OBSERV ATION
S. C..., 45 ans, entre à la clinique des maladies syphilitiques et cutanées le 23 décembre 1919 pour des lésions de Ja main droite et du pied gauche. Fe
Il n’y a rien à signaler dans ses antécédents héréditaires ou personnels.
Début de l'affection. — Tie malade fait remonter les premiers accidents en 1905, époque à laquelle il subit un traumatisme : il travaillait dans une carrière, sa main droite fnt prise sous une pierre; l'index aurait été assez violemment traumatisé, les autres doigts légèrement. À partir de ce moment il éprouve une douleur continuelle mais peu viviente au niveau de l'index; cette douleur est accentuée par le froid, et l’hiver, se généralise à tous les doigts.
Le doigt traumatisé n’a pas de tendance à cicatriser, les plaies s'étendent. Puis apparaissent de petits boutons au niveau de la phalangette du médius ; ces boutons suppurent et se transforment en ulcérations.
En 1907, 18 mois environ après le traumatisme, on pratique l’amputation chirurgicale de lindex au niveau de l'articulation métacarpo-phalangienne et celle de la phalangette du médius: cicatrisation normale des plaies chirurgicales.
Plus tard de nouvelles ulcérations se manifestent sur Île moignon du médius et sur l'extrémité distale de tous les
autres doigts: annulaire, auriculaire et pouce. Ces ulcérations s’élargissent, creusent et aboutissent sans jamais provoquer de douleur vive à la perte des phalangines et phalangettes des trois deniers doigts. |
Puis de nouvelles plaies ulcéreuses se montrent à la face interne de l'avant-bras droit et enfin en 1914, la face plantaire du pied gauche est lésée à son tour. Ces plaies se cicatrisent à l’avant-bras mais persistent au niveau du pied.
Etat actuel: 23 décembre 1919. — Main droite. — On voit au niveau de la tête du deuxième métacarpien, la cicatrice chirurgicale de l’amputation Jadis pratiquée. Le pouce présente à sa phalange distale une plaie croûteuse, atone ; l’ongle est déformé, recourbé en bec de perroquet. Le médius, l’annulaire et l’aurieuwlaire sont réduits à leur première phalangé; ces moïgnons sont bien cicatrisés, la peau est, à ce niveau, légèrement violacée, lisse, adhérente, impossible à plisser:.
Avant-bras droit. — A la face interne on voit une large cicatrice lisse et déprimée.
Pied gauche. — Tia face plantaire présente de petites et multiples ulcérations (petits abcès intra-dermiques) particulièrement nombreuses à la partie antérieure aw niveau des articulations métatarso-phalangiennes ; à côté de ces ulcérations, petites saïllies mamelonnées. L'ensemble donne à cette région du pied un aspect eriblé.
Radiographie faite par M. le docteur Ollié. — Tnterprétatron du cliché : | . Main droite. — Amputation des phalangines du médius et de l’annulaire immédiatement au-dessous de la tête distale et de la phalangine de l’auriculaire à la partie moyenne de la tête distale. Désartieulation de la phalange” de l'index,
AT
en
Pied gauche. — Amputation de la phalangine du gros orteil à hauteur de la tête distale. Lésions de l° extrémité de la phalangette du deuxième orteil et décalcification notable de celle-ci. Amputation des phalangettes des troisième et quatrième orteils. Amputation de la phalangette du cinquième orteil, lésions et décalcification de la phalangine.
Le malade ne souffre pas à l’état normal; mais il accuse une douleur assez vive au pied par action du froid.
Il n’existe aucun trouble de la sensibilité; au niveau des moignons digitaux ainsi qu'au niveau de Ja plante du pied gauche, des différences de température, même minimes, sont parfaitement perçues; de même Ja sensibilité à la douleur et la sensibilité au contact sont intactes. Les troncs nerveux ne sont pas hypertrophiés.
On note une atrophie musculaire de l'avant-bras droit due probablement au manque d'exercice.
Les réflexes tendineux sont exagérés mais 1l n’y a pas de trépidation épileptoide
Les appareils respiratoire, circulatoire, digestif et rénal ne présentent rien de particulier.
La séro-réaction de Bordet-Wassermann, ainsi que ja recherche du bacille de Hansen<lans le mucus obtenu par curettage de la muqueuse nasale après administration d’iodure de potassium, donnent un résultat négatif.
Le ? janvier 1920 on prélève un fragment de tissu qui est soumis à l’examem anatomo-pathologique de M. le professeur Massabuau.
Examen anatomo-pathologique. — Le fragment prélevè présente la structure suivante:
1° L'épiderme présente un processus de prolifération notaible. La couche de cellules cornées est épaissie; l’épi-
A Air
thélium malpighien pousse dans la profondeur des prolongements d'aspect papillomateux. Cette prolifération épi. théliale reste toujours typique et, en tous points, limitée par la couche basale. On ne constate pas de globes épidermiques. La tendance à dégénérer des cellules épithéliales, est peu marquée.
2° Dans le derme immédiatement sous-jacent, on constate la présence d’un tissu inflammatoire formé par des nodules périvasculaires. Les vaisseaux centraux de ces nodules présentent. un processus marqué d’endopérivascularite, Les éléments cellulaires des nodules sont des celules rondes du type lymplhoceytaire : on peut observer mélangées à ces dernières quelques cellules plus volumineuses d'aspect épithélioïde: pas de cellules géantes.
Les recherchse bactériologiques après coloration au Ziehl, n’ont décelé la présence d’aucun bacille.
En résumé le fragment examiné présente la structure . d’une nécformation inflammatoire du type nodulaire, accompagnée de prolifération épithéliale papillomateuse.
Le malade est traité par des applications locales de permanganate et sort guéri.
DIAGNOSTIC Dre
Ce qui frappe le plus à l’examen de notre malade ce sont évidemment le processus scléreux et les mutilations qui en ont été la conséquence; les lésions lupiques propres sont peu marquées et assez anormales. Aussi le diagnostic clinique ne s’impose pas à première vne, contrairement à ce qui arrive dans la plupart des cas.
La maladie de Morvan et la syringomyélie produisent souvent des lésions analogues à celles de notre malade; mais nous n’avons noté aucun trouble sensitif, ni le phénomène de dissociation thermo-tactile. |
On pourrait penser également à la sclérodactyhe; nous avons, en effet, au niveau des cicatrices, l’amineissement et l'atrophie seléreuse de la peau qui est collée aux os sousjacents et impossible à plisser, mais 11 n’y a pas de trou- . bles nerveux et le processus de dégénérescence reste localisé aux extrémités mutilées. En outre, remarque importante à signaler, les lésions ne sont pas symétriques.
La maladie de Raynaud, ou gamgrène symétrique des extrémités, est plus facile à éliminer; en effet, chez notre malade, on ne distingue ni phénomènes d’asphyxie locale, ni phlyctènes, ni esearres, et les douleurs qul aceuse n’ont jamais été violentes.
Signalons, à titre documentaire, l'ainhum dont il ne saurait être question ici, cette affection n'ayant encore été si