PERSONNELLE
(Recueillie dans le Service de M. le Professeur GILBERT, à l'Hôtel- Dieu de Paris).
Ataxie locomotrice depuis 10 ans. — Crises gastriques, douleurs fulgurantes dans les membres inférieurs. Hématômes spontanés consécutifs à ces douleurs.
N..., femme G.., âgée de 44 ans, entre à l'hôpital parce qu’elle souffre de ses membres inférieurs et ne peut pas marcher. Dans ses antécédents personnels et héréditaires, on netrouve pas grand chose, sa mère est morte à 76 ans, son père est mort des blessures à la suite d’un accident. Rien à noter du côté de ses antécédents collatéraux. Dans ses antécédents personnels on trouve une rougeole à 3 ans et des bronchites répétées à partir de 15 ans. Depuis 1899, la malade avait une liaison qui dura jusqu’à son mariage avec un autre, en 1902; son ami avait plusieurs blennorrhagies mais, dit la malade, il n’était pas syphilitique (son ami étant étudiant en médecine la malade avait la faculté de lire ses livres de médecine et de «savoir ce qu'est la syphilis »). Elle n’avait jamais remarqué de boutons ni chez elle ni chez son amiet dit n'avoir jamais eu aucune manifestation, ni accident d’origine syphilitique.
Au cours de ces trois années, la malade a fait trois fau»sescouches de 2 mois. Mais ces fausses-couches, affirme la malade, n'étaient pas spontanées, mais elle les a provoquées elle-même.
En 1902, la malade se marie. Quelques mois après, la malace est prise d'une crise gastrique violente, avec vomissements abondants d’un liquide aqueux, avec diarrhée et douleurs constrictives, ardentes au creux épigastrique, douleurs en ceinture
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serrant la malade comme dans un étau. En même temps la malade ressent des douleurs lancinantes dans les membres inférieurs. Cette crise dura douze jours durant lesquels la malade dut garder le lit et ca/mer les douleurs par des piqûres de morphine (1).
Cette première crise passée, la malade reste au lit encore une vingtaine de jours, puis reprend son travail. Tous les ans, pendaat 4 ans, la malade avait une!crise pareille, qui durait de 10 à 15 jours et, après quelques jours de repos la malade rétablie, reprenait son travail. Puis les crises devenaient plus fréquentes, d’abord plusieurs fois dans le courant de l’année, puis tous les mois, obligeant la malade de garder le lit constamment. Enfin ne pouvant plus se soigner chez elle et s’apercevant «qu'elle ne pouvait plus tenir debout », elle se décide à entrer à lhôpital où elle est depuis un an.
A l’examen de cette malade on constate qu’elle présente tous les symptômes du tabès, sur lesquels nous croyons inutile d’insister. 6
12 juillet 1911. — Dans la nuit du 11 au 12 juillet la malade a ressenti des douleurs fulgurantes et lancinantes, des fourmillements au niveau de la jambe droite, en partant des orteils jusqu’au genou. Les douleurs étaient d’une intensité peu ordinaire. La malade dit n’avoir rien aperçu sur sa jambe qu'elle a regardée. Le matin du 12, la malade s'aperçoit que sa jambe droite a démesurément grossi. Elle y attire l’attention de M. le professeur Gilbert pendant sa visite. La jambe droite présente un œdème diffus, dur, ne gardant que difficilement l’empreinte du doigt, en tout semblable à l’œdème de la phlébite Cet œdèéme était accompagné de fourmillements et de douleurs lancinantes dans le membre atteint.
