‹ Sur un Cas de Luxation de la Cinquième Vertèbre Cervicale Avec Section de la Moelle à Ce NiveauChapitre 4 sur 21 · Ù PONT OU · texte numérisé non relu

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long de la colonne vertébrale. Le malade parle difficilement l'articulation des mots devient pénible. En outre, il y a de la rétention d'urine, et nous sommes obligé de le sonder ; le passage de la sonde n'est nullement perçu : il y a paralysie et insensibilité de la vessie. Nous remarquons enfin que la verge est en demi-érection. Le blessé a sa connaissance entière : il est apyrétique.

Le 27, la situation s'aggrave : la respiration devient difficile:

les parois abdominales sont paralysées ; un peu de météo-

risme. Le blessé a de violentes nausées et il réclame un vomiif. Ventouses sèches et sangsues.

Le 28, la paralysie a gagné les derniers espaces intercostaux; l'articulation des mots devient impossible. Malgré toutes les précautions d’asepsie prises dans les nombreux cathétérismes, les urines deviennent troubles, alcalines et prennent une forte odeur ammoniacale.

Le 29, la sensibilité semble revenir un peu ; le malade sent°

parfois quand on le pince, mais cette sensation est très vague etil ne peut localiser exactement le point touché. En revanche, la dyspnée augmente ; petit à pelit4ous les muscles thoraciques se paralysent. Nous constatons aussi de l'engorgement hypostatique aux deux bases pulmonaires. Aucun trouble cardiaque ; pas de modifications oculo- pupillaires.

Le 30, la situation s'aggrave encore ; la respiration est absolument superficielle et légèrement stertoreuse ; les mouvements respiratoires sont petits et fréquents ; en même temps, le pouls devient rapide et filiforme. Finalement, la mort survient par arrêt de la respiration le 31, à minuit, six jours après l'accident.

Aulopsie (pratiquée 24 heures après le décès). — Le sujet est un homme d’une taille au-dessus de la moyenne : membres et buste bien proportionnés et très puissamment musclés. Incision sur la ligne des apophyses épineuses : les muscles les plus

ny

See LLAE superficiels sont inlacls, mais ceux de la région profonde sont fortement contusionnés ; certains sont comme broyés, il y a des faisceaux musculaires rompus ; les fibres sont séparées les unes des autres, et ces espaces intermusculaires sont remplis par des caillots sanguins : le tissu cellulaire est également infiltré de sang. Notons au-dessous du grand oblique et du grand droit postérieur de la tête, de chaque côté de la colonne cervicale, un énorme épanchement sanguin.

Nous enlevons toutes les parties molles ; les Hgaments jaunes qui unissent les lames des troisième, quatrième et cinquième vertèbres cervicales sont üraillés, relâchés ; ceux qui unissent les lames de la cinquième et de la sixième sont complètement rompus ;1l en est de même des ligaments Interépineux el surépineux. À droite, l'articulation des apophyses transverses des deux vertèbres est intacte : seule, la capsule paraît avoir été le siège d’une distension exagérée, sans présenter la moindre

‘trace d’autres lésions. À gauche, la capsule est complètement rompue ; les surfaces articulaires, tout en ayant leurs rapports normaux, paraissent avoir été atteintes par le traumatisme, mais nous ne pouvons encore bien préciser la lésion. Un fait nous frappe : c'est la mobilité exagérée que nous constatons entre les deux pièces osseuses, mobilité surtout apparente dans le sens antéro-postérieur. En éflet, les deux vertèbres en question se laissent assez facilement écarter sur une largeur d’un demi-centimètre environ : et c'est surtout à gauche que cet écartement est prononcé ; là, par cette sorte d’entrebaillement, la substance médullaire lait hernie sous la forme d’une bouille rougeâtre : et par le toucher, nous constatons facilement dans celte bouillie, la présence de toutes petites particules solides à bords aigus, comme de très fines esquilles osseuses. À ce niveau, il nous est impossible de retrouver même des traces des méninges.

Nous libérons complètement le troncon de colonne cervicale

RS jf dans lequel se trouvent comprises nos deux vertèbres ; nous nous rendons ainsi mieux compte des lésions.

D'abord à l'examen de la pièce, et vue surtout de profil, l'on est irappé de la disposition qu'affecte l’ensemble de la tige cervicale : les vertèbres sont comme tassées les unes sur les autres par leurs parties postérieures, et leur ensemble décrit une courbe dont la concavité en arrière est certainement exagérée ; les apophyses épineuses et les lames sont pressées fortement entre elles : il semble qu'il y'ait eu là un commencement de pénétration : un degré de plus et elles éclataient. Les mouvements anormaux entre la cinquième et la sixième deviennent beaucoup plus apparents. En somme, la tige osseuse que nous avons sous les yeux est divisée en deux segments : l'un supérieur, formé par les deuxième, troisième, quatrième et cinquième vertèbres du cou ; l’autre inférieur, représenté par les sixième et septième cervicales et les vertèbres sous-Jacentes ; ces deux segments sont complètement indépendants sur tous les points, sauf à l'extrémité articulaire droite. Tous les ligaments, même les grands ligaments communs, antérieur et postérieur, sont rompus. Les méninges sont complètement déchirées ; la moëlle est broyce.

Au point de vue osseux, il n'y a pas de fracture du corps vertébral ; le bord inférieur de la lame de la cinquième cervicale est arraché : de même pour le bord supérieur de la lame de la sixième, qui présente des dentelures taillées obliquement de bas en haut et d’arrière en avant. Le disque intervertébral est arraché de la face inférieure du corps de la cinquième, et est resté tout entier adhérent à la face supérieure du corps de la sixième. À gauche, l'articulation mtertransversaire, présente une lésion intéressante : la facette articulaire supérieure de la sixième vertèbre est légèrement éraillée sur son bord antérosupérieur ; la facette articulaire inférieure de la cinquième esl

complètement écornée sur tout son bord postéro-inférieur.

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En somme, il s’agit d'une luxation temporaire de la cinquième vertèbre cervicale sur la sixième luxation sans frac- Lure, avec rupture de tous lesligaments et arrachementparcellaire des lames des deux vertèbres. Cette luxation a entraîné la section des méninges et le broiement complet de la moëlle épinière à son niveau. Nous verrons tout à l'heure par quel mécanisme elle s’est produite, et dans quelles conditions elle a pu se réduire spontanément et immédiatement après sa pro-

duction.

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