‹ Sur un cas de paludisme et son traitement (volume 2)Chapitre 10 sur 18 · PR APTE · texte numérisé non relu

PR APTE

Ce syndrôme s’observe généralement chez les malades qui viennent de débarquer, il se produit parfois moins de trois semaines après leur arrivée dans la région palustre, mais 1l peut atteindre aussi, et c’est le cas de notre malade, les individus au stade de paludisme secondaire. Il peut revêtir une forme grave simulant alors une fièvre typhoïde, il peut rester au contraire très discret, ne se traduisant que par ce qu’il est convenu d’appeler courbature fébrile.

Le malade, avant de présenter de la fièvre, éprouve pendant une courte période podromique de trois ou quatre jours des malaises imprécis, de la céphalie, une sensation de fatigue musculaire, il perd l’appétit. Il attribue généralement ces troubles à la chaleur ou au surmenage, souvent même il n’y apporte aucune attention et l’affec-. tion semble débuter brusquement par de petits frissonnements, une poussée thermique, une sensation de chaleur. Le sujet se plaint alors d’une courbature accentuée, généralisée dans les membres, de douleurs lombaires et épigastriques. La céphalie dont il souffre le matin, va s’aggravant le soir. L’anorexie est absolue, la langue sale et pâteuse, l’état vertigineux et nauseux est constant, les vomissements sont fréquents. La constipation est de règle, on peut noter quelquefois un peu de diarrhée sans caractère précis.

Pour les fièvres de première infection, l’examen viscéral ne révèle rien de net; l’appareil respiratoire est normal, le ventre n’est ni ballonné, ni douloureux, le foie ne déborde pas, mais la rate est certainement augmentée de volume. Toutefois, la splemomegalie est discrète, ana-

rt pre

logue à celle de la dithienenterie. Mais dans les cas de paludisme secondaire ou dans les réveils de paludisme chronique, la rate est très grosse et dure et forme la base du diagnostic.

Mais, à côté de ce syndrôme d’embarras gastrique, on peut observer des syndrômes typhoïdes, gastro-bilieux, surrénaux, intestinaux, Cachectiques, pulmonaires, cardio-vasculaires, rénaux, nerveux, et d’autre part des formes frustres et larvées. Je crois que notre malade rentre dans ce cas, ayant subi une forme d’invasion atténuée ou larvée, mais de toute façon inaperçue, il a fait une forme latente et prolongée de l'infection malarienne qui s’est réveillée plus tard après une période d’une durée indéterminée.

Dans ces formes atténuées d'invasion, le sujet n’est pas obligé de s’aliter, il éprouve simplement, pendant une période en général assez courte, mais qui peut varier de quatre à six jours, un sentiment de lassitude anormale, d’asthénie qu'il attribue à la chaleur de l’été. En même temps que cette fatigue anormale, il y a des troubles digestifs notables, état nauseux, anorémie, de la céphalie. [ls peuvent être si atténués qu'ils passent ina perçus.

Ces formes atténuées de l'infection: malarienne, telles qu'elles se rencontrent en Europe chez les adultes, sont de constatation fréquente aux colonies pour tous les âges. Toute cette partie peut échapper à l'observation directe du médecin. Il est tenté de faire dater la maladie de la période où le patient se confie à ses soins et qui est celle des déterminations des phases lointaines.

EU Ode

D'autre part, les phénomènes concomitants du côté des organes digestifs, du côté'des centres nerveux, du côté des sens et de la sensibilité générale varient suivant les individus; chacun fait sa fièvre à sa façon.

Par exemple chez les alcooliques latents et avérés, le début des accès s'accompagne de vomissements abondants, acides, quelque peu bilieux et parfois d’une véritable intolérance gastrique; quand l’intoxication est causée par l’usage abusif des boissons riches en essence, l'excitation est grande et l’agitation incessante.