L'æœdème a régressé au bout de trois jours et on arrive alors à délimiter une tumeur rénitente, puis fluctuante, de la gros- LS M OI DER, PAT ER Pan AU RENE MEET D
(1) La malade raconte qu'elle préparait elle-même la solution dont elle se servait pour se piquer elle-même à la morphine. Avec l’ordonnance du médecin, elle se procurait 5 grammes de morphine (« c'était des petits cubes blancs ») qu’elle dissolvait dans 125 grammes d’eau. Gette solution lui suffisait, d'habitude, pour un mois en se faisant 2-4-6 piqûres par jour avec une seringue de Pravaz d'un cc. C’est depuis que la malade est devenue morphinomane.
seur d’un poing, siégeant sur la face antéro-interne de la jambe. Cette tumeur, mobile sur les plans profonds de la région n'était douloureuse ni spontanément ni à la pression. Quelques jours après on constate que la tumeur diminue de volume avec la régression de l'œdème et, en même temps on remarque lapparition d’une ecchymese siégeant sur l'endroit même de la tumeur. Cette ecchymose, de coloration rouge sombre, disparaît en quelques jours en passant par toute la gamme de coloration des ecchymoses en voie de résorption.
La tumeur, à son tour, diminue de volume peu à peu et au bout d’un mois, disparaît complètement sans laisser de traces.
15 août. — Après une crise de douleurs fulgurantes, la malade voit de nouveau apparaître l’œdème, lequel cette fois, est localisé à la cuisse droite, à partir du genou et remontant jusqu’à la région fessière. La tuméfaction de la cuisse était considérable et elle présente le volume de deux cuisses réunies.
L'œdème présente les mêmes caractères que la premfère fois: œdème dur, diffus, ne gardant pas l’empreinte du doigt. Cette fois l’œdème persiste plus longtemps et c’est seulement au bout de 10 jours qu'un a pu constater deux larges ecchymoses siègeant, l’une sur la face externe du tiers supérieur de la cuisse et une autre moins étendue sur la face antero-interne du tiers inférieur de la même cuisse.
A l'endroit même de l’ecchymose supérieure on trouve une énorme tuméfaction du volume de deux poings réunis, rénitante d’abord, puis deux jours plus tard elle est devenue fluciaaste.
Au bout de huit jours l’ecchymose se résorbe et disparaît et, en même temps la tumeur diminue de volume et persiste encore pendant quelques mois sous la forme d’un petit noyau dur, consistant.
Quant à l’ecchymose de la partie inférieure de la cuisse, elle ‘ a disparu au bout de trois jours sans qu’on ait pu constater la
présence d'une tumeur à cet endroit, |
20 Septembre. — Une nouvelle tuméfaction apparaît à la cuisse droite, remontant jusqu'à la crète iliaque. Cette fois, l’œdème était accompagné d’une forte crise de gastralgie avec de fréquents et abondants vomissements. Quand l’œdème a un
peu diminué, on constate la présence d’une tumenr fluctuante, siégeant au-dessous de la crète iliaque dans la région fessière. La tumeur n'était pas accompagnée, ni suivie d’ecchymoses. Son évolution est en tout semblable à celle de la première crise et elle disparaît au bout d’une quinzaine de jours sans laisser de traces appréciables.
Octobre. — À la fin du mois d'Octobre, apparaît de nouveau : une tuméfaction de la cuisse droite intéressant même la région fessière. Une tumeur apparaît dans le pli de l’aine droit, de volume d’un poing, et accompagnée d’une large ecchymose de coloration violette. Cette tumeur diminue de volume mais reste pendant longtemps grosse comme un œuf de pigeon.
15 Décembre 191!. — Une tuméfaction apparaît siégeant cette fois sur la cuisse gauche, mais en tous points semblable à la première, apparue le 12 juillet sur la jambe droite.
Janvier 1912. — Après une crise de douleurs fulgurantes l’æœdème apparaît dans la région fessière droite, avec ecchymose et, quelques jours après, tumeur dans la même région, qui persiste assez longtemps.
Mars. — Enfin, pour la dernière fois l’œdème apparaît à droite avee ecchymose et tumeur, en somme semblable aux précédents.
De ces nombreuses crises de tumeurs spontanées, il persiste. encore sur le membre droit quelques noyaux très durs siégeant sur la face antérieure et externe de la cuisse, dans le pli de V'aine et dans la région fessière. |
La disparition de ces tumeurs était accompagnée d’une augmentation thermique ne dépassant toutefois pas 3904 et sans aucuns phénomènes généraux. C'était une hyperthermie simple, de résorption.
