‹ Sur un Cas de Luxation de la Cinquième Vertèbre Cervicale Avec Section de la Moelle à Ce NiveauChapitre 17 sur 21 · SUB · texte numérisé non relu

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croyons que, même en l'admettant, il faut toujours compter avec ce facteur essentiel des modifications urinaires : le séjour prolongé dans le réservoir vésical, et penser à ce grand principe : la rétention favorise l'infection.

Quoi qu'il en soit, l'urine étant ainsi profondément modifiée, le revêtement épithélial de la vessie ne tarde pas à s’altérer à son tour, et ainsi se trouve constitué un véritable cercle vicieux ; l'altération des urines cause d’abord des lésions de la muqueuse el elle est ensuite entretenue par les lésions mêmes qu'elle a provoquées. Autant de complications qui viennent s'ajouter au tableau symptomatique déjà si sévère de notre luxation cervicale, pour en assombrir encore le pronostic.

7° Troubles génitaux.— La demi-érection présentée par notre malade, est un phénomne fréquent dans les lésions de la moëlle cervicale. Elle peut apparaître dèslespremiersmoments et persister jusqu’à la mort du blessé ; elle peut être aussi intermittente, ne durer que quelques instants disparaître pour réapparaître ensuite sous l'influence de la moindre excitation. Elle est toujours inconsciente, c’est-à-dire qu'elle n’est accompagnée ni d'aucun désir ni d'aucune sensation voluptueuse. Quelquefois, elle est suivie d’un écoulement plus ou moins considérable de sperme. Mais il ne faut pas considérer cet écoulement comme une véritable éjaculation ; celle-ci est un phénomène physiologique-essentiellement actif, tandis que Ta prétendue éjaculation des paraplégiques par blessure médullaire n’est qu'un fait purement passif, dù probablement, quand il existe, à la compression des vésicules séminales par le globe vésical distendu. Ajoutons que la pathogénie de cette demiérection est encore fort obscure.

8° Troubles digestifs. — Le symptôme le plus habituel est l'apparition de vomissements parfois tenaces, sans lésion aueune de l'appareil digestif. Notre blessé n’a eu que des nausées,

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violentes c'est vräi, mais qui ne sont pas arrivées Jusqu au vomissement proprement dit. Il a présenté aussi un météorisme assez prononcé ; il ne faut voir là qu'un simple accident dû à la paralysie générale ; celte paralysie, en effet, atteint à la fois et les fibres musculaires des parois intestinales et les muscles de la sangle abdominale. Les gaz ne trouvant plus devant eux aucune résistance, pour s'opposer à leur accumulation dans l'intestin, déterminent un tÿmpanisme qui peut être considérable. Conséquence fâcheuse, car, comme le dit Richet, « labaissement du diaphragme peut s’en trouver particulièrement gêné ; et comme ce muscle est presque toujours alors le seul, parmi ceux qui concourent à l'acte de la respiration, qui ail conservé sa faculté motrice, l'asphyxie devient plus imminente encore ».

9° Troubles de la respiralion — Presque tous les muscles respiratoires reçoivent leur innervation des points de la moelle situés au-dessous de notre lésion. Il n'est donc pas étonnant que toutes les puissances inspiratrices aient été paralysées. Seul, le diaphragme innervé par le nerf phrénique, qui naît des troisième et quatrième paires cervicales, au niveau de l'atlaset de l’axis, assure encore le jeu de la respiration. Maïs son ac- Hion ne peut être de longue durée et ne peut suffire à entretenir l'hématose : de plus, le fonclionnement de ce muscle est, nous venons de le voir, parfois gêné par le tympanisme abdominal. On comprend le danger grave et imminent que court à ce moment le malade. Ce n'est pas tout ; les petits muscles bronchiques étant également paralysés, les bronches ne se contractent plus pour expulser les mucosités et elles s'engorgent, accentuant encore la gêne de la respiration. Chédevergne avait signalé d'une manière spéciale « ces phénomènes remarquables de catarrhe, traduits par des symptômes bronchiques considérables et des signes stéthoscopiques très accentués ». À ce moment, l’auscullation permet d'entendre des ronchus variables

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dans toute l'étendue du poumon, et aux bases une pluie de

râles plus fins, signe évident d’un engouement hypostatique.

10° Troubles de la circulalion et de la calorijicalion. — L'effet immédiat d'une blessure médullaire dans la région cervicale est de ralentir les battements cardiaques. Nous n avons pas noté ce ralentissement exagéré du pouls, déjà observé par Brodie en 1828 ; le pouls de notre malade est toujours resté normal, à 60, sauf quelques heures avant la mort où il est devenu petit et fréquent, par suite de l’affaiblissement progressif général. Quant à la température, elle est également restée normale : Fournet, dans sa thèse sur la température dans les fractures et les luxations vertébrales, à établi que l'hyperthermie était la règle, lorsque le trauma portait sur la partie supérieure du rachis. Et dans l'observation que nous avons citée plus haut, à- propos des déchirures des artères vertébrales, on a noté, à la fin des accidents, la température excessive de 42°5.

Notre blessé n'a présenté ni les troubles oculo-pupillaires dus à l'influence de la lésion médullaire sur lappareil de la vision et en particulier sur l'iris, ni les troubles trophiques par ralentissement de la nutrition. Nous n'insistons donc pas. Disons, en terminant, qu'il est curieux de voir, au milieu des désordres si variés et si graves, l'intelligence des malades rester parfaitement saine et lucide : triste privilège accordé par la nature à ces blessés, puisque les lésions irréparables de la moelle, avec toutes leurs complications, équivalent à un arrêt de mort à bref délai. ,

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