‹ Sur un cas de syphilis maligneChapitre 4 sur 9 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Observation P ersonnelle

Recueillie par nous dans le service du Dr Suquet, à hôpital Ruffi, à Nimes)

Antoine G..., comptable, âgé de 11 ans, entré à l’hôpital Ru Hi (Nimes), le 15 novembre 1906, pour des lésions graves de syphilis tertiaire.

Les antécédents héréditaires de ce malade ne présentent rien de particulier qui ait pu influer d’une façon quelconque sur l’évolution de la maladie. Les parents étaient d’une

constitution robuste. 11 nous a été impossible de connaître de quelle affection ils étaient morts.

Les antécédents personnels sont plus intéressants. Jouissant d’une bonne santé habituelle, cet homme habitait Madagascar depuis 1889, dans une des parties les plus

f malsaines de File, lorsqu’en 1895 il contracta le paludisme. 11 eut à ce moment des accès de lièvre intermittente qui reviennent de temps à autre, de la mélanodermie, et un degré assez prononcé de splénomégalie. Depuis son retour en France le malade est devenu plus sobre, mais il est certain (il nous l’a avoué lui-même) qu’il buvait beaucoup autrefois. Notons, en outre, qu’Antoine G... est un grand tumeur. Donc paludisme, un certain degré d’intoxication

par I alcool cl le tabac, résidence dans un pays chaud ; c est déjà presque suffisant, nous semble-t-il, pour constituer des conditions éminemment favorables à réaliser une syphilis particulièrement maligne.

C’est sur ce terrain ainsi préparé que vint se greffer la syphilis en 11)02, et ce fut une femme malgache qui contamina notre malade. L’infection débuta par un chancre induré minuscule siégeant dans le sillon balano-préputial. Ce chancre, d’après Antoine C..., ne dura que quelques jours, car il fut cautérisé au nitrate d’argent. Nous n’avons pu savoir s’il y eut en même temps un bubon. En toutcas, s’il y en eut un, il fut de bien minime importance, puisque notre malade ne l’a pas remarqué ou ne s’en souvient pas. Quelques douleurs articulaires sur lesquelles nous avons peu de renseignements survinrent ensuite ; elles siégeaient aux articulations des membres et ne présentaient nullement une exacerbation vespérale. Notre homme ne s’en préoccupa pas outre mesure, et continua à vivre dans une douce quiétude, ignorant même qu’il eût -la syphilis. Deux mois et demi environ après le chancre survint une roséole discrète et disséminée qui n’a pas laissé de I races. Ajoutons quelques plaques muqueuses dans la bouche, mais pas de céphalée vespérale, pas de chute de cheveux.

Le malade apprit à ce moment la vérité sur sa maladie, mais les accidents secondaires que nous venons d’énumérer furent si bénins qu’ils n'incitèrent jamais le sujet à se soigner d’une façon méthodique et suffisante.

Le traitement se borna en effet à l’ingestion de deux cuillerées à soupe par jour de liqueur de à an Swieten, et ne fut suivi que pendant un mois. Au total, le malade prit un litre de cette solution.

Pendant le mois suivant, il absorba régulièrement de l’iodnrede potassium à doses progressives allant jusqu’à

(> grammes par jour. Ce lut tout. La roséole pâli L et disparut, ainsi que les plaques muqueuses. L’état général se maintenait bon. Notre homme se crut guéri et dès lors il se contenta de prendre périodiquement de l’iodurc et de se purger de temps à autre.

Environ un an et demi après le chancre survinrent des accidents tertiaires très graves qui se manifestèrent au nez, au voile du palais et sur la peau de la face. Au nez ce fut d’abord comme un coryza rebelle, (pie le malade ne soigna pas, car il en ignorait la cause même et se croyait atteint d’une affection banale et passagère. Cependant le nez coulait toujours, et bientôt la sécrétion devint plus épaisse, jaunâtre, fétide, contenant parfois de petits os et des croûtes. Peu à peu, en l’absence de tout traitement, le nez s’est affaissé en haut, surtout à gauche, et en

bas la sous-cloison s’étant peu à peu détruite, les narines n’ont plus formé qu’un orifice large et béant.

