DES MODIFICATIONS DE LA LONGUEUR PHYSIOLOGIQUE DU MEMBRE INFÉRIEUR
Dansle chapitre précédent nous avons vu ce que c'était que la longueur physiologique moyenne du membre inférieur, étudions maintenant les changements qu’elle peut subir et les conséquences qui en découlent.
Or, ces changements sont si multiples qu’il est indispensable à la clarté de l'exposition d’en étudier séparé-
ment les types. Nous examinerons donc successivement la longueur du membre inférieur : 1° détaché du corps; 2° en rapport avec le bassin ; 3° en rapport avec son congénère et avec la colonne vertébrale; 4° à l’état de repos, comme support de la masse corporelle; 5° à l’état d’activité comme agent de locomotion.
$ I. — De la longueur du membre inférieur isolé du tronc.
Supposons un membre inférieur détaché du corps, étendu sur la table de dissection. Il figure, comme nous l'avons déjà dit, une ligne coudée, à angle droit, au ni- -veau de l’articulation tibio-tarsienne. La branche longue ou fémoro-tibiale et la branche courte ou pédieuse, forment les deux côtés d’un triangle rectangle dont le troisième côté serait constitué par une hypothénuse fictive
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étendue de l’extrémité supérieure du fémur à l'extrémité antérieure du grosorteil.
Les mouvements d'extension et de flexion du pied sur la jambe font varier l’angle tibio-tarsien, le rendent soit aigu, soit obtus, et, par conséquent, augmentent ou diminuent la distance qui sépare les points susdits, d’où allongement et raccourcissement physiologiques. Pour calculer ces changements, nous avons vu qu'il suffisait de mesurer dans les diverses positions du pied le troisième côté du triangle qui représente, à nos yeux, l’axe physiologique du membre, c’est-à-dire la dimension susceptible de varier dans les mouvements fonctionnels (1) et que l’on apprécie aisément étant donné que la longueur normale est celle de l’hypothéneuse du triangle formé par le pied à angle droit sur la jambe (comme dans la station verticale sur les deux pieds).
Cette donnée conventionnelle étant admise, il est facile de prévoir les cas d’allongement et de raccourcissement physiologiques; le premier ne s'effectue que par l'extension du pied sur la jambe, et la flexion moyenne du gros orteil sur le premier métatarsien.
Toutes les autres variations isolées ou réunies, dans les angles intersegmentaires flexion tibio-fémorale, flexion tibio-tarsienne, flexion et extension métatarso-phalan— giennes extrêmes amènent le raccourcissement.
Nous devons cependant signaler le cas tout spécial où les variations angulaires susdites semblent ne point mo-
(1) Pour abréger le langage, nous désignerons l'axe physiologique sous le nom d’axe crural, ce mot étant synonyme d’axe fictif du membre inférieur.
difier une longueur donnée de l'axe fictif. C’est ce qu’on observe lorsqu'un raccourcissement au niveau d’une brisure est compensé par un allongement équivalent au niveau d’une autre brisure; quand, par exemple, il y à raccourcissement par flexion fémoro-tibiale et allongement par extension tibio-tarsienne. ;
Tous les changements de longueur que nous venons d'étudier, se passant exclusivement dans le membre, abstraction faite de ses connexions avec le bassin, et avec le sol, seront désignés clairement par les noms d’allongement et de raccourcissement physiologique intrinsèques de l’axe crural.
$ II. — De la longueur du membre inférieur dans ses
rapports avec le bassin.
L'étude du membre inférieur, séparé du reste du corps, n'avait pour but que de déterminer sa longueur intrinsèque, et les changements qu’il peut subir. Mais cet isolement n'existe pas à l’état normal, puisque ce membre a des connexions naturelles soit avec la moitié correspondante du bassin, soit avec cette moitié et le sol.
Examinons d’abord le premier cas tel qu’il se présente, par exemple dans le décubitus dorsal.
En anatomie on décrit séparément le bassin et le membre inférieur ; en physiologie, au contraire, on fait du premier une annexe du second. Le demi-bassin constitue un segment surajouté, complémentaire, intermédiaire entre le tronc et le membre, donnant attache à
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ce dernier et fournissant un point d'appui aux agents qui le mobilisent. Leur réunion forme un tout distinct, l’appendice ilio-crural (los iliaque représentant la moitié correspondante du bassin) capable de changer de dimensions physiologiques, de subir un allongement et unraccourcissement comparables à ceux que nous avons décrits pour le membre inférieur isolé et qui doivent être calculés et mesurés par les mêmes moyens. |
Pour cet appendice formé de cinq segments, existe un axe que nous appellerons ilio-crural, composé de l’axe crural déjà connu et de l’axe iliaque qui reste à déterminer. C’est sur le squelette, c’est-à-dire sur l'os iliaque que nous chercherons ce dernier. Or le membre inférieur rencontre l’os des îles au niveau du fond de la cavité cotyloïde : si, de ce point, nous menons une ligne jusqu’à un autre point du contour supérieur de l’ilum, l’épine iliaque antéro-supérieure, par exemple, elle pourra conventionnellement représenter l’axe 1liaque cherché.
L'épine iliaque étant située à la fois plus en dehors et plus en avant que le fond des cotyles, la ligne susdite présente une double obliquité de dehors en dedans, puis d'avant en arrière d’où 1l résulte que l’axe iliaque, en rencontrant l’axe crural, fait avec lui deux angles ouverts l’un sur le côté, angle ilio-fémoral latéral, l'autre en avant, angle ilhio-fémoral antérieur, d’où il résulte encore que l’axe ilio-crural étant naturellement coudé vers le haut, à l'articulation de la hanche, comme l’axe crural l’est en bas à la jointure tibio-tarsienne, peut et doit être représenté par une ligne fictive allant ”
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directement de l’épine iliaque antéro-supérieure à l’extré- -mité libre du gros orteil, laquelle ligne constitue le plus grand côté d’un quadrilatère irrégulier dont l'axe iliaque, l'axe fémoro-tibial et l'axe pédieux formeront les trois autres côtés. Si maintenant nous assignons pour longueur moyenne à l’axe ilio-crural, ainsi déterminé, la distance qui sépare ses deux points extrêmes dans une attitude donnée, soit par exemple dans le décubitus dorsal, lorsque l'angle tibio-tarsien est droit, il est facile de prévoir les cas où cet axe subira l'allongement ou le raccourcissement physiologique et non moins aisé de caleuler à l’avance et de mesurer l'étendue de ses changements. Il y aura allongement ou raccourcissement toutes les fois qu’un mouvement, soit du bassin, soit de, la cuisse fera varier les angles 1lio-fémoraux, toutes les fois encore qu'avec ou sans changement des angles susdits, l'axe crural que nous saurons réductible et extensible changera lui-même de dimensions, ce qui revient à dire : qu'une position fixe étant donnée, réserve faile pour les cas déjà signalés où l'allongement produit au niveau d’une brisure sera compensé par un raccourcissement au niveau d’une brisure voisine, tout mouvement nouveau d’un ou de plusiéurs des cinq segments allongera ou raccourcira laxe ilo-crural. On peut prévoir non seulement la production de l'allongement et du raccourcissement, mais encore leur étendue et les cas où 1ls atteindront leur maximum et leur minimum, il suffit pour cela de connaître la mobilité spéciale de chaque articulation de lappendice, c’est-à-dire l'étendue des déplacements du fémur sur l'os iliaque, du tibia sur le M. 5