CHAPITRE V
ETIOLOGIE
Les infections aiguës ont été incriminées dans le syndrome de Raynaud à évolution aiguë: la diphtérie, la variole rarement. Mais beaucoup plus fréquemment les affections broncho-pulmonaires ont été invoquées. Six de nos observations rapportent des faits indiscutables.
Des deux autres, l’une, celle de Raynaud, a vu le syndrome s'installer après une infection puerpérale; l’autre au cours d’une petite infection, mal définie, caractérisée par une température à 38°9, des arthralgies et un état saburral des voies digestives.
Cette malade (Obs. IT) qui présentait depuis son enfance quelques troubles circulatoires légers des extrémités, fait une gangrène étendue des doigts et à évolution rapide.
La syphilis, qui a été invoquée par nombre d’auteurs à l’origine du syndrome de Raynaud type, ne fait pas défaut ici dans notre Observation VIII. Ajoutons que
Ent
cette malade était porteuse en outre d’une aortite cliniquement confirmée. Faut-il penser que la pneumonie en cause dans cette occasion a créé ou exagéré le déséquilibre vago-sympathique du sujet? Il nous paraît beaucoup plus naturel d’admeitre que l’action du facteur infectieux s’est portée sur les artérioles, exagérant les lésions déjà existantes, bien qu’il ait été impossible
d’en faire la preuve à ce niveau.
L'influence possible d’un troisième facteur, appelé par P. Isaac-Georges le facteur irritatif local, a été mise en évidence à propos de son observation rapportée par nous (Obs. IT).
La malade en question, dès son arrivée à l’Hôpital Tenon, présentait, au niveau des extrémités digitales des deux mains, un état de cyanose permanente qui se transforma progressivement en sphacèle.
Mais tous les doigts n'étaient pas atteints uniformément et, fait curieux, les lésions avaient, des deux côtés, une topographie exactement semblable. Les deux pouces étaient absolument indemnes; l’annulaire ne présentait à gauche aucune altération et à droite il n’était affecté que d’une toute petite plaque escarrotique au niveau de sa pulpe.
Par contre, à une main comme à l’autre, le doigt le plus sévèrement lésé était l’index au niveau duquel la gangrène avait, par son étendue et sa profondeur, une importance toute particulière.
Spontanément, la malade nous donna la raison d’une
si exacte symétrie. Ouvrière d’usine, elle assurait le fonctionnement d’une machine-outil; un filet d’eau froide s’écoulait constamment pendant le travail sur les mains du sujet. Or, pendant le travail, l’attitude de ses mains était telle que les pouces et les annulaires étaient abrités par la paume de la main contre les projections liquides. Les autres doigts y étaient exposés. Les faits de ce genre sont rares. Retenons seulement qu'il existe des cas où l’action d’un facteur étiologique local a pu être mis en évidence à l’origine du syndrome
de Raynaud.
D’autres facteurs étiologiques ont été incriminés à la base du syndrome de Raynaud. À notre connaissance, aucune de ces causes (tuberculose, paludisme, diabète, alcoolisme, cardiopathie) n’a déclanché une gangrène symétrique des extrémités à évolution aussi
rapide que les huit cas que nous avons rapportés.
Comme conclusions sur l’étiologie de ces formes, nous dirons que le plus fréquent des facteurs s’est trouvé être une infection et plus particulièrement une affection broncho-pulmonaire. Mais nous nous rappellerons que la maladie de Raynaud n’est pas une entité morbide mais un syndrome, que sa pathogénie en est encore bien obscure et qu’il ne faut pas se hâter de trouver une cause déterminante aux faits souvert si
disparates que nous avons observés.