
(1) Les exemplaires du Croisic avaient été conservés directement dans l'alcool; ceux de Saint-Vaast étaient préalablement restés plusieurs jours dans l’aldéhyde formique ; cette différence de traitement est peut-être l’origine de cette différence d'aspect.
lonne plus ou moins cylindrique, peu dense, qui se colore légèrement par le rouge de Ruthénium et est évidemment le reste de ce bouchon considérablement gonflé (fig. 15, G ; fig. 16).
Les sporanges uniloculaires nés sur le thalle rampant ou à la base des filaments dressés mesurent 45-80 vw de long sur 25-45 y ; ceux portés par les filaments dressés à un niveau plus élevé sont généralement moins volumineux et mesurent 35-99 uv sur 20-27 vw.
Sur les exemplaires à accroissement rapide, bordés par une large zone nue, on ne voit pas de sporanges pluriloculaires directement insérés sur le thalle rampant, mais j'en ai observé sur quelques exemplaires de Saint-Vaast, dont les productions dressées s’élevaient jusque tout près de la périphérie (fig. 17, B). Les mêmes individus portaient des sporanges brièvement pédicellés (fig. 17, B, C), dont la taille totale était celle des filaments dressés voisins. Mais, en règle générale, ils naissent plus tard, sont terminaux sur des filaments longs et sont alors assez régulièrement cylindriques, ou bien latéraux vers l'extrémité de ces filaments, cylindroconiques, el se recourbent de manière à être parallèles au filament qui les porte. Sur presque tous les sporanges pleins que j'ai vus, chaque logette est légèrement doliiforme, tandis que les parois des sporanges vidés sont plus reclilignes.
Les sporanges pluriloculaires brièvement pédicellés sont les plus longs ; ils atteignent même 75 ; la longueur la plus fréquente varie de 35-50 ; certains sporanges, latéraux sur le sommet des filaments dressés, sont au contraire très courts, réduits à 2 ou 3 logettes. La largeur varie de 7-10 y. Les logettes sont unisériées, mais sont parfois divisées par une cloison oblique; leur hauteur est de 5-6 . Les zo0spores sont cerlainement beaucoup plus volumineuses que celles des sporanges uniloculaires. Je n'ai pas vu de sporanges emboîlés.