Le traitement de ces tumeurs consistait en application de pansements humides sur la région tuméfiée.
Toutes ces crises d’œdème ont été précédées de douleurs fulgurantes et présentaient à peu de choses près les mêmes caractères. Sur les sept crises, six fois nous avons obs:rvé après diminution de l’œdème, la présence de tumeurs de volume différent qui présentaient les caractères suivants : De volume plus ou moins grand, ces tumeurs faisaient saillie à la surface de la
mot 4 Qu
peau qui une fois avait conservé ses.caractères normaux, mais les autres fois elle était couverte d’ecchymoses, prenant la couleur violacée, bleuâtre ou jaunâtre. Pas une fois la peau ne présentait les caractères d’inflammation.
A la palpation, on constate que la région surélevée présente une température normale par comparaison avec le côté sain. D'abord rénitantes, ces tumeurs devenaient fluctuantes quelques jours après leur apparition. Plusieurs fois nous sommes. arrivé à obtenir la crépitation neigeuse, Signe considéré comme pathognomonique des épanchements sanguins.
Ces tumeurs n’ont pas été ponctionnées, mais se basant sur: l’apparition des ecchymoses — signe de résorption sanguine — et sur les caractères physiques de ces tumeurs, on porte le diagnostic de Aérmatômes apparus spontanément à la suite de crises fulqurantes tabéttques.
Depuis quelques mois, la malade présente tous les signes d’arthropathie tabétique dans son iembre inférieur droit qui a été le plus éprouvé par l’œdème et les hématômes spontanés.
La réaction de Wasserman faite sur le sérum sanguin, a été nettement positive.
Cette observation est intéressante par bien des points. Mais nous ne voulons en retenir que deux. Cette ataxique est en même temps une syphilitique, comme le démontre la réaction de Wassermann qui est positive. Il est vrai que la malade nie catégoriquement tout accident spécifique, mais il y a tout lieu de croire que derrière le gonocoque de son premier ami, l'étudiant, qui attirait surtout leur attenüon, se cachait le tréponème, lequel a très bien et facilement pu passer inaperçu. Et cela va très bien avec l'opinion et la confirme, qui a tendance à prévaloir actuellement et d’après laquelle le tabès A maladie syphilitique — surviendrait dans les cas de
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syphilis relativement bénigne et mal ou non traitée. Dans un article sur « le rôle de la syphilis dans l’étiologie du tabès dorsalis », MM. Spillman et Perrin s> basant sur 105 cas de tabétiques observés par eux, écrivent : « Dans aucun cas nous n'avons trouvé la notion d'une syphilis grave, rebelle ou à manifestations vexatoires. Toutes les syphilis de nos tabétiques ont été des syphilis bénignes ou de gravité modérée. Aussi le traitement avait-il été en général insuffisant, souvent même insignifiant. »
Sur ces 10 cas, les auteurs n’ont révélé qu’un seul cas de tabès survenu après la 2° année de la syphilis et ils concluent que « l’intervalle qui s'écoule entre l'accident primitif et les premiers symptômes apparents du tabès dorsalis est en général de six à quinze ans (Erb. Fournier). Déjerine qui admet cette règle générale signale un cas ayant débuté quatre ans et un autre trente-huit ans après l'infection. »
Or, chez notre malade, les premiers symptômes de l’ataxie se sont montrés au courant de la troisième année de l'infection passée inaperçue, fait qui est rare et qui par cette rareté même mérite l'attention.
Le deuxième fait et le plus important, et qui nous sert de sujet à cette thèse, est l'apparition des tumeurs que nous avons diagnostiquées « hématômes » survenant à la suite de crises fulgurantes. Comme nous l’avons dit, malgré nos recherches bibliographiques nous n'avons trouvé nulle part relaté un cas qui ressemblât tout à fait au nôtre. Mais nous avons trouvé relatés des cas d’autres troubles vascu-
EPL, 1 AE
laires survenant au cours du tabès et dus probablement aux mêmes causes. Nous allons donner les résumés des observations lesquelles, croyÿons-nous, pourraient nous guider dans la discussion de la pathogénie de ces troubles. Nous tenons à donner ici la copie presque complète des observations de M. Straus qui sont classiques et donnent une idée claire et une description aussi nette qu’exacte des « ecchymoses tabétiques » qui se sont montrées également chez notre malade mais sur la description desquelles nous n'avons pas assez insisté.