A la même époque, le malade s’aperçut qu’il éprouvait une certaine difficulté à aspirer la fumée de sa cigarette, et que la fumée ressortait par le nez malgré lui. Il vil alors sur le voile palatin plusieurs trous qui se sont rejoints et ont fini • par détruire complètement la luette et une bonne partie du voile du palais. La voix est devenue nasonuée depuis cette époque; la déglutition est imparfaite, les aliments refluent dans les fosses nasales, surtout les aliments liquides. L’effondrement du nez et la perforation du voile du palais sont survenus sans douleur, sans phénomènes généraux notables, puisque le sujet assez intelligent et s’observant très bien a ignoré leur évolution et ne s’est rendu compte de ces accidents qu’au moment où ils ont constitué des mutilations irréparables.

Enfin en même temps que ces lésions du nez et du

voile palatin apparurent à la lace et surtout du côté gauche des lésions cutanées nettement ulcéreuses qui se recouvrirent de croûtes blanchâtres, jaunâtres ou verdâtres par places. Ces lésions croûteuses ont suivi des alternatives nombreuses, tantôt s’aggravant, tantôt se désséchantpour s’améliorer ; mais jamais elles n’ont disparu entièrement, ce qui s’explique, étant donné que le traitement employé fut notoirement insuffisant. Ce traitement consista, en effet, en ingestion de liqueur de Van Swieten prise à la dose d’une cuillerée à bouche pendant un mois, et en pilules de protoiodure de mercure. Solution et pilules maintinrent le malade dans un état semi-satisfaisant, mais ne réussirent pas à amener une guérison complète.

Les années 1904 et 1905 marquent une, période d’accalmie pendant laquelle Antoine C... se soigna luimême plus ou moins bien et sans doute plutôt mal que bien. L’état général se maintenant bon, il ne jugea pas à propos d’instituer un traitement plus rigoureux. Mais au mois d’avril ou mai de l’année 1906 il contracta une angine qurmotiva son admission à l’hôpital de Tamatave. 11 éprouvait simplement de la dysphagie douloureuse. On porta le diagnostic d’angine syphilitique, et le traitement mercuriel fut aussitôt institué. Il consista en pilules de protoiodure qui cette fois encore n’amenèrent aucune amélioration notable, puis, devant cet échec, en injections huileuses de biiodure de mercure (une injection tous les trois ou quatre jours) qui soulagèrent promptement les douleurs de la déglutition, guérirent tout à fait l’angine et améliorèrent beaucoup les lésions de la face.

Vers le mois de septembre 1906, Antoine C... fut renvoyé de la place qu’il occupait dans l’administration des chemins de fer el rapatrié. La traversée fut particulière-

ment pénible, et, le changement de climat aidant peutêtre, la syphilis lit do nouveaux progrès. Arrivé en France, le malade entra à l’hôpital de Belley, son pays natal. Il n’y resta que trois jours, se disant fort mal soigné dans une salle de médecine générale (il n’v avait pas de service spécial pour les vénériens) où on s’occupait peu de lui. C’est alors qu'il commença une vie de pérégrinations pour tacher dùHre admis dans un hôpital. Successivement il se vit refuser h Grenoble, à Romans, à Valence, à M.ôntélimar, à Avignon.

Dans chacune de ces villes on se contentait de lui donner quelques pilules qui n’agissaient pas et un secours de roule pour gagner l’hôpital voisin. Enfin, le 15 novembre, le malade arriva à Nimes dans un état lamentable. Les lésions de la face avaient repris avec une nouvelle intensité et l’état général était si bas que l’interne de garde le fit entrer d’urgence à la salle des vénériens.

Soumis de suite à un traitement mercuriel méthodique, l’état local et général s’est rapidement amélioré (injections quotidiennes d’un centimètre cube de solution de benzoate de mercure) ; les forces sont revenues, les lésions de la face commençaient à se détcrger, et on pouvait prévoir une guérison prochaine lorsque brusquement et en plein traitement s’est produit une nouvelle poussée aiguë. C’est à ce moment que nous avons pu interroger et examiner à fond notre sujet. D’une intelligence assez vive, d’une mémoire très sûre, il nous a fourni tous les détails qui précèdent avec une grande précision, puisqu’il se souvient même des dates saillantes de sa maladie et des divers traitements qui lui furent appliqués. Voyons maintenant quels furent les résultats de l’examen auquel nous nous sommes livré, au début de février 1 1)07.

El al ad u cl (9 février 1907). — Les lésions de syphilis

— le -

tertiaire que nous avons constatées chez notre sujet affectent plusieurs points de l'organisme. Ce sont d’abord les lésions directement visibles du nez, de la lace, du voile palatin. Ce sont en outre des lésions de divers organes qu’un examen attentif et minutieux nous a fait découvrir.

