Quelle est cette double raison
4. Oefele, Rer. Boic. Scriptores, I, 334. M. Wattenbach (Deutschl. Gcschkhtsqu., I, 1 $), auquel je dois la connaissance de l'écrit de Berthold, rapproche de son récit celui de Wace, celui d'Enenkel et celui d'Ebendorffer. Il ajoute
3ue la même histoire est racontée, « dans une chronique en vers autrichienne, es Viennois assiégés. » M. Wattenbach a bien voulu compléter cette mention en m'indiquant le passage du Chronicon rhythmicum publie par Rauch, Rer. Austriac. Script. (Vienne, 1790), I, 143. Il y est dit, à propos des extrémités où furent réduits les Viennois assiégés par leur duc Frédéric II (1230- 1246) : Nuces, aedificia coquinis cremantur. On voit qu'il manque ici le trait qui caractérise les diverses rédactions de notre récit, l'interdiction faite par un souverain de vendre du bois à brûler; c'est la nécessité qui la remplace.
sur un épisode tf Aimeri de Narbonne $37
Le caractère du récit nous apparaît ici un peu différent de ce que nous avaient montré les autres versions. Il s'agit moins de magnificence que de subtilité : l'empereur, en interdisant la vente du bois, ne cherche pas à contraindre Mangold à vivre à sa table », mais est curieux de savoir comment il se tirera d'embarras ; le fer d'or détaché exprès n'est qu'une ruse, destinée à faire croire à un faste purement apparent. Telle pourrait bien avoir été, en effet, la version du poème primitif, au moins pour le premier épisode : l'éloge des noix comme combustible, et l'idée qu'en les choisissant le héros fait preuve de profonde sagesse, se retrouvent dans la saga de Sigurd (voy. ci-dessus, p. 531)*, et dans un autre récit bien éloigné, celui d'Enenkel (voy. ci-dessous, p. $41). Plus tard on n'aura pas compris le sens de l'histoire, et on aura vu dans la combustion des noix une marque de magnificence et non de sagacité. Au reste, la magnificence était aussi en jeu, si, comme je le crois, l'épisode des manteaux faisait dès l'origine partie du poème, d'où il suit que pour l'épisode des fers d'or, on peut se demander quelle est la forme primitive, celle où il étale le faste du héros, ou celle où il le simule. Comparé aux autres versions, le récit de Berthold nous présente encore quelques traits intéressants. Il ne s'agit pas ici, comme dans les sagas, d'un banquet où le héros a invité l'empereur et que celui-ci essaie de rendre impossible, mais simplement de la cuisine ordinaire des étrangers, comme dans Wace, Aimeri et Gaufred. L'épisode des manteaux est omis. L'impératrice ne paraît pas plus que dans les récits français.
On se demande naturellement où le moine de Donauwerth avait puisé les éléments de son récit. L'abbé Theoderich, soucieux d'être exactement renseigné sur la provenance de la relique de Sainte-Croix, envoya, en 1 1 18, Berthold à Constantinople pour s'en assurer (en même temps qu'il faisait son pèlerinage en Terre-Sainte), et il recueillit là les renseignements qu'il mit en latin dans YHistoria. C'est ce que semblent attester les premiers mots du récit de Berthold, rapprochés du témoignage d'une ancienne chronique de son couvent 3. Il serait très curieux qu'il eût recueilli à Constantinople même la légende qui avait cette ville pour théâtre et qui y avait eu pour personnages successifs Robert,
1 . M. Wattenbach dit qu'on trouve dans Berthold « l'histoire bien connue de l'empereur, qui, invité à dîner chez Mangold, défend de lui vendre du bois, » etc. M. Bresslau dit aussi, analysant le récit de Berthold : « L'empereur défend à tous les marchands de vendre à Mangold du bois à brûler, et s'invite ensuite chez lui. » Mais il n'y a rien de pareil dans Berthold, et ce trait n'est pas sans importance, puisque cette invitation est précisément ce qui distingue les sagas des récits de Wace et à' Aimeri.
2. Notons aussi que l'interdiction de vendre du bois est^ dans la saga, un moyen d'éprouver Sigurd, c'est-à-dire évidemment de voir s'il saura trouver un expédient : cela nous rapproche encore du récit de Berthold.