OBSERVATION II STRAUS. — (Résurmée)
Homme de 34 ans. Ataxie locomotrice datant de six ans. Violentes douleurs fulgurantes dans les membres inférieurs. Incoordination motrice datant de 2 ans. Depuis quatre mois, douleurs fulqurantes aux extrémités supérieures et douleurs constrictives à la base du thorax. Apparition d'ecchymoses sur la beau des membres inférieurs et supérieurs à la suite de fortes crises fulqurantes.
Le 8 mars, pour la première fois, on constate au niveau de la rotule et de la face externe du tibia, du côté gauche, /a présence d'ecchymoses verdätres ressemblant absolument à celles qui proviendraient d’un coup. On pensa qu'elles étaient le résultat des percussions trop énergiques faites dans le but d'explorer le réflexe pattellaire. Mais le malade déclare que ces ecchymoses n'existent que depuis 24 heures, qu’elles n’ont rien à faire avec le traumatisme et que leur apparition. coïncide avec une crise de douleurs fulgurantes des extrémités inférieures qui s’est produite dans la nuit du 7 au 8 mars. Il dit avoir souvent obser-
vé ces taches en pareil cas. Elles dureraient trois à cinq jours plus ou moins longtemps suivant leur étendue qui ne dépasse guère celle d’une pièce de cinq francs, et suivant l'intensité de leur coloration. Ces taches se produiraient toujours après les grandes crises douloureuses nocturnes et auraient commencé à se montrer précisément à l’époque où les douleurs sont deve-. nues violentes et de longue durée, comme elles le sont encore aujourd’hui.
Le malade dit être certain de ne jamais s’être cogné, de n’avor iamais fait de chute, ni reçu de coups avant la production de ces taches. Ces taches sont généralement situées, dit-il, au-dessus des points particulièrement douloureux, à une distance variant de dix à quinze cent. ; elles sont d’abord d’un rouge vineux, sans élevures ni saillies, sans douleurs spontanées, ni à la pression elles deviennent ensuite verdâtres et jaunâtres, puis disparaissent complètement après une durée maximum de cinq à six jours. Le malade a constaté ce phénomène une vingtaine de fois, dit-il, et plusieurs fois au gras du mollet ce qui exclut toute idée de choc contre une partie osseuse située superficiellement, comme par exemple la face antérieure du tibia. Le 18 mars, toute trace des dernières ecchymoses a di-paru
20 Mars. — Le malade a vu éclore, à la suite de ses douleurs qui n’ont pas cependant le caractère fulgurant, des taches au nombre de deux, situées à la région de la patte d’oie (genou gauche). il dit à ce propos avoir remarqué que ces taches sont d'autant plus développées, que la douleur a été plus aiguë et dans le cas actuel, où il a assez peu souffert, elles sont relativement pâles et peu développées, atteignant à peine le diamètre d’une pièce d’un franc.
25 Mars. — Le malade, après avoir éprouvé des douleurs constrictives le long de la portion radiale des deux bras, son attention ayant été éveillée à ce sujet et s’étant aperçu de la présence sur la partie moyenne et antérieure du bras au niveau du centre des biceps de frois taches ecchymotiques. L'une de ces taches, de la grandeur d’une pièce de 50 centimes, offre une teinte rouge sombre, franchement hématique. Elles est entourée d’une zône pâle, jaune sale, indiquant déjà un certain degré d’altération du pigment sanguin. On dirait absolument un pin-
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con siégeant sur la peau, Vers le poignet existent deux ou trois taches d’un jaune plus éteint de la grandeur d’une lentille. Aucune trace d’éruption. ni de modification de la vascularisation de la peau partout ailleurs. Sur le bras gauche, à la face postérieure, en arrière de l'empreinte deltoïdienne existe également une tache ecchymotique très petite ; il en est de même à la région épicondylienne.