Sur le front et la joue gauche se voient des croûtes épaisses, comme enchâssées dans la peau, de couleur jaune-verdâtre, noirâtre par endroits, à surface irrégulière. En somme, elles représentent bien la forme en

écaille d’huître des syphilides tertiaires si bien décrites par le professeur Fournier. Leur ensemble affecte une disposition irrégulière, mais à la périphérie toutefois leur contour offre une disposition assez nettement circinée et polycyclique. Les lésions sont à divers stades de leur évolution ; tandis que les unes sont encore recouvertes de croûtes épaisses, les autres commencent à blanchir et à se dessécher. Si on soulève les croûtes, on s’aperçoit qu’elles recouvrent des ulcérations nettes de dimensions variables, à bords taillés à pic et adhérents. Le fond de ces ulcérations est rouge, suintant, tantôt puriforme, tantôl bourgeonnant aux endroits où s’ébauche le processus de cicatrisation. Elles ne sont d’ailleurs pas douloureuses et ne paraissent pas entrer pour beaucoup dans l’état de faiblesse et de cachexie où se trouve le malade.

L’examen de la bouche révèle une destruction étendue du voile du palais. La syphilis a fait ici des ravages énormes : la luette a complètement disparu, et une bonne partie du voile palatin en a fait autant. Son bord libre est constitué par une limite fortement concave, ogivale môme, et dont le sommet s’avance presque jusqu’au niveau du bord adhérent du voile. D’ailleurs cette destruction est à l’heure actuelle irrémédiable ; le bord libre

est constitué par du tissu cicatriciel nullement douloureux. Les dents de la demi-mâchoire gauche ont complètement disparu une à une depuis le début des accidents tertiaires. Les dents qui restent sont branlantes. Comme conséquence de ces mutilations, des troubles fonctionnels très gênants se sont produits. C’est le nasonnement classique de la voix avec en plus le souffle nasal en écho tandis que le malade parle. La parole est brève, pénible, entrecoupée de pauses pour permettre de fréquentes inspirations. Les consonnes b et p sont particulièrement mal prononcées. Il y a encore le reflux des aliments, surtout des liquides, dans les fosses nasales, et ce n’est qu’au prix de grands efforts que le malade parvient à atténuer ces inconvénients.

Le nez a également subi une véritable mutilation. En haut, à la racine et surtout du côté gauche, les os propres, en s’éliminant peu à peu, ont créé un affaissement du nez qui semble écrasé par un coup de marteau. En bas, la sous-cloison a été entièrement détruite, et les deux narines ne forment plus qu’un orilice large et béant par où continuent, de temps à autre, à s’éliminer des croûtes noirâtres à odeur fétide. Le cartilage de l’aile gauche du nez a été également touché et présente une forte encoche triangulaire à sommet dirigé en haut.

Telles sont les lésions indiscutables de syphilis tertiaire que nous avons observées directement. En outre, le malade a présenté des troubles viscéraux divers dont les uns doivent être sans doute rattachés à l’impaludisme, et dont les autres sont certainement sous la dépendance de la syphilis. Nous allons donc passer en revue les divers appareils, décrire leurs lésions, et les troubles fonctionnels <pii résultent de leur atteinte.

Organes abdominaux . — La rate est tuméfiée et douloureuse à la pression. Elle est très augmentée de volume; elle descend jusqu’à une ligne horizontale avoisinant l’ombilic ; il existe une douleur sourde, intermittente dans le flanc gauche.

Le foie est également augmenté de volume, mais, au contraire de la rate, il n’est pas douloureux. La palpation superficielle de la région épigastrique éveille une douleur assez vive, mais la palpation profonde ne dénote rien de particulier. Comme troubles fonctionnels nous trouvons une anorexie marquée, un dégoût de la viande et des matières grasses. Les digestions sont pénibles; il y a eu quelquefois des vomissements alimentaires. Quant aux selles, elles sont normales.

Système circulatoire. — L’auscultation du cœur révèle un retentissement un peu exagéré du deuxième bruit. 11 semble y avoir un certain degré d’hypertension. Le pouls est bien frappé, régulier et plutôt lent (60-65 à la minute). Le malade est facilement essoufflé.

Système nerveux. — Il n’y a rien de particulier à signaler. La syphilis tertiaire qui s’est manifestée à tant d’autres organes a complètement respecté le cerveau, la moelle et les nerfs. La mémoire et l'intelligence sont bonnes ; la motilité, la sensibilité et l’état des réflexes restent normaux.

