OBSERVATION I
La première observation relatant un cas d amyotrophie généralisée a été relatée à la Société de Neurologie le 29 juillet 1915 par André Leri, Froment et Mahar.
I s’agit d'un soldat qui, le 30 octobre, aux environs de Saint-Mihiel, occupait une tranchée de peu de profondeur, lorsqu'un obus de gros calibre éclata à faible distance. Il est accroupi dans la tranchée qui n'a pas plus de 50 centimètres de profondeur et ne subit du fait de cette déflagration, aucun traumatisme apparent. L’obus éclate à une distance de 3 ou 4 mètres, creuse en terre meuble, un trou de 2 mètres de diamètre, de 1 m.50 de profondeur, mais saupoudre simplement le malade de terre. à
Consécutivement à cet accident, il ne remarque d'abord qu'une assez grande difficulté à mouvoir ses membres, il suit ses camarades avec peine pendant les très courtes marches de 4 à 4 kilomètres, qu'il exécute pendant les deux jours suivants. I ne parvient plus à boucler lui-même son sac. Tels sont les seuls symptômes immédiatement consécutifs qu'un interrogatoire, même très serré, permet de déceler. Le blessé croit qu'il s’agit d'une courbature, et ne s'alarme pas de son état.
Il faut noter encore que ces premiers symptômes remontent bien à l'accident lui-même. Le blessé, cultivateur de son métier, n'a jamais, jusqu'à ce jour, présenté aueun trouble moteur. On ne relève dans ses antécédents directs ou collatéraux aucun trouble nerveux. Il s’est battu à plusieurs reprises depuis le début de la campagne, du 24 au 25 août, du 4 au 6 septembre, dans l’Argonne et dans la Haute-Meuse ; jamais, il n’a éprouvé la moindre difficulté à suivre ses camarades, à
courir, à se relever rapidement ; jamais il n’a fait de chute maladroite. Il raconte même que son détachement fut surpris de nuit dans la Haute-Meuse par l'ennemi, qui se rendit maître d’un boyau de communication. Le détachement dut se replier à la hâte, au pas de course, puis exécuter une marche de 3 ou 4 heures dans des conditions assez pénibles ; huit jours auparavant, il a fait de longues étapes. Tous ces faits témoignent indiscutablement en faveur de l'intégrité de la motilité avant l'accident du 30 octobre.
. L’enchaînement des phénomènes est donc ici des plus frappants : état tout à fait normal avant le choc ; consécutivement à celui-ci et pendant les deux premiers jours, courbature générale et impotence musculaire légère. Puis le troisième jour, s'installe brusquement, brutalement même, une impotence musculaire complète. Le blessé qui est assis dans la tranchée, s'aperçoit qu'il ne peut plus se lever avec ou sans les mains. Le matin même cependant, il a exécuté une marche de 3 kilomètres pour aller du cantonnement dans la tranchée. On le conduit au poste de secours distant de 200 mètres à peine, en le soutenant sous les bras, et de là, on le transporte jusqu’à l’hôpital de Bar-le-Duc. Le même soir, l'impotence musculaire est telle, qu'il ne peut porter ses aliments à la bouche et qu’on est obligé de lui donner à manger comme à un enfant.
Le blessé reste ainsi pendant 3 mois couché, bras et jambes complètement paralysés, incapable de s’asseoir dans son lit ou même de rester assis lorsqu'on ne l’étaye pas à l’aide d’une pile de coussins. Seuls, les mouvements de la tête et du cou sont normaux ; puis l'atrophie musculaire généralisée qui s’est installée au cours de cette période, rétrocède lentement.
Trois mois après l'accident, le malade était, à première vue, un type myopathique ; atrophie musculaire diffuse des membres, surtout à leur racine (avec en outre, une atrophie notable des mains type Aran-Duchenne) ; grosse atrophie des masses sacro-lombaires, cyphose dorsale et lordose-lombaire, ventre bombé ; facies un peu atone, bouche entr'ouverte ; rire en travers, démarche de canard, manière de se relever en grimpant sur ses cuisses. À l'examen électrique, contractions galvano-toniques durables (et, en outre, légère réaction
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de dégénérescence). Aucun trouble sensitif. Aucun trouble trophique cutané. Aucun trouble sphinctérien.
En somme le diagnostic qui, ici paraissait s'imposer était celui de myopathie. Seules, l’atrophie marquée des mains, l'existence d'une réaction de dégénérescence incomplète pouvaient faire douter de ce diagnostic. Mais ces deux symptômes ont été relevés dans certains cas de myopathie indiscutable. L'évolution des symptômes, qui en quelques mois s’améliorèrent beaucoup, n'était pas non plus celle d'une atrophie musculaire myélopathique, mais par la suite les auteurs de cette observation apprenaient que la rétrocession s'était arrêtée et que le malade était resté en grande partie amyotrophique.