Interrogé, le malade nous dit que pour la première fois depuis sa maladie il a éprouvé dans les membres, jusqu'aux coudes, des douleurs non lancinantes mais constrictives (il lui semble être serré comme dans un élau). Ces douleurs, sans être permanentes, durent longtemps et procèdent par crises d’une heure environ, avec sensation d’engourdissement et de fourmillement dans les mains et dans les poignets principalement, et il lui semble, quand il soulève la main, qu'il élève un poids de plusieurs kilos. Ici donc, comme aux extrémités inférieures, les ecchymoses siègent dans le segment du membre situé audessus de celui où résident principalement les douleurs. Pas de troubles de la sensibilité à la peau du membre supérieur.
26 sm1ars.— Dans la soirée du 26, douleurs violentes, lancinantes, occupant les deux jambes et les bras ainsi que les orteils et la plante des pieds. Elles ont duré jusqu’au matin du 27, légèrement améliorées par un bain sulfureux. Elles reprennent le soir au point d'empêcher le sommeil. Ces douleurs étaient extrêmement intenses, surtout aux jambes.
A deux heures, le 28, le malade aperçut sur la face antérieure de la jambe droite, le long de la crête du tibia, des taches nombreuses occupant toute la hauteur de la jambe, d’une coloration rouge pâle foncé, se rapprochant déjà, d’après le malade, des anciennes ecchymoses. Ces taches n'étaient pas franche. ment hématiques même au début de leur apparition.
Le malade dont l'attention est dirigée sur ce point, avait examiné ses jambes avant midi et à ce moment il n'avait pas trouvé trace de taches. Comme d'habitude leur apparition coincide avec l’apaisement notable des douleurs. Le malade avait regardé ses jambes avec la presque certitude d'y trouver ces taches. Il a dormi cette nuit et le matin du 29 nous constatons de véritables taches ecchymotiques dont deux de la gran-
deur d’une pièce de deux francs, brun rouge au centre verdàtre à la périphérie. Au membre supérieur, où les douleurs ont été moins fortes, pas d’ecchymoses, les anciennes on disparu. Il faut noter que malgré l'existence de véritables crises gastrique accompagnant parfois les crises de douleurs thoraciques et marquées par des vomissements, le malade n'a Jamais vom1 de sang.
3 avril Dans la journée du 2, dans la nuit et la matinée du 3, douleurs constrictives dans les bras et dans les avants bras, pas dans les extrémités inférieures. Le matin au réveil le malade nous a signalé l'apparition des taches jaunes disséminées sur la peau du bras ressemblant à des ecchymoses en train à se résorber Ii arrive, dit-il, par extraordinaire, qu'il éprouve des douleurs accusées surtout dans un membre, l’autre étant presque indemne et que les ecchymoses se montrent sur le membre non douloureux.
5 avril. — Hier matin est apparu à la partie antérieure de la région du biceps une tache rouge vineuse de la dimension d’une pièce de 10 centimes qui a pris en très peu de temps la teinte brunâtre que nous observons généralement n’ayant jamais pu assister à l’éclosion d’une de ces taches laquelle, alors, au dire du malade, serait d’un rouge franc.
197 rovembre. — Depuis trois mois environ, le caractère des douleurs que ressent le malade s’est tout à fait modifié. Les douleurs fulgurantes dans les membres sont bien plus rares et moins fortes; on constate encore, lors de leur production, l'existence de quelques taches pâles et peu étendues. Il souffre principalement de douleurs constrictives à la base du thorax.
OBSERVATION III STRAUS. — (Résumé)
D... Alexandre, 40 ans, voiturier, entre à l'hôpital le 26 juillet 1880. Ataxie locomotrice ancienne. Attaques épileptiformes. Taches ecchymotiques sur les membres inférieurs à la suite des crises fulqurantes.
30 juillet. — On constate sur les deux jambes. des taches jaunâtres évidemment hématiques et ressemblant à une ecchy-
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mose en voie de régression. Une de ces taches occupe la face interne du tibia du côté droit, à cinq travées de doigt au des- Sous de l’interligne articulaire du genou; elle a environ cinq centimètres de long sur un centimètre et demi de large. Un peu au dessous existe une tache plus petite.
