‹ Sur Quelques Théories MacrobiotiquesChapitre 12 sur 19 · AUNER · texte numérisé non relu

AUNER

pour ses amis, à prendre quatorze onces de nourriture au lieu de douze, cette petite augmentation faillit lui coûter la vie.

« Il y a environ quatre ans que je fus sollicité puissamment à faire une chose qui pensa me coûter cher. Mes parents que j'aime, mes amis pour qui j'ai toujours eu de la complaisance, et les médecins qui sont ordinairement les oracles de la santé, se joignirent tous ensemble pour me persuader que je mangeais trop peu et que la nourriture que je prenais n’était pas assez suffisante dans un âge aussi avancé que le mien. J’eus beau leur représenter que la nature se contente de peu, que ce peu m’ayant maintenu depuis long- ‘temps en bonne santé, cette habitude était passée chez moi à l’état de nature... Tout cela ne les persuada point. Lassé de leur opiniâtreté, je fus obligé de les satisfaire. Ainsi, ayant accoutumé de prendre en pain, soupe, jaunes d'œufs et viandes, la pesanteur de douze onces, j’accrus ce poids jusqu’à quatorze et buvant quatorze onces de vin, j’en augmentai la dose à seize. |

» Cette augmentation de nourriture me fut si funeste, que, de fort gai que j'étais, je commencçai à devenir triste et de mauvaise humeur; tout me chagrinait; je me mettais en colère pour le moindre sujet et l’on ne pouvait vivre avec moi. Au bout de douze jours, j’eus une furieuse colique qui dura vingt-quatre heures. Il ne faut pas me demander si Pon désespéra de ma vie et si l’on se repentit du conseil qu’on m'avait donné... »

Si une telle sobriété permit à Cornaro de vivre jusqu’à cent cing ans dans un état tel qu’il déclarait que tous ses sens étaient parfaits; que sa mémoire, son cœur, son jugement, le son de sa voix, ses dents n’avaient pas changé depuis sa jeunesse; que son activité lui donnait la faculté de travailler huit heures par jour et d’aller à pied et à cheval, il ne faut point conclure qu’un régime aussi réduit conviendrait à une personne quelconque et lui assurerait une vieillesse extrême. Le plus compétent sur ce point des commen-

taires de Cornaro, Ramazzini, dit qu’on ne devrait point prescrire de telles règles à des gens qui jouissent d’une santé parfaite, mais des règles appropriées à leur tempérament. Pour vivre cent ans on peut mener aussi la vie de cet aimable Saint-Evremond, qui vécut 86 ans et qui écrivait à Ninon de Lenclos :

« Je mange des huîtres tous les matins, je dîne bien, je ne soupe pas mal; on fait des héros pour un moindre mérite que le mien, pourvu qu’on ait le bon esprit de mettre en pratique cette bonne devise de l’école de Salerne : Hœc tria: meus hilaris, requies, moderata dieta (bonne humeur, le repos (après le travail), un régime modéré). »

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