Appareil respiratoire. — Du côté de l’appareil respiratoire le malade a présenté des troubles et des lésions variées. Au moment où nous avons examiné notre sujet, la toux était fréquente et pénible, surtout la nuit. En même temps l’expectoration était abondante, jaunâtre et visqueuse. De temps à autre on apercevait quelques stries

sanglantes dans le crachoir., La respiration est parfois un peu gênée, mais il n’y a pas eu de dyspnée bien marquée. Tels sont les troubles fonctionnels que nous avons notés.

Voyons les signes physiques :

L’inspection du thorax ne dénote rien de particulier.

La percussion révèle de la matité en arrière, au niveau du milieu du poumon droit, et près de la colonne vertébrale. En avant, la sonorité est légèrement augmentée à gauche. Le reste de la poitrine est normal.

A la palpation, les vibrations apparaissent comme exagérées au niveau du point mat en arrière et à droite, et en avant au sommet droit on trouve également des vibrations plus fortes. C’est tout ce que donne la palpation.

L’auscultation nous donne des renseignements plus nombreux. D’abord les sommets sont indemnes ou peu s’en faut; un peu de rudesse peut-être et c’est tout. Les bases sont légèrement obscures. A la partie moyenne du poumon droit, près de la colonne vertébrale, la respiration est rude, l’expiration nettement soufflante ; par moments, on entend des craquements humides très marqués.

I! semblerait èn somme que l’on a affaire à une lésion tuberculeuse en voie de ramollissement. L’examen bactérioscopique des crachats a été pratiqué une fois par M. Cabanis, pharmacien de l’hôpital, et deux fois par nous-même. Malgré nos recherches minutieuses il nous a été impossible de découvrir le moindre bacille de Koch. Le 1 1 février, après trois jours d’expectoration un peu plus abondante que de coutume, est apparu un souffle cavitaire, rude, intense, s’entendant aux deux temps, à droite et en arrière dans la partie moyenne, précisément en ce point qui présentait précédemment de la matité, de l’expiration soufllante et des craquements humides. Outre ce souffle on entend encore quelques gargouillements, et il

existe de la pectoriloquic aphone. La suite de l’observation nous montrera quelle bit l’évolution des lésions pulmonaires que nous avons trouvées le 9 et le 1 I février. Auparavant, continuons l’examen des organes.

Appareil urinaire. — Le système rénal a été particulièment louché chez notre malade. Avant la date de cette observation nous ne savons qu’une chose, c’est que les urines étaientpâles etabondantes, mais elles necontenaient pas d’albumine. Deux analyses ont été faites en effet en novembre et décembre 1906 et n’ont décélé aucun élément anormal. Une nouvelle analyse a été faite au mois de février 1907 ; elle a décélé une quantité d’albumine égale à 1 gr. 50 par litre. A ce moment-là les autres éléments de l’urine étaient à peu près normaux, mais l’urine était augmentée comme quantité quotidienne. Outre cette polyurie, il y avait encore pollakiurie. Nous n’avons pas trouvé des signes de petit brightisme. Enfin comme autres symptômes de néphrite il y avait un peu d’hypertension au cœur, de l’œdème fugace des malléoles de temps à autre. Nous verrons par la suite quelle fut l’évolution de cette néphrite, si néphrite il y eut.

Système lymphatique . — Le système lymphatique est indemne. Nulle part nous n’avons trouvé d’adénopathies, et il ne reste aucune trace des engorgements ganglionnaires qui ont pu se produire lors de la période secondaire.

Etat général. — Ainsi affecté de toutes ces lésions diverses de syphilis survenue chez un paludéen alcoolique, notre malade ne devait pas présenter un état général brillant. L’état général est en effet mauvais et presque cachectique. Nous avons vu que l’appétit était presque nul, les digestions pénibles. Le sommeil était en outre mauvais,

entrecoupe de réveils en sursaut et peuplé de cauchemars. Survint l'albuminurie qui obligea le malade à suivre un régime fatalement débilitant quoique mal suivi, et qui aggrava encore l’état de faiblesse et de cachexie vers lequel il s'acheminait.

Tel était l’état du malade au moment où nous l’avons ' examiné complètement. Son teint terreux, sa respiration pénible, un peu de fièvre pendant quelques jours, l’absence de forces et l’état de cachexie et d’anémie où il se trouvait, tout semblait nous faire présager une issue fatale, et une autopsie intéressante au plus haut .point. 11 n'en fut rien, et le traitement mercuriel tout puissant finit par améliorer considérablement notre sujet, sinon le guérir complètement. Quel fut donc ce traitement?