Du côté gauche une tache semblable, du volume d’une pièce de un franc occupe la face externe de la jambe à un travers de main au-dessous du genou. Enfin, une autre tache occupe le gras du mollet non loin du creux poplité.
Le malade assure avoir eu souvent des taches semblables. Elles seraient de couleur brun-rougeâtre au début et prendraient la teinte jaune verdâtre ultérieurement. Ces taches sont intimement liées aux douleurs que le malade éprouve dans les jambes. Elles suivent ces douleurs, ou du moins le malade n’en a jamais remarqué avant d’avoir eu des douleurs fulgurantes Les taches apparaissent au-dessous du point qui a été le siège principal de la douleur: aïnsi quand celle-ci siège au tiers inférieur de la jambe, c’est dans le tiers supérieur que surviennent les taches.
3 août. — Le malade a eu des douleurs ténébrantes dans le cou-de pied toute la nuit. Ce matin il s’est aperçu de l’apparition d’une tache brunâtre, vers le milieu du mollet droit. Cette tache a entièrement disparu au moment où nous examinons le malade.
OBSERVATION IV De M. SrrAUS, communiquée par M. Hallopeau. (Résumé)
Van M..., 51 ans, ébéniste. Entré à l'hôpital le 6 janvier 1880. Attaxie locomotrice datant de 19 ans Ecchymose sur les membrés inférieures à /a suite de crises de douleurs fulqurantes.
Souvent, le lendemain de l'attaque, lé malade aperçoit sur les cuisses, surtout à droite, des taches, des plaques comme produites parune bression forte et prolongée, ou par des coups. Jamais iln'en a vu sur les jambes où, d'ailleurs il n’a jamais senti de douleürs acérées.
Le malade n'aperçoit la tache que le lendemain des crises, mais il reconnaît n’avoir jamais porté son attention sur le mo-
ment précis de leurs apparitions. Leur étendue est variable. Les unes ont la largeur d’une pièce de deux francs, les autres d’une pièce de cinq francs, d’autres d’une étendue intermédiaire.
Leur forme est elliptique ou ovale. Elles ne font pas saillie au-dessus de la peau, elle ne sont pas douloureuses. Leur apparition coïncide avec la disparition absolue de douleurs fulgurantes. Elles sont multiples et irrégulièrement disséminées. sur la surface de la cuisse. Leur coloration est d’abord rouge, puis devient bleuâtre, violacée, jaunâtre. Après ces transformations successives elles disparaissent au bout de deux, trois ou quatre jours sans laisser de traces.
Au membre supérieur la douleur est comparée par le malade à une cassure, à l’écrasement, à la constriction du bras. Jamais il n’y a vu de taches non plus qu’à l’épigastre où les douleurs sont comparées par lui à l'impression d’une boule de feu remontant du-bas ventre vers la gorge sur la ligne médiane. 77 : vornit une fois, il y a deux ans, pendant une crise gastrique une ecuélle de sang pur.
OBSERVATION V FS (Résummée) de M. STRAUS
M. L.., 51 ans, commercant. Ataxie depuis 18 ans. Violentes crises fulgurantes dans les membres inférieurs, douleurs constrictives en ceinture, crises gastriques et rectales.
Le malade éprouve parfois la sensation d’un fer rouge pénétrant dans le rectum. Pendant quatre ans ces crises douloureuses rectales s’accompagnèrent d’hémorragies abondantes par l'anus. |
Le malade déclare qu’au début de la maladie, pendant six ans, à la suite de violentes douleurs il voyait, habituellement apparaître sur ses jambes des taches eccyhmotiques.