Chez les rhumatisants, ce sont les phénomènes arthologiques qui dominent. Quand il existe une tare quelconque du côté du cœur ou des poumons, les malades présentent des phénomènes de dyspnée ou d’anxiété pecordiale. Chez un diarrhéique ou un dysentérique, le flux intestinal s’exagère; il peut apparaître ou disparaître avec la crise fébrile. :

A côté du paludisme brusque, on constate assez fréquemment des manifestations larvées où les manifestations symptômatiques de la maladie sont méconnaissables. La fièvre, bien que souvent niée, ne fait pas absolument défaut, mais il faut la rechercher car elle est ébauchée et très écourtée. Elle peut avoir disparu quand la symptomatologie concomitente attire l'attention du médecin. Le cas se réduit presque aux sensations éprouvées par le médecin. Les stades de frisson et de chaleur se trouvent eux-mêmes ébauchés, mais en revanche les sueurs sont souvent abondantes et prolongées, elles se traduisent au minimum par une moiteur.

A DQUESS

Le paludisme larvé peut se montrer simplement par de l’anémie, et c’est sa manifestation la plus habituelle. Comme en l’absence des phénomènes fébriles caractéristiques, son origine palustre est facilement méconnue, elle prend à loisir ses caractères les plus prononcés, elle réalise ses formes cliniques et hématologiques les plus graves.

Il peut aussi se traduire par des fièvres locales. Ce sont des faits assez fréquemment observés. Ils s’accusent par des névralgies quand ces manifestations se produisent du côté des nerfs sensitifs, par des désordres fonctionnels quand les organes splanchniques sont en cause; par des œdèmes fugitifs et des éruptions cutanées, quand les déterminations se localisent du côté de la peau; par des hémorragies quand le plasma sanguin est hémolisé.

Du côté de l'œil, on observe de la névralgie orbitaire, de la conjonctivite intermittente, des amblyopies et héméralopies intermittentes, de l’hypercrinie lacrymale.

Le type le plus complet des manifestations de cette nature est donné par la névralgie orbitaire avec congestion de l’œil et des paupières. Il existe une turgescence notable de toute la région orbitaire plus accusée chez les uns aux paupières, chez d’autres à la conjonctive oculaire. Cette turgescence s'accompagne de douleurs spontanées, exagérées par la pression sur le trajet du nerf sus orbitaire ; la photophobie est accusée, elle s'accompagne souvent de migraine généralisée, de larmoiements, de troubles variés de la vision.

Ces manifestations débuient, s’exagèrent et décroissent avec une périodicité assez régulière. Dans

l'intervalle des crises, il persiste un empâtement douloureux de tous les tissus, avec teinte ecchymotique et douleur obtuse. On pourrait croire à une ophtalmie franche si tous les symptômes ne s’atténuaient très notablement dans l’intervalle des crises et par le traitement quinique.

Parmi les névralgies portant sur un autre domaine que l'œil, on peut citer : la névralgie faciale, les névralgies intercostales, particulièrement celles qui siègent à la base de la poitrine, tant à droite qu’à gauche; ces dernières déterminent des points pleurodyniques qui sont souvent la seule détermination de l'accès. Ces points peuvent exister en dehors de l’hépato splenomegalie, et ne sont pas toujours liés à des lésions de périsplenite et de perihépatite.

C’est dans ce même groupe de névralgies intermittentes et périodiques que doivent prendre place certaines migraines, véritables crises larvées, évoluant par des accès febriles. Elles s’accompagnent de vomissements, de délires passagers, de postration complète des forces; elles surviennent avec la brusquerie des accès et disparaissent aussi rapidement. Souvent la scène est plus réduite et elle se borne à des malaises dont Libermann nous a donné

une exacte description :

« Les fièvres, qu’on appelle larvées, se présentent souvent sous la forme de cépalagie, apparaissent souvent l’après-midi, presque toujours à la même heure, qui est celle des heures du bureau, ce qui conduit souvent les

patients à imputer ces maladies à une tension d'esprit ».

Page 1