Le traitement a consisté dès le début en injections profondes de deux centigrammes de benzoate de mercure par jour. Le traitement était suivi régulièrement pendant vingt jours, auxquels faisaient suite dix jours de repos. Nous avons pratiqué ainsi trois séries d’injections, suivies chacune d’un repos de dix jours. L’iodurede potassium était également prescrit entre temps. A plusieurs reprises nous avons ainsi essayé l’iodure à doses progressivement croissantes. Le médicament était très mal supporté, et non seulement il n’amenait aucune amélioration, mais encore il semblait aggraver les lésions cutanées de la lace. A chaque prise d’iodure, on notait en effet une poussée aiguë qui se manifestait par l’extension du processus ulcéreux. C’est en vain que, pour arriver à vaincre la susceptibilité du malade, nous avons essayé les succédanés de l’iodure les plus divers. Aucun n’a donné derésultatet tous ont plutôt aggravé les syphilides du visage. Force donc nous a été de nous contenter du mercure seul au point de vue du traitement général. Le traitement local des divers appareils

n a pas été négligé. Des gargarismes au chlorate de potasse très Jréquents ont été prescrits, ainsi que des pansements humides antiseptiques pour favoriser la détersion des croûtes. Du côté de l’appareil respiratoire nous avons ordonné de la codéine pour calmer la toux, sans aucun succès d’ailleurs. L’état général n’a pas bénéficié beaucoup de toniques tels que le quinquina. Enfin, quand est apparue l’albuminurie, lemalade a été mis au régime lacté, mais l’état de faiblesse était tel que nous avons dû fréquemment faire des concessions, et en somme on peut dire que le régime n’a pas été suivi assez longtemps et d’une façon assez méthodique pour que nous ayons pu lui attribuer le mieux qui s’est produit.

Telaélé le traitement employé jusqu’au moment où une aggravation brusque s’est produite à nouveau en pleine période de mercurialisation. Persuadé que la syphilis était en cause plus que jamais, nous avons continué le traitement mercuriel, tout en soignant les symptômes à côté par une médication appropriée. Voyons maintenant quels furent les résultats et la suite de l’évolution morbide chez notre sujet.

13 février 1907. — A cette date et sous l’influence d’un traitement méthodique, nous avons observé une amélioration notable des lésions ulcéreuses de la face. Au Iront, la dessiccation complète est presque obtenue. A la joue, les syphilides sont également en bonne voie de guérison. L’expectoration est moins abondante, mais la toux persiste fréquente et pénible. Quant au souffle cavitaire il a beaucoup varié depuis ces quelques jours. Tantôt faible, tantôt plus fort, accompagné parfois de gargouillements, il montre maintenant une tendance nette à décroître. Du côté des reins l’albumine persiste et augmente dans des proportions relativement grandes. C’est ainsi qu'à ce moment

nous avons trouvé 3 grammes par litre à Pabuminimètre d’Esbach.

18 février. — L’amélioration s’accentue du coté des poumons et de la face. En revanche l’albuminurie croît toujours. Elle a monté de 3 gr. à 4 gr. 50 par litre.

25 février. — On continue le traitement indiqué plus haut de 20 injections de mercure suivies de 10 jours de repos. Le souffle cavitaire a complètement disparu. A peine perçoit-on encore quelques raies à la partie moyenne du poumon droit. La toux a disparu presque entièrement. La face se déterge peu à peu. Les urines ont toujours une apparence albumineuse. La polyurie et la pollakiurie persistent, et parfois il y a un œdème fugace des malléoles. A cette date nous avons fait faire une analyse complète des urines. En voici le résultat :

Analyse complète d’urines (25 février 1901)

Quantité émise en 24 heures 1850 gr.

Couleur pâle

Dépôt peu abondant

Réaction faiblement acide

Densité 1 gr. 020

Urée 9 gr. par litre

Acide urique 0gr.30 —

Acide phosphorique. 1 gr. 50 —

Chlorures 12 gr. —

Albumine 5gr. —

Sucre néant

Eléments de la bile néant

Nous avons donc une quantité d’urines supérieure à la normale, contenant une forte quantité d’albumine, et une quantité d’urée très inférieure à celle éliminée chez 1 homme sain. Il y avait donc là des symptômes nets d’un

trouble fonctionnel des reins, lequel trouble pouvait se rattacher à des causes diverses: syphilis, paludisme, peut-être aussi traitement mercuriel. Nous essayâmes alors les pilules de tanna te de mercure qui passent pour ne pas produire ou augmenter l'albuminurie. Immédiatement l’amélioration progressive s’arrêta, et de plus une gingivite se déclara faisant craindre sous peu la disparition des quelques dents qui restaient.

