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franges graisseuses et, trois mois après, le blessé marchait sur son genou dont les mouvements gagnaient de jour en jour d'amplitude ».
Dans ces deux citations, s'agit-il du même blessé ? Il est impossible de répondre à cette question par la seule lecture de l’article. On ne manquera pas d’ohserver que, dans la première citation, les auteurs parlent de résultats parfaits, tandis que, dans la deuxième, ils ne parlent que d’une reprise progressive des mouvements. Mais il est probable et même certain que, lorsqu'ils parlent de résultats parfaits, X. Delore et Kocher ont plus en vue la guérison de l'articulation sans complications infectieuses (ce qui les intéresse avant tout), que la guérison totale avec retour des fonctions. Nous devons faire la même remarque au sujet de toutes ces observations de guerre qui concluent à la guérison. Pour illustrer cette remarque préalable nécessaire, qu’on nous permette de rapporter la fin d’une séance qui dut être particulièrement orageuse. Le 19 juillet 1936, A. Chaput fait un rapport à la Société de Chirurgie « sur les abcès péri-articulaires compliquant les arthrites suppurées du genou »
M. Broca. — M. Chaput, en présentant son malade, nous dit : il est guéri et il marche. Or, si je crois qu’en effet il est à peu près guéri, je dis qu'il ne marche pas.
M. CHAPUT. — I] marche avec des béquilles.
M. BROCA. — I] ne marche pas. J’appelle marcher l’acte qui consiste à appuyer les deux jambes sur le sol et à faire un pas : ce malade ne fait pas cela. Je peux accorder que certains sujets, appuyant un peu
et s’aidant de béquilles, peuvent être considérés com-
me marchant. Or ce blessé se porte sur ses béquilles, jambe en l'air et en avant, sans toucher le sol. I] marche, je veux bien, mais comme un amputé.
M. CHAPUT. — Je vous présente un malade important au point de vue chirurgical et M. Broca me répond par une critique purement grammaticale sur le sens du mot marcher, je ne le suivrai pas dans cette voie.
M. Broca. — Ce n’est pas du tout de la grammaire, c'est le désir que j'ai de voir employer un mot avec son sens réel, car on ne pense qu'avec le secours des mots. Je veux marquer, pour ceux qui liront le Bulletin, que M. Chaput a du mot marche une défnition que je ne saurais adopter. Et l'intérêt est le suivant. En écoutant M. Chaput, je me disais que ses blessés, guéris en quelques jours et marchant, étaient bien mieux partagés que les miens. Car ceux de mes opérés pour arthrite suppurée du genou qui guérissent, le font en cinq à six mois. Je me demandais donc si, malgré ma sympathie en principe restreinte pour le drainage aux crins de Florence, nous n'avions pas là un procédé remarquable. Or, M. Cha put me montre un malade que je veux bien considérer comme guéri malgré un petit leucoplaste interne qui me paraît révélateur d'une plaie persistante. Mais il est blessé depuis quatre mois et il ne marche pas.
M. CHAPUT. — Malgré de petites plaies suverfcielles, mon malade est parfaitement guéri de son arthrite, et s’il ne marche pas comme tout le monde, il marche avec des béquilles, c’est déjà un résultat appréciable ; l'argumentation de M. Broca est pure-