‹ Sur un cas d'amyotrophie diffuse: Consécutive à une commotion par éclatement d'obusChapitre 13 sur 32 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

A. Leri et Molin de Teyssieu rapportent l'observation d’un soldat qui, à la suite d'une commotion, présenta une atrophie musculaire très prononcée et très irrégulièrement disséminée ; cette atrophie avait des caractères d'origine myélopathique, mais sa distribution était absolument atypique.

S..., 28 ans, cultivateur, mobilisé dès le début de la guerre. Evacué en septembre 1914 et en juin 1915 pour blessures très légères guéries sans complications.

Le 27 septembre 1917, il à été renversé par l'éclatement d’un obus tombé derrière lui, il n'a pas perdu connaissance, s'est relevé seul et ayant quelques écorchures au front et à la région rotulienne gauche, s'est rendu à pied au poste de secours, assez éloigné, il a été évacué.

Vingt-cinq jours après, il a constaté que les doigts de sa main gauche se fléchissaient progressivement sans qu'il put les étendre ; il avait quelques douleurs sourdes, peu intenses mais à peu près continues, dans l'avant-bras gauche. En même temps, impotence fonctionnelle de l'épaule droite. Il reprit néanmoins son service en novembre 1917, mais très rapidement l'impotence du membre supérieur gauche a augmenté au point de lui rendre tout travail impossible ; au bout de 15 jours, il a été évacué.

A l’examen : Du côté droit, les bras tombants, chute nette de l'épaule avec abaissement du mamelon, clavicule plus saillante, creux sus-claviculaire beaucoup plus marqué, ligne du

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cou interrompue par la saillie de l'angle supéro-interne de l’omoplate, méplat du deltoide.

Quand le malade porte le bras en avant, l'omoplate droite s'éloigne fortement de la ligne médiane et se place parallèlement au plan frontal ; son bord interne reste perpendiculaire à la ligne épineuse et s'écarte du tronc; elle est plus élevée que la gauche. L'omoplate gauche bascule normalement, mais les creux sous et sus-épineux sont fortement marqués.

Quand le malade cherche à porter les bras en croix, l'omoplate droite s'élève, son bord interne se décolle et reste plus écarté de la ligne médiane qu'à gauche ; le bras droit ne peut atteindre l'horizontale, il ne dépasse pas 70°. On constate une atrophie’notable de la partie supérieure des faisceaux moyens du deltoïde et-une séparation des faisceaux antérieurs qui sont animés de contractions fibrillaires presque continues.

Le haussement d'épaule se fait beaucoup moins à droite.

Au bras droit, le triceps est mou et parait atrophié, mais sa force est peu diminuée ; les muscles antérieurs sont bien conservés. Les muscles de l’avant-bras et de la main sont normaux, et tous les mouvements se font bien, il y a peut être pourtant une légère diminution de l'éminence thénar.

Du côté gauche, le deltoïde est plus atrophié qu'à droite, le triceps est moins diminué. Mais il y a surtout une atrophie en masse des muscles extenseurs des doigts ; les doigts sont fléchis à angle droit au niveau de leur première phalange et ne peuvent être volontairement relevés, mais les radiaux sont relativement conservés, car l'extension du poignet se fait bien. Les doigts peuvent être étendus passivement sans difficulté. Pas d'écartement des doigts. Presque pas de mouvements spontanés du pouce. Atrophie de l'éminence thénar qui est animée de mouvements fibrillaires. Atrophie des espaces interosseux notamment du premier.

Aux deux membres inférieurs, la musculature des cuisses est bien conservée, celle des jambes est très diminuée globalement, un peu en jambes de coq. Quand les genoux se touchent, les mollets s’écartent de 6 cent., les talons de 11. par double genu valgum, secousses fibrillaires dans les jumeaux ; pieds creux, un peu plus à gauche ; tendance à la griffe des orteils.

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Les muscles de la face et du tronc paraissent normaux.

Tous les réflexes tendineux des quatre membres sont abolis, sauf le radio-fléchisseur des doigts à gauche et le radial qui est ébauché à droite. Réflexes abdominaux et crémastériens normaux et égaux, Plantaires en flexion.

Aucun trouble de sensibilité objective ou subjective.

Examen électrique : à droite, trapèze inexcitable dans ses faisceaux moyens, secousses lentes dans les portions supérieure et inférieure ; grand dentelé et deltoïde, secousses lentes ; rhomboïde, secousses lentes.

À gauche : Soux-épineux, diminution quantitative ; extenseurs propres des doigts et interosseux inexcitables, nerf radial normal.

Aucun antécédent de syphilis, Wassermann négatif. Aucune intoxication. Rien au cœur, ni aux poumons. Ni sucre, ni albumine dans l’urine. Ponction lombaire : pas d'hypertension, pas d’albuminose, pas de lymphocytose.

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