Devant cet accident, et pensant aussi que le traitement était pour quelque chose dans l’albuminurie toujours croissante, nous fûmes obligé de suspendre tout traitement pai* le mercure. Nous allons voir quel fut le résultat de cette expectative de vingt jours, par l’analyse ci-contre, faite le 15 mars.

Analyse complète d’urines (15 mars)

Quantité émise en 24 heures 1800 gr.

Couleur pâle

Dépôt peu abondant

Réaction faiblement acide

Densité 1.02

Urée 11 gr. 50 par lilre

Albumine 1 3 gr . —

Chlorures 10 gr.

• Acide urique Ogr. 40 —

Acide phosphorique 1 gr. 50

Eléments de la bile néant —

Sucre —

Pus

Sang

Ainsi la suppression du mercure, loin d’améliorer la situation, a eu pour conséquence une augmenlalion énorme de l’albuminurie.

Nous avons donc repris le traitement mercuriel sous forme de biiodure cacodylé dont on faisait chaque jour une injection contenant 5 milligrammes de biiodure de mercure. Le régime lacté n’étant pas toléré, nous avons dù y renoncer. Malgré cela l’amélioration ne s’est pas fait attendre du côté du système rénal. L’état général continue

à s’améliorer.

18 mars. — L’albuminurie est actuellement de 10 gr. par litre. Le mieux général s’accentue,, les forces reviennent et le malade commence à reprendre appétit. On ne trouve plus rien à l’auscultation des poumons. Les lésions de la face, restées stationnaires pendant le traitement par les pilules de tannate de mercure et le repos consécutif, recommencent à aller bien mieux. Le front est presque complètement détergé, et à la place des anciennes ulcérations est apparu un épiderme nouveau de couleur rosée. ,

22 mars. — L’albuminurie n’est plus que de 5 grammes par litre. La joue gauche commence à être débarrassée de ses croûtes. La cicatrisation se poursuit rapidement.

27 mars. — Les croûtes ont complètement disparu. Toutes les parties sont maintenant cicatrisées, et, le teint du sujet étant redevenu normal, les cicatrices rouges ne tranchent plus comme avant sur un fond terreux.

L’albuminurie n’est plus que de 4 grammes par litre. En somme l’amélioration est manifeste sur tous les points. Seul, le nez continue à couler de temps à autre. Appétit

et sommeil bons.

/ 3 avril. — Le malade va de mieux en mieux. Il peut maintenant se promener longuement sans fatigue. L’appélit est excellent et les digestions parfaites. Le nez coule

Quantité émise en 24 heures 1700 gr.

Couleur pûle

Dépôt peu abondant

Urée 13gr.50 par litre

Albumine 2gr.50

Acides normaux

Sels —

Eléments cle la bile néant

Sucre

L’amélioration est donc manifeste au point cle vue rénal comme dans tout le reste de l’organisme. A partir de ce moment, la guérison s’accentuant chaque jour, nous n’avons plus examiné le malade qu’à de longs intervalles. Toutefois, nous avons examiné de temps à autre à l’albuminimètre d’Esbach l’urine du malade, pour nous tenir au courant cle. l’évolution de l’albuminurie qui n’a pas cessé cle décroître.

lor mai. — Les injections cle benzoate cle mercure sont continuées méthodiquement. L’état général est parfait* et le malado est tout heureux de cette guérison qu’il n’espérait plus. Le nez ne coule plus du tout, mais reste aflaissé naturellement. L’albuminurie n’est plus que de 2 gr. par litre.

Juin. — Albuminurie, 1 gr. 50 centigr. par litre. L’état général se maintient excellent.

Juillet. — Albuminurie, 1 gr. 20. — Urée, IG gr. par litre.

Août. — Albuminurie, 0 gr. 50 par litre. — Une analyse pratiquée un peu avant la sortie du malade montre que les autres éléments de 1’urine sont normaux par rapport à la quantité quotidienne d’urine qui reste un peu supérieure à la moyenne.

Le malade, entré dans le service le 15 novembre 1906, en sort le 28 août 1907, dans l’état suivant:

Syphi I ides faciales entièrement cicatrisées. Rien aux poumons. Plus de douleur splénique. Albumine 0 gr. 50 par litre. Lésions nasales et buccales cicatrisées. Etat général excellent.

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