« À l’âge de 35 ans (deux ans après le début de la maladie), raconte le malade, je remarquai qu’à la suite de violentes douleurs, d’une durée variant de douze, dix-huit ou vingt-quatre heures, réparties dans les jambes et à l'endroit où je sentais des
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pulsations et où j'éprouvais la sensation de fortes pinçures avec tenaillement, il restait après les douleurs passées une plaque de couleur jaunâtre foncée de la dimension d’une pièce d’un franc. Cela se produisait sur les parties charnues, soit aux mollets, soit aux cuisses, et disparaissait au bout de quelques jours. J'ai remarqué cela pendant une dizaine d'années ; depuis cinq à six ans, ces taches ne reparaissent plus ».
OBSERVATION VI Communiquée à M. STRAUS par M. HANOT (résumée)
B... Jules, 52 ans, employé, ataxie depuis 15 ans.
À la suite de crises fulgurantes le matin, au réveil, le malade a observé à plusieurs reprises la présence de taches apparaissant spontanément dans le voisinage de l'endroit où les douleurs étaient les plus vives ; ces taches, rouge sombre d’abord, devenaient vertes, puis jaunes et disparaissaient au bout de quelques jours.
OBSERVATION VII Recueillie par M. RENDU (résumée) STRAUS
Ernest M.., 31 ans. Chancre à 19 ans, symptômes d'ataxie depuis deux ans. Douleurs fulgurantes et crises, gastriques. Ecchymoses à la suite des douleurs fulgiurantes.
Les douleurs fulgurantes revenaient chez ce malade tous les deux ou trois jours et elles occupaient de préférence les cuisses, les jambes et les genoux, bien que parfois elles étendissent dans leurs irradiations vers le membre supérieur et jusqu'aux doigts. Elles revenaient presque toujours la nuit et empéchaient complétement le sommeil.
Or, plusieurs fois, à la visite du matin, nous avons constaté sur la jambe droite et au genou gauche de prtites taches jaunâtres de la grandeur d’un pois ou d’une noisette présentant des limites effacées, ne disparaissant pas sous la pression du
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doigt, offrant, cn un mot, tous les caractères d’une ecchymose datant de quelques jours et commençant à pâlir. Ces taches duraient trois à quatre jours en moyenne. Nous nous sommes demandé d’abord si elles ne pouvaient être le résultat de coups, le malade étant maladroit dans sa démarche et se heurtant fréquemment, mais à côté de ces petites taches se distinguaient parfaitement de véritables ecchymoses traumatiques qui n'avaient ni la forme, ni les dimensions des autres, qui correspondaient toujours au tibia où à la rotule et-qui à la pression étaient le siège d une certaine douleur. Au contraire, jamais ces petites taches jaunâtres n’évelllaient à la pression la moindre sensibilité et elles siégeaient à la partie postérieure et interne des mollets, en des points où l’idée d’un traumatisme état difficilement soutenable Le malade d’ailleurs fort intelligent affirma que ces laches survenaient spontanément, sans cause et le plus souvent à la suite de violentes douleurs fulgurantes.
Sur ce point, pourtant, nous n’osons pas être affirmatifs, n'ayant pour nous renseigner que les dires du malade. Nous avons en effet vu chez cet homme des crises de douleurs sans que les taches ecchymotiques apparaissent le lendemain ni les jours suivants. Nous devons dire également que chez lui nous n'avons jamais surpris l’ecchymose à sa phase initiale, c’est-àdire avec teinte rouge vineuse plus ou moins accentuée; les taches étaient toujours d'emblée jaunâtres, ressemblant à du purpura pâli. Nous en avous conclu que probablement les hémorragies se faisaient assez profondément dans le derme et qu’elles ne devenaient visibles que quand la matière colorante s’est diffusée à travers les couches les plus superficielles de la peau; mais nous croyons pouvoir affirmer qu’il s'agissait bien d’hémorragies spontanées survenant en dehors de toute cause traumatique accidentelle.
Ce malade est resté en observation depuis le 1°" novembre jusqu’au 15 décembre. Les taches jaunâtres ecchymotiques n’ont été constatées que trois fois pendant ce laps de temps. Il est vrai que sous l'influence du traitement les douleurs fulgugurantes étaient devenues beaucoup plus rares. Le 14 et le
Loge
26 novembre, il y eut cependant une crise douloureuse fort nette mais sans manifestations